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Sole Jaimes : « Dans mon pays, personne ne me connaît »

Pour vivre de sa passion, le football, Soledad Jaimes a dû quitter son pays en 2014, après plusieurs années passées à Boca Juniors. Meilleure buteuse au Brésil puis en Chine, la numéro 9 de la sélection argentine évolue désormais à l’OL, où elle est arrivée l'hiver dernier. Avant d’entamer la première Coupe du monde de l’Albiceleste depuis 12 ans, Sole, 30 ans, raconte sa drôle de carrière et se confie longuement sur le manque de soutien reçu par les filles en Argentine. Sans filtre, et avec un fort accent brésilien.

Tu as grandi à Nogoya, petite ville de la province d’Entre Ríos, avec une sœur et cinq frères. Ce sont eux qui t’ont menée vers le football ?
Oui, j’ai commencé à jouer avec eux à 7 ans au parc du coin, mais c’était des garçons et ils ne voulaient pas trop m’intégrer. On se disputait tout le temps, ils ne me voulaient pas avec leurs amis. Surtout que les autres me prenaient toujours dans leur équipe, et pas eux. Je me réveillais le matin et je ne voulais qu’une seule chose : aller au parc, où j’étais la seule fille. Je ne sais pas pourquoi je suis née footballeuse comme ça, mes parents n’étaient pas du tout foot. J’avais juste un frère boxeur et un autre, décédé, qui faisait du triathlon.

C’était quoi, la suite, après le parc ?
Des tournois entre écoles avec les filles, mais je n’aimais pas ça, parce qu’elles le faisaient par obligation, alors que moi, j’avais vraiment ça à l’intérieur. En plus, c’était trop facile. Vers 11 ans, j’ai rejoint un club, le Sirio Libanés, près de chez nous, où ils me laissaient jouer avec les garçons. Puis un autre, San Miguel. C’est là qu’un homme m’a vue et est venu me demander si je voulais faire un essai à River Plate. J’avais 15 ans, je l’ai regardé avec des grands yeux et j’ai répondu : « Bien sûr, mais je ne sais pas si ma mère va me laisser y aller... »

Elle a dit oui ?
Oui, heureusement, elle m’a toujours soutenue. Sauf qu’en arrivant à Buenos Aires, ils ne faisaient plus d’essais. J’étais dépitée. Sur place, j’avais un demi-frère, du côté de mon père, beaucoup plus âgé que moi, qui m’a accueillie. Lui était fan de Boca, il a commencé à chercher des numéros de téléphone du club pour me trouver un test à passer.
« Mon père est mort à ma naissance. Quand je jouais au foot, je le faisais pieds nus, parce que si j’abîmais mes chaussures, ma mère allait me tuer. Elle était femme de ménage et devait faire manger sept enfants. On n’avait aucune marge. »
J’y suis allée et ils m’ont prise en deux semaines. C’est là que le rêve a commencé. Après une saison, j’étais déjà convoquée en sélection avec les U20.

Petite, que savais-tu du football féminin ?
Rien. J’avais juste vaguement entendu parler de la sélection brésilienne. À cette époque, le foot féminin argentin n’avait aucune structure, il n’existait quasiment pas. Et puis moi, je venais d’une famille très modeste, on n’avait pas le câble, même des matchs de garçons, j’en voyais très peu. C’était une enfance difficile. Mon père est mort à ma naissance. Quand je jouais au foot, je le faisais pieds nus, parce que si j’abîmais mes chaussures, ma mère allait me tuer. Elle était femme de ménage et devait faire manger sept enfants. On n’avait aucune marge.

À Boca, tu touchais un salaire ?
Avec ce qu’ils me donnaient, je ne pouvais même pas m’acheter des chaussures. Grâce à Nike, on avait quand même droit à une paire par an, plus un sac et deux-trois fringues pour s’entraîner. Le peu d’argent qu’on avait, je l’utilisais pour les transports. J’habitais chez mon frère en banlieue sud, à Florencio Varela, et pour aller m’entraîner, je devais prendre tous les jours un train, puis un métro, puis un bus. Ça a duré six ans. Je partais le matin et je rentrais le soir, je n’avais pas le temps de faire des études ou de travailler. Sans l’aide de mon frère, je n’aurais pas pu continuer à jouer.

Quelle place avait l’équipe féminine dans le club ?
Avec Boca, j’ai gagné six ou sept titres, mais au club, les gens disaient que le foot féminin n’apporterait rien d’autre que des dépenses.
« Quand tu signais un contrat en Argentine, tu n’étais pas professionnelle, mais, en cas d’offre d’autres clubs, on te bloquait. C’est arrivé à plein de filles qui sont passées à côté de carrières à l’étranger. »
Dès qu’il fallait couper dans le budget, c’était pour nous. Cette année, les filles ont joué leur premier match à la Bombonera (le 9 mars dernier, une victoire 5-0 contre Lanus, N.D.L.R.). Nous, on présentait juste nos coupes de championnes aux supporters avant les matchs des garçons.

Il y avait des contacts entre eux et vous ?
Il y avait Carlitos Tévez, Roman Riquelme... J’ai pris plusieurs photos avec lui. En tant que bostera, c’était mon idole, mais disons que je le préfère largement sur le terrain qu’en dehors. Je ne le connais pas personnellement, peut-être qu’il était fatigué de se faire prendre en photos, mais disons qu’il n’était pas très réceptif.

Comment te retrouves-tu à jouer dans le championnat brésilien ?
Avec Boca, j’ai joué trois Copa Libertadores. Foz de Iguazu m’a repérée et fait une proposition. Le Brésil a toujours eu la meilleure équipe féminine d’Amérique du Sud, même s’il est un peu moins fort dernièrement. J’étais excitée, je n’ai pas hésité, même si au début, Boca ne voulait pas me laisser partir. C’était tout le paradoxe : quand tu signais un contrat en Argentine, tu n’étais pas professionnelle, mais, en cas d’offre d’autres clubs, on te bloquait. C’est arrivé à plein de filles qui sont passées à côté de carrières à l’étranger.

En arrivant au Brésil, qu’est-ce qui change ?
Tout ! Tu as juste à penser au terrain. À Boca, les filles venaient s’entraîner après le boulot, elles étaient fatiguées. Moi, je jouais avec un sandwich acheté sur la route dans le ventre, ce n’était pas du tout des conditions appropriées à la préparation d’une athlète. À Foz, on nous faisait à manger au club, on pouvait se reposer entre les matchs et les entraînements. Ce n’était pas grand-chose, mais par rapport à l’Argentine, c’était déjà un gouffre. Ça me rend triste, parce qu’il y a tellement de talent dans notre pays... On pourrait être au niveau du Brésil.



En 2017, tu deviens la première étrangère à être élue meilleure joueuse du championnat brésilien.
Avec Foz, je fais une belle deuxième saison et je passe au niveau supérieur en signant à São Paulo. Sauf que le sponsor lâche l’équipe, du coup on se retrouve à jouer sept mois sans être payées. On était logées à Barbieri, un quartier privée de la ville avec tout à disposition : terrains, piscine, etc. C’est là que s’entraînait la sélection féminine de volley. On était tellement unies qu’on a décidé de rester ensemble. L’espace coûtait 50 000 reis par mois, mais le propriétaire nous a laissées finir le championnat. C’est la mère d’une des joueuses qui nous faisait la cuisine. On est arrivées jusqu’en finale du championnat. À ce moment-là, j’avais cinq propositions, j’ai choisi Santos, parce que le club avait de bonnes infrastructures et que tout était pris en charge. On jouait à Vila Belmiro dans un stade souvent plein. En 2016, je finis meilleure buteuse, meilleure attaquante et championne du Brésil. Et l’année suivante, Bola de Prata. C’étaient mes meilleures années. Au club, les filles étaient traitées comme les garçons. Je n’avais vraiment aucune préoccupation extra-sportive à avoir, je pouvais même partir en vacances.

Partir en Chine, c’était un choix économique ?
Oui, c’était la seule façon pour moi de vraiment aider ma famille. J’ai aussi fini meilleure buteuse avec le Dalian Quanjian. Les gens me demandaient : « Qu’est-ce que tu vas faire là-bas ? » Mais ça a été une année merveilleuse. Les conditions étaient incroyables, j’avais mon propre appartement, juste en dessous de celui d’Asisat Oshoala (l’attaquante nigériane du FC Barcelone, N.D.L.R.), un chauffeur qui nous attendait devant la porte, une traductrice dont je suis devenue très proche. Elle ne parlait pas si bien espagnol, on traduisait tout sur le téléphone, mais on était nées le même jour. On allait manger et se balader ensemble dans la ville. Chez les garçons, il y avait aussi Pato, que je connaissais depuis mon passage à São Paulo. On se voyait régulièrement.

« Moi, j’ai galéré pour en arriver là, mais je n’ai jamais abandonné, parce que je crois beaucoup en Dieu. C’est lui qui m’a sorti d’Entre Ríos et a changé ma vie, parce que personne d’autre ne m’a aidé. La ville de Nogoya m’a peut-être payée un ou deux billets de bus pour Buenos Aires à l’époque, mais c’est tout. »
Tu as des modèles dans le foot ?
Je ne suis pas une buteuse très technique, je m’identifie plus à un joueur comme Cavani. Je regarde beaucoup de vidéos de lui. Sur le plan de la personnalité, Cristiano Ronaldo est un exemple. Voir quelqu’un d’aussi exigeant avec lui-même, je trouve ça beau. Messi, Neymar, c’est naturel pour eux, ils sont nés comme ça. Mais Ronaldo, il travaille pour être là.

À l’OL, tu as tout gagné collectivement, mais tu as assez peu joué en six mois. Quel bilan fais-tu de cette demi-saison ?

C’était difficile parce qu’il fallait tout recommencer depuis zéro et que je ne parle pas bien la langue. Mais le talent qu’il y a ici est sans comparaison possible avec tout ce que j’ai connu. Presque toutes mes coéquipières sont les meilleures de leurs sélections. Être avec elles au quotidien, c’est exceptionnel. En Chine, il y avait d’excellentes infrastructures, mais ici c’est encore un ton au-dessus. Et puis à domicile ou à l’extérieur, les stades sont toujours bien garnis.

Toutes ces expériences à l’étranger, tu comptes t’en servir pour essayer d’améliorer les choses en Argentine ?
Les filles en Argentine ont encore plein de problèmes à régler. Je ne suis pas du genre à arriver et dire il faut faire ci et ça, mais si je peux apporter quelque chose, je le ferai. Ça serait bien que des anciennes joueuses qui connaissent la réalité du foot féminin intègrent les commissions à la Fédé ou des postes d’entraîneurs en club et en sélection. Moi, j’ai galéré pour en arriver là, mais je n’ai jamais abandonné, parce que je crois beaucoup en Dieu. C’est lui qui m’a sorti d’Entre Ríos et a changé ma vie, parce que personne d’autre ne m’a aidée. La ville de Nogoya m’a peut-être payé un ou deux billets de bus pour Buenos Aires à l’époque, mais c’est tout. Si je devais recommencer, je choisirais la même enfance et la même carrière avec toutes ces difficultés, parce que ça m’a énormément servi. Aujourd’hui je suis à l’OL, mais je suis la même personne que la petite fille de Nogoya.

As-tu essayé de parler avec des joueurs argentins pour qu’ils fassent passer des messages, qu’ils s’expriment davantage sur le football féminin ?
Sincèrement, non. Je crois que ça devrait venir d’eux. À Santos, par exemple, il a un moment été question de laisser tomber l’équipe féminine, et Neymar s’y est opposé, il a dit qu’ils nous paieraient à chacune nos salaires si besoin. Au Brésil, c’est comme ça, les joueurs nous soutiennent beaucoup. Ils venaient nous voir à l’entraînement ou en match, ils nous demandaient si on avait besoin de quelque chose. Ça, dans mon pays, ça n’existe pas. Dans nos regroupements en sélection, tu n’imagines pas le nombre de fois où j’ai voulu faire une photo avec Messi, mais on me le refusait. Je suis membre de la sélection argentine, moi aussi je représente mon pays ! On me disait qu’il était fatigué, qu’il ne fallait pas le déranger. Pour vous dire, c’est finalement Jean-Michel Aulas qui m’a proposé de le voir le jour du match de Ligue des champions contre le Barça. En Argentine, il y a trop de monde qui ne veut pas que le football féminin se développe. Au Brésil, on me traite comme une star, et dans mon pays, personne ne me connaît. Pourquoi c’est comme ça ? Je ne sais pas, mais ça fait mal.



À l’OL, as-tu pu échanger avec les garçons ?
Avec les Brésiliens, justement. Marcelo et Rafael m’ont super bien reçue. « Viens manger à la maison ! » Je ne sais pas pourquoi ça bloque en Argentine. On parlait de Riquelme, qui tirait un peu la tronche quand je lui ai demandé une photo. Okay, je ne suis personne à côté de lui, mais un sourire, ça ne coûte pas grand-chose.

Depuis la Copa América l’année dernière, vous avez fait plusieurs actions en sélection pour vous faire entendre : les mains derrière l’oreille après un but contre la Bolivie, une grève et une lettre envoyée à la Fédération. Les choses commencent-elles à bouger ?
Pour nous entraîner, on avait des maillots trop grands, qui dataient de 1000 ans et qui sentaient très mauvais. Ça a été un des déclencheurs. Honnêtement, on m’a proposé de jouer pour la sélection brésilienne, mais non, moi j’aime mon pays et je veux que ça change. Aujourd’hui, on est neuf de la sélection à jouer à l’étranger, la majorité en Espagne.
« Marcelo et Rafael m’ont super bien reçue. "Viens manger à la maison !" Je ne sais pas pourquoi ça bloque en Argentine. On parlait de Riquelme, qui tirait un peu la tronche quand je lui ai demandé une photo. Okay, je ne suis personne à côté de lui, mais un sourire, ça ne coûte pas grand-chose. »
Ça va aider, parce que voir autre chose, ça ouvre l’esprit. Là, en début d’année, on a joué trois matchs amicaux en Australie. Bon, on a perdu, mais on a fait bonne figure, on sait qu’on est en retard sur le professionnalisme par rapport aux autres nations, mais la volonté est là.

Absente depuis 12 ans, l’Argentine n’a jamais marqué de point en Coupe du monde. Qu’est-ce que tu attends de cette édition ?
On veut faire la meilleure prestation possible pour qu’en Argentine, on parle de nous et qu’on nous soutienne davantage à l’avenir. Il faut trouver des idées pour développer le foot féminin dans un pays passionné comme le nôtre. Je te donne un exemple : au Brésil, les universités sponsorisent souvent les clubs. Contre leur nom sur le maillot, elles financent les études des joueuses. Rien que ça, ce n’est pas compliqué, et ce serait génial pour les filles que ça existe en Argentine. Il y a des coups à faire en marketing. Aujourd’hui, Cronica TV passe les matchs de foot féminin, c’est l’occasion pour les sponsors de venir. On s’améliore sur la visibilité, maintenant il faut que ça suive structurellement.

Propos recueillis par Léo Ruiz
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