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Quand la Corée du Nord conquérait les fans anglais

Pour fêter son 70e anniversaire, la Corée du Nord a défilé ce dimanche 9 septembre à Pyongyang. Et pour une fois, les missiles balistiques sont restés au hangar. Le signe d’un apaisement avec l’Occident ? Peut-être. Flash-back en 1966, quand le régime autoritaire s’est ouvert sur le monde par le biais de son équipe nationale de football, le temps d’un été. C’était en Angleterre.

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La scène se déroule dans un salon fait de briques, de rideaux blancs et d’une tapisserie sobre, quelque part en Corée du Nord. Elle ouvre le documentaire The Game of Their Lives ( « Le match de leur vie » ) signé Daniel Gordon et Nick Bonner, sorti en 2002. Le vieux monsieur qui parle face caméra s’appelle Myung Rye-hyun, c’est l’ancien sélectionneur de l’équipe nationale de football de Corée du Nord. Les hommes qu’il présente tour à tour portent une tenue militaire ou un col Mao, mais ne semblent pas plus jeunes que lui. Pourtant, ce sont ses anciens joueurs, tous ont participé à la Coupe du monde 1966. Avec ses grosses lunettes d’un autre temps, Myung Rye-hyun fait marrer toute l’assistance en introduisant la femme à ses côtés : « C’est ma vieille épouse qui a perdu toutes ses dents. Voilà pourquoi elle est devenue laide aujourd’hui ! » Ainsi, vivre toute son existence dans l’un des pays les plus fermés du monde n’empêche pas d’avoir le sens de l’humour.

Bras de fer diplomatique


Par deux fois, une équipe de Corée du Nord a participé à la Coupe du monde de football. La deuxième, c’était en Afrique du Sud : une élimination au premier tour marquée par une débâcle contre le Portugal (7-0) censurée par la télévision nationale à mesure que le score prenait de l’ampleur. Mais avant 2010, il y a eu surtout 1966. Cette année-là, les Chŏllimas – leur surnom, en référence au cheval ailé, symbole de la puissance nord-coréenne, qui a donné son nom à la politique stakhanoviste du pays (1958-1961), dans la lignée du « Grand Bond en avant » en Chine – ont créé la sensation de la 8e édition de la World Cup. Une épopée racontée pour la première fois au monde trente-cinq ans après, à l’aube du Mondial au Japon et en Corée... du Sud. Il aura fallu quatre années de négociations aux journalistes britanniques Gordon et Bonner pour obtenir l’autorisation de venir filmer les acteurs en Corée du Nord. En découle 1h20 de témoignages précieux, de chants patriotiques, de pleurs à la mémoire du « Grand Leader » , mais aussi des souvenirs de communion avec les fans anglais.


Pour obtenir sa qualification, la Corée du Nord a dû passer par des barrages face à l’Australie. Faute de reconnaissance entre les deux pays, la confrontation aller-retour s’est déroulée à Phnom Penh, au Cambodge, dans un stade coupé en deux entre les deux peuples. Et sur ce terrain neutre diplomatique, le sens du collectif nord-coréen a fait la différence sur la technique des joueurs australiens, pourtant presque tous expatriés en Angleterre : victoires 6-1 et 3-1, la qualification est en poche. Problème : le Royaume-Uni non plus ne reconnaît pas la Corée du Nord et refuse dans un premier temps d’accorder des visas aux Moustiques, l’autre surnom de la sélection nord-coréenne. Un bras de fer s’engage alors entre le pays organisateur et la FIFA, qui menace de déplacer l'événement si le gouvernement britannique ne plie pas. Finalement, un compromis est trouvé : la Corée du Nord participera, mais pas sous son nom officiel de « République populaire démocratique de Corée » . Pour éviter à tout prix de jouer l’hymne national nord-coréen sous les yeux du monde, les organisateurs décident même de limiter le protocole des hymnes nationaux au match d’ouverture (Angleterre-Uruguay) et à la finale, en présumant que les Chŏllimas seraient déjà rentrés à la maison depuis longtemps à ce stade de la compétition.

«  On était l’ennemi »


De 1950 à 1953, la guerre de Corée a fait quatre millions de morts dans la péninsule. Une dizaine d’années plus tard, les 74 membres (les joueurs, le staff technique, le staff médical, des chefs cuisiniers et quatre documentalistes) de la délégation de l’équipe nationale de Corée du Nord débarquent donc en Angleterre, un pays qui a combattu en faveur du Sud. « On savait que la Grande-Bretagne avait participé à la guerre. En d’autres termes, on était l’ennemi » , témoigne Pak Do It dans The Game of Their Lives, après avoir fait la visite de son appartement modeste et vieillot, décoré par des portraits des dictateurs. Mais ce que l’ancien buteur – qui était ouvrier dans une imprimerie avant de servir son pays sur le terrain – et ses coéquipiers ne se doutent pas à l’époque, c’est qu’ils allaient avoir les faveurs du public de Middlesbrough, où se déroule la phase de poules du groupe 4. Celui de l’Italie, l’un des favoris au sacre, de l’URSS, finaliste de l’Euro 1964, du Chili, troisième de l’édition 1962, et donc de la Corée du Nord, l’outsider absolu.

Au départ, la cité ouvrière du Nord de l’Angleterre soutient les Chŏllimas comme elle supporterait un club amateur face à un cador de première division lors d’un match de Coupe. Premier match : URSS : 3 ; Corée du Nord : 0. Malgré cette cuisante défaite, le jeu de dédoublement de passes de cette « équipe de jockeys » – dixit un fan anglais – séduit son monde. À la ville, les joueurs nord-coréens ne parlent pas un mot d’anglais, mais ils se plaisent à signer des autographes et ils ont la classe dans leur survêtement bleu. Reste que l’aventure est sur le point de s’arrêter dès le deuxième match face au Chili. Menée 1-0 jusque dans les dernières minutes, la Corée du Nord est virtuellement éliminée, quand après un échange de têtes dans la surface adverse, Pak Seung-jin reprend la balle au fond à la 88e ! Score final : 1-1. Inspirée par ce cocktail d’émotions, la presse locale titre : « Jin’s tonic for happy Korea » .

Jin’s tonic & Pak-man


Pour saisir à quel point les Nord-Coréens se sont acharnés à s’entraîner pour la Coupe du monde, confinés à Pyongyang durant les dix mois de préparation, il faut écouter le gardien Lee Chang-myung : « Je ne suis pas grand et j’ai des petites mains, mais je travaillais mon explosivité. Je m’entraînais à sauter pour que la barre transversale m’arrive là » , dit-il en désignant la hauteur de... son coude. Le secret de la force de frappe du buteur Pak Seung-jin ? Attacher une corde à ses mollets et les muscler en répétant les mouvements des milliers de fois par jour, à chaque jambe, quotidiennement. Le 19 juillet 1966, des millions de Nord-Coréens se lèvent et allument la radio à 3h du matin pour suivre la rencontre de leur équipe face à l’Italie à l’Ayresome Park de Middlesbrough. Une date qui résonne encore aujourd’hui comme l’un des plus grands exploits de l’histoire de la Coupe du monde.


Les Azzurri sont sûrs de leurs forces, comme le confiera le maître à jouer italien Gianni Rivera. D’ailleurs, ce sont eux qui se procurent les meilleures occasions. Sauf que le meneur de jeu Bulgarelli doit quitter ses partenaires sur blessure après une demi-heure de jeu. À l’époque, pas de remplacement possible, les Italiens vont devoir batailler à 10 contre 11. Et ils vont surtout se faire surprendre par une frappe croisée de Pak Doo-ik juste avant la mi-temps. Derrière, le gardien pas très grand et aux petites mains tient la baraque. La Corée du Nord résiste et l’emporte 1-0. Cette fois, l’Evening Gazette aurait pu titrer que l’Italie s’est fait bouffer par Pak-man et sa bande devant une foule en délire. En Italie, une expression aujourd'hui dans la langue courante naîtra de cette débâcle : « È Corea » , qui signifie, en gros, «  C'est la honte  » !

Eusébio et Jésus


Le gouvernement britannique a alors tout fait pour feutrer les symboles de la Corée du Nord sur son territoire. Qu'à cela ne tienne, ce sont des jeunes supporters anglais qui agitent le drapeau rouge et bleu dans les tribunes. Mieux, 3000 lads de ‘Boro se décident à prendre le train pour suivre leur band préférée dans la suite de sa tournée, à Liverpool, en quarts de finale, face au Portugal. Et ils ne vont pas être déçus. Dès la 1re minute de jeu, Pak Seung-jin agite le shaker et enivre Goodison Park avec sa reprise sous la barre, 1-0. La Terre tremble quand Lee Dong-woon et Yang Seung-kook rajoutent chacun un pion. On joue depuis seulement 25 minutes, et la Corée du Nord, qui mène 3-0, touche du doigt une demi-finale de Coupe du monde. Presque trop tôt.



En face, Eusébio sort de sa boîte pour refaire les deux tiers du retard de son équipe avant la mi-temps. La Panthère noire claque un quadruplé, dont deux penaltys sanctionnant des fautes grossières dans la surface, et le Portugal s'impose finalement 5-3. Cruel. L'aventure des Moustiques s'arrête là. La faute à Eusébio ? Oui, mais pas seulement... À en croire Pak Doo-ik, les joueurs nord-coréens n'étaient pas très à l'aise dans leur nouvel hébergement à Liverpool : «  De nuit, on pouvait voir une chapelle éclairée par un projecteur. À l'intérieur se trouvait une statue de Jésus sur la croix, d'effrayants clous plantés dans ses paumes de main. Nous n'avions jamais vu ce genre de choses auparavant. Ça nous a causé beaucoup d'inquiétude et de peur, au point d'avoir du mal à trouver le sommeil. »

Par Florian Lefèvre Tous propos tirés du documentaire The Game of Their Lives ( « Le match de leur vie » ) de Daniel Gordon et Nick Bonner (2002)
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