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Rolland Courbis : « Qu'est-ce que tu me racontes ? On va gagner 5-4 ! »

Le 22 août 1998 restera une date gravée dans l’histoire du championnat de France. Menés 0-4 par le Montpellier de Jean-Louis Gasset, les Marseillais de Rolland Courbis allaient finalement l’emporter 5-4 ! L’ancien coach de l’OM se souvient de la bronca à la mi-temps et de la folie qui s’est emparée du Vélodrome dans les vingt-cinq dernières minutes. Une histoire de culot, de boules et de pastis.

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C’est quand la dernière fois qu’on vous a parlé de cet OM-Montpellier ?
Y a pas longtemps, pour les vingt ans de France 1998. Dans l'effectif, j’avais trois internationaux qui avaient été champions du monde quelques semaines avant : Laurent Blanc, Robert Pirès et Christophe Dugarry. C’était la 3e journée du championnat... Souvent, les gens me rappellent ce match avec une certaine sympathie et de l’admiration. Presque comme si je l’avais fait exprès...

Quel est le premier souvenir qui vous revient en tête en y repensant vingt ans après ?
La présence de Loulou Nicollin. Parce que je ne m’imagine pas Montpellier sans Loulou. D’ailleurs, à la mi-temps, il était presque en train de me consoler avec Michel Mézy au vu du score (0-4 pour Montpellier). Et comme j’ai horreur de faire pitié (rires), je lui fais cette réflexion : « Qu’est-ce que tu me racontes ? On va gagner 5-4 ! » Évidemment, c’était sur le ton de la boutade.

(Au retour des vestiaires, le coach de l’OM glisse exactement : « Quand je pense qu’on va gagner 5-4...  » , ce à quoi Loulou Nicollin répond gaiement : «  Ça, c’est des couilles !  » , N.D.L.R.)



À 0-4 à la mi-temps, dans quel état étaient vos joueurs ?
On se sentait ridicules. Se sentir mauvais, insuffisants, ça on l’a tous connu, mais là, on était ridicules. Ce soir-là, il y a même Robert Louis-Dreyfus qui descend dans le vestiaire – chose qu’il ne faisait jamais. Moi, j’étais prêt à toutes les éventualités, je me dis : « Peut-être qu’il va gueuler... » , alors je lui pose la question, discrètement, dans un coin : « Président, vous voulez dire quelque chose ? » Il me répond : « Non, je suis venu pour vous soutenir. » C’était très gentil de sa part.


Vous avez choisi de ne pas hausser le ton. Pourquoi ?
« Si je hausse le ton, c’est après qui ? Les joueurs ? Moi ? Tout le monde ? Donc non, au contraire, j’ai parlé de "on", "nous", "on", "nous"... »
Si je hausse le ton, c’est après qui ? Les joueurs ? Moi ? Tout le monde ? Donc non, au contraire, j’ai parlé de « on » , « nouson » , « nous » ... Dans le vestiaire, j’ai utilisé la métaphore d’une partie de pétanque : « Il y a des équipes qui perdent 12-0 et qui gagnent 13-12 à la fin. Ça existe vraiment, à condition que l’équipe qui perd ne jette pas les boules et ne parte pas boire le pastis avant l’heure. Elle y croit jusqu’au bout. Nous, gagnons cette deuxième période, et après on dira que la première était un accident. On aura l’occasion de pouvoir s’en servir pour ne plus la reproduire... » Mais juste avant de revenir sur le terrain – et de croiser Loulou et Michel Mézy –, je leur dis quand même : «  Et puis en football, sait-on jamais... » Voilà, c’est tout.

Ce qui ressort dans les propos des joueurs des deux équipes, c’est qu’ils ne s’expliquent pas ce qu’il s’est passé. Pour vous, quel est le facteur déterminant qui retourne le résultat de 0-4 à 5-4 ?
La chance sur 1000, contrairement à d’autres équipes, on l’a exploitée. C’est comme l’Euromillion : si on n’achète pas le ticket, on n’a aucune chance de pouvoir gagner... Mais je pense que Montpellier termine trop prudemment. Si je me souviens bien, des garçons comme Bakayoko et Robert qui allaient très vite ne sont pas restés sur le terrain jusqu’au bout (en fait, Bakayoko a été remplacé par Delaye et Fugier par Mahouvé, N.D.L.R.). Les vingt dernières minutes, c’était un match de hand. Ils ne nous faisaient plus peur.

À la 60e, Christophe Dugarry remplace Daniel Bravo. Il claque un doublé en moins d’un quart d’heure. Vous vous souvenez de ce que vous lui aviez dit juste avant de le faire entrer ?
Il était prévu qu’il entre en deuxième période, quel que soit le score. On aurait mené 4-0, il serait entré aussi. Mais non, je ne lui ai rien dit de particulier. Dugarry a eu tout au long de sa carrière un problème d’efficacité. Sur cette saison où il nous manque un point pour finir champion, il marque quatre buts, dont deux dans ce match-là...


C’est quoi la bascule ? L’occasion ratée du Montpelliérain Pascal Fugier à 0-4 ? Le premier but marseillais ?
« Sur cette saison où il nous manque un point pour finir champion, Dugarry marque quatre buts, dont deux dans ce match-là... »
Pour moi, ce sont les deux premiers buts rapprochés de Florian Maurice et Christophe Dugarry à l'heure de jeu. En trois minutes, on est passé de 0-4 à 2-4 et derrière, il restait vingt-cinq minutes. Sincèrement, à ce moment-là... disons que ça me paraissait difficile de ne pas revenir à 4-4. En revanche, si Fugier avait gagné son duel avec Porato pour faire 0-5, là... (Il souffle.) Je ne sais pas ce qu’il se serait passé en tribune.


Qu’est-ce qui vous anime après avoir gagné de cette manière ce soir-là ? L’OM est leader du championnat.
« À la fin, avec son langage fleuri, Loulou dit à Robert Louis-Dreyfus : "Oh ! Elle a dû être bonne la branlette !" »
C’est notre troisième victoire en trois matchs. On a une belle équipe, un bel effectif. L’année d’avant, les gens nous avaient emmerdés avec l’histoire du penalty de Ravanelli, derrière, on n'a pas obtenu de penalty pendant six mois ! Donc je me rappelle avoir dit ce soir-là : « Ce match n’est pas tombé du ciel, on s’en rappellera à la fin de la saison quand on sera champions. » Et non ! On n’a pas été champions pour un point, mais on se rappelle quand même de ce match-là. (Rires.) Parce qu’avec tous les moyens statistiques disponibles, ils ont cherché dans les équipes de foot en club et en sélection : gagner 5-4 en étant mené 0-4 à la mi-temps, ça n’est arrivé qu’une seule fois dans l’histoire. C’était ce soir-là... Et que ce match se soit déroulé à Marseille, ce n’est pas tellement surprenant finalement.

Vous aviez recroisé Loulou au bord de la pelouse ?
À la fin, avec son langage fleuri, Loulou dit à Robert Louis-Dreyfus : « Oh ! Elle a dû être bonne la branlette ! » Ce qui est marrant, c’est qu’au lieu de prendre cette défaite comme une déception, il prend ça comme un moment extraordinaire de football. Loulou n’était pas K-O debout comme quand on mène 1-0 et qu’on perd 2-1 dans les dernières minutes. Il aura été celui qui a subi la remontada, mais ça fait rien, il savait que ce match allait marquer l’histoire du club et du championnat.

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Propos recueillis par Florian Lefèvre
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