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Jours d'espoir et nuit de défaite pour les supporters du PSG

De la liesse de la demi-finale de mardi dernier à un dimanche soir maussade terminé aux alentours du Parc des Princes, récit de la drôle de semaine vécue par les supporters parisiens, des ultras aux lambda.

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Ses yeux sont mouillés, mais elle ne pleure pas de tristesse : elle essuie simplement les larmes causées par une bombe lacrymogène. Elle porte des baskets et une jupe blanche qui échoue à mi-cuisses, de la même couleur que son maillot du PSG, et elle est accroupie devant le bar des Deux Stades, une institution de supporters posée à 50m de la porte H du Parc des Princes. C’est le feu autour d’elle et justement, elle est au téléphone avec les pompiers. Son maquillage coule, mais elle s’en fout : la paume de la main droite sur l’oreille, elle explique prestement que son ami vient de se retourner la rotule. C’est effrayant à voir, la tête de l’os a pivoté de 45° sur la droite. « Ça arrive souvent » , paraît-il. Empilés au milieu de centaines d’autres dans ce bar qui dégueulait de monde il y a encore quelques secondes, ils ont été pris par la vague de panique qui a saisi la foule lorsque la police a chargé. Lui est tombé, à 20h55 précises. Elle ? Une porcelaine dans un magasin d'éléphants. Le match n’avait même pas encore commencé.



La manucure rouge de la jeune femme brille à la lumière des feux de Bengale allumés ici et là par des individus encagoulés, et les lacrymo continuent de pleuvoir comme des bombes venues du ciel, leurs éclats se retrouvant ensuite sur les joues des passants, traversées de larmes verticales qui luisent comme de la bave d’escargot. Au téléphone, la conversation dégénère : les secours ne pourront pas franchir facilement la barrière policière. Leur soirée est terminée. Tant mieux pour eux, ils ne verront pas la suite : deux heures de rien aux alentours du Parc des Princes, lieu informel de rendez-vous pour ceux qui n’avaient pas décroché une place pour regarder la finale de la Ligue des champions à l’intérieur de l’enceinte, pour les lambda, pour les casseurs, les paumés, les bien intentionnés, les flics. Pour quel résultat ? Cette image : dimanche soir, aux alentours de 22h30, Anne, 54 ans, maillot de Paris 2015 sur les épaules, abonnée n°582372, est arrivée aux abords du Parc en observant un « spectacle désolant » . Celui de supporters éparpillés façon puzzle par les CRS dans les rues transverses à l’enceinte, adossés aux grilles en fer, assis sur des poubelles, sur le trottoir, sur leurs espoirs, en train de regarder la défaite des leurs sur leurs téléphones. Tristesse infinie.



RTL contre Fly Emirates

Quelques heures plus tôt, quelques rues plus haut. Près de la porte d’Auteuil, le Collectif Ultras Paris entame un cortège jusqu’au Parc, ultime manœuvre d’une semaine placée sous le signe des symboles. Ils sont 3000, occupent la place de deux A380 dans l’avenue du général Sarrail, et font le bruit d’un avion au décollage. Alors que des banderoles s’élèvent à hauteur de stratosphère, au sol, des marshallers guident la carlingue mouvante à travers les rues, leurs fumigènes dans la main. Peu à peu, la foule, comme la grenouille qui se prenait pour un bœuf, enfle, enfle, et se meut en une procession chaotique. La foule est lente. C’est maintenant une fourmilière humaine qui se répand à ciel ouvert dans les rues de Paris, laissant derrière elle comme unique trace de son passage des cadavres de fumigènes, des masques, des mégots de cigarettes, ici un T-shirt des Red Hot, là un paquet de couches, et une odeur de sueur mouillée à l’alcool. Quand on ne les voit pas, on entend pétarader au loin des feux d’artifice sauvages. Il fait grand jour, et pourtant par instant, on se croirait dans l’introduction d’Apocalypse Now. Le soleil disparaît, le ciel devient rouge, puis il revient, immuablement. Manque les hélicoptères. Manko, 30 berges, polo RTL sur les épaules, observe en périphérie. Il est monté de Besançon la veille après avoir regardé la demie « dans (s)on appart, tout seul comme un gros con » . Né à deux kilomètres du Parc à une époque où Pascal Nouma sortait juste du centre de formation, il s’était toujours dit que le jour où Paris atteindrait la finale de la Ligue des champions - un supporter imagine toujours que ce jour arrivera - il la vivrait ici, porte d’Auteuil. Il écarte les bras vers la foule : « Mon premier match au Parc, c’était au début des années 2000. J’ai regardé les tribunes, pas le terrain. C’est avec eux que je veux le vivre, même si c’est pour voir le match dans un bar bondé. »



« Aujourd’hui, je croise des anciens, des Footix aussi, il faut le dire, mais moi je kiffe. C’est historique. » Bruno, supporter du PSG
Le CUP avance à train de sénateur, devancé d’une banderole « James, à jamais dans nos cœurs » , dernière d’une longue série qui s’est baladée toute la semaine dans plusieurs lieux emblématiques de la ville : pont Alexandre III ( « Lutèce prépare la guerre, écrasez-les !!! » ), à l’hôtel de ville ( « De Paris à Lisbonne, faites trembler l’Europe » ), entre les jambes de la tour Eiffel ( « La tour Eiffel illumine Paris, Paris illumine l’Europe » ), place de la Concorde ( « Paris fais-nous rêver » ), devant le Panthéon ( « Faites entrer Paris au panthéon de la gloire » ), et au bar le Corcoran’s de la porte des Lilas, QG des ultras parisiens. Mardi dernier, ils s’étaient réunis là pour regarder la demi-finale contre Leipzig, à six cents. Entrée filtrée, dix euros et une boisson offerte. Manière pour Franck Ferey, patron du lieu, d’y gagner trois fois : 1) Remplir ses caisses. 2) Filtrer les entrées. 3) Remplacer le banc à 700 euros éventré sous le poids des célébrations. Une demie de C1 est un contexte que le spectateur moyen du PSG n’a jamais connu et qui, fatalement, fait figure de jurisprudence. On découvre les réactions de la foule à mesure qu’elles surviennent. Là, au Corcoran’s, placé à équidistance du 16e et du 93, on dirait que le troupeau de gnous du Roi Lion a fait un détour. Verres éclatés, tables renversées... Le sol des toilettes, en bas, colle comme la moquette brûlée de La Tour Montparnasse infernale, façon chewing-gum. Nassim, analyste dans la prévision des risques, crache justement le sien pour exposer sa lugubre théorie post-apocalyptique : « De toute façon c’est simple, il y a deux scénarios : si on gagne dimanche, en France on va nous dire : "Vous avez profité du Covid, c’était pas des matchs allers-retours." À l’étranger on va nous dire : "La Premier League ça jouait, la Bundesliga aussi, la Serie A aussi, et pas les Français. Vous étiez plus frais, c’est normal que vous ayez gagné." Je ne vais te mentir : on est nombreux ici que la situation fait chier. Parce que même si tu gagnes, tu vas devoir préparer tes arguments. »


Chat et souris

Alors comment vivre la semaine la plus historique de l’histoire de son club dans un contexte où, plus encore que de ses adversaires, c’est de son voisin qu’il faut se méfier ? Sur le papier, deux versions. Celle de Nassim d’un côté, celle d’Hyssa de l’autre, Yepes dans le dos, qui explique s’en « battre les reins de gagner en temps de Covid » et se demande si l’on venait « casser les couilles au Real quand ils tiraient Galatasaray » . Explications : « Pour moi, ça a la même saveur. Le monde déteste la France, la France déteste Paris. Et là, on sera sur le toit du monde. C’est pas mal, non ? » Ce courant de pensée, Bruno, 48 ans, commercial chauve croisé près des Deux Stades, s’y reconnaît. Il a gardé le regard du gamin qu’il était lorsqu'il s’est abonné pour la première fois en tribune Boulogne, à 18 ans. Ses gamins à lui sont restés à la maison. « J’ai connu Pauleta et Weah, Hugo Leal et Daniel Kenedy, la galère, la quasi-relégation, puis l’arrivée des Qataris, dit-il. Alors aujourd’hui, je croise des anciens, des footix aussi, il faut le dire, mais moi je kiffe. C’est historique. » En 1995, l’ethnologue Christian Bromberger détaillait dans Le Match de football. Ethnologie d’une passion partisane à Marseille, Naples et Turin » ce qui régissait l’amour de citoyens pour leur club. Il y écrivait ceci : « C’est le propre des villes sinistrées, nostalgiques d’une grandeur passée et aujourd’hui bafouées de l’extérieur, de porter une ferveur sans commune mesure à l’équipe qui les représente. » En ce sens, le public parisien semble être un formidable objet d’études. On croise là des quinquas, des mineurs, davantage - en apparence - de maillots post-2011, et une population tiraillée entre la passion extrême amenée par ceux qui sont sevrés de frissons européens depuis 1995 et une génération à la peau de bébé qui sait, au fond d'elle, que l’occasion se représentera, tôt ou tard, de leur vivant. Après tout, ils n’ont pas attendu si longtemps pour la première tentative.



Flâner sur les Champs ou autour du Parc des Princes dimanche soir, c’était donc croiser un panel colossal de portraits : certains sont venus là pour casser du flic, d’autres pour savourer le match ou profiter de l’ambiance entre potes sans en voir une minute. Pour un pâle bilan : échaudés par les échauffourées de la demi-finale, les CRS ont reçu pour consigne de « serrer la vis » . Marvin, Jimmy et Bastien regardent ainsi la rencontre sur leur téléphone, spoilés au choix par le stade ou les streamings voisins en avance sur eux, et forcés à progresser de rues en rues à mesure que la police les repousse à coups de charges molles. Un pauvre jeu du chat et de la souris qui va s’achever près de la porte A à 23h où, perchés sur leurs écrans, ce dernier se lâche : « Gros, je suis père de famille, j’ai 32 ans et je me suis fait gazer, alors que je viens boire une bière avec des potes. Je savais pas qu’il fallait ramener du sérum phy. » C’est donc cela, la triste réalité d’une histoire qui s’écrit sans supporters : la solitude. Regarder le match chez soi, en petit comité. Le regarder depuis Lisbonne, en petit comité. Depuis le stade, en petit comité. Depuis un bar, en petit comité. Ou dans la rue où, loin de la vision fantasmée de 20h30, la police a réussi son œuvre : les seuls regroupements de la soirée resteront ceux de types, l’air hagard, qui s'amassent comme des moustiques autour d’une lampe à lumière ultra-violette : leurs téléphones. Les échanges se limiteront à de simples : « Les gars, j’ai plus de batterie, je peux regarder avec vous ? » , à des « Oui » en réponse, évidemment. 23h10, fin du match. 23h30, il n’y a plus personne autour du Parc. Les plus motivés sont partis casser des voitures sur les Champs. Les autres se sont engouffrés dans le métro. Il n’y a décidément pas que les rotules qui se retournent facilement : les talons aussi, quand il s’agit de rentrer chez soi.





Par Théo Denmat, dans Paris / Photos : Renaud Bouchez pour sofoot.com