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Sébastien Haller : « Je ferai tout pour avoir cette convocation avec les Bleus »

Utrecht puis Francfort, les villes traversées par Sébastien Haller font penser à un mauvais Erasmus. Ceux où l’on va faute de mieux. Pour Haller, ça a aussi été ça, d’abord, enquiller les buts à Utreg et se trouver un style, chose introuvable dans les bas-fonds d’une Ligue 2 connue avec Auxerre. Puis s’envoler vers la Bundesliga, où il est aujourd’hui le joueur le plus décisif (11 buts, 8 passes décisives en championnat, 3 buts et 3 passes en Ligue Europa) avec l’Eintracht Francfort. Entretien avec un mec qui se verrait bien, à 24 ans, comme un possible successeur d’Olivier Giroud en Bleu.

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Francfort est 5e de Bundesliga, mais depuis le début de saison face aux quatre premiers, vous cumulez trois défaites et deux nuls. Qu’est-ce qu’il vous manque pour titiller les meilleures équipes de Bundesliga sur la durée ?
Je pense qu’il nous manque encore un peu d’expérience. On est une équipe de jeunes joueurs qui n’ont pas forcément tous évolué longtemps au haut niveau, et je pense que ça joue un peu, je pense aussi qu’on a un effectif un peu moindre que ces équipes-là. On est limité par le nombre de joueurs, et on a eu beaucoup de blessés, beaucoup de contraintes, ce qui fait qu'on est assez limités.

En 2017-2018, lors de ta première saison à l’Eintracht, c’était Niko Kovač l’entraîneur. Tu disais qu’avec lui « les entraînements étaient assez durs » . Quel souvenir gardes-tu du Croate ?
Il a énormément de qualités, j’ai envie de dire qu’il a quand même réussi à redresser la barre ici à Francfort, et il a pu partir la tête haute de ce club. Après, chacun a sa méthode, et ça réussit plus ou moins avec les joueurs que tu as. Ici, il a réussi à faire quelque chose d’extraordinaire avec le club en gagnant la Coupe (la saison passée, N.D.L.R.), aller deux fois en finale, en sauvant le club de la relégation quand il est arrivé. Et physiquement, c’est sûr on a tous progressé. Après, c'est un style différent avec Hütter.


« Hütter veut savoir comment les joueurs se sentent, et comment ils voient les choses. Et moi qui suis aussi un peu dans le dialogue, et qui aime bien comprendre les choses, ça ne me déplaît pas. »
Adi Hütter est plus dans l’échange ?
C’est exactement ça, lui est plus dans le dialogue, dans le ressenti, plutôt que dans les résultats purs des matchs ou des performances au niveau du corps. Il veut savoir comment les joueurs se sentent, et comment ils voient les choses. Et moi qui suis aussi un peu dans le dialogue, et qui aime bien comprendre les choses, ça ne me déplaît pas. C’est toujours agréable de pouvoir parler à son entraîneur.

Actuellement, en Bundesliga, tu es le joueur le plus décisif avec 11 buts et 8 passes. Comment as-tu développé ce côté altruiste assez rare chez les buteurs ?
Je ne sais même pas si ça se développe. C’est dans mon jeu, ça a toujours été quelque chose que certains m’ont reproché, de ne pas être assez égoïste devant le but. Après, j’ai toujours été persuadé que ça n’allait pas forcément changer la manière dont on allait me percevoir. Et quand tu donnes une passe décisive, c’est aussi envoyer un signe positif à ton coéquipier, à ton équipe, aux fans, à tout le groupe, je pense que ça ne peut être que positif pour le futur, c’est une logique que j’ai depuis toujours. Mais j’aime quand même marquer, je te rassure.



Avec tes passes, tu fais aussi briller le meilleur buteur de Bundesliga : Luka Jović (14 buts). C’est un joueur à surveiller pour les années qui viennent ?
Ah lui, il signera très vite dans un très grand club. Il a des qualités de buteur incroyable, c’est un profil qui va faire très mal, très bientôt. Je suis convaincu que ça peut être une star de demain.


Avec Francfort, la saison dernière, vous remportez la Coupe d’Allemagne 3-1 face au Bayern. J’imagine que c’est le plus beau moment de ta carrière jusqu’à maintenant.
Non pas vraiment. Moi, ce qui m’a le plus marqué, c’était mon dernier match à Utrecht. C’était fin mai 2017, on gagne les play-offs. Mais on revient de loin, on joue contre l’AZ (Alkmaar) en finale, on perd 3-0 là-bas. Pour nos supporters, ça représentait quelque chose de gros, la défaite à l’aller, ça nous a mis un vrai coup au moral, et finalement au dernier match, on gagne 3-0, puis on l’emporte aux tirs au but. Et moi, j’avais déjà signé à Francfort, donc je savais que c’était mes derniers jours là-bas, et ce que j’ai vécu à Utrecht, c’était quelque chose de fort parce que c’est ce qui m’a relancé.

« Utrecht a été un tremplin, une étape de ma vie que je n’oublierai pas. J’ai connu beaucoup de choses en deux ans et demi à Utrecht, j’ai trouvé une petite famille là-bas. »
Tu as versé ta larme ?
Presque, je voyais les fans avec qui j’avais passé de bons moments, et qui m’ont dit au revoir. Et moi ça m’a touché, parce que ça a été un tremplin, une étape de ma vie que je n’oublierai pas. J’ai connu beaucoup de choses en deux ans et demi à Utrecht, j’ai trouvé une petite famille là-bas, ma fille est née là-bas.

Et si la Pokal t’a moins touché, c’est peut-être parce que tu étais sur le banc pendant la finale ?
J’ai été pris par le truc, mais pour moi ce n’est pas naturel, je ne suis pas souvent sur le banc en plus. Donc ouais, ça procure un peu moins de bonheur que si j’avais été sur le terrain. Avec la fatigue, l’émotion, tout ça, je pense que ça accentue le bonheur, mais ça reste quand même l’un de mes plus beaux souvenirs.


Avant Francfort et Utrecht, tu as joué à l’AJ Auxerre, et après avoir quitté la Bourgogne, tu as dit « qu’il te manquait quelque chose » pour percer là-bas. C’était quoi ce quelque chose ?
J’avais toutes les qualités, je pense, mais je n’étais pas dans un environnement qui me permettait d’exceller. L’environnement extérieur, l’environnement mental, toutes ces choses-là faisaient que ce n’était pas simple pour moi de réussir. À cette époque l’AJA, ce n’était pas tip-top, j’étais dans un club où j’avais tout connu, où j’avais été dans un confort jusqu’en professionnel. Et là, d’un coup ça change, en pro tu dois avoir des résultats très vite, j’avais 18 ans, et il y avait une exigence des dirigeants, des supporters de voir le club revenir très vite en Ligue 1.

« À cette époque, l’AJA, ce n’était pas tip-top, j’étais dans un club où j’avais tout connu, où j’avais été dans un confort jusqu’en professionnel. »
En janvier 2015 quand tu pars aux Pays-Bas, qu’est-ce qui te permet de réussir tout de suite alors que tu n’étais pas bien à l’AJA ?
Je n’ai pas réussi tout de suite à Utrecht, j’ai dû attendre quatre, cinq matchs avant de marquer mes premiers buts. J’arrive en janvier, et d’abord on avait fait un stage d’une dizaine de jours, ça m’a beaucoup aidé. Parce que quand, les week-ends, tu joues en CFA 2, alors que ce n’est pas ton niveau, c’est clair qu’il y a du laisser-aller. Après, à Utrecht, on était dans une volonté de pressing très haut, et ça c’est quelque chose qui m’a fait progresser, parce que je pense que j’avais un profil à la base plutôt nonchalant. De par mes mouvements, de par la manière dont mon équipe évoluait, et comment on m’utilisait. Avec le style de jeu d’Utrecht, où on essayait de mettre la pression assez haut sur l’adversaire, où en gros plus tu récupères le ballon haut, plus t’as de chances de pouvoir marquer, on le faisait assez bien, même si on s’exposait derrière. Et ça, ça m’a aidé à me sentir toujours concerné par le jeu, à être beaucoup plus attentif, et que mon activité sur le terrain soit plus constante. En Ligue 2, des fois, tu pouvais attendre le ballon dix minutes, pour ne plus le revoir pendant les trente suivantes, c’était assez compliqué. À Utrecht, je sentais que j’étais toujours concerné par le jeu, ça m’a fait progresser. Et en plus, j’étais dans un mode où quand tu sors de ton confort, tu dois aller de l’avant, tu n’as pas le choix, il faut bosser.

Avec ton gabarit (1,90m, 85 kg), beaucoup d’observateurs te voient comme le Giroud 2.0 de l’équipe de France. Tu penses que tu te rapproches des Bleus ?

Ça dépend comment le coach voit les choses pour le futur, on sait comment ça marche, il faut que le sélectionneur s’intéresse à toi et à tes qualités, ton profil, et la manière dont tu joues, et que ça colle avec l’équipe de France. Je ne pourrais pas dire si j’en suis proche ou pas, mais je ferai tout pour avoir cette convocation, ce serait une belle récompense.



Tu parlais du style d’Utrecht qui t’a fait progresser. Avec la France, tu te verrais jouer en « neuf sacrifié » qui marque pas ou peu...
Moi, ça ne me dérangerait pas. Quand tu joues avec Mbappé, Griezmann, et toute la clique derrière, à un moment donné t’es obligé d’être dans les bonnes conditions. Donc c’est juste une question de connaître ses capacités, et savoir ce que tu peux faire pour aider l’équipe pour que ça fonctionne bien. Si demain, on gagne un match parce que je fais vingt tacles, et zéro tir au but, c’est pas grave. Après, c’est pas toujours simple, j’avoue. Mais en sélection, tu ne représentes pas que ta personne, mais tout un pays.


Avant de faire du foot, tu faisais du judo. T’étais fort ?
(Rires.) Franchement ouais, mais j’arrivais toujours deuxième. Je crois que je n’étais pas assez lourd. J’y allais parce que j’étais compétiteur, mais en vrai, le judo, ça m’a jamais vraiment intéressé, c’était surtout pour attendre les entraînements de foot.

« Ces histoires de double nationalité, ce sont des trucs qui me rendent malade, au bout d’un moment dans la vie, on est obligé de faire des choix. Moi, en tout cas, je ferai ce que j’ai envie... »
Tu es d’origine ivoirienne par ta mère. Imaginons qu’il y ait un émissaire de la Fédération ivoirienne qui vienne te voir, et te présente un beau projet. Genre on va construire l’équipe autour de Nicolas Pépé et toi dans les années qui viennent. Qu’est-ce que tu dis ?
C’est compliqué. Quand tu es né et que tu as grandi avec deux cultures, c’est toujours un peu compliqué à gérer, ces histoires. Ces histoires de double nationalité, y a toujours un côté qui va dire : « Viens jouer pour nous, si tu viens pas jouer, ça veut dire que tu n’aimes pas ton pays.  » Moi c’est des trucs qui me rendent malade, au bout d’un moment dans la vie, on est obligé de faire des choix. Et en plus de ça, on a une carrière de footballeur à gérer, et la carrière est courte. Moi, en tout cas, je ferai ce que j’ai envie...

C’est les Bleus et rien d’autre pour toi ?
Moi, je suis né en France, j’ai grandi en France, j’ai déjà porté le maillot bleu (des U17 jusqu’aux Espoirs, N.D.L.R.), et je suis un compétiteur.

Et donc, la Côte d’Ivoire t’a déjà contacté ?
Pour être honnête, ouais. Après, ça fait toujours chier de refuser, ça reste ma deuxième moitié, donc c’est pas toujours simple.

Propos recueillis par Romuald Gadegbeku
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