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Seydou Doumbia : « Je sais que je n’ai pas fini de marquer »

D'une première expérience au Japon jusqu'à la victoire de la Côte d'Ivoire à la CAN 2015, en passant par la Suisse, la Russie ou le Portugal : à 32 ans, Seydou Doumbia a connu un parcours de globe-trotter. Une carrière mise à l'arrêt par cette fichue crise sanitaire et une expérience terminée précipitamment au FC Sion en mars dernier, pour une sombre histoire de chômage partiel. Pas de quoi faire renoncer le quatrième meilleur buteur africain de l’histoire de la Ligue des champions, qui compte bien s'offrir encore quelques tours de piste. Entretien.

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Seydou, tu es sans club depuis la rupture de ton contrat avec Sion en mars. Comment ça se passe pour toi en ce moment ?
Pour l'instant, je profite un peu de ma famille et j'essaie de me maintenir en forme. Là, je suis en Belgique. Cela fait un mois que je m'entraîne avec un préparateur physique.

Cet été, on a parlé d'offres de Ligue 2, à Dunkerque notamment...
Avec Dunkerque, c'était n'importe quoi. Ils m'ont appelé pour me dire qu'ils avaient un projet, mais j'ai dit que ça ne m'intéressait pas. Après une relance, j’ai quand même écouté ce qu’ils avaient à me proposer, mais ça n’a pas réussi à me convaincre. J'espérais mieux. Je n'avais pas forcément pensé à jouer en Ligue 2.

« Ça m'est égal de toucher trois ou quatre mois de salaire, je veux même bien les laisser pour les donner à la ville et aux malades. C'est la manière dont ça s'est passé qui me dérange... Comme Johan Djourou, j'ai attaqué le club en justice. »

Comment expliques-tu que certains contrats, dont le tien, ont été rompus par le FC Sion ?
Quand l'épidémie de Covid a commencé, le championnat suisse s’est arrêté pour un mois. Le président nous a envoyé un message sur WhatsApp pour nous demander de passer au chômage partiel. Tous les joueurs ont décidé que ça ne se passerait pas comme ça. En tant que président du club, tu te déplaces pour expliquer en quoi ça consiste exactement. Ça ne nous dérangeait pas d'être mis au chômage partiel. Laisser un mois ou deux de salaire ne va rien changer dans notre vie. On voulait simplement rencontrer le président pour qu’il nous explique toutes les modalités. Trois heures plus tard, il nous annonçait, encore sur WhatsApp, qu'il résiliait le contrat de neuf joueurs.



Pourquoi neuf joueurs, si tout le monde était d’accord pour refuser le chômage partiel ?
Le président est allé discuter avec trois ou quatre joueurs, qui sont revenus sur leur position. Dans chaque club, il y a forcément des personnes qui ne sont pas solidaires avec le groupe. Je peux le comprendre, certains avaient peut-être peur d’un licenciement. Mais si le président se permet de faire ça, c'est qu'il a l'habitude de le faire. Quand il va voir par derrière certains joueurs qui lâchent le groupe, ça devient n'importe quoi.

Tu as toujours de la rancœur aujourd'hui ?
Oui, et je ne vais pas laisser passer cette histoire. Il ne faut pas salir l'image des gens. Ce n'est pas une question d'argent, parce que ce n'est pas là-bas que j’en ai beaucoup gagné. Je suis juste allé à Sion parce que j'aime bien la Suisse et que j’y suis revenu à chaque fois que j’en ai eu l’occasion. Ça m'est égal de toucher trois ou quatre mois de salaire, je veux même bien les laisser pour les donner à la ville et aux malades. C'est la manière dont ça s'est passé qui me dérange... Comme Johan Djourou, j'ai attaqué le club en justice. Je veux montrer au président que ça ne se passe pas comme ça, qu'il faut respecter les gens. Tu ne peux pas envoyer un WhatsApp à un joueur professionnel pour lui dire : « Tu acceptes ou je casse ton contrat. »


Comment expliquer que tu n'as pas trouvé de club ces derniers mois ?
Je ne pense pas avoir été gourmand. Il y a eu tellement de choses qui se sont passées dans ma vie... D’abord, cette histoire à Sion, puis la perte de ma mère qui m'a vraiment fait mal. À un moment, je me suis vraiment éloigné du foot. Je pense que d'ici janvier, je vais pouvoir retrouver un club. Pour l'instant, j'ai quelques appels, mais il n'y a rien de concret.

Tu disais en 2016 que tu aurais pu signer à l'OM. La Ligue 1 reste une possibilité pour toi ?
Depuis petit, ça a toujours été un rêve de jouer en France, donc pourquoi pas. Quand j'étais à la Roma, j'avais discuté avec le président Labrune, mais cela ne s'était pas fait parce que les deux clubs n’avaient pas pu se mettre d’accord. Marseille voulait un prêt gratuit, mais ce n'était pas possible parce que la Roma venait de m'acheter. Le club ne pouvait pas me laisser partir gratuitement. Aller à Marseille aurait pu être bien pour moi, dans un endroit où a joué Didier Drogba, cela m'aurait peut-être fait progresser. Mais je ne dirais pas que c'est un regret parce que je ne l'avais jamais imaginé.

« Quand je suis arrivé à Moscou, il a fait -15 degrés dès le premier hiver, je n’étais pas du tout habitué. Un jour, après l’entraînement, je file à la douche pour vite faire couler l’eau chaude... Ça m’a brûlé partout, je me suis mis à pleurer. »

Tu as joué en Côte d'Ivoire, au Japon, en Suisse, en Russie, en Italie, en Angleterre, au Portugal, en Espagne. Tu aimerais découvrir encore autre chose ?
Pourquoi pas découvrir un autre pays, oui. Un footballeur ne prévoit jamais où il va jouer, mais si une opportunité se présentait pour le faire dans un autre pays ou sur un autre continent, ça ne me dérangerait pas. Je ne ferme aucune porte, ni à l’Europe, ni à d'autres pays comme la Chine, le Qatar ou l'Arabie saoudite.

Dans quel championnat t'es-tu le plus épanoui ?
Je dirais la Suisse et la Russie. Au Japon, je suis arrivé très jeune dans un pays que je ne connaissais pas, totalement différent de la Côte d’Ivoire. Mes deux années en Suisse m'ont ensuite permis d'aller au CSKA, où j'ai vraiment explosé en Europe. Pour l’anecdote, quand je suis arrivé à Moscou, il a fait -15 degrés dès le premier hiver. Je n’étais pas du tout habitué. Un jour, après l’entraînement, j'ai filé à la douche pour vite faire couler l’eau chaude... Ça m’a brûlé partout, je me suis mis à pleurer. Les gens me demandaient ce qui se passait, mais je n'arrivais même pas à l’expliquer, tellement j'avais mal à cause du choc de température. J’ai vite compris que le très chaud n’allait pas avec le très froid. (Rires.)



Pourquoi avoir fait le choix de partir au Japon aussi jeune ?
J'étais meilleur buteur du championnat de Côte d'Ivoire et j'ai eu des propositions, notamment de Lille, qui avait un partenariat avec notre centre de formation. Il y avait aussi Guingamp et le Vitesse Arnhem, aux Pays-Bas. Malheureusement, je n’ai pas pu avoir de visa pour venir en Europe. Et ensuite, j'ai eu cette proposition du Japon, donc je me suis dit que j'allais tenter le coup. Mon arrivée là-bas s'est super bien passée. Pour mon premier match, j'ai marqué deux buts.

Parle-nous un peu du quotidien d’un jeune Ivoirien de 19 ans qui débarque au Japon...
Au départ, c’était compliqué. Je ne comprenais absolument rien de la langue. Pour me faciliter la tâche, le club de Kawisha avait mis un interprète à ma disposition. Il passait la journée avec moi, m’aidait à faire mes courses, m’accompagnait partout... Ça m’a beaucoup aidé et j’ai commencé à aimer un pays que je n’imaginais même pas découvrir un jour. Mon prêt à Tokushima m’a aussi fait beaucoup de bien. C’est là-bas que j’ai vraiment commencé à empiler les buts. Ça m’a beaucoup aidé à m'aguerrir pour la suite.

« Sabri Lamouchi ? Il expliquait que je n’étais pas sélectionné car j’avais mal au dos... Face à moi, il me parlait de choix sportif, et dans la presse, il invoquait une blessure. Ça m’a déçu. »

Tu te révèles ensuite en Europe aux Young Boys de Berne, avant de partir en Russie. Tu n’as pas eu de proposition d’un club du Big 5 à l’époque ?
Si, j’avais des offres en Allemagne. Hoffenheim me voulait, notamment. Mais la proposition du CSKA était plus intéressante, aussi bien du côté financier que sportif, puisque ça me permettait de jouer la Ligue des champions chaque année.

Le CSKA te permet en grande partie de te faire une place dans le noyau dur de la sélection ivoirienne. Et puis, il y a cette défaite en finale de la CAN 2012 contre la Zambie...
Aujourd’hui encore, j’ai ce match en travers de la gorge. Je l’ai très mal vécu. On a perdu cette finale aux tirs au but, sans avoir encaissé le moindre but durant toute la compétition... Ça a été très dur. Malgré tout, je crois que cette défaite nous a encore plus motivés pour la suite et pour la finale de 2015.

Avant cette CAN 2015, tu as manqué le Mondial au Brésil. Tu étais d’ailleurs monté au créneau contre la décision de Sabri Lamouchi qui ne t’avait pas sélectionné, au point d’annoncer ta retraite internationale.
En fait, je faisais partie d’une liste élargie de 28 joueurs qui se préparaient aux États-Unis pour la compétition. Deux jours avant de partir pour le Brésil, le coach m’a dit qu’il ne comptait pas sur moi. Forcément, j’étais choqué. Je venais de finir meilleur buteur du championnat russe devant Hulk, sans avoir joué les dix premiers matchs de la saison car j’avais été blessé. Mais j’ai accepté cette décision. Ce que j’ai moins accepté, c’est une interview que le coach a donné à des médias ivoiriens. Il expliquait que je n’étais pas sélectionné car j’avais mal au dos... Face à moi, il me parlait de choix sportif, et dans la presse, il invoquait une blessure. Ça m’a déçu. J’ai préféré, à ce moment-là, prendre du recul par rapport à la sélection.

Tu lui en veux encore ?
Non, pas forcément. Ça m’a fait mal sur le coup, mais j’estime que cette histoire appartient au passé.

Qu’est-ce qui t’a finalement fait revenir en sélection ?
Hervé Renard. Quand il a repris la sélection, on a eu plusieurs conversations. Il m’a dit qu’il avait toujours besoin de moi et de mon expérience. Je crois qu’il n’a pas regretté. (Rires.) Il garde d’ailleurs une place particulière pour moi, puisqu'il est le coach qui m’a permis de réaliser mon rêve d’enfant, à savoir remporter la CAN avec mon pays.



Justement, ce titre en 2015 ressemble à un aboutissement pour la Côte d’Ivoire. Raconte-nous cette finale contre le Ghana...
On perdait 2-0 pendant la séance de tirs au but. Mais le Ghana a aussi raté deux fois, et j'avais le penalty pour revenir à 2-2. J’ai d’abord voulu faire une panenka, mais en moins de cinq secondes, je me suis rappelé de la défaite en 2012. (Rires.) Je me suis dit qu’il ne fallait pas rigoler. J’ai préféré frapper très fort. Ça m’a réussi et, au bout de la séance, on a gagné.

« Après seulement deux mois, Walter Sabatini est venu me voir et m’a dit : "Alors, où est-ce que tu vas partir l’année prochaine ?" Quand le directeur sportif te pose la question comme ça, c’est qu’il y a un problème. »

Dans la foulée tu signes à la Roma, sans grande réussite. Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné là-bas ?
Il a dû y avoir à peine une semaine de battement entre la fin de la CAN et mon arrivée à Rome. Deux jours après avoir débarqué, j’ai dû jouer tout de suite car tous nos attaquants étaient blessés. Mes deux premiers matchs n’étaient pas bons. Et puis, dès le début, je me suis fait siffler par mes propres supporters. C’était difficile. Après seulement deux mois, Walter Sabatini est venu me voir et m’a dit : « Alors, où est-ce que tu vas partir l’année prochaine ? » Quand le directeur sportif te pose la question comme ça, c’est qu’il y a un problème.

S’agit-il de ton pire choix de carrière ?
Je ne parlerais pas de mauvais choix. À ce moment-là, j’aurais aussi pu signer à Tottenham. Mais Rudi Garcia m’a convaincu d’aller à Rome. On s’était déjà croisés à l’occasion d’un CSKA-Lille en C1 et il m’avait dit : « Un jour, je te prendrai avec moi. » Je m’entendais bien avec lui, c’était important pour moi. Rien ne dit que cela se serait mieux passé à Tottenham. Je ne regrette pas.

Aujourd’hui, qu’est-ce qu’il reste du petit garçon d’Abidjan, qui rêvait d’être joueur de foot ?
Franchement, quand j’étais au quartier, je n’aurais jamais pensé atteindre ce niveau. J’ai commencé à croire en ma chance lorsque j’ai intégré le centre de formation d’Inter, à Abidjan. Et puis, à force de travail, je suis arrivé où je le voulais, avec un peu de chance aussi. C’est une réussite.

Que peut-on te souhaiter pour la suite ?
Disons de retrouver un club. Je sais que je n’ai pas fini de marquer, et je veux continuer de le faire. Je compte jouer tant que mon corps me le permet.

Propos recueillis par Félix Barbé et Tom Binet