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Tactique : PSG-Barça 2017, le vrai chef-d'œuvre

Il y a quatre ans, avant la remontada, le PSG livrait le meilleur match de son histoire en Ligue des champions face au Barça (4-0). Retour sur une nuit unique.

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Il faut l’imaginer, seul, lunettes posées sur le bout du nez, habillé d’un survêtement trop large et un café serré coincé entre les doigts. Enfoui dans son salon, quelque part dans la province de Santa Fe, en Argentine, Marcelo Bielsa a la tête qui tourne, et la Saint-Valentin n’y est pour rien. Sur l’écran qui lui fait face, onze types déchaînés font virer au chaos un simple huitième de finale aller de Ligue des champions et ne cessent de dégoupiller des grenades aux quatre coins du gazon d’un Parc des Princes devenu irrespirable. « Bielsa m’a dit que le meilleur football qu’il avait vu, après le Barça de Guardiola, c’était le PSG lors de cette victoire contre le Barça » , soufflera plusieurs mois plus tard Unai Emery, le cerveau planqué derrière le chef-d’œuvre, lors d’un entretien donné à RMC Sport. Rares sont en effet les matchs qu’il est possible de ranger sur la même étagère que ce PSG-Barça de février 2017. On parle ici d’une soirée d’étourdissement, d’une nuit où le PSG version QSI a su aligner les planètes et faire suer le FC Barcelone de Luis Enrique grâce à un élément non négociable au haut niveau : l’intensité. Celle de tous les instants, de tous les duels, de toutes les projections. Celle de la première seconde au dernier ballon. Celle qu’il est possible de résumer, quatre ans après, par une image et une seule : celle d’un Edinson Cavani cinglé, fêtant le quatrième but du soir comme s’il venait d’inscrire une tête rageuse à la dernière seconde et faisant littéralement le tour du terrain pour venir glisser comme un gosse se roulant dans le sable au niveau du poteau de corner situé à droite de son propre gardien, Kevin Trapp. Tout ça méritait bien un passage au magnéto, avec une question imprimée au fond du crâne : mais comment tout ça a-t-il été rendu possible ?




« Nous voulions jouer le premier rôle et montrer notre supériorité. Donc nous avons décidé de commencer par presser le porteur du ballon face à une équipe qui veut toujours avancer avec le ballon. Une pression très agressive. C’était spectaculaire. Nous avons mis en place des duels. Onze contre onze, un contre un, pour être capables de les étouffer, d’attaquer très rapidement les espaces et c’est pour ça que ça a été un superbe match. » Unai Emery

Fourchettes dans les yeux et jeu de position faiblard


Réponse de Marco Verratti, auteur cette nuit-là d’un match golden avec et sans ballon, livrée dans la foulée de la rencontre : « Tout ce qu’il s’est passé sur le terrain était préparé. » Emery raconte ce plan anti-Barça, toujours à RMC Sport : « Face au Barça, nous voulions jouer le premier rôle et montrer notre supériorité. Donc nous avons décidé de commencer par presser le porteur du ballon face à une équipe qui veut toujours avancer avec le ballon. Une pression très agressive. C’était spectaculaire. Nous avons préparé le match pour les presser à tout instant, mais en se préparant aussi au fait que s’ils arrivaient à supporter la pression, ils trouveraient des espaces et pourraient nous faire mal. Nous avons donc réussi à nous replier rapidement quand ils récupéraient le ballon et également à les attaquer en contre. Nous avons mis en place des duels. Onze contre onze, un contre un, pour être capables de les étouffer, d’attaquer très rapidement les espaces, et c’est pour ça que ça a été un superbe match. » Les mots d’Emery amènent à la préparation défensive du PSG, qui s’est pointé à cette soirée avec deux costumes dans le sac : un pour gêner les sorties de balle du Barça et un pour défendre dans sa moitié de terrain.


On a d’abord vu la première veste, dessinée avec précision par l’entraîneur basque et dont l’objectif premier était de planter des fourchettes dans les yeux de ce Barça : Sergio Busquets. Les boutons ? Un pressing très haut et très agressif, Edinson Cavani chargé d’interrompre les discussions entre Marc-André ter Stegen et Busquets, un duo Draxler-Di María missionnés pour sortir sur Piqué et Umtiti en fonction de la première passe du gardien catalan, et deux milieux chasseurs (Verratti et Matuidi) envoyés pour faire reculer Iniesta - surtout - et André Gomes - un peu moins, car le milieu portugais n’a que très peu décroché. La conséquence ? Ter Stegen a souvent été pris à la gorge et a rendu de nombreux ballons au PSG.


Illustration à la 7e minute. Ter Stegen joue un 6 mètres avec Iniesta, tout de suite pressé par Verratti. Pendant ce temps, Cavani, soutenu par Rabiot, s’est installé devant Busquets, alors que Draxler et Di María contrôlent les centraux du Barça.


Le ballon arrive sur Umtiti. Résultat : Di Maria sort sur le défenseur français et Cavani s’apprête à sortir sur Ter Stegen alors que Rabiot resserre sur Busquets.


Sous la pression de Cavani, Ter Stegen est obligé de balancer en urgence : ballon envoyé en touche et rendu au PSG.

Un chiffre pour mesurer l’impact de cette première approche : au cours de la soirée, Busquets n’a pu délivrer qu’une petite quinzaine de passes vers l’avant (sur 59 tentées), n’a échangé que 10 ballons avec Iniesta et n’a été touché que 68 fois, une misère à son échelle. À cela, il faut ajouter que le PSG a été impérial dans le contre-pressing, ce qui s’explique par le fait que les hommes d’Emery ont réussi à maintenir un bloc très haut et très agressif, ce qui n’est pas toujours simple, car il arrive souvent qu’une partie de l’équipe presse, alors qu’une autre reste en contrôle. Là, les Parisiens, qui ont intercepté une grosse cinquantaine de ballons au cours de la rencontre, ont avancé en groupe, et Emery a réussi à réunir l’intégralité de ses hommes autour de son projet. Au premier rang : sa triplette posée au milieu (Verratti, Rabiot et Matuidi), qui n’a laissé aucun morceau de steak au Barça (31 ballons récupérés à eux trois, dont 12 dans le camp du Barça).


Trois exemples du cannibalisme des milieux parisiens : ici, Rabiot dévore un Messi venu décrocher pour exister un peu dans cette rencontre. Le PSG peut rapidement partir en transition derrière...


... et marquer.


Séquence encore plus frappante en début de seconde période, qui va déboucher sur un centre de Rabiot.


Là, c’est Blaise Matuidi, qui coupe aussi Messi et ferme la diagonale préférée de l’Argentin.


Enfin, Marco Verratti, souvent au second ballon, comme sur ce centre de Kurzawa repoussé, ce qui permet au PSG de maintenir sa hauteur de bloc.

L’objectif d’Unai Emery était d’attraper très haut les offensifs du Barça (Neymar, Messi et Suárez), et à ce petit jeu, le Basque a gagné, avec un grand Kimpembe, le PSG n’étant finalement mis en difficulté que lorsque Neymar, meilleur dribbleur du match, a réussi, sur quelques séquences, à jouer avec Thomas Meunier. C’est notamment de lui qu’est venue la meilleure occasion du Barça, pour André Gomes, parfaitement éteinte par Trapp.


Après avoir décroché et joué un une-deux avec Suárez dans son camp, Neymar entre à l’intérieur et peut trouver André Gomes. Cette situation montre un autre élément : le fait que Kurzawa se concentre davantage sur Messi - un risque assumé - que sur Gomes.

Rapidement devant au score, le PSG, qui a tourné à 60% de possession de balle avant le coup franc gagnant de Di María (18e), a ensuite su alterner entre les rythmes et se présenter avec un bloc bas, qui a pris la forme d’un 4-5-1 (ou 4-1-4-1) assez clair. Sur ces séquences, les Parisiens ont aussi brillé par leur capacité à toujours être en surnombre et à toujours réussir à compenser chaque déplacement. À plusieurs reprises, Neymar a même été pris à trois : un joueur sur ses basques, un pour l’empêcher de prendre le couloir en cas de dribble gagnant, un autre pour fermer l’intérieur du jeu. Le PSG a alors parfois laissé le ballon au Barça, mais l’a privé de toutes solutions (pas de troisième homme, pas d’homme libre), tout en profitant au passage d’un jeu de position faiblard.


Le 4-5-1 avec Cavani sur Busquets, des ailiers (Draxler et Di María) disciplinés et des milieux prêts à sortir au pressing pour empêcher le Barça de progresser.


Comment se procurer des occasions sans mettre de joueurs à l’intérieur ?

Finalement, le Barça, dont les milieux ont brillé par leur non-mobilité, n’a jamais été dangereux et n’a cadré qu’une seule frappe. Lionel Messi a notamment été rendu neutre : 51 ballons, deux dribbles réussis sur six tentés, un tir...

Les portes latérales


Vide d’idées avec ballon, mais surtout dominée physiquement et tactiquement, la structure de Luis Enrique a été percée sans ballon, et ce, alors que le PSG était privé de son sablier, Thiago Motta, et de son patron, Thiago Silva. Grave ? Emery s’expliquera quelques mois plus tard : « Sans Thiago Silva et avec Kimpembe, on a été plus agressifs... » Le PSG, intraitable défensivement, a peut-être eu finalement moins le ballon (43% du temps), mais 18% des temps de possession parisiens ont fini dans la surface du Barça (contre 8% côté catalan). Le tableau de bord le prouve : les Parisiens ont tiré 16 fois et ont cadré 10 fois. Dans un autre monde, ce match aller aurait pu se boucler sur un score bien plus large. Mais ce match aller est surtout un bel objet d’étude pour montrer comment les latéraux peuvent aider à briser une pression adverse. C’est ainsi que la grande majorité des cartouches parisiennes ont été fabriquées.


En phase défensive, le Barça s’est déployé en 4-4-2, ce qui a débouché sur une situation assez simple, aidée par un Trapp à l’aise au pied : puisque toutes les portes intérieures sont fermées, le gardien allemand peut relancer vers le joueur « libre » , Layvin Kurzawa.


On retrouve encore Kurzawa ici : le PSG est toujours en surnombre, notamment quand Messi ne fait pas l’effort comme ici pour serrer Rabiot. Trouvé, Draxler sait alors qu’il va pouvoir faire respirer son équipe...


... Rabiot est trouvé à l’intérieur.


Trouvé, Kurzawa fait encore sortir André Gomes, mais peut rapidement jouer vers Matuidi, dans le dos du milieu portugais.


Autre côté : juste après la pause, Trapp sort avec Meunier, force Alba à monter, alors que Di María a éjecté Umtiti de sa zone. Sur un une-deux rapide, le PSG a créé un décalage.


Après plusieurs essais, les deux derniers buts parisiens ont débouché sur des séquences similaires.


Dix minutes après la pause, Trapp repart avec Rabiot, alors que Marquinhos et Kimpembe se sont placés de part et d’autre de la surface.


Après avoir gagné son duel avec Messi, le Français remonte le ballon et profite - encore - de la sortie d’André Gomes sur Kurzawa pour lancer le décalage avec Draxler...


Draxler remet en une touche vers Matuidi, qui trouve rapidement un Kurzawa rentré à l’intérieur...


Le ballon est ensuite décalé sur Di María...


Fin du mouvement : 3-0.


Quinze minutes plus tard, le PSG ressort avec Meunier, qui se joue de Neymar...


Le Barça est percé en plein cœur : le Belge n’a plus qu’à lancer Cavani. 4-0.


À ces bons circuits, il faut ajouter le fait que le Barça a laissé des espaces immenses au PSG : une fois le ballon récupéré, Matuidi, également précieux dans ses projections, et Rabiot ont quasiment toujours eu dix ou quinze mètres devant eux pour s’éclater.


On le voit ici, avec l’espace immense laissé à Verratti pour sortir le ballon.


Pareil ici pour Rabiot.


Là pour Di María, qui peut alors lancer un Matuidi en feu...


Autre exemple avec ce ballon récupéré bas : Verratti joue en cloche vers Meunier, qui lance Di María dans le dos d’Iniesta...


Derrière, Di María a un champ libre énorme avant de trouver Draxler côté gauche.


Une équipe qui laisse des espaces, une autre qui quadrille le moindre centimètre, plus un Unai Emery malin pour cibler les zones (notamment le côté droit vulnérable du Barça, où le PSG a attaqué 49% du temps). Au bout : « un match parfait » (Verratti) et un PSG délicieux, de A à Z, qui a cette nuit-là livré le meilleur match de son histoire. Des rires aux larmes.

Par Maxime Brigand