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  1. // 75 ans de l'exécution du groupe Manouchian

Rino Della Negra ou la réalité devenue mythe

C'est l'histoire d'un homme qui définit l'identité d'un club sans y avoir vraiment joué. Rino Della Negra, résistant communiste fusillé en 1944 avant ses 21 ans, est une figure incontournable dans la vie du Red Star. Pourtant, il n'a jamais enfilé la tunique audonienne avec l'équipe première. Déroulé d'un « processus de construction mémorielle autour d'une figure mythique » .

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Hiver 1943. La France est occupée, le froid règne sur Saint-Ouen, et un joueur manque à l'appel au Red Star Olympique. C'est un jeune homme rapide et talentueux, qui pourrait bien représenter l'avenir du tenant de la Coupe de France. Mais c'est aussi, cet hiver-là, une promesse pas encore tenue, puisqu'en six mois d'entraînement avec l'équipe audonienne, Rino Della Negra n'a jamais revêtu le maillot vert et blanc de l'équipe première. Il n'a que 19 ans, il court le 100 mètres en 11 secondes : sans doute n'aura-t-il besoin que d'un peu de patience avant d'entrer dans le cœur des supporters. Il lui faudra finalement plus d'un demi-siècle pour s'inscrire véritablement dans l'histoire du club. Car ce jour d'hiver 1943, le petit ailier ne s'est pas fait porter pâle pour un simple rhume. Non, Rino Della Negra a refusé sa convocation au Service du travail obligatoire de Vichy et a disparu pour entrer en résistance active contre l'occupant allemand. « Dans la vie, il n'y a pas de spectateurs, écrira-t-il un an plus tard, sur le point d'être fusillé. Le rideau se lève. Hommes, je vous aime. Veillez. »


Vingt-trois qui criaient la France en s'abattant


Le 21 février 1944, Rino Della Negra et 21 partisans du groupe Manouchian sont exécutés par les nazis au fort du Mont-Valérien, à l'ouest de Paris. Le 23e membre de ces francs-tireurs et partisans – main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI), Olga Bancic, sera décapitée cinq mois plus tard en Allemagne. Leur crime, une participation active à la Résistance armée, multipliant les attentats contre les hauts dignitaires allemands ou collaborationnistes. « Rino Della Negra était un résistant de choc, auteur d'une quinzaine d'actions » , résume Jean Vigreux, professeur d'histoire contemporaine à l'université de Bourgogne-Franche-Comté et co-auteur d'un ouvrage à paraître sur ce fils d'immigrés italiens. Mais aussi un jeune homme né à Vimy, entre Arras et Lens, rapidement arrivé à Argenteuil, élevé dans un environnement ouvrier et excellent athlète au moment de perdre la vie, le 21 février 1944 à 15h29.



Les membres du groupe Manouchian entrent dans la légende populaire à travers l'Affiche rouge, une manœuvre de propagande destinée à faire du groupe « l'armée du crime » aux yeux de l'opinion publique. Le contraire se produit, Simone de Beauvoir détaille « tous ces visages qu'on proposait à notre haine (...) émouvants et même beaux » , Aragon compose un poème plus tard chanté par Léo Ferré. Ils sont dix ainsi affichés, desquels ne fait pas partie le petit Italien : « Manouchian, Fontanot, Boczov sont pendant longtemps des noms plus connus que Della Negra » , remet Dimitri Manessis, doctorant sous la direction de Jean Vigreux et second auteur de l'étude à venir. « La figure commence vraiment à ressortir dans les années 1990 avec des actions mémorielles à Vimy et Argenteuil. » Argenteuil ou la petite Italie, le véritable port d'attache de Della Negra qui joue et gagne avec la Jeunesse sportive d'Argenteuil, avant d'être repéré par le Red Star, de s'y entraîner six mois et d'entrer en Résistance. « Dans l'immédiat après-guerre, des tournois organisés par la FSGT à Argenteuil prennent le nom de Rino Della Negra, complète Jean Vigreux. Et puis, plus rien directement lié à son nom. On utilise plutôt le groupe Manouchian ou la Résistance dans sa globalité. »

Vidéo

Du 21 février 1944 au 21 avril 2002


Alors, pourquoi la figure ressort-elle en 2004, lorsqu'une première plaque est posée au stade de la rue du Dr Bauer ? Jean Vigreux et Dimitri Manessis, qui lancent ce mardi soir les Rendez-vous du Mont-Valérien avec une conférence dédiée à Rino Della Negra, précisent la démarche : il s'agit d'un « processus de construction mémorielle autour d'une figure mythique » . Et de détailler ses mécanismes : « On assiste à une rencontre rare entre histoire, engagement politique, communication et rôle des pouvoirs publics » , liste Dimitri Manessis. À savoir une montée du Front National mise en lumière par le 21 avril 2002, des supporters nettement antifascistes, un club se voulant ancré dans l'histoire ouvrière et une mairie et une région respectivement communiste et socialiste.


« En particulier, le Collectif des amis du Red Star participe et ramène la figure de Rino Della Negra dans les tribunes, continue Jean Vigreux, à travers des journées de commémoration organisées le 21 février, l'utilisation de sa photo, le slogan "Une étoile ne meurt jamais", parfois des banderoles comme Bauer Résistance... » En 2014, le collectif devenu Red Star Bauer n'attend pas d'autorisation officielle pour renommer la tribune Est en tribune Rino Della Negra. Comme pour le stade de Paris, couramment appelé Bauer du nom de la rue du Dr Bauer, résistant lui aussi, l'usage vient de l'engagement et renforce son positionnement.

Mémoire en commun


Reste ce paradoxe relevé par Dimitri Manessis : c'est dans le club où Rino Della Negra a le moins joué que sa mémoire est la plus vive. Sans doute parce que l'éphémère ailier n'a jamais oublié le Red Star, en atteste sa demande d'envoyer « le bonjour et l'adieu à tout le Red Star » laissée dans sa dernière lettre, adressée à son petit frère. Une histoire de « notoriétés qui se nourrissent réciproquement » , un constat historique, aussi : « Il n'y a pas beaucoup d'autres joueurs qui auraient pu prétendre à cette place, tout simplement car le phénomène de résistance n'a pas été massif en France. En Grèce ou en Yougoslavie par exemple, vous auriez des dizaines d'exemples de joueurs résistants. Au Red Star, Rino Della Negra est le seul à avoir fait partie d'une élite combattante de la Résistance parisienne. » Un résistant-footballeur, l'image est trop belle pour la laisser filer, tant pour les défenseurs de la mémoire que pour ceux des valeurs du club.


D'un côté, le passé, même maigre, de footballeur de Rino Della Negra permet d'intéresser un plus large public au sujet de la Résistance, en particulier communiste. De l'autre, le club se lie à une figure ouvrière devenue légendaire, marquant ainsi son identité et sa différence. Encore que, sur ce point, Dimitri Manessis tient à préciser les approches, traçant du même coup un trait – d'union ? – entre passé et futur : « Ce sont vraiment les supporters qui s'attachent à la figure de Rino Della Negra, au regard d'un engagement politique antifasciste marqué. Le club n'est pas contre, mais ne s'y associe pas pleinement non plus. Mon sentiment, c'est que l'image marketing que le club cherche plutôt à mettre en avant s'éloigne de la culture ouvrière populaire, pour vendre une histoire à des catégories aisées à travers la banlieue, le mélange ethnique et culturel. Ce n'est pas exactement la même chose. » Ce qui fait pencher vers Uber plutôt que du côté d'un fils d'immigré italien mort pour la France, par exemple. Bonne nouvelle : le mémorial du Mont-Valérien reste toujours accessible en transports en commun.



Par Eric Carpentier Propos de Jean Vigreux et Dimitri Manessis recueillis par EC.
Conférence "Un jeune footballeur et résistant du groupe Manouchian", mardi 5 février dans le cadre des Rendez-vous du Mont-Valérien. Gratuit sur réservation.
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