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Sakina Karchaoui : « L’après-carrière, j’y pense tous les jours »

À seulement 23 ans, Sakina Karchaoui compte déjà 100 matchs de D1 et trois compétitions internationales dans les pattes. Entre son avenir en équipe de France, sa passion pour les langues étrangères et ses ambitions sportives, la milieu de terrain montpelliéraine se détache de l'étiquette d'instagrammeuse dont on l'a affublée. Entretien-fleuve avant le déplacement du MHSC au Paris FC, prévu samedi.

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La semaine dernière, face à Metz, tu as disputé ta centième rencontre de D1. Tu le savais avant d’entrer sur le terrain ?
Non, je ne l’ai appris qu’après ! C’est quand même quelque chose de grand et j’espère que ça ne s’arrêtera pas là, que j’atteindrai la barre des (elle réfléchit)... je ne sais pas combien, le plus possible en tout cas. Plus on avance, plus le niveau se complexifie, donc je travaille tous les jours et j’essaye de me dépasser aux entraînements comme en match pour continuer de jouer tout le temps. Ça ne m’intéresse pas de jouer 200 matchs, si c’est pour passer la moitié du temps sur le banc.

À 23 ans, ton bilan est assez
« Ça ne m’intéresse pas de jouer 200 matchs si c’est pour passer la moitié du temps sur le banc. »
costaud puisqu'en plus de ces 100 matchs de championnat, tu as participé à la Ligue des champions, aux Jeux olympiques, à l’Euro et à la Coupe du monde.

C’est grâce au fait que j’ai commencé très tôt chez les A, à dix-sept ans. Aujourd’hui, j’ai envie que cela puisse servir d’exemple pour les plus jeunes, tout en continuant de travailler pour m’installer durablement en équipe de France.

Tu te considères parmi les joueuses d’expérience au sein du groupe France ?
Je dirais plutôt une jeune expérimentée. Mais ce partage, ça se fait aussi en club et pas seulement en sélection. Il faut expliquer à celles qui débutent que pour réussir au haut niveau, on doit serrer les dents, se forger un caractère et avoir du mental, parce que c’est un milieu compliqué. J’aime être disponible pour répondre à leurs questions si elles en ont et transmettre ce que j’aurais aimé que l’on me transmette quand j’ai moi-même débuté.



Ce n’était pas le cas quand tu as commencé ta carrière il y a sept ans ?
Disons que c’était plus compliqué parce qu’il y avait moins de joueuses dans le groupe. Quand je suis arrivée dans le groupe pro à Montpellier, j’avais seulement seize ans et Hoda Lattaf m’a pris sous son aile. C’est comme une grande sœur pour moi et aujourd’hui, j’essaye d’agir à mon tour comme une grande sœur, en transmettant aux générations futures ce qu’elle m’a transmis à l’époque. C’est un travail que tout le monde devrait faire.

Finalement, il te reste logiquement encore pas mal d’années devant toi, mais est-ce que tu as déjà commencé à préparer ton après-carrière ?
Après avoir réussi mon bac ES, j’ai passé le BPJEPS, un diplôme d’éducatrice sportive, il y a deux ans. Aujourd’hui, je ne suis pas de formation en parallèle parce que le foot de haut niveau est déjà très prenant en temps et en énergie quand on a des objectifs à atteindre. Mais cela ne m’empêche pas de m’instruire de mon côté. Je suis très curieuse par nature. L’après-carrière, j’y pense tous les jours. Même si je ne veux pas encore le dire, il y a plusieurs branches qui m’intéressent pour rebondir. L’important, c’est que ce soit dans un domaine qui me plaise et ça, ça prend déjà du temps pour le savoir.


« Si une fille court vite, je veux savoir comme elle fait pour améliorer ma course à mon tour. Tout ce qui me permet de progresser, je le prends. »
Du coup, question cliché, mais il y avait un plan B quand tu étais petite ?
J’ai aussi fait un peu de boxe et de handball. Le foot, c’était un truc inné, que je pratiquais surtout dans la rue, sans imaginer que c’était possible d’en vivre. Et comme je travaillais beaucoup à l’école, je me voyais bien faire de longues études après le bac. Je ne sais pas dans quel domaine, mais j’aurais continué, c’est sûr. En arrivant au centre de formation de Montpellier, ça n’a pas changé, il y avait toujours cet "au cas où...", à assurer. Après, comme j’ai signé mon premier contrat pro assez tôt (à dix-sept ans, N.D.L.R.), les lignes ont commencé à bouger, mais je voulais tout de même valider le minimum.

Tu as l’air d’être beaucoup dans l’échange avec les autres.
Oui, parce que cela permet aussi d’en apprendre plus sur soi-même. Quand quelqu’un te dit ce qu’il aime, tu te dis que ça pourrait peut-être te plaire à toi aussi ou, à l’inverse, pas du tout. En équipe de France par exemple, j’ai demandé à Maéva Clemaron ce qui l’avait poussée à devenir architecte et je trouve que ça lui va trop bien comme métier ! Ça se vérifie aussi dans le foot : si une fille court vite, je veux savoir comme elle fait pour améliorer ma course à mon tour. Tout ce qui me permet de progresser, je le prends. Je n’ai que 23 ans, il me reste encore beaucoup à apprendre parce qu’il me manque encore beaucoup de choses.

Un titre ?
Par exemple. On joue au foot pour gagner des compétitions, c’est un objectif de carrière.

Avant d’affronter le Paris FC, Montpellier est actuellement troisième, avec treize points pris sur dix-huit possibles. Malgré tout, on ne cesse de répéter que le titre est promis d’avance à Lyon ou au PSG. Ce n’est pas un peu démoralisant ?
Pas du tout. C’est une question d’orgueil. Si tu démarres la saison en te disant que tu joues le maintien, il n’y a pas de compétition. Moi, je ne joue pas pour finir troisième. Et si on me dit « reviens à la réalité » , je réponds qu’il n’y a pas de réalité parce que dans le foot, on ne sait jamais de quoi sera fait demain. On l’a vu avec Dijon qui fait match nul contre Lyon par exemple. Toute compétitrice devrait penser comme ça.


« Il n’y a pas de réalité parce que dans le foot, on ne sait jamais de quoi sera fait demain. [...] Toute compétitrice devrait penser comme ça. »
Malgré tout, est-ce que la compétitivité n’augmenterait pas encore davantage si on créait une Ligue Europa féminine ou si la Coupe de France permettait de se qualifier pour la Ligue des champions ?
Il y a eu des discussions pour savoir si la troisième place du podium devait être qualificative ou non. Ok, ce serait bien, mais je ne suis pas du genre à rentrer dans des débats contradictoires. Si ce sont les deux premiers qui se qualifient, c’est comme ça. Plutôt que de se plaindre, faisons en sorte de se battre toute la saison pour aller chercher ces places-là.

Avec les Bleues, vous êtes désormais tournées vers l’Euro 2021 puisque la France n’est pas qualifiée pour les prochains Jeux olympiques. Comment tu abordes ce nouveau chapitre qui s’ouvre à toi ?
L’élimination du Mondial nous a mis un coup sur la tête et on doit désormais apprendre de nos erreurs pour tourner la page. Staff comme joueuses, on est toutes dans le même panier. Gagner l’Euro, c’est notre prochain objectif. Moi j’y crois à fond, parce que je crois en les filles avec qui je joue et je pense qu’on peut écrire une belle histoire ensemble.



Lors des deux derniers matchs de l’équipe de France, Corinne Diacre a choisi de repositionner Amel Majri au milieu de terrain et de te titulariser au poste de latérale gauche. Fini la concurrence entre vous ?
Je regrette de ne pas avoir joué davantage pendant la Coupe du monde, mais c’est un choix de la sélectionneuse et ça ne se discute pas. Malgré tout, rien n’est acquis et je dois montrer ma motivation à l’entraînement pour définitivement m’installer à ce poste.

« Je ne suis pas d’accord avec les gens qui pensent qu’on est la même personne sur le terrain et à l’extérieur, c’est faux. »
Comme Majri, tu as un profil assez offensif puisque tu as commencé ta formation comme numéro 10.
Oui, d’ailleurs, cela fait quelques matchs que Frédéric Mendy me fait jouer milieu et aligne Sarah Puntigam ou Inès Belloumou au poste de latérale gauche. Pour moi, ce n’est pas un problème puisque c’est une position que j’affectionne également et j’ai dit au coach qu’il pouvait m’utiliser comme il le voulait.

Sur le terrain, on remarque que tu n’hésites pas à franchement t’exprimer avec tes partenaires, à prendre la parole et même à gueuler si nécessaire. C’est ton côté sudiste qui prend le dessus ou c’est quelque chose qu’on t’a appris à Montpellier ?
En fait, j’ai deux personnalités bien distinctes : à l’extérieur du terrain, je suis d’un naturel plutôt calme, mais le rectangle vert, c’est le rectangle vert. Je vis tellement le match à 100% que je suis transcendée par le jeu. J’aime m’exprimer, replacer et compenser mes partenaires, les efforts, les répétitions... Et je ne suis pas d’accord avec les gens qui pensent qu’on est la même personne sur le terrain et à l’extérieur, c’est faux. Cela peut trancher avec l’image que je renvoie sur les réseaux sociaux, mais il ne faut pas mélanger les deux.



Le MHSC fait partie de ces clubs français avec un effectif très international. Comment se passe la communication entre les différentes nationalités ?
Bien ! J’aime la mixité entre Françaises et étrangères au sein d’une équipe. Elles apportent une culture et en apprennent une en retour, c’est enrichissant pour les deux parties. D’ailleurs, même s’il existe des affinités entre nationalités, le groupe est très soudé. Sur le terrain, il suffit de se donner des mots-clés pour se comprendre
« Le foot nous fait apprendre beaucoup de choses et c’est une chance de côtoyer des joueuses étrangères, pour apprendre justement. »
et de mon côté, j’adore apprendre des langues étrangères, donc j’essaye de m’ouvrir à elles en leur parlant en anglais, même si elles essayent le plus souvent de me répondre en français. Le foot nous fait apprendre beaucoup de choses et c’est une chance de côtoyer des personnes comme ça, pour apprendre justement.

Qu’est-ce que tu parles comme langues étrangères ?
En plus de l’anglais, j’étudie aussi l’espagnol que j’ai commencé à parler avec Virginia Torrecilla (milieu de terrain aujourd’hui à l’Atlético de Madrid, N.D.L.R.) et que je continue de pratiquer parfois avec Marion Torrent.

Alors que vous êtes toutes les deux françaises ?
Oui ! Mais c’est un délire entre nous, on aime bien les langues en général, et c’est important d’entretenir les bases. En équipe de France, je fais pareil avec Amel Majri, on a un petit livre pour échanger en anglais.



« Il ne faut pas oublier que le foot, même si c’est une passion, ça reste avant tout un métier. Et on doit faire la part des choses pour se contenir mentalement. »
Montpellier a mis un prof à ta disposition pour t’encourager dans cette voie ?
Non, j’apprends toute seule. En revanche, les étrangères suivent des cours de français. Même si on parle anglais avec elles, c’est important pour accélérer leur intégration. Quitte à être dans un autre pays, autant en profiter à fond. Et elles sont super motivées d’ailleurs, elles montrent qu’elles ont envie de parler, c’est très plaisant. Lisa (Schmitz, la gardienne, arrivée cet été, N.D.L.R.) est aAllemande, mais elle s’exprime déjà en français sans accent, ça m’a hyper impressionnée !

Vu que tu es au club depuis tes treize ans, tu leur sers de guide touristique ?
Pas spécialement. (Rires.) J’aime avoir ma vie privée en dehors du foot. Pendant mon temps libre, j’adore dormir, je suis quelqu’un de très casanier ! Et je vois souvent mes copines et ma famille, donc c’est compliqué d’être en plus avec mes coéquipières. Il ne faut pas oublier que le foot, même si c’est une passion, ça reste avant tout un métier. Et c’est important de faire la part des choses pour se contenir mentalement. Après, ça ne nous empêche pas de se faire un resto toutes ensemble de temps en temps, mais toujours dans une démarche de cohésion de groupe. Dans le vestiaire, on s’échange nos bons plans pour sortir et je crois qu’Anouk (Dekker, défenseuse internationale néerlandaise, N.D.L.R.) leur a montré pas mal de trucs, étant donné qu’elle est aussi à Montpellier depuis un bout de temps.

« C'est important de ne pas négliger les supporters qui sont là depuis le début. »
Un point commun que tu as avec certaines de tes coéquipières, c’est que vous avez connu la lumière pendant la Coupe du monde en jouant dans des stades pleins à craquer. Ce n’est pas trop dur de retrouver la réalité du championnat et les matchs du samedi après-midi devant 400 personnes ?
(Elle soupire.) Sur le terrain, le foot, ça reste le foot. À ce niveau-là, je suis assez spéciale. C’est vrai que c’était un truc de fou de jouer devant 40 000 personnes au Parc des Princes, mais personnellement, quand je rentre sur le terrain, je n’entends rien de ce qui se passe autour.


Donc pour toi, c’est pareil de jouer au Parc et au complexe sportif de Grammont ?
Non, quand même pas ! (Rires.) C’est juste qu’on ne peut pas comparer le championnat avec une compétition internationale comme la Coupe du monde. L’ambiance me manque un peu, on pensait que ça allait prendre plus auprès du public et finalement, ça ne prend pas tant que ça, il faut dire ce qui est. Il y a eu une progression, notamment au niveau de la couverture médiatique, mais en championnat, les retombées ne se voient pas vraiment. C’est comme ça, on fait avec. À Montpellier, on a quand même les ultras qui viennent nous voir et des supporters qui sont là depuis le début, c’est important de ne pas les négliger.

« Si on vient m’interviewer sans poser de questions sur le foot, je ne réponds plus, ça ne m’intéresse pas. »
Dans ton cas, cette augmentation de la médiatisation a conduit à te coller une étiquette d’influenceuse sur Instagram. Ça ne t’agace pas à la longue ?
Déjà, je ne suis pas la seule à être active dessus et je ne pense pas être la joueuse qui a le plus d’abonnés sur Insta. Je ne sais pas pourquoi on a autant fait une fixette là-dessus, sachant que je ne suis même pas très présente sur les réseaux ! Tu as des filles qui vont poster quelque chose tous les jours, moi c’est peut-être une fois toutes les deux semaines et toujours à bon escient. Ok j’aime bien la sape et d’autres trucs de filles, mais je suis une footballeuse professionnelle, rien d’autre. À la fin, j’ai fini par couper court à ce sujet : si on vient m’interviewer sans poser de questions sur le foot, je ne réponds plus, ça ne m’intéresse pas.



À lire : un dossier complet sur l'après-carrière des joueuses dans le SO FOOT #170, actuellement en kiosques. Propos recueillis par Julien Duez, à Montpellier