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Quand Radovan Karadžić était le psy de Hadžibegić et Pašić

Condamné en appel à perpétuité ce mercredi pour génocide et crimes contre l’humanité, dont le massacre de Srebrenica en 1995 et le siège de Sarajevo, Radovan Karadžić a été un temps en étroite relation avec le monde du foot yougoslave. Une époque où l’ex-leader des Serbes de Bosnie n’était pas encore le « boucher des Balkans » , mais un psychiatre rigolard dispensant des séances de préparation mentale à Faruk Hadžibegić, Predrag Pašić et aux autres joueurs du FK Sarajevo.

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La crinière fournie était déjà l'une de ses particularités, il y a 35 ans de cela. Sauf qu’entre les années 1980 dans une ville de Sarajevo bouillonnante et baignée d’allégresse, et le banc du tribunal où le septuagénaire était assis ce mercredi, Radovan Karadžić s’est rendu coupable d’un nettoyage ethnique fatal pour environ 100 000 personnes et obligeant 2,2 millions d’autres à fuir. Mais avant d’être le chef militaire responsable de cette fureur scrupuleusement appliquée entre 1992 et 1995, il était alors connu pour être un poète raté et un psychiatre plus en réussite.


Originaire de Petnjica, un petit village reculé du Monténégro, fils d’un membre des Tchetniks (résistance royaliste aux nazis et aux communistes de Tito), le garçon est assez tôt sensibilisé aux idées nationalistes serbes, après sa rencontre avec l’écrivain Dobrica Ćosić. Si bien qu’en parallèle de ses études de médecine, qui l'amène jusqu'à l'université de Columbia aux États-Unis, Karadžić s’essaye à la poésie. Mais sa plume ne semble pas séduire la ville de Sarajevo, où ce montagnard a tenté sa chance. C’est donc via la psychiatrie qu’il connaîtra la promotion sociale dans la capitale bosnienne.

Des cigarettes et des oranges


Et s’il s’est spécialisé dans le traitement des patients victimes de paranoïa et de dépression, le bonhomme hirsute à l’humour désarmant est contacté par la direction du FK Sarajevo pour travailler auprès de ses joueurs. Celui-ci peut déjà faire valoir une expérience d’un an avec l’Étoile rouge de Belgrade et ses références poussent les Bordo-Bijeli, stagnant en première division yougoslave, à lui faire confiance. L’objectif : comprendre les insuffisances psychologiques des joueurs, étudier les comportements et tirer quelques ficelles pour stimuler leur motivation et donc les résultats. « Par une ironie de l’histoire, [...] le psychiatre nouvellement arrivé incite le staff à dépasser toute division ethnique et religieuse pour former un vrai groupe cohérent, fort, uni devant l’adversaire » , écrit Gigi Riva dans Le Dernier Penalty.


Parmi ceux s’étant allongés dans le sofa de Karadžić dès l’année 1984, deux icônes de Sarajevo : Faruk Hadžibegić et Predrag Pašić. « Il avait été bien accueilli, il avait de bons rapports avec tous les dirigeants, témoignait le premier, actuellement entraîneur du Red Star, auprès de l’écrivain Gigi Riva. Les séances avec lui duraient environ une heure, il nous parlait de choses sans grand intérêt pour nous, plutôt ennuyeuses ; nous, il n’y avait que le rectangle vert de la pelouse qui nous importait. » Pourtant, au fil des mois, une relation particulière s’est créée entre les footballeurs et le thérapeute. « Il est resté huit ans avec nous. Je le connais mieux que vous, continuait Hadžibegić, cette fois pour 20 Minutes. On a passé des soirées avec lui, on a bu des coups ensemble. C’était un mec agréable avec qui on discutait de tout et de rien. On le connaissait très bien. » Si bien que lorsque Karadžić fut brièvement écroué pour une affaire de détournement de fonds publics, les joueurs du Klub allaient lui rendre visite en prison pour le ravitailler en cigarettes et en oranges.

L'habit ne fait pas le bourreau


À ce moment, tout ce petit monde est loin d’imaginer ce que Karadžić deviendra quelques années plus tard, quand le volcan yougoslave entrera en éruption au début des années 1990. « Il nous enseignait tout le temps à être ensemble, à avoir un esprit d'équipe, que la victoire ne comptait que si nous étions ensemble, que si nous respirions ensemble, que nous jouions ensemble, les uns pour les autres. L'homme politique refusait toute vie commune, et c'est lui qui a assiégé Sarajevo pendant trois ans » , développait Predrag Pašić dans le documentaire Les Rebelles du foot. Si l’ancien Yougoslave a lui choisi de fonder une école de football multi-ethnique dans le Sarajevo sous les bombes, celui qui fut son confident avait alors choisi une tout autre voie.


Un événement fera tomber les masques : les premières élections libres depuis la mort de Tito, organisées en novembre 1990, conduisant au réveil sanglant des partis nationalistes. Si Slobodan Milošević se pose en protecteur de tous les Serbes, Radovan Karadžić suit son sillage et remporte le scrutin bosnien avec le Parti démocratique serbe (SDS) qu’il a cofondé. La première marche vers l’horreur. Difficile pourtant de comprendre comment les joueurs du FK Sarajevo ont pu ne jamais sentir l’ombre d’une manipulation politique. Surtout si on se fie au portrait dressé par Jovan Divjak, le général serbe qui a défendu Sarajevo contre tous les nationalistes, pour Libération : « Ses propos n’étaient que mensonge. Karadžić a une forte personnalité et une présence indéniable. Avec sa rhétorique sur la souffrance, remuée comme un fer dans la plaie, il a séduit les Serbes des régions rurales [...] et réveillé de vieilles angoisses liées à la Seconde Guerre mondiale. »

Le diable s'habille en tifoso


Rien de tout ça ne transparaît dans les témoignages des footballeurs du Klub. « Jamais je n’aurais imaginé ce qu’il ferait par la suite, assurait Hadžibegić. Ça m’a surpris et j’ai été très choqué. Mais l’homme est tellement complexe avec ses points forts et ses points faibles comme le pouvoir et l’argent. Aujourd’hui, je le hais. Même si dans ma religion, haïr quelqu’un est impossible, là c’est différent. Il y a eu 300 000 morts. Je ne peux pas lui pardonner ça. » Même stupéfaction pour Pašić. « C'est un homme en noir et blanc, avançait-il pour L’Équipe Explore. Encore aujourd'hui, je ne trouve aucune explication à ce changement radical. »


Une fois les atrocités commises, les sportifs de Sarajevo ne recroiseront plus jamais Karadžić. Même si celui-ci ne coupera pas complètement avec le foot. C’est du moins ce que confirme Gigi Riva dans son livre, d’après les révélations de son neveu Dragan. « Pendant qu’il était recherché comme criminel de guerre (soit treize années de fuite avant sa capture, N.D.L.R.), il allait souvent en Italie assister aux matchs dans lesquels jouaient deux footballeurs serbes, Siniša Mihajlović et Dejan Stanković, jusqu’à devenir supporter de la Lazio et de l’Inter où ils avaient signé : anonyme au milieu de milliers de spectateurs. » Mais aujourd'hui, à l'ombre pour les dernières années de sa vie, personne ne risque de lui apporter quelques victuailles pour passer le temps.

Par Mathieu Rollinger
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