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Le grand Grégory

Derrière sa tête de candidat des Chiffres et des lettres, le Nordiste Grégory Dupont est salarié du Real Madrid, où il sévit comme préparateur physique. Zinédine Zidane est allé le chercher cet été dans le staff de l'équipe de France, où il a joué un rôle majeur dans le sacre mondial en 2018. Un destin extraordinaire, mais surtout un cheminement logique pour ce bourreau de travail, combinant à merveille sa passion pour la recherche et son amour pour le terrain. À la découverte d'un homme de l'ombre brillant.

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L’été commence à pointer le bout de son nez, les amateurs de ballon rond sont déjà tout excités : dans quelques jours, la Coupe du monde de football en Russie doit débuter. Dans son salon, Denis Jouvenet est tranquillement installé dans son canapé. Le quinquagénaire compte bien déguster le match de préparation de la France, en attendant que les choses sérieuses commencent. Et puis, soudain, un visage familier apparaît furtivement sur son écran. « Mais qu’est-ce qu’il fait là ? Il est avec les Bleus maintenant ? » , s’interroge le Cambrésien. Ce visage, c’est celui de Grégory Dupont. Denis Jouvenet l’a connu dans les années 1990, quand il était entraîneur de l’AC Cambrai et que le jeune Grégory jouait dans les cages. Il fouille et il trouve : tiens, le bonhomme est le préparateur physique de l’équipe de France depuis janvier. Tout s’explique.


Plus d’un mois plus tard, Grégory Dupont est champion du monde. Au début de l’aventure, il était amusé d’avoir le droit, comme les joueurs, à son portrait stylisé sur la porte de sa chambre à l’hôtel d’Istra. Le 15 juillet 2018, sous l’orage moscovite, il pose avec le fameux trophée aux côtés de Guy Stéphan, Franck Raviot, et bien sûr Didier Deschamps, sur la pelouse du stade Loujniki. Car ce sacre, c’est aussi celui de cet homme de l’ombre, au patronyme de monsieur Tout-le-monde et à l’allure longiligne. C’est la victoire de ses méthodes, de ses compétences, de son savoir. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le préparateur physique passe d’une figure du football français à une autre. Un an plus tard, en plein été, Zinédine Zidane toque à la porte, au point de mettre en rogne la Fédération française de football, Dupont étant rattaché à la DTN depuis 2017. Un coup de fil de ZZ à Deschamps permet de faire passer la pilule plus facilement : Dupont a fait son choix, il intègre le staff du Real Madrid et signe un contrat de trois ans. « À chaque fois que j’ai des nouvelles de lui, il a une promotion, se marre Denis Jouvenet. Quand on connaît quelqu’un avec un tel parcours, vous êtes toujours surpris. Mais d’un autre côté, ça ne l’est pas tant que ça. Ces clubs cherchent les meilleurs, et je crois bien qu’il fait partie de ceux-là. » Rien que ça.

Discrétion et tête d'ampoule


Comment peut-on faire autant l’unanimité ? Au fond, Grégory Dupont reste un homme mystérieux, limite pudique. « Vous savez, il fallait le questionner, sinon il ne disait pas les choses lui-même » , se souvient Denis Jouvenet. Comprendre, il ne va pas se livrer à n’importe qui, et surtout pas aux médias, auxquels il n’accorde quasiment aucune interview. « La presse ne fera pas avancer la manière dont il aborde son métier, ça ne fera pas avancer sa carrière. Il n’a pas besoin de se vendre, je crois qu’il n’a même pas d’agent. L’important, ce sont ses compétences, avance Serge Berthoin, son directeur de thèse entre 2000 et 2003 et désormais collègue, qui lui a d'abord demandé son accord avant de décrocher son combiné. Dupont baigne pourtant dans le monde du football professionnel depuis plus d'une décennie : il a passé près de vingt ans à Lille (entre 1999 et 2017), avec une parenthèse au Celtic Glasgow entre 2007 et 2009, avant de rejoindre la Fédé. Bénévole au départ au LOSC, il prend du galon au fil des années, intégrant progressivement le staff de l’équipe professionnelle. Lancé par Claude Puel, il lui fait même croire pendant un moment qu’il a peur de l’avion, histoire d’éviter les déplacements et la cacophonie de la Ligue 1. « C’était vraiment au tout début, complète Serge Berthoin, qui l’avait encore au téléphone deux à trois fois par semaine il y a trois ans. Il n’avait pas encore une implication déterminante à Lille. »


Grégory Dupont est un grand timide, un discret, mais ceux qui l’ont côtoyé, même brièvement, sont tous formels : ils ont eu affaire à quelqu’un de brillant. D’une intelligence rare. Si Denis Jouvenet le décrit comme « un bon petit gardien de but » sur le terrain, il est davantage marqué par son parcours universitaire que par sa modeste carrière de footballeur de troisième ou quatrième division (Amiens, Cambrai, Tournai (Belgique), Dieppe). « Il a un parcours académique atypique, confirme Serge Berthoin, avant d’énumérer ses nombreux diplômes. Il a quand même un BTS, un DEUST, une licence, un master, un doctorat et il a aussi passé le diplôme pour devenir professeur d’université. C’est un cursus complet et très diversifié. » À peine sorti de la fac, Dupont y revient pour former des étudiants sur les conseils de ses professeurs, souvent marqués par son savoir et sa curiosité. Toujours enseignant-chercheur à l’université de Lille, Serge Berthoin se rappelle avoir tissé une relation de confiance avec le jeune doctorant pendant ses trois années de thèse - qu’il décrit comme un « compagnonnage » - consacrées à un travail de recherche sur la récupération entre les efforts. Il développe : « Il est très curieux, il travaille beaucoup, et s’il a une question à se poser, il va avoir une démarche scientifique, il va aller chercher l’information à sa source, il va tester des hypothèses. Ça l’amène à produire de la connaissance, ou tout simplement à réfléchir à la connaissance qu’on lui propose. » Le profil d’un vrai scientifique.

The Big Greg Theory


Ses multiples expériences pratiques dans le monde du sport professionnel ne l’ont jamais éloigné de la théorie, à laquelle il accorde une place majeure dans sa réflexion. À l’automne dernier, il assurait dans les colonnes du Monde qu’il avait « toujours voulu associer la recherche et la pratique. Il y a une quinzaine d’années, ces deux mondes ne communiquaient pas. Mon idée était d’essayer de créer une passerelle. » Depuis ses premiers pas au LOSC, il n’a jamais abandonné ses travaux de recherche : il s’est occupé de trois doctorants, collabore avec l’université en Science des sports de Liverpool ou avec l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep), publie plusieurs études chaque année et donne de nombreuses conférences un peu partout en Europe. Lors de son passage à la DTN, il a même planché sur l’élaboration d’un immense centre de la performance, prévu pour 2021 à Clairefontaine, comme l’indique L’Équipe.



Un écho à ce qu’il a toujours voulu mettre en place dans chacun des clubs où il est passé : une structure dédiée à la performance. Arrivé au LOSC sur la pointe des pieds, il a grandement contribué à l’évolution de l’approche physique de l’entraînement au sein du club nordiste. « Son ambition et son souhait au travers des différents postes qu’il a occupés, c’était systématiquement de monter un département en Sciences du sport, affirme Serge Berthoin. Grégory veut toujours avoir une approche de la préparation physique réfléchie et au service des joueurs. Il a cette ambition d’avoir une approche globale, mais ça demande un certain temps à se mettre en place. » Car au départ, ce passionné de recherche est avant tout recruté pour assurer le job d’un préparateur physique, avant de tenter de convaincre les décideurs de la nécessité de voir plus loin que le terrain. En deux ans passés au Celtic Glasgow, il a réussi à monter un département en Sciences du sport, puis il s’est imposé comme une figure incontournable à Lille, toujours dans l’ombre, devenant indispensable pour chaque entraîneur jusqu’à l'arrivée de Marcelo Bielsa, pas vraiment séduit par la méthode Dupont.

Vidéo

Tout l’inverse de René Girard, sur le banc lillois de 2013 à 2015, qui n’avait pourtant pas la même vision des choses que Dupont au départ. « Ah Greg, ça a été une agréable surprise. Je l’appréciais beaucoup et je crois que l’inverse était réciproque, affirme le technicien de 65 ans, très élogieux envers son ancien collègue. Et il m’a beaucoup appris, il m’a fait comprendre qu’il y avait un travail d’analyse dans son métier. Par exemple, on travaillait au GPS et il ne se contentait pas de le mettre dans le dos des joueurs, il y avait tout un tas de choix techniques et tactiques réalisés en amont. Il était tellement pointu. » Serge Berthoin se souvient d’ailleurs de ses travaux de recherche sur l’utilité des GPS pour les sportifs : « Il était réservé à ce sujet, différentes structures lui ont prêté leurs produits et il a pu les tester, afin de voir si c’était suffisamment précis et fiable. Et je ne vais pas m'attarder sur ses conclusions, car elles ne plaisaient pas vraiment aux constructeurs. » Un moyen, aussi, pour les clubs, de faire des économies en ne cédant pas aux sirènes des outils à la mode sur le marché. Un autre exemple : ses travaux ont démontré que les chambres de cryothérapie, très utilisées dans le monde du foot professionnel et surtout très coûteuses, ne sont pas nécessairement plus utiles qu’un bain froid tout simple. La preuve qu’entre la théorie et la pratique, la frontière est mince.

Gianni Bruno : « Il m'a donné envie de bosser en musculation »


Sur le terrain, ses méthodes ont fait leurs preuves, de la saison dorée du LOSC en 2010-2011 au titre de champion du monde de l’équipe de France. Pas besoin d’élever la voix - même s’il ne tolère pas un seul écart chez ses joueurs - pour se faire entendre, Dupont en impose de par son savoir. « Je dirais même qu’il était parfois craint à cause de son exigence » , juge René Girard. Gianni Bruno, attaquant à Lille entre 2007 et 2014, en garde un excellent souvenir : « À partir du moment où il nous fait progresser, on va automatiquement l’écouter. Il ne fait rien par hasard, il a toujours une idée derrière la tête et on savait toujours que c’était bénéfique pour le joueur comme pour le groupe. Aussi, il s’adaptait aux profils à disposition, aux forces en présence, c’était intéressant. » Grégory Dupont est un préparateur physique qui aime prendre le temps de faire comprendre à ses joueurs pourquoi ils font un exercice. Un véritable pédagogue, réputé pour être proche de son effectif, au point de leur accorder du temps en individuel. « C’est lui qui m’a donné plaisir à travailler, il m’a donné envie de bosser en musculation avant les entraînements, de faire attention avec la prévention des blessures. C’est la première personne qui m’a fait comprendre tout ça, rembobine Bruno. Quand je suis arrivé dans l’équipe pro, il nous a pris sous son aile avec Lucas Digne. Après six mois, j’ai directement vu la différence. »



Dupont en connaît un rayon, mais n’étale pas sa science. Son souci du détail est frappant, de la nutrition au sommeil, en passant par l’importance de la récupération entre chaque match. Un mec sérieux, capable aussi d’être déconneur, désireux d’aider les gens, de les accompagner sans leur donner la leçon. Denis Jouvenet raconte : « Je l’ai sollicité après la promotion de mon équipe dans la division supérieure, je voulais me mettre à jour sur les programmes de musculation et remettre à plat mes connaissances. Il s’est tout de suite montré disponible, il est venu chez moi alors qu’on n'est même pas intimes, on a passé plusieurs heures ensemble, sans étaler sa science, en m’expliquant calmement. On est toujours marqué par sa gentillesse, c’est une très bonne personne. » Les compliments pleuvent sur le bonhomme, sans vraiment que l’on sache quels sont ses défauts.

Humilité, Golf électrique et trottinette


Dans son domaine, Grégory Dupont est une référence. « Je dirais qu’il a un profil similaire à Martin Buchheit (responsable de la performance au PSG, N.D.L.R), estime Serge Berthoin. En France, les deux ont un rayonnement scientifique mondial. Dans le domaine du foot comme de la préparation physique, les deux sont mondialement connus. » Un constat qui pourrait, en plus de ses expériences en équipe de France et au Real Madrid, lui donner la grosse tête. Rien de tout ça, à en croire ceux qui le connaissent, Dupont est un modèle d'humilité, un gars voué à ne jamais se la raconter et qui roulait encore en Golf électrique il n'y a pas si longtemps. Un gars, aussi, qui refuse de voir sa charge de travail prendre le dessus sur sa vie familiale. Quand il bossait pour la FFF, il faisait l'aller-retour chaque jour entre son domicile à Villeneuve-d'Ascq et le siège de la Fédération à Paris. « Sa routine, c'était trottinette-train-trottinette, dépeint Serge Berthoin. Et je peux vous dire qu'il faut la faire avancer la trottinette, c'est pour vous dire à quel point le sport lui tient à cœur. »


Le sport, justement, est au centre de sa vie depuis le départ. Comme une addiction. Sans forcément se lancer dans des marathons, Dupont aime courir chaque jour, même quand son métier ne l'y oblige pas. « Je pense qu'il ne peut pas rester une journée sans courir, tranche l'universitaire lillois. D'ailleurs, son père s'est mis à la course tardivement, il a fait un semi-marathon il n'y a pas très longtemps. » Il faut dire que le physique impeccable de l'homme de 47 ans est révélateur - « ce n'est pas un cure-dent, mais presque » , blague Girard. Dupont n'est pas seulement un préparateur physique, c'est un sportif de haut niveau lui aussi. Au point d'impressionner des joueurs professionnels. Gianni Bruno, lui, n'en revient toujours pas : « Il ne se tourne pas les pouces pendant les exercices, il était tout le temps le premier. On faisait des courses difficiles en début de saison, séparés en trois groupes, et il courait avec chacun d'eux. Nous, on était tous morts alors qu'on ne faisait l'exercice qu'une fois. C'était incroyable. Une machine ! » Au Real Madrid, il a retrouvé Eden Hazard et une palanquée de grands joueurs, qui ont rapidement dû s'adapter à la méthode Dupont. Dans le viseur de la presse après une série de blessures en début de saison, il semble déjà faire l'unanimité en interne, comme quasiment partout où il est passé. La suite de son ascension ? Personne ne la connaît, mais Dupont a le chic pour saisir les opportunités au bon moment. Denis Jouvenet préfère n'écarter aucune possibilité : « Vous savez, si un jour j'apprends que des martiens ont débarqué sur Terre, je ne serais pas surpris que leur préparateur physique s'appelle Grégory Dupont. » Par Clément Gavard Tous propos recueillis par CG sauf mentions