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Pourquoi on aime tant les renards des surfaces

Longtemps, ils ont vécu tranquilles autour du point de penalty adverse. Puis le football leur a demandé d’évoluer : pressing, repli défensif, grandes chevauchées dans les espaces. Le renard des surfaces, cette race à part uniquement concernée par le but, est-il voué à disparaître ? Dernier inventaire avant l’ouverture de la chasse.

Delio Onnis reçoit « chez lui » . Son salon canapé-lampe-télé-table basse a été installé dans la surface de réparation, à même la pelouse du stade de Tours. Une mise en scène pour Téléfoot... Détendu, dans un épais fauteuil posé au point de penalty, les pieds dans le gazon, Delio discourt posément avec Didier Roustan sur l’instinct de tueur des buteurs en série. Un instinct criminel domestique : « Dans la surface, je suis chez moi. » L’assassin n’habite pas au 21. Il habite dans les seize mètres. En ce début des années 1980, le numéro 9 de D1 n’est pas à la rue : Onnis, Lacombe, Bianchi ou Szarmach trucident at home, à bout portant, tous les samedis soir... L’époque est encore au 9 finisseur. Partout, le renard des surfaces fait l’affaire. L’instinct, d’abord : « On naît buteur, on ne le devient pas. C’est inné, ça ne s’apprend pas : tu l’as ou tu l’as pas ! » sermonne Bernard Lacombe au nom de la caste. Josip Skoblar, autre lame fatale, ajoute à l’instinct une bonne dose de paranormal : « Je vais chercher la balle là où ce n’est pas vrai » ... « Dans la boîte » , le 9 classique régale de buts splendides ou croque du bas morceau avec des buts de raccroc, comme Paolo Rossi, triple bourreau de la Seleção au Mundial 1982. De toute façon, depuis le maître étalon Gerd Müller, l’esthétisme ne compte pas, les sentiments non plus : un poteau qui renvoie, un gardien qui relâche, un faux rebond facétieux, tout est bon pour châtier. « Dieu pardonne, moi pas » , dixit Bomber Gerd ! Idem pour la noblesse du geste mise aussi à mal par le canonnier allemand : il marquait des deux pieds, de la tête, de la hanche, de l’épaule, du genou, du tibia, du ventre, du cul, du coude... « J’avais cet instinct en moi dès mon plus jeune âge. Je ne pensais qu’au but. Et peu importait la manière. »

Gerd Muller

« Jouer entre les cornes du taureau »


Le tueur de surfaces est un chasseur solitaire, ange exterminateur mi-charognard mi-chasseur de primes qui tient un compte serré de ses shots mortels. Bernard Lacombe se souvient de tous ses buts, David Trezeguet a appris à compter les siens : « C’est en Italie que les chiffres sont devenus très importants pour moi. L’Italie, c’est le pays des stats. Si un joueur veut réussir dans le calcio, il doit forcément s’y intéresser et tenter d’améliorer ses pourcentages semaine après semaine. C’est comme ça que tu gagnes le respect des autres. Mon objectif était clair : il fallait que je marque le plus de buts possible. » L’Italie ! Tout sauf un hasard : avec les Pays-Bas, l’Argentine et l’Allemagne, l’Italie et son illustre tradition des grands numéros 9 (Piola, Sivori, Riva, Rossi, Inzaghi) occupent une place de choix dans la géographie renardière. L’Allemagne n’est pas en reste. Juste après Uwe Seeler, Gerd Müller a perpétué de ses rafales la lignée des grands buteurs made in Germany sachant ajuster leur champ de tir à dix mètres de la cage (Dieter Müller, Hrubesch, Völler, Kirsten, Bierhoff, Klose). Comme le fait remarquer Claude Dusseau, responsable de la formation à l’INF Vichy puis Clairefontaine (de 1986 à 1994), pouvoir renarder le museau aux aguets serait aussi une question d’occupation de l’espace : « Dans le football allemand, espagnol, anglais ou néerlandais, il y a toujours du monde dans la surface, et cela provoque même des fautes de l’adversaire. Tout ça profite forcément aux joueurs de surface. Dans le foot français, la densité est moindre dans les seize mètres adverses. »

« Aujourd’hui, on demande à l’attaquant de courir partout, de faire le pressing, le pivot. Les seuls killers qui restent ont tous plus de trente ans. » D. Trezeguet
Hormis peut-être le lointain Just Fontaine, le foot français a engendré peu de vrais renards : Hervé Revelli, Bernard Lacombe, JPP ? Même pas. Les vrais killers venaient d’ailleurs : Skoblar, Onnis, Bianchi, Szarmach, Trezeguet. Claude Dusseau raconte que Jacquet désespérait de trouver en équipe de France un authentique finisseur, un 9 capable de jouer, selon l’expression d’Aimé, « entre les cornes du taureau » . Manque de courage ?... Et manque de patience, toujours selon Dusseau. « Nos offensifs aiment toucher beaucoup le ballon et préfèrent reculer au milieu plutôt qu’attendre pour ne recevoir que deux ou trois fois la balle. » Christian Gourcuff précise cette orientation tactique offensive à la française : « En France, on joue avec un bloc plus compact, plus court. On a une plus grande attirance pour la construction du jeu. Ce sont souvent nos milieux qui marquent. » Plus globalement, pour Claude Dusseau, le foot français reste frileux : « En France, on sait bien organiser les défenses et le milieu. Mais l’attaque... Devant, on considère un peu que ce sont des artistes qui sont censés savoir se démerder, et à qui on demande de harceler les défenseurs. Peut-être que nos entraînements pour les attaquants ne sont pas assez tactiques. » Une chose est sûre, la France du foot a privilégié le dévoreur d’espaces Thierry Henry au goleador David Trezeguet. Comme un symbole.

Bernard Lacombe

Pressing haut et bloc équipe


Au vrai, partout, le fameux fox in the box était voué à devenir peu à peu une espèce en voie de disparition. « À cause du jeu qui est devenu plus défensif » , tranche Delio Onnis. Ronaldo a illustré à lui tout seul l’évolution du numéro 9 tout au long des années 1990, passant du statut de renardeau finisseur au Cruzeiro à celui de buteur supersonique partant de loin avec le Barça ou l’Inter. « Ronaldo, je ne l’aime pas du tout ! C’est un sprinter, pas un avant-centre » , avait lâché Gerd Müller, à qui on ne la fait pas... Le foot change, le buteur recule. « Autrefois, les défenses étaient positionnées beaucoup plus bas, ce qui permettait déjà une plus grande proximité de l’avant-centre avec le but adverse. Et puis le bloc-équipe est remonté plus haut, parfois à la ligne médiane, ce qui éloignait l’avant-centre de la zone de vérité » , souligne l’Argentin Omar da Fonseca, ancien avant-centre lui-même.

« On ne peut plus jouer en 9+1, avec le gars en pointe qui attend à la finition... » C. Gourcuff
Les renards ont laissé place aux grands fauves, cavaleurs ou déménageurs (Henry, Cristiano Ronaldo, Drogba, Cavani), ou bien aux petits fauves acérés (Eto’o, Messi, Agüero, Tévez). Le spécimen Trezeguet témoigne devant la commission de sauvegarde du renard : « C’est l’évolution du football qui veut ça. Aujourd’hui, on demande à l’attaquant de courir partout, de faire le pressing, le pivot. Les seuls killers qui restent ont tous plus de trente ans. » Depuis qu’il a quitté la Juventus, Foxy David a dû s’adapter à son tour au diktat moderne de l’attaquant premier défenseur, une mode dictée par la tendance « pressing haut sur la perte » popularisée par le grand Barça en personne : « En 2010, on ne joue pas comme dans les années 1990... Faire des sprints à répétition, ça n’a jamais été dans mes caractéristiques. C’est une nouvelle réalité : l’attaquant court plus, il fait plus de pressing, est moins dans les seize mètres. » Le prof Gourcuff enfonce le clou de l’évolution tactique : « On ne peut plus jouer en 9+1, avec le gars en pointe qui attend à la finition. C’est se priver d’un joueur qui ne participe ni à la récupération, ni à l’élaboration du jeu. » Peter Zeidler, ancien coach du FC Tours, referme le cercueil avec humour : « Inzaghi ? Oui, il m’aurait intéressé... sur le banc ! Je l’aurais fait entrer en deuxième mi-temps, ou en fin de match pour faire la différence. Mais pas en titulaire : je ne peux pas renoncer au travail défensif d’un attaquant. »

Hernan Crespo

4-2-3-1 vs 4-4-2


Pippo Inzaghi coach, Van Nistelrooy et Crespo à la retraite, Trezeguet en préretraite en Inde, aujourd’hui, ceux qui empêchent l’extinction totale de l’espèce se comptent sur les doigts d’une patte : Miroslav Klose (36 ans), le « jeune » Klaas-Jan Huntelaar (31 ans), voire Alexander Frei (35 ans). Plus hybride, mix du numéro 9 à l’ancienne et de l’attaquant moderne, le cas Edin Džeko (28 ans) illustre symboliquement l’évolution tactique fatale au fox in the box, qui correspond aussi au déclin relatif du 4-4-2. « Le système à deux attaquants permettait de mieux s’exprimer. À Bordeaux, je faisais la paire avec Dieter Müller. Sur les centres, c’était bien qu’un soit pris par le 4 et le 5 adverses, ça libérait plus du marquage pour l’autre, il y avait plus d’espaces » , justifie Bernard Lacombe. « Le 4-4-2 offre plus de facilités, plus de proximité et de relations entre attaquants, c’est vrai, renchérit Christian Gourcuff, mais le 4-2-3-1 est plus fréquent, avec une seule pointe, presque indépendante, dotée de qualités athlétiques et d’un gros volume de course. » Depuis le retour en forme d’Agüero, Pellegrini a sacrifié son 4-4-2 du début de saison (et donc Džeko), et ce, même en championnat, pour un système à une seule pointe (4-2-3-1 ou 4-1-4-1) dans lequel, avec ses appels incessants et son travail de pressing sur les défenseurs, l’Argentin travaille pour deux. « Maintenant, on joue plus sur la vitesse. La vivacité, la technique vont être des qualités maîtresses du buteur, insiste Da Fonseca. Il devra marquer, mais aussi savoir faire des appels tranchants, dribbler, multiplier les courses courtes et rapides, créer des brèches, déstabiliser... Bref, avoir un registre plus complet que le buteur à l’ancienne. » Même si David Trezeguet y croit toujours : « On est des joueurs d’une autre époque, mais on est toujours d’actualité. » Quand Neil Young passe par Paris, il remplit toujours Bercy.

Article paru initialement dans le SO FOOT 90, en 2011. Abonnez-vous à SO FOOT.
Par Chérif Ghemmour – Propos recueillis par CG, sauf David Trezeguet, par JPS