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Sessègnon, tête à claques talentueuse

Brillant pour certains, un intermittent du spectacle pour d’autres. Passé notamment par le Paris Saint-Germain et Sunderland, Stéphane Sessègnon ne laisse indifférent personne. Évoluant aujourd’hui au sein de la modeste formation de West Bromwich, le Béninois aux jambes de feu continue de s’illustrer entre fulgurances et trous d’air. À bientôt trente piges, il semble avoir raté le train pour une belle carrière. Tentatives d’explications.

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Trop lue, trop entendue. L’histoire, presque devenue banale, de ce joueur pétri de talent à la carrière sans saveur. Où un parfum d’inachevé et un sentiment de profond gâchis viennent s’ancrer dans la mémoire collective. Les traits de ce récit malheureux siéraient sans doute au parcours de Stéphane Sessègnon. Car les observateurs les plus avisés s’accordent tous à le dire : le Béninois est un véritable joyau. Un diamant brut, rare, qui ne demandait qu’à être poli et attirer la lumière. Les projecteurs, il ne les verra que par intermittence, au gré de ses inspirations et fulgurances. Forcément une déception au regard des qualités intrinsèques du bonhomme. Mais, au-delà de toutes considérations sportives, la carrière du « Double S » s’accompagne et se nourrit d’une part de mystère.

Son destin sinueux, l’actuel joueur de West Bromwich le doit peut-être avant tout à lui-même. « Il y a des mecs qui n’ont pas forcément la volonté d’aller plus haut, ils se plaisent là où ils sont, confie Grégory Coupet, consultant à RMC et son ancien partenaire au PSG durant une saison et demie (2009-2011). Ils se sentent bien dans leur club, ils se contentent de ce qu’ils ont. C’est peut-être son cas…  » C’est justement au club de la capitale que se situe sans doute le tournant de sa carrière. Deux saisons et demie où il a laissé une impression plus que mitigée. Un épisode, a priori anecdotique, mais bien plus révélateur sur la suite de la trajectoire de l’enfant d’Allahe.

Grosses frappes et transfert de dernière minute

Comme dans toutes les love stories, les prémices se révèlent toujours passionnelles et prometteuses pour la suite. En 2008, quand Sessègnon débarque dans la ville lumière pour 8 millions d’euros, les attentes sont réelles. Et le petit mais robuste Béninois (1m72) ne tarde pas à ambiancer le Parc des Princes. Physiquement dur à bouger, techniquement au-dessus de la moyenne, une capacité à accélérer sur les premiers mètres renversantes et des grosses frappes en pagaille. Comme son premier but sous les couleurs parisiennes, en août 2008, une mine envoyée en pleine lucarne contre Sochaux. « Pour nous, c’était un phénomène. Il est puissant, facile techniquement, c’est un joueur d’instinct, se souvient Coupet. Franchement, très très fort. En tant que gardien, je peux t’assurer qu’il avait une frappe puissante, lourde, pfiouuu…  » Tripy Makonda, désormais au Stade brestois et qui a aussi côtoyé le milieu aux jambes de feu, corrobore. « C’était un vrai leader technique. Il a vraiment fait beaucoup de bien au Paris Saint-Germain quand il jouait. Puis il faisait le show au Parc, ce qui faisait plaisir aux supporters. Lors de la première saison, c’était vraiment le joueur sur lequel on pouvait se reposer afin de débloquer des situations.  »

Une première cuvée 2008/2009 (34 matchs de L1 pour 6 pions) encourageante avant de voir s’arrêter de manière brutale son histoire d’amour parisienne. Titulaire inamovible sous Paul Le Guen, son statut est remis en cause par la venue d’Antoine Kombouaré sur le banc. Trop irrégulier et desservi par sa polyvalence, sa deuxième saison déçoit. Puis vient l’heure du départ en janvier 2011. Un transfert vers Sunderland réalisé dans la précipitation et qui a beaucoup fait jaser au club. Alain Roche, responsable du recrutement du club parisien à l’époque, raconte en détails. « Ça s’est mal terminé. Rudy Raba, son agent, a tout fait pour qu’il s’en aille, alors qu’on lui avait certifié qu’il ne partirait pas au mercato hivernal et qu’on souhaitait le conserver, étaye-t-il. On disputait l’Europa League, on avait besoin de tout notre groupe. Au retour de la trêve hivernale, quand on est partis en stage au Maroc, il a émis le souhait de partir et ç’a été le bras de fer avec le club. Il y a eu quelques altercations, ce n’était pas facile à gérer. Stéphane a tout fait pour partir. Il a même squatté le Parc pendant un jour quasiment, arrivant à 8h le matin et ne repartant qu’à 8h le soir. Puis il a été décidé de le transférer au dernier moment après une offre de Sunderland à la fin du mercato. C’était un dossier compliqué, trois semaines très intenses. » Pour tenter d’expliquer ce retournement de situation, Roche avance l’hypothèse d’un entourage à l’influence prépondérante sur le joueur : « S’il a eu des soucis particuliers qui l’ont poussé à quitter le Paris Saint-Germain, je le pense. C’était vraiment une obligation de s’en aller de France pour lui. Je sais qu’il avait déjà des soucis au Mans à cause de son entourage. Du jour au lendemain, il a demandé à partir. Ce n’était pas une question d’argent, c’est plus un problème d’entourage qu’autre chose. »

Rebelote à Sunderland

Tancé par Kombouaré qui l'aurait traité d' « enculé » , d’ « irrécupérable  » et de « joueur de merde » , Stéphane Sessègnon appréhende cette fuite à Sunderland comme un renouveau salutaire. Mais, loin de sa famille restée en France, les débuts au Royaume-Uni sont rudes. Le joueur traîne une sale étiquette de chat noir lors de ses premières rencontres, puisque les Blacks Cats mettront plus de deux mois avant de gagner avec lui. L’édition 2011/2012 de Premier League sera celle de l’épanouissement pour lui. En numéro 10, son poste de prédilection, le gaillard s’impose doucement et sûrement. Son jeu tout en percussion et son physique de buffle enflamment le Stadium of Light. Sauf que son irrégularité va une nouvelle fois prendre le pas sur ses quelques coups d’éclat.

Un mal récurrent qui refait surface la saison dernière. Moins fringant, le Béninois ne se montre pas aussi décisif, à l’image de son club qui évitera de peu la relégation (17e de Premier League). Et comme à Paname, l’histoire avec Sunderland se termine en eau de boudin. Mais, cette fois, pour une toute autre raison, comme le révèle Jean-Michel Rouet, responsable du football anglais à L’Équipe. « Il a quitté Sunderland parce qu’il n’était plus trop en odeur de sainteté. Fin août, Sunderland joue un match de League Cup contre les MK Dons au Stadium of Light. Sessègnon n’est pas convoqué, car Di Canio fait tourner l’effectif. Pendant le match, Sessègnon s’est fait choper en état d’ivresse au volant. Il était éméché à 21h et le club lui a reproché de ne pas avoir soutenu ses coéquipiers, car il se foutait du résultat. C’est la raison principale pour laquelle il est parti à West Brom.  » La bouteille, c’était aussi l’une des explications plausibles évoquées en off afin d’expliquer ses contre-performances au PSG.


30 ans, l’âge de la rédemption ?

Sunderland devait constituer un palier majeur. Ce passage n’aura finalement que conforté les insuffisances d’un joueur pourtant parfois génial. « Si Sessègnon avait toujours joué à son vrai niveau, c’est un joueur qui pourrait encore jouer au PSG dans l’équipe actuelle. Quand on regarde ses stats, c’est un gâchis phénoménal, ce joueur » , juge Rouet, qui avait découvert un joueur «  sortant de l’ordinaire  » à Créteil. « Je ne dis pas qu’il pourrait jouer dans un top club, et encore… Il n’a franchement rien à envier à des joueurs comme Cleverley à Manchester United ou Henderson à Liverpool. Je l’ai vu lorsque West Bromwich a affronté Chelsea. Ce jour-là, Sessègnon était certainement le meilleur joueur sur le terrain. Il était exceptionnel. Alors que contre Norwich, par exemple, c’était pathétique… Il a des qualités phénoménales et compte tenu de ses qualités-là, il ne fait pas la carrière qu’il devrait faire. » Et dire que le bougre, souvent annoncé dans les plus grands clubs britanniques, fêtera bientôt ses 30 piges…

Débarqué cet été à West Bromwich dans un effectif estampillé Ligue 1 (Lugano, Mulumbu, Amalfitano et Anelka), le joueur le plus cher de l’histoire des Baggies continue sur sa lancée. À savoir alterner le très bon et le très moyen. Une deuxième escouade anglaise sans prétention que l’on peut penser néanmoins bien modeste au vu de son talent. Mais l’ex-Parisien se trouve peut-être là où il le souhaite. Là où, aussi, il le mérite. À l’instar de Kombouaré, Steve Bruce et Martin O’Neill avant lui, Steve Clark, coach de West Brom, s’est entiché de son nouveau jouet. « Stéphane est un artiste, le genre de joueur que le public aime voir quand il vient au stade. Ils aiment le voir évoluer balle au pied, car il peut faire changer le visage d’un match. Il est heureux ici, il aime la façon dont nous jouons et j’espère qu’il demeurera aussi performant pour le reste de la saison. » Un parfait condensé de la carrière du principal intéressé. L’Écossais devrait toutefois atténuer son enthousiasme. Qui plus est avec Sessègnon dont les histoires d’amour finissent mal en général.

Par Romain Duchâteau
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