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Saint-Denis Saint-Leu, le club qui rêvait d’habiter le Stade de France

À la fin des années 1990, le FC Saint-Leu et l'US Saint-Denis fusionnent pour monter ensemble un projet XXL. Le but : devenir la deuxième équipe de Paris qui compte, et pouvoir évoluer, à terme, au Stade de France. Aidé par l'investissement de gros sponsors, le club de National 1 réalise alors un recrutement pléthorique, chapeauté par Didier Notheaux et Dominique Rocheteau. La première saison ratée sur le plan sportif marque pourtant le début d'une terrible descente aux enfers, qui ne s'arrêtera qu'au dépôt de bilan trois ans plus tard, en 1999. Oui, le projet était éphémère.

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Jusqu’au bout, il aura tout essayé. Avant d’affronter le regard de la DNCG à la fin de la saison 1997-1998, Bernard Meurant, le trésorier du Saint-Denis Saint-Leu FC, s'affaire pour mettre la main sur le moindre franc encore récoltable. « On a fait tout ce qu’on pouvait pour survivre. Serge Treccani, le président de l’époque, a fait des pieds et des mains pour trouver de l’argent, se rappelle aujourd’hui le retraité. Dominique Rocheteau a fait son possible également. Il avait dans ses connaissances Bernard Tapie. Il l’a appelé, et M. Tapie nous a reçus. Il a tenté de nous aider en nous disant que s’il avait une opportunité, il nous en ferait part, mais ça n’a pas été le cas. » Quelques semaines plus tard, le club de National 1 est rétrogradé en CFA, avant de déposer le bilan un an après, moment où les deux villes divorcent. Trois ans plus tôt, le mariage était pourtant prometteur.

Un exploit contre Nantes en guise de sursis


Pour comprendre toute l’histoire de Saint-Denis Saint-Leu, il faut remonter 25 ans en arrière. Au 4 février 1995 précisément. À une époque où le FC Saint-Leu n’avait pas encore fusionné avec l’US Saint-Denis, les Val-d’Oisiens – alors en National 1 – éliminaient le grand FC Nantes de Makélélé, Pedros et Ouédec en seizièmes de finale de Coupe de France (1-1, 4-2 t.a.b), pour signer le plus authentique exploit de leur histoire. « On avait affrété 34 cars, pour ce match qui se jouait à Bondoufle, se souvient Meurant. Onze mille personnes s’étaient déplacées. À 3h du matin, toute la ville était encore debout pour fêter la victoire. » Derrière la folie populaire et l’historique performance des joueurs saint-loupiens se cache pourtant une réalité économique qui commence à pointer le bout de son nez : « Cette année-là, on a eu des problèmes financiers, souffle Fabrice Vandeputte, auteur du but de l’égalisation ce jour-là. Le beau parcours en Coupe de France nous a permis de sortir la tête de l’eau. »



« Le gouvernement, avec qui on avait discuté du projet, nous avait demandé une seule chose : être en Coupe Intertoto dans les cinq ans. Cette histoire nous arrangeait bien, car on avait beaucoup de mal à trouver des sponsors. » Bernard Meurant, trésorier

Sortir la tête de l’eau, justement, le FC Saint-Leu va avoir l’opportunité de le faire encore un peu plus dès la saison suivante, sur fond d’éclosion de la plus grande enceinte sportive du pays : « À l’époque, le gouvernement cherchait un occupant pour le Stade de France. C’était même dans le cahier des charges du stade, assure Bernard Meurant. Si mes souvenirs sont exacts, il avait proposé à Aubervilliers, qui avait refusé. À la suite de ça, on a été sollicités pour être candidats. Le gouvernement, avec qui on avait discuté du projet, nous avait demandé une seule chose : être en Coupe Intertoto dans les cinq ans. Cette histoire nous arrangeait bien, car on avait beaucoup de mal à trouver des sponsors. » À l’aube de la saison 1996-1997, le club saint-loupien dit oui à une fusion avec l’US Saint-Denis, alors en DH, pour changer définitivement de dimension. L’objectif final ? Devenir l’autre club du bassin parisien qui compte, après le PSG. « Telle qu’on nous l’avait présentée, la fusion était quelque chose de formidable. Deux villes se mobilisaient pour aider un seul et même club » , poursuit l’ex-trésorier.

Money, money, money


Les investisseurs, longtemps désirés lors des saisons précédentes, se ruent alors à la porte du duo nouvellement uni. EDF – poussé par le gouvernement –, le consortium Stade de France – derrière lequel se trouvent les groupes Vinci et Bouygues –, et l’enseigne Tati font ainsi exploser le budget du club. De quoi voir grand. Très grand. Luis Fernandez est même censé devenir manager général. Il n’arrivera finalement jamais. « Quand je gère un club, je dois valider la totalité des joueurs que j’aurai sous mes ordres, comme je l’ai fait par exemple à l’AS Cannes. Or, dans ce projet, j’ai senti qu’il y avait un peu trop de gens pour prendre les décisions, explique aujourd’hui l’ancien milieu de terrain. Et puis, j’avais le choix entre Saint-Denis Saint-Leu et Bilbao. À l’époque, j’étais un jeune entraîneur et le projet de coacher une équipe première en Liga était forcément plus intéressant. » Une autre ex-légende du PSG prend finalement sa place dans l’organigramme du club fraîchement créé, en la personne de Dominique Rocheteau, néo-directeur sportif.


En quelques semaines, le pensionnaire de National 1 attire ses premiers noms. À commencer par l’entraîneur. Fort d’une solide expérience en D1 et en D2 après des passages au Havre, Reims, Rennes ou encore Sochaux, Didier Notheaux pose ses valises sur le banc. Son carnet d’adresses et celui de l’Ange vert aident le club à se renforcer de manière drastique. Figure de proue des nouvelles ambitions saint-loupienne, Joël Tiéhi accepte de rejoindre le train qui commence à rouler : « Beaucoup n’ont pas compris mon choix parce que j’étais titulaire en D1, lance le buteur, que Notheaux avait déjà connu au Havre. Mais j’avais 33 ans, c’était un nouveau défi qui s’offrait à moi. Un nombre important de joueurs passés par la D1 et la D2 arrivaient avec moi. » Comme Tiéhi, tous sont séduits par les intentions XXL du Saint-Denis Saint-Leu FC : « On nous avait présenté le projet Stade de France. On était même aller visiter le chantier avec des casques, se rappelle Brahim Thiam, arrivé après être sorti du centre de formation de Montpellier. L’ambition était là. »


Des apéros pour fédérer... mais un coach remercié


Prometteur au départ, c’est pourtant ce recrutement qui sera à la base des premiers soucis du club : « Les joueurs venus de D1 et de D2 ne se sont pas adaptés au National, reconnaît Marc Mohamed, lui l’enfant de Saint-Leu. Quand on veut construire, on le fait sur la durée, pas sur deux ou trois noms. Il y avait un mélange de jeunes joueurs et de stars... Il y avait trop de différences entre les gens issus du club, et ceux qui venaient pour l’argent. » Un avis corroboré par Cyril Granon, arrivé à l’été 1996, qui explique aussi ce manque d’union par le contexte : « C’est plus dur de créer un groupe à Paris. Après les entraînements ou après les matchs, tout le monde repartait. Il n’y avait pas cet esprit de manger ensemble et d’apprendre à se connaître. » Un défaut d’état d’esprit qui profite alors forcément aux adversaires des Saint-Loupiens, désireux de tuer dans l’œuf un projet qui ne plaisait évidemment pas à tout le monde : « On était attendus partout, rappelle Vandeputte. Quand on a un gros projet annoncé, on doit l’assumer. » « On n’était pas bien vu par les autres clubs, surenchérit Notheaux. Les salaires étaient importants, certains étaient jaloux de nos joueurs. »


« Didier Notheaux avait instauré l’apéro tous les mercredis à la fin des entraînements. On jouait au tarot ensemble, on fumait dans le bus et on buvait du vin. » Brahim Thiam

Alors, pour gagner et souder un groupe trop éparpillé, Didier Notheaux prend le taureau par les cornes. « Didier avait instauré l’apéro tous les mercredis à la fin des entraînements. On jouait au tarot ensemble, on fumait dans le bus et on buvait du vin » , avoue Thiam. La stratégie fonctionne : après un début de saison compliqué, les résultats commencent à s’enchaîner sur la phase retour, et l’équipe grappille de plus en plus de points. Pas assez, néanmoins, pour les dirigeants, qui songent à se séparer de leur coach à quelques rencontres de la fin de saison. Son sort est finalement scellé après un match à Dijon : « J’avais prévenu mes dirigeants qu’à la fin du match, j’irais faire un saut à Valence pour voir ma famille, relate l’intéressé. Le président Treccani a pété les plombs, il n’a pas apprécié que je quitte le groupe. Quand je suis revenu le lundi soir, ma valise était faite. Je ne me suis même pas accroché et n’ai pas demandé d’indemnités. J’étais trop dégoûté. »

Dégoûtés, ses ex-joueurs le sont aussi : « Il a été licencié pour des résultats insuffisants alors qu’on était plutôt bien, enchaîne Granon. On nous a coupé l’herbe sous le pied. Peut-être qu’avec Notheaux, on aurait fini avec sept ou dix victoires de suite. Ce départ a clairement mis le feu au club et les joueurs dans une situation plus nerveuse. » Joël Tiéhi approuve les dires de son ancien coéquipier, lui qui considérait l’homme à la moustache comme « son deuxième père » : « Ce départ a tout cassé. Il y a eu une baisse de motivation. » Celle-ci se traduit dans les résultats : le club, coaché par un Charly Jean qui a pris le relais de Notheaux, termine à une triste septième place, onze points derrière l’ES Wasquehal, promu en D2.

« Les deux premières années, nous devions toucher douze millions de francs, puis trente millions ensuite, et cinquante millions encore après. Dès la première saison, on n’a finalement touché que huit millions... » Bernard Meurant

La marche arrière de l’État


C’est à cet instant précis que les choses tournent véritablement au vinaigre. « Le projet Stade de France passait obligatoirement par une montée en D2 dès la première saison » , éclaire Vandeputte. Sans elle, les sponsors commencent à déserter et à serrer un peu plus la ceinture : « Les deux premières années, nous devions toucher douze millions de francs, puis trente millions ensuite, et cinquante millions encore après, dessine Bernard Meurant. Dès la première saison, on n’a finalement touché que huit millions... » La déception du club val-d’oisien se concentre alors essentiellement sur EDF, son plus gros partenaire à l’époque. Mais derrière l’investissement moins important que prévu de la part du géant de l’électricité se cache surtout un abandon de l’État pour le projet, marqué notamment par la dissolution de l’Assemblée nationale en avril 1997. Cette décision politique prise par Jacques Chirac va ainsi grandement affecter le club et rebattre les cartes. Guy Drut, ministre de la Jeunesse et des Sports qui « avait fait des promesses » au SDSL FC selon Meurant, est en effet remplacé par une Marie-George Buffet moins impliquée dans la belle aventure que l’ancien sprinteur.

À l’été, bon nombre de joueurs dont Tiéhi, Thiam ou encore Vandeputte quittent le navire, plus vraiment convaincus par le projet. Ceux qui restent déchantent vite. Sur le plan financier, d’abord, avec des salaires qui tardent à être payés au fur et à mesure que la saison 1997-1998 avance. Sur le plan sportif, ensuite. Le club finit en effet à une piteuse treizième place, enchaînant même dix matchs sans gagner entre janvier et mai. Avant de couler définitivement devant la DNCG, il se raccroche pourtant à toutes les branches qui se présentent à lui. Outre l’aide, finalement nulle, de Bernard Tapie, les dirigeants tendent l’oreille à toutes les propositions qui leur sont faites. Y compris les plus farfelues : « On a espéré jusqu’au bout, confesse l’ancien trésorier. On avait même eu une promesse de Dominique Strauss-Kahn, alors maire de Sarcelles. Il voulait réunir les trois S (Saint-Leu, Saint-Denis et Sarcelles, N.D.L.R.). » Promesse vaine. Une de plus.



La relégation administrative en CFA sera le coup de grâce pour le président Serge Treccani, qui met les voiles. « Aujourd’hui, il ne veut plus entendre parler du foot, estimant qu’il a été trahi par toutes les promesses qui n’ont pas été tenues, que cela soit par les sponsors ou par le gouvernement » , précise Meurant. Après une saison sans grande importance en quatrième division, le dépôt de bilan est prononcé à l’été 1999. Saint-Denis et Saint-Leu repartent, chacun dans leur camp, depuis la Division d’honneur.

« Tout le monde s’est vu plus beau que ce qu’il n’était »


À l’heure de faire le bilan, le goût d’inachevé se mélange avec celui de l’amertume. C’est notamment le cas pour Marc Mohamed, qui faisait déjà partie de l’effectif saint-loupien bien avant la fusion : « À mon arrivée en 1989, Saint-Leu était vraiment un club familial, avance-t-il. C’est devenu grandeur et décadence au moment de l’union avec Saint-Denis. Tout le monde s’est vu plus beau que ce qu’il n’était. Et puis, quand on prend un projet en main, dans un club qui est sain, structuré et propre financièrement, il faut le laisser dans le même état quand on part, juge l’actuel directeur sportif de l’Entente Sannois Saint-Gratien. Ça n’a pas été le cas. De l’argent, les sponsors et les partenaires en ont mis, mais on ne peut pas s’en aller comme ça. Derrière, ce sont les licenciés, les jeunes, les éducateurs et les bénévoles qui trinquent. Ce ne sont pas les quelques joueurs qui sont venus chercher de l’argent... Eux ont retrouvé des contrats. »

« Le projet était bancal, rien n’était clair. On m’avait vendu le Stade de France et un club hyper professionnel, alors que finalement, on ne jouait que sur des terrains compliqués. Je n’ai pas été hyper surpris quand le club s’est cassé la gueule. » Cyril Granon

Vingt et un ans après le dépôt de bilan, les langues se délient quant au réel potentiel du projet Stade de France. « Honnêtement ? Je n’y croyais pas du tout, reconnaît aujourd’hui Didier Notheaux. Quand on allait visiter le stade lors des travaux, ça me paraissait trop gros. » Un sentiment partagé par Cyril Granon : « À tous les niveaux, je pense qu’on n’était pas vraiment un club de foot. Le projet était bancal, rien n’était clair. On m’avait vendu le Stade de France et un club hyper professionnel, alors que finalement, on ne jouait que sur des terrains compliqués. Je n’ai pas été hyper surpris quand le club s’est cassé la gueule. »

Depuis l’échec du Saint-Denis Saint-Leu FC, le bassin parisien n’a toujours pas trouvé de deuxième club capable de venir jouer un rôle majeur dans le paysage du foot français. La mythique enceinte de Saint-Denis, de son côté, n’a pas non plus vu la moindre formation y poser ses bagages. En 2016, L’Équipe Mag révélait d’ailleurs qu’entre 1998 et 2012, « l’État a dû verser 17 millions d’euros par an de pénalités au consortium Stade de France pour absence de club résident » . Le coût total de ces indemnités a d’ailleurs représenté 5% du budget du ministère des Sports.

Comme un symbole, très rares sont les membres de cette parenthèse qui sont restés en contact. Assis dans les locaux du FC Saint-Leu 95, comme il faut désormais l’appeler, Bernard Meurant reste l’une des dernières mémoires de cette tentative manquée. L’ex-trésorier se remémore un soir de janvier 1998, où il assistait à l’inauguration du Stade de France face à l’Espagne : « J’étais dans la tribune officielle avec Dominique Rocheteau. À cette époque, on savait déjà qu’on n’y jouerait jamais, regrette-t-il avec une pointe d’émotion. On m’a tout de même offert un petit bout de la pelouse... » Maigre lot de consolation.

Par Félix Barbé et Thomas Morlec, à Saint-Leu-la-Forêt Tous propos recueillis par FB et TM.