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Comment la Team Vitality est devenue le fleuron de l'e-sport français

Sur la scène e-sport internationale, la France est loin d’être à la traîne. À sa tête, la team Vitality, figure de proue d’une discipline en pleine expansion. Retour sur l’histoire mouvementée du plus grand club tricolore.

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« Quand la réalité dépasse tes rêves les plus fous, c’est là que tu sais que t’as tout gagné. » Ce mercredi 30 octobre 2013, jour de la finale de l'Electronic Sports World Cup (ESWC) à Paris, Fabien « Néo » Devide n’en revient pas. Plus de 3000 personnes se sont déplacées pour voir Vitality, la team qu’il a fondée quelques mois plus tôt, être sacrée championne de France sur le jeu Call of Duty: Black Ops II face à l’équipe Western Digital. Devant une foule survoltée, Fabien est sur un nuage.




Il faut dire qu’à ce moment-là, son équipe revient de loin. Quelques semaines auparavant, lors de la Gfinity 2, une importante compétition Call of Duty à Londres et pour sa première sortie officielle, Vitality a vécu ce que l’on appelle dans le milieu de l’e-sport « une contre-performance » et dans tous les autres milieux « une branlée » . L’équipe de Néo se fait littéralement dominer par Aware, une team européenne, et le score est sans appel : 3 - 0.




Pour Fabien et ses quatre joueurs, Corentin « Gotaga » Houssein, Kevin « Broken » Georges, Thomas « Azox » Albanese et Maxime « Agonie » di Falco, c’est la douche froide. Tous à l’origine de Vitality, ils avaient imaginé une entrée en fanfare. Mais dans leur chambre d’hôtel londonienne, l’ambiance tient plus de l’oraison funèbre : « Ils avaient plus confiance en eux, et certainement bien plus envie de gagner que nous » , raconte alors Broken. Et Gotaga, son coéquipier, de rajouter que la team n’était pas assez préparée, n’avait pas assez joué et que finalement, ils ne pouvaient s’en prendre qu’à eux-mêmes. Vitality, un projet mort-né ? Bien au contraire.

Du haut de ses 27 ans, Fabien Devide se dit aujourd’hui que c’est peut-être là que s’est fondé l’état d’esprit de la team : « Un échec est une leçon pour l’avenir. » C’est d’ailleurs à la suite de cette mauvaise passe que se forme la légende autour du club : un titre de champion de France d’abord en 2013 donc, puis deux premières places aux prestigieux tournois SkyLAN2 et Gamers Assembly en mars et avril 2014, même chose à la DreamHack de Londres en septembre 2015, un championnat du monde remporté en novembre 2016... Depuis, le palmarès de l’équipe ne cesse de grossir, tout comme son effectif. De cinq potes et quelques euros à une centaine de personnes et un chiffre d’affaire colossal, en sept ans, la team Vitalty a réussi à se hisser à la tête de l'e-sport français tout en se diversifiant. L’équipe Call of Duty des origines a désormais laissé sa place à neuf autres, réparties sur huit jeux : Counter Strike : Global Offensive (CS:GO), Rocket League, Fortnite, FIFA, F1, League of Legends, Tom Clancy's Rainbow Six et Hearthstone. Sa communication n’est pas en reste, puisque la team produit des clips musicaux et des mini-séries. Elle a ouvert une boutique à Paris, propose du coaching, des cours et tout un tas de produits dérivés et a même lancé récemment une web TV sur Twitch.

Scènes de ménage et indépendance


Pour comprendre la grande histoire de Vitality, il faut commencer par celle, un peu plus modeste, d’un monteur vidéo avignonnais. Passionné par le jeu vidéo depuis tout petit, Fabien Devide découvre Internet en même temps qu’un objectif de vie : il fera de l’e-sport son métier. « Pour la première fois, je pouvais jouer et parler avec des gens qui étaient loin de moi, tout en restant dans mon salon. C’était complètement fou. » Cette passion le suivra toutes ses années de collège, et ce, jusqu’à son entrée dans le monde professionnel. Dès lors, entre deux séances de montage d’un épisode de la série Scènes de ménage, celui qui se fait désormais appeler « Néo » ne rate pas une occasion de rejoindre la petite équipe qu’il a montée avec des copains pour écumer les LAN du coin. « Le moins que l’on puisse dire de Néo, c’est que c’est un mec qui en veut, commente Augustin « The Great Review » Heliot, journaliste et ancien tenancier de la chronique « La Gazette de l’e-sport » sur jeuxvideo.com. C’est d’ailleurs pour ça qu’il a réussi à fédérer autant de gens autour de lui. »

À cette époque, l’e-sport français est balbutiant et, dans sa grande majorité, cantonné au milieu associatif. Pas question alors de cash price astronomique. À l’époque, on ne joue pas pour gagner des millions d’euros, mais plutôt des casques audio et des combos clavier/souris. Dans le meilleurs des cas, quelques centaines d’euros. Mais quelque chose est en train de changer, et Fabien le sent. Il trépigne, veut plus et plus vite. Il s’en confie à Nicolas Maurer, son chef de poste de montage, déjà au fait de sa passion pour l’e-sport. « Au fil de ses parties et compétitions en amateur, Fabien a rencontré des gens passionnés, mais absolument pas structurés. Ça le frustrait. Il préparait un truc, c’était sûr » , se souvient-il. Effectivement, Fabien préparait complètement « un truc » . « Je me souviens que Nicolas m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit : "Arrête de survivre de l’e-sport et vis-en", se rappelle-t-il. La discipline était en pleine expansion, l’alignement des planètes était parfait. C’était maintenant ou jamais. » Prévoyant, il a déjà commencé par s’entourer des meilleurs. D’abord, Kévin « Broken » Georges (aujourd’hui « Brawks » ) son ami d’enfance qui ne l’a jamais laissé tombé. Puis Thomas « Azox » Albanese, Maxime « Agonie » di Falco et enfin Corentin « Gotaga » Houssein. « Il faut savoir que Gotaga, déjà à l’époque, c’est une rock star de Call of Duty sur Youtube. C’est simple, c’est l’un des meilleurs joueurs français, explique Augustin Heliot. Et qu’au début, entre Néo et lui, c’est pas le grand amour. Loin de là. Je crois que Gotaga assimilait l’envie de Néo de tout arracher à un trop-plein de confiance en lui. »




Mais Fabien n’a pas dit son dernier mot. Il rencontre pour la première fois Gotaga alors que le jeune prodige est chez Millenium, un des rares gros clubs français aujourd’hui reconverti en média jeu vidéo. Il réussit l’exploit de le faire venir chez la team Against All Authority, pour ensuite le convaincre de se lancer avec lui dans l’aventure Vitality en août 2013. Seule ombre au tableau, Néo n’a que très peu d’argent et se débrouille avec les moyens du bord, quitte à s’endetter. Mais le jeune homme n’en démord pas : « Il était hors de question d’appartenir à quelqu’un. Le postulat de départ était celui de rester totalement indépendant. » En parallèle, il poursuit son boulot de monteur jusqu’en 2016. Preuve qu’il sait se souvenir de ceux qui lui ont fait confiance, Néo nomme Nicolas Maurer à la direction générale de la team dont il occupe le poste de président. « Nicolas et moi, c’est un peu comme l’eau et le feu. Il est celui qui a l’âme du businessman posé et rationnel. Il vient souvent tempérer mon côté instinctif et parfois trop émotionnel, raconte Néo. La synergie est parfaite. »

Esprit sain dans un corps sain


Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le logo de Vitaliy représente une abeille. « Elle symbolise le travail d’équipe, la cohésion et surtout, l’idée qu’il ne faut jamais rien lâcher » , explique Nicolas Maurer. Et des raisons de ne rien lâcher, il y en a deux principales pour le duo à la tête de la team : d’abord l’envie de devenir le plus grand club du monde, mais aussi celle de faire plaisir aux fans qui les suivent depuis le début. « Gotaga a été un énorme accélérateur de particules. Il est arrivé avec sa gigantesque communauté qu’il ne fallait surtout pas décevoir, avance Néo. Honnêtement, je pense que sans lui, on aurait mis beaucoup plus de temps à arriver là où on est aujourd’hui. Une fanbase conséquente, en plus de d’attiser une motivation sans faille, attire les sponsors. » Orange, Renault, Volvic, Corsair et surtout Adidas qui devient en 2017 le premier équipementier sportif à investir le marché de l’e-sport français : ils sont nombreux à s’offrir la popularité de l’abeille. Et il y a de quoi. À l’échelle mondiale, l’e-sport pèse plus de trois milliards de dollars pour une croissance économique de 445% sur ces cinq dernières années. « Seulement quelques heures après l’annonce de notre partenariat avec Adidas, on a fait plus que n’importe lequel de leur contenu sportif en matière d’engagement, se souvient Nicolas Maurer. Au début, ils voulaient uniquement sponsoriser notre branche FIFA, mais ils ont vite compris qu’il avait tout à gagner à élargir leur spectre. »



L’arrivée d’un tel partenaire au sein de l’équipe a non seulement pu apporter une légitimité nouvelle aux yeux du public mainstream, mais a également contribué à briser petit à petit la frontière qu’il pouvait y avoir entre l’e-sport et le sport dit « traditionnel » . Frontières qui tendent d’ailleurs à disparaître puisque depuis quelques années, de nombreuses équipes font appel à des sportifs de haut niveau dans le but d’apporter une dimension plus physique à l’e-sport : l’ancien champion olympique Yannick Agnel coache les Marseillais de MCES ; Kasper Hvidt, l’ancien handballeur danois, est chez Astralis ; le tennisman Julien Benneteau chez Game Ward ; le cycliste Jerome Sudries chez G2 Esports... « On va pas se mentir, aujourd’hui l’e-sport est une discipline statique qui peut entraîner obésité, repli sur soi et enfermement, commente Néo. Trouver des solutions à ces problématiques fait aussi partie de nos valeurs. C’est pour ça que nous nous sommes notamment rapprochés de Raynald Choquet et de Matthieu Péché. »

Le premier est le préparateur physique du Paris Volley, et le second est un ancien champion du monde de canoë biplace. Si Raynald Choquet, en plus du coaching de l’équipe FIFA Vitality, continue son activité avec le Paris Volley, Matthieu Péché est devenu team manager de l'équipe CS:GO du club à l’abeille. « Le gros challenge du départ, c’est de faire naître une appétence pour le sport chez des jeunes qui n’ont pas toujours l’habitude de l’exercice physique, explique-t-il. Même chose pour l’alimentaire, il faut changer des réflexes de junk food souvent bien ancrés. » Pas vraiment familier du monde du jeu vidéo et encore moins de CS:GO, l’ancien athlète s’est très vite mis au diapason en comprenant une chose : l’e-sport est une discipline qui se joue au mental. Et même s’il sait que la phrase est un brin cliché, l’expression « un esprit sain dans un corps sain » n’a jamais été aussi vraie. « Comme dans le sport tradi, l’objectif principal est la performance, poursuit Matthieu Péché. On veut tous ramener la coupe à la maison ! Mais il suffit d’une préoccupation, d’une perte de confiance ou de motivation et c’est tout le game et la team qui sont foutues en l’air. Je reste persuadé que l’exercice physique et une bonne hygiène de vie sont les meilleurs moyens de se vider l’esprit et d’arriver apaisé le jour de la compétition. Ça, et évidemment un bon entraînement en jeu donné par le coach Counter Strike de la team. »



Une stratégie payante, puisque l’équipe Vitality compte dans ses rangs Mathieu « ZywOo » Herbaut, considéré comme l’un des meilleurs joueurs du monde sur CS:GO. « Honnêtement, moi qui viens du sport tradi, je trouve ça complètement fou ce qu’a réussi à faire cette team, et plus largement le club, raconte Matthieu Péché. Je ne réalisais absolument pas l’impact que pouvait avoir l’e-sport sur les gens. Ma première sortie officielle a été une énorme claque ! » Et il le reconnaît, le mot est faible, puisque sa première grosse compétition officielle en tant que coach sportif de l’équipe CS:GO de Vitality a eu lieu à Cologne en juillet 2019. « 15 000 personnes qui se déplacent à la Lanxess Arena pour voir des jeunes jouer à un jeu vidéo... On n'avait jamais réussi à faire ça pour du canoë ! plaisante le sportif. C’était aussi incroyable de voir la ferveur qu’il y avait de la part du public. »



Une ruche et des frelons


« Il y a toujours eu cette volonté d’être proche des gens qui nous suivaient, avance Nicolas Maurer. On maintient cette dimension humaine non seulement avec nos fans, mais aussi avec nos joueurs. Je pense que c’est ce qui nous démarque des autres » . À l’époque de la création de la team, l’esprit Vitality, plus artisanal et chaleureux, marque des points dans le cœur du public face à des mastodontes froids et calculateurs comme Millenium. « On n'était clairement pas là pour faire du profit, se rappelle Fabien « Néo » Devide. On voulait se faire plaisir et faire plaisir aux gens en leur apportant des victoires. C’est tout ce qui comptait et c’est ce qui compte principalement aujourd’hui, même si nous sommes devenus une entreprise bien plus grosse avec, évidemment, de nouveaux enjeux économiques. » Malgré ses revenus à sept chiffres et ses 37 millions d’euros de fonds levés en sept ans, force est de constater que Vitality a su garder la tête froide sans jamais se laisser griser par le succès.



« C’est une boîte qui n’a jamais oublié d’où elle venait, affirme Augustin « The Great Review » Heliot. Peut-être qu’il y a une sorte d’esprit revanchard envers les détracteurs des débuts. Comme une façon de dire : « On a rampé dans la boue, personne ne croyait en nous, et regardez où on en est aujourd’hui » . » Il le répète souvent, mais ce qui a notamment fait tenir Néo, alors que personne ne misait un kopeck sur sa team, c’est la communauté qui l’entourait. « Ils ont toujours répondu présents, dans les moments forts comme dans les coups durs, explique-t-il. Ils sont là pour nous soutenir et nous en mettre plein la gueule quand nos performances ne répondent pas à leurs attentes. C’est une stimulation permanente que l’on doit alimenter, comme un cercle vertueux. À chaque défaite, on en ressort plus forts et motivés que jamais. » Depuis novembre 2019, comme pour remercier ses supporters, le club à l’abeille a franchi un pas de plus dans sa relation avec le public en ouvrant à Paris V.Hive (La Ruche, en français,), son premier espace dédié à l’e-sport.




« C’est vraiment gratifiant de voir à quel point travailler sans filet peut parfois avoir du bon, constate Néo. On y croyait dès le départ en se réunissant dans ma chambre et on y croit toujours autant en se réunissant dans nos bureaux à Paris. Ceux qui nous suivent depuis le début le savent. » Nicolas Gronier fait partie de ceux-là. Soutenu et approuvé par Vitality, il a même fondé en 2016 son propre groupe de supporters, les Golden Hornets. « En mai 2016, après avoir été contacté par des supporters de Vitality sur Twitter, on se donne rendez-vous devant le Zénith de Paris pour l’ESWC Call of Duty avec des banderoles et de la peinture, se souvient le jeune homme de 21 ans. Et là, on croise Néo qui nous regarde avec des yeux ronds en nous disant qu’on est des grands malades. Il était ultra impressionné ! » Depuis, tout en gardant leur indépendance vis-à-vis de Vitality qui ne les finance pas, les Golden Hornets sont en contact régulier avec Néo, ne serait-ce que pour se tenir au courant des compétitions à venir. « Ils ont même inventé des chants de supporters qu’ils écrivent dans les chats pendant les compétitions en ligne, raconte le président de Vitality. Après la victoire, ils sont là. Et dès qu’on a un coup de mou, il nous attendent au tournant. Ça motive à fond. » À 35 euros la cotisation annuelle et malgré les défraiements ponctuels de Vitality pour les voyages, les Golden Hornet peinent à maintenir la trésorerie à flot. Une situation qui n’entame pas pour autant l’enthousiasme de la soixantaine de membres que compte aujourd’hui l’association. « On sera toujours là, affirme Nicolas Grenier, et si ce n’est pas dans un stade, ça sera en ligne. » En français, « hornet » veut dire « frelon » , soit le pire ennemi pour les abeilles. Tout un symbole qui colle parfaitement à l’ADN de Vitality : « Si les frelons sentent que la ruche est faible, ils attaquent. Et c’est quand elle a été attaquée qu’une ruche devient plus forte. » Par Thomas Chatriot