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  1. // La vie des supporters de Bastia

« Passer le chemin de fer de Furiani, c'est prendre perpète »

Les supporters de France à l’honneur sur sofoot.com. Nous sommes partis à la rencontre de ceux qui font vivre nos stades, qui célèbrent pour leur club, qui pleurent pour leur club. Bref, ceux qui vivent pour leur club. Aujourd’hui, c’est au tour de ceux de Bastia, qui ont prêté serment à la tête de Maure et à la couleur bleue, malgré les hauts et les bas.

Modififié

#1: Julien

Julien Graziani

31 ans, supporter depuis l'enfance, ex-membre de l’ancien groupe de supporters « Bastia 1905 »

« Comme on ne parlait pas de gestes barrière à l’époque, la transmission du virus s’est faite par mon père. La première fois que j’ai franchi les grilles du stade, je devais avoir entre trois et cinq ans. Puis un trou... Et un jour, peut-être à huit ans, j’ai demandé à l’accompagner sans que lui n’insiste ou ne me pousse. Il faut dire qu’à ce moment-là, à la fin des années 1990, le Sporting rêvait à nouveau d’Europe et tournait bien. Je garde une saveur particulière de ce Furiani-là : un stade au milieu de rien, l’odeur merguez frites à l’entrée des tribunes, celle des fumis dès le coup d’envoi... Sans oublier, bien sûr, le célèbre roulement de tambour du Sò elli (notre hymne). Au-delà de ce décorum, ça jouait au ballon avec des joueurs non moins talentueux que rigoureux. Par la suite, il y a eu les années Bernard Casoni en Ligue 2, caractérisées par un profond ennui et un désamour flagrant envers le club. C’est pourtant durant cette période que je me suis véritablement accroché au club, à travers mon investissement dans "Bastia 1905". De là est né un engagement quasiment militant avec l’idée d’exprimer une identité insulaire, mais aussi propre au supporterisme bastiais. Exprimer, mais surtout perpétuer cette singularité qui s’estompe peu à peu.

« Bastia, c’est un mouvement flou qui fonctionne par soubresaut lorsque l’urgence devient absolue. » Julien
En 2009-2010, un élan populaire organisé autour d’un collectif de supporters auquel j’ai activement participé est apparu. En bon pompier de service, Faruk Hadžibegić avait attaqué une réunion, devant 200 acharnés qui ne demandaient qu’à rallumer la flamme, par : "Vous êtes devenus trop gentils. Moi, de mémoire, c'est impossible pour les visiteurs de gagner à Bastia à cause des supporters." J’ai aussi le souvenir d’une conversation téléphonique houleuse avec Pascal Lota, dirigeant bien connu de Corsica Ferries, qui ne voulait tout simplement pas de nous sur ses bateaux. Les années qui suivent ont été purement exceptionnelles, on a assisté à la renaissance de l’institution et une ferveur populaire inégalée dans l’histoire du club voyait le jour. Stade plein, tifos sur tout le stade... Le Sporting avait retrouvé sa place dans la société corse, le club était de retour dans les médias et des familles entières retournaient au stade. Je travaillais sur Ajaccio, à l’époque. Partout, on m’arrêtait pour me parler du Sporting. Des enfants, des adultes... Une fois, au boulot, un joueur du Gazélec est arrivé avec son téléphone et m’a montré une vidéo où j’apparaissais. A suivi une discussion d’une demi-heure, où il était uniquement question de Bastia. Autre anecdote, lors de Bastia-Caen en 2005-2006. Match tendu pour la remontée, à la suite de l’aller où les joueurs avaient pris des coups. On savait que si on ne gagnait pas, tout allait péter. En arrivant au stade, le responsable de la sécurité était venu nous voir : « Ce soir, vous avez carte blanche. » Bien entendu, on a perdu... Au coup de sifflet final, comme par miracle, une porte s’était ouverte et l’envahissement de terrain avait eu lieu. Plus tard, on a demandé à la personne comment elle avait fait pour ouvrir la porte. Sa réponse : « Ben, j’ai cherché le code du cadenas et j’ai essayé 12345. »

Bastia, c’est un mouvement flou qui fonctionne par soubresaut lorsque l’urgence devient absolue. Comme avec la création du mouvement des socios alors que le club était à l’agonie, par exemple. L’archétype de l’art méditerranéen, quoi ! À travers mon parcours, j’ai pu constater que le Sporting est un puissant vecteur d’identité et de rassemblement sociétal. Toutes les générations, toutes les couches de la société corse sont concernées. Par son histoire et notamment son moment de gloire atteint lors d’une période politique faste pour la Corse, sa dimension sociétale agit comme le porte-drapeau de tout un peuple. Il est devenu le symbole du petit club contre les grands, de la représentation dans l’imaginaire collectif de la Corse contre la France. Il a souvent cristallisé les tensions entre l’île et la métropole, parfois avec des dérapages évitables. Le Sporting se nourrit de ce phénomène, non sans une part de victimisation du traitement du club par les instances. Furiani reste un conglomérat de plusieurs identités et comportements, sous influence du Calcio à la base, qui donnent une singularité et un esprit particulier à l’atmosphère du stade lorsqu'elles se synchronisent. Un esprit parfois brouillon, bien souvent sans cohérence et aussi spontané, car Furiani est un public à réaction. »

#2: Loïc

Loïc Capretti

29 ans, supporter depuis 1995, membre fondateur du groupe de socios « Étoile Club bastiais »

« Depuis tout petit, j'ai été bercé par les histoires de ce club à part qu’est le Sporting. Mon père était un "bleu foncé", il a suivi toute l’épopée européenne pendant sa jeunesse durant laquelle il a même été joueur du club. C’est lui qui m’a transmis cette passion, en m’amenant au stade très tôt et en me racontant toutes ses anecdotes. Ici, on dit souvent que "quand on passe le chemin de fer qui nous emmène au stade, on prend perpète"... Je n’ai pas dérogé à la règle ! À titre personnel, ce sentiment du petit club corse seul contre tous et qui lutte contre les injustices des instances du football français est pour beaucoup dans l’attachement et l’identification. C’est également un effet miroir sur ce que peut connaître la société corse depuis des décennies, et je pense que c’est pour cette raison qu'il y a beaucoup de gens en tribunes qui adorent le Sporting sans vraiment aimer le foot. Même si, dans la grande majorité, nous sommes des passionnés de ce sport. Reste qu’en Corse, Bastia est plus que ça : c’est une religion. Le Sporting englobe en effet une dimension culturelle et sociale unique, qui en fait un club à part.

« Frédéric Hantz m’a fait la remarque, un jour : Bastia n’a connu que des périodes sur courant alternatif, faites de haut et de bas avec rarement un juste milieu. » Loïc
Nous avons connu plus de moments difficiles que d’heures de gloire, c’est évident. Mais paradoxalement, c’est dans ces périodes compliquées que nous avons construit les bases de nos succès obtenus par la suite. Ce club a toujours su se relever d’où l’on ne se relève pas, et il le prouve encore actuellement. Frédéric Hantz m’a fait la remarque, un jour : Bastia n’a connu que des périodes sur courant alternatif, faites de haut et de bas avec rarement un juste milieu. En quatre ans passés chez nous, cet homme avait déjà tout compris. Aujourd’hui, nous mangeons notre pain noir. Mais je sais que l’on retrouvera rapidement la place qui est la nôtre, c’est notre destin et c’est dans notre ADN.

Le Sporting, on l’aime également pour les "macagnes" (expression corse faisant référence à des "blagues", à l’humour des habitants de l'île) présentes en tribunes. Les Turchini en sont plutôt friands et avec mes amis de Minenfootu, émission de Web TV traitant de l’actualité du club, nous étions experts en la matière. Un jour, pour la venue de l’OM, nous avions fait entrer un déguisement d’un des sept nains de Blanche-Neige en hommage à Mathieu Valbuena. Lors de l’échauffement, nous étions côté marseillais : tous ses coéquipiers se moquaient de lui, ils riaient aux éclats ! Lui, en revanche, avait beaucoup moins apprécié... Toujours avec Minenfootu, lors de la semaine qui a précédé la finale de la Coupe de la Ligue en 2015 contre le Paris Saint-Germain, nous sommes arrivés déguisés en Qataris à l’entraînement du Sporting à bord d’une 4L. Un épisode qui nous a valu des interviews devant les caméras de bon nombre de médias nationaux, et également un buzz à l’étranger. Avait suivi un tour d’honneur dans les rues de Bastia en décapotable : les gens sortaient tous des bars et des commerces pour venir prendre des photos, les jeunes nous escortaient en scooter... Ça avait duré toute l’après-midi, c’était vraiment la folie. »

#3: Anthony

Anthony Luciani

46 ans, supporter depuis 1987, membre fondateur du club de supporters « Testa Mora 92 » et du groupe de socios « Étoile Club bastiais »

« Comme beaucoup d'enfants, je suis devenu fan la première fois où je suis allé au stade. C'était en 1987, nous étions à l'époque en deuxième division. Nous recevions Lille, qui évoluait dans l'élite, en match aller-retour de Coupe de France. On avait perdu 1-0, là-bas. Pour la deuxième manche, je me suis donc retrouvé en Tribune Est. Une tribune mythique, surnommée la "Tribune des Fous" dans les années 1980. Stade plein, ambiance de folie... Ça s’est terminé par un 0-0, avec tous les ingrédients qui m'ont tatoué et que j'ai toujours retrouvés jusqu'à aujourd'hui : erreurs d'arbitrage, expulsions, cartons à gogo... Malgré l'élimination, j'étais désormais condamné à aimer ce club à vie. Je me suis ensuite régulièrement rendu au stade, puis, au moment de la catastrophe de Furiani en 1992 et alors que le club était au plus mal, j'ai commencé à m’investir en rejoignant la création du club de supporters "Testa Mora 92" ("TM92"). Comme il n'y avait plus de stade, le club a joué six mois à Ajaccio, et ce club de supporters a permis de continuer à encourager l’équipe, avec notamment la mise en place de bus pour le transport des fans. La richesse de ce club de supporters, c'est qu’il y avait des personnes de tous les bords : des nationalistes, des gens de droite, des gens de gauche, des gens qui s’en foutaient... Et ça, c'est important pour fédérer.

« Au stade, j’ai vu des chefs d’entreprise ou des médecins disjoncter complètement. » Anthony
Supporter véritablement son club réclame beaucoup de sacrifices, au niveau relationnel par exemple. Aussi, je peux dire que j’ai parfois sacrifié ma vie sentimentale pour mon club. En même temps, on s’identifie au Sporting pour tellement de raisons... On s’identifie au Sporting pour ses matchs à émotion, déjà : son histoire en Coupe d’Europe, perpétuée par des exploits en Coupe de France... On s’identifie au Sporting parce que personne ne vient gagner ici, parce que les joueurs ont toujours dépassé leurs limites pour obtenir un résultat. Surtout, on s’identifie au Sporting parce qu’on a la grosse impression que nous, le public, faisons gagner des matchs. Ça, c’est un sentiment immense. Avec des bons et des mauvais côtés, certes, mais le public a toujours représenté un acteur phare et l’atout essentiel – le principal, je dirais même – du club. Pour toutes ces raisons, nous avons pris le temps de créer une émission télévisuelle sur le web qui s’appelle Minenfootu. Elle existe depuis sept ans et elle est dédiée aux supporters, ce qui la rend unique en France. Il faut savoir qu’avant de disposer de notre propre studio, nous avons commencé... dans la cave d’un café ! Au-delà de ça, j’ai été président du groupe des socios. Avant de partir, nous avons fait entrer les supporters dans le conseil d’administration du club. C’était mon objectif, et c’est tout un symbole.

Ce club nous permet d’oublier les galères de nos vies quotidiennes, c'est un réel exutoire. Au stade, j’ai vu des chefs d’entreprise ou des médecins (bref, des gens de la haute comme on dit) disjoncter complètement. Le Sporting, c’est ça : le temps d’un match, le rang social est identique pour tout le monde. Que tu sois manutentionnaire ou pilote de ligne, tu es au même niveau que ton voisin. Autre chose importante : le fait que des joueurs, lambda ailleurs, soient ici devenus des terreurs. Autrement dit, ce club transforme et transcende les footballeurs. À Bastia, le joueur n’a pas le choix : il doit forcer sa nature pour rentrer dans les codes, et fracasser ses propres barrières si cela est nécessaire. Si un gars n’en est pas capable, il ne s’adaptera jamais. Le Sporting, c'est un peu la Légion : on oublie ton passé si tu donnes tout. Enfin, ne jamais oublier le poids de la transmission. Pendant la majeure partie de ma vie, j’étais en Tribune Est. Tout ce qu’on nous a inculqué, nous l’avons hérité de nos aînés des années 1970-1980. Nous, la génération 1990-2000, nous avons par la suite passé le flambeau à la nouvelle génération 2010-2020. Car l’histoire doit toujours s’écrire : j’espère en avoir rédigé un chapitre, mais le livre ne s’achèvera jamais... »

#4: Pierre-Paul

Pierre-Paul Calendini

64 ans, supporter depuis 1965, ex-président de « L'Amicale des Corses d'Aix-en-Provence »

« Je suis né à Aix-en-Provence et mes parents, pas des dingues de football, sont originaires de Corse. Quand j'étais enfant, nous passions d'ailleurs les deux mois de vacances estivales au village (situé près de Bastia, ceci explique cela) et j'ai commencé ma vie de supporter en collectionnant les vignettes Panini des joueurs de Bastia. Au village, il y avait des supporters de l'Olympique de Marseille. Dont un d'une trentaine d'années, qui parlait très fort et qui revendiquait ostensiblement son amour pour l'OM. Alors, dès qu'on le voyait arriver en voiture, on plaçait des pierres sur la route pour lui faire barrage afin qu'il ne puisse pas passer. Il savait que moi et mes copains étions à l’origine de ce barrage, nous étions cachés et il hurlait en disant qu'il nous retrouverait. On se chambrait comme ça, ça commençait fort...

« La mer n'empêche pas la passion commune, encore moins quand il s'agit d'un club avec cette force d'identité. » Pierre-Paul
Des dates mémorables, il y en a eu un paquet. Le 4 juin 1972, date de la finale de Coupe de France contre Marseille que j'ai vue à la télévision, par exemple. Ensuite, il y a eu l'épopée européenne. J'étais au stade lors de la demi-finale contre Zürich, en Tribune Est. Il pleuvait et quand Claude Papi a marqué son but, tout le monde s'est évidemment levé d'un coup... en emportant mes lunettes ! Plus de lunettes, impossible de les retrouver et de voir quoi que ce soit. Je me souviens aussi de la finale de 1981, face à Saint-Étienne. Là, ça se passait à Aix. À l'époque, l'université de Corte n'existait pas et tous les étudiants corses réalisaient leurs études à Aix ou Nice. Du coup, le soir de la victoire, on se serait cru sur le vieux port de Bastia... L'ambiance était folle, il y avait des drapeaux partout et des klaxons plein les oreilles. Comme si Aix était devenu, le temps d'une soirée, une ville corse. Parmi tous mes meilleurs moments, je soulignerais également la finale de 2002 contre Lorient où nous étions partis à Paris en bus. Nous avions perdu, et l'événement avait été marqué par l'histoire de La Marseillaise sifflée. Le lendemain, lorsque les journaux télévisés ont montré les images avec Jacques Chirac, on voyait immédiatement notre banderole ! Alors que nous, L'Amicale des Corses d'Aix-en-Provence, nous ne faisions pas partie de la polémique au moment où ça s'est passé. C'était donc un coup de communication involontaire, si je puis dire. Il paraît qu'il n'y a pas de mauvaise publicité, de toute façon... Et puis, comment oublier 2005 et le match du Centenaire en lever de rideau de Bastia-Montpellier (Ligue 2) où j'étais invité pour disputer un match contre les anciennes gloires du Sporting ? Là, c'était vraiment fort en émotions. Je l'ai pris comme une satisfaction personnelle, comme une incroyable récompense du travail accompli et comme une fierté de supporter. Il devait faire 1°C, mais on ne sentait pas le froid tant c'était fabuleux.

Pour la finale de Coupe de la Ligue de 2015 contre le Paris Saint-Germain, c'était assez drôle : nous avions reçu 80 billets, et j'avais eu plus de... 1000 demandes ! Donc on avait choisi ceux qui étaient là dans les moments difficiles, car il ne faut pas oublier que le fan supporte Bastia aussi et surtout dans les périodes creuses. Notre devise, ça a toujours été ça : soutenir le Sporting dans les phases compliquées. Que ce soit après la catastrophe de Furiani ou la récente rétrogradation à la suite des déboires économiques, il y a toujours eu des déplacements organisés par le groupe d'Aix ou Nice. Même pour des déplacements dans des petites communes ou des petits stades, il y a toujours au moins quatre voitures. La mer n'empêche pas la passion commune, encore moins quand il s'agit d'un club avec cette force d'identité. Laquelle, je crois, doit beaucoup au mouvement régionaliste des années 1975. Ajoutez à ça l'épopée européenne, qui a fait passer l'entité à un niveau supérieur sur le plan national et même continental... Automatiquement, le Sporting a été vu comme le club représentatif de la Corse. »

#5: Maí

Maí Prescelti

39 ans, supporter depuis 1990, ex-capo et ex-porte-parole du Collectif des supporters bastiais

« J’ai du mal à situer depuis quand je suis supporter du Sporting, car j’ai l’impression que cela a toujours fait partie de moi. Alors disons que vers mes douze ans, j’ai vraiment commencé à suivre de près les résultats et l’actualité du club. Ma principale frustration réside dans le fait que je suis né à Porto-Vecchio, ville située à l’extrême Sud de la Corse, alors que Bastia se trouve au Nord de l’île, et que j’y ai grandi. De ce fait, je n’ai pu aller régulièrement au stade qu’après avoir obtenu mon permis de conduire en 1999. Il n’empêche, les souvenirs mémorables sont très nombreux. Si je devais n’en retenir que quelques-uns ? Les deux remontées successives, du National à la Ligue 1, deux ans après avoir frôlé le dépôt de bilan, pour leurs aspects populaires incroyables. Les derbys contre l’AC Ajaccio, les matchs face à Nice et les duels devant Marseille avec tous leurs à-côtés. Quoi qu’on en dise ou qu’on en pense, ces rencontres créent des souvenirs inoubliables. Les finales de Coupe de France de 2002 (Bastia-Lorient, 0-1) et de Coupe de la Ligue de 2015 (Bastia-Paris Saint-Germain, 0-4) aussi. J’ai également et bizarrement conservé un souvenir très marqué d’un match que j’écoutais à la radio, je ne sais pas vraiment pourquoi j’ai souvent cette rencontre en tête : lors de la saison 1996-1997, l’OM venait de remonter en D1 et on a gagné 2-0 à Furiani. Et puis, et puis... La liste est beaucoup trop longue, en fait !

« Beaucoup de gens se sont retrouvés au stade sans savoir ce qu’était un ballon, juste pour soutenir la Corse contre des clubs français. » Maí
Je pense être tombé amoureux du Sporting au moment où l’on m’a raconté l’histoire de Claude Papi, légende du football corse. Étant porto-vecchiais comme lui, je me suis forcément identifié au club. Mais, au fond, l’amour du Sporting est plus douloureux qu’autre chose. Sans aucun sexisme ou aucune misogynie, je dois dire que... Le Sporting, c’est un peu cette femme qui te fait cocu sans arrêt, mais que tu aimes quand même sans pouvoir l’expliquer. Et si tu réussis à la plaquer un jour, tu y retournes comme un couillon dès qu’elle te rappelle. L’identification à ce club peut venir de plusieurs facteurs, notamment des affinités particulières ressenties envers des joueurs. Par l’aspect "politico-sportif", aussi : Bastia est le club de la Corse, il fait partie intégrante de son histoire et y a grandement contribué. Beaucoup de gens se sont retrouvés au stade sans savoir ce qu’était un ballon, juste pour soutenir la Corse contre des clubs français. La démarche était avant tout politique, et en 2021, cela demeure toujours vrai. Chose qui a, très certainement, contribué à l’ambiance si particulière de Furiani. Ce n’était et ce n’est pas que du foot, loin de là !

Il me semble difficile d’expliquer comment il faut ou comment on peut traverser les moments de joie ou de galère, car chacun vit sa passion à sa façon. Je pense toutefois que ça dépend un peu de l’âge, et de l’approche que l’on a des événements. Aujourd’hui, je suis par exemple père de famille : mes préoccupations ne sont plus exclusivement axées sur le Sporting, donc je prends les choses avec plus de légèreté... Même si je suis toujours aussi amoureux de mon club. Avec l’expérience, il y a également une certaine anticipation qui permet d’être préparé psychologiquement. Prenons l’exemple de la descente aux enfers des dernières années, qui a fait passer Bastia de l’élite à la cinquième division : avec quelques-uns, nous l’avions vu venir trois ans auparavant, et cette chute ne nous a donc malheureusement pas surpris... Vraiment pas. »
Propos recueillis par Florian Cadu, à Bastia Épisode 1 : Toulouse
Épisode 2 : Reims
Épisode 3 : Nantes
Épisode 4 : Marseille
Épisode 5 : Lens
Épisode 6 : Nice
Épisode 7 : Metz
Épisode 8 : Montpellier
Épisode 9 : Dijon
Épisode 10 : Brest
Épisode 11 : Sections féminines

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