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Pourquoi Kick Off est un jeu culte

S’il y en a un qui a bien raté son été 2016, c’est Kick Off Revival. Sortie en plein Euro, sur Playstation 4, la réédition du jeu vidéo culte du début des années 1990, sur les ordinateurs Amiga et Atari, a fait un four. Dans un monde outrageusement dominé par les mastodontes FIFA et PES, Kick Off aurait-il définitivement fait son temps ? Retour sur la naissance d’un mythe de la culture foot.

Article paru initialement dans le numéro 139 de SO FOOT

Dublin, novembre 2015. Dans une ancienne fabrique de chocolat réaménagée, 38 personnes, entre 30 et 40 ans, s’excitent sur de vieux ordinateurs Amiga. Ils se disputent le titre de meilleur joueur au monde de Kick Off 2, le jeu vidéo de football phare des années 1990-1991. « Ça crie beaucoup, surtout les Italiens, ils sont très bruyants, assure Danny Dineen, l’un des organisateurs. Beaucoup jettent leur joystick de dépit ou cassent le mobilier. » Cette communauté internationale d’éternels gamins qui refusent d’abandonner le jeu de leur adolescence se réunit tous les ans depuis 2001. « À l’époque, je m’étais rendu compte de l’existence d’une vraie communauté de fans du jeu lorsque je me suis inscrit sur le forum Kick Off Gathering. J’ai alors soumis l’idée d’organiser une compétition, il s’est avéré que tout le monde y était favorable » , se souvient Steve Screech, graphiste et testeur historique de Kick Off. « Pour moi, tout a commencé avec Kick Off en 1989, puis j’ai joué à Player Manager (un ancêtre de Football Manager écrit par le créateur de Kick Off, N.D.L.R.), et je suis devenu totalement accro sur Kick Off 2 en 1991. Aucun jeu ne m’a autant captivé, cela dure depuis 25 ans » , assure Jorn, qui s’occupe de la page Facebook du tournoi.



Gagnant de cette édition 2015, Andy Gregoris joue tous les soirs, dès que ses filles sont couchées. Mais pourquoi ne pas passer à des simulations mieux réalisées et plus récentes ? « Nous ne sommes pas des nostalgiques. C’est juste que Kick Off est le jeu ultime pour tester vos capacités contre un autre être humain. La machine ne contrôle quasiment rien, contrairement à des jeux comme FIFA ou PES, de beaux simulateurs de matchs, rien de plus. La première fois que tu joues à Kick Off, tu trouves ça nul, tu as envie d’arrêter, car c’est trop dur. FIFA ou PES ne demandent pas autant de pratique » , explique le champion. Car c’est dans son gameplay que réside tout le sel et le piment de Kick Off. En effet, le ballon ne colle pas aux pieds des joueurs, ce qui rend la maniabilité délicate. La difficulté est telle que même le légendaire Dino Dini, créateur du premier opus édité en 1989, présent aux mondiaux, fait pâle figure. « C’est vrai que ses capacités sont déficientes, avance Steve Screech, mais Dino a le mérite de venir participer au mondial pour se faire taper. »

Minimalisme et vision verticale


Quand le projet Kick Off voit le jour, Dino Dini a une petite vingtaine d’années. Développeur autodidacte de talent, il travaille pour l’éditeur Anco. Son patron, Anil Gupta, lui impose l’idée de travailler sur un jeu de foot. « À l’école, les sports collectifs étaient un cauchemar pour moi. J’étais toujours le plus mauvais. J’étais un geek ! Personne ne me comprenait ni ne m’aimait. Je me faisais taper tout le temps. C’est pour cela que le football, c’était dur pour moi. Je ne suivais que les compétitions internationales, car je suis issu d’une famille d’immigrés. On supportait l’Italie et l’Angleterre en famille. C’est comme ça que j’ai appris le football. » Créer un jeu de foot relève donc du challenge pour l’Italien, qui planche sur le codage du jeu pendant quinze mois. Surtout la nuit. « Quand j’ai écrit Kick Off, je vivais encore chez mes parents. J’ai tout programmé dans ma chambre ! » Steve Screech est alors développeur graphique du jeu en gestation et fait office de « caution foot » .

« Le succès commercial de Kick Off a dépassé toutes mes attentes. Je ne pensais pas qu’il serait numéro un, je ne pensais même pas qu’il serait rentable. »
Dino Dini, créateur du jeu
Il amène une approche tactique que Dino Dini n’a pas... et dont il n’a pas vraiment besoin. « Certaines personnes disent qu’il faut pratiquer le football pour le connaître et faire un bon jeu vidéo. Ce n’est pas vrai, avance le père du jeu. Comme un artiste impressionniste, on n’a pas besoin de retranscrire tous les détails, mais de saisir un esprit. » D’où ce gameplay si singulier. « Le ballon devait se comporter comme un vrai ballon, ce qui signifie qu’il devait avoir son indépendance physique. J’ai construit le jeu autour du ballon, tout le contraire des autres. » Cofondateur de Sensible Software et créateur de Sensible Soccer, le jeu qui succède à Kick Off dans le cœur des joueurs en 1993, Jon Hare reconnaît ainsi chez Dino Dini « un génie mathématique hors pair » . Fin 1989, Dino Dini achève Kick Off. Avec ses graphismes minimalistes et sa vision verticale. Le succès est rapide. « On a attiré l’attention des médias. De nombreux magazines nous invitaient pour des interviews, et les gens voulaient nous défier sur le jeu » , raconte Steve. Suivra Kick Off 2, donc, le plus gros succès commercial d’Anco. « Il n’y a aucun doute sur le fait que le succès commercial de Kick Off a dépassé toutes mes attentes. Je ne pensais pas qu’il serait numéro un, je ne pensais même pas qu’il serait rentable » , confie Dino. Deux années de suite, son éditeur reçoit même le Golden Joystick Award du meilleur jeu de l’année sur console 16 bits. En 1990 pour Kick Off et en 1991 pour Kick Off 2. Mais derrière la légende, le début des emmerdes.

L’arrivée de FIFA et PES


En coulisses, la petite équipe d’Anco implose. « J’ai su que j’avais remporté le Golden Joystick Award en lisant un magazine. Personne chez Anco ne m’avait prévenu. Je perdais petit à petit le contrôle de ma création. Le jeu était devenu célèbre, pas moi. Et la relation de confiance avec Anco était brisée, très clairement » , rembobine Dino Dini, qui, selon d’anciens collègues, aurait pris le melon avec le succès. Plus grave, alors qu’il travaille sur Kick Off 3, Dino Dini a vent de discussions entre son patron et Sensible Software autour du projet Sensible Soccer. Aujourd’hui encore, il en parle avec des trémolos dans la voix : « J’ai appelé Anil Gupta pour lui demander : "Qu’en est-il de la loyauté ?" Il m’a répondu : "Je ne te dois aucune loyauté." Je ne sais pas comment il a pu me dire cela. » Le père de Kick Off quitte Anco dans la foulée. Une brouille entre deux hommes, un divorce en quelque sorte, qui signe la fin d’un jeu rapidement devenu culte. « J’ai du mal à croire qu’Anil ait pu dire quelque chose de la sorte sans y avoir été poussé. Malheureusement, on ne connaîtra jamais sa version » , se désole Steve Screech.

« Kick Off est le jeu ultime pour tester vos capacités contre un autre être humain. La machine ne contrôle quasiment rien, contrairement à des jeux comme FIFA ou PES, de beaux simulateurs de matchs, rien de plus. »
Andy Gregoris, champion du monde 2015 de Kick Off
Le numéro un d’Anco décède en 2003, et son entreprise avec : aucun de ses jeux ne rencontrera le triomphe de Kick Off dans les années 1990. L’entreprise tente bien de raviver la flamme régulièrement entre 1994 et 2002, mais en vain, l’arrivée de FIFA et de Pro Evolution Soccer emporte tout sur son passage. De son côté, Dino Dini tente de se relancer chez Virgin Games avant de partir aux États-Unis pour y exercer des jobs alimentaires dans l’informatique, puis de revenir donner des conférences à l’Université des sciences appliquées aux Pays-Bas depuis 2005. « Vous travaillez de votre passion, de ce que vous aimez, et soudainement, toutes les lumières se braquent sur vous. Vous a-t-on appris quelles étaient les règles à suivre ? Les pièges à éviter ? Il y a un retour de bâton du succès, et quelle que soit la manière dont vous essayez de l’éviter, ce retour de bâton va vous atteindre » , philosophe-t-il.


La renaissance de Dino


La longue traversée du désert de Dino Dini prend fin à l’occasion de la Game Developers Conference 2013, où il est invité à s’exprimer. Dans l’auditoire, Shahid Ahmad, directeur stratégique des contenus chez Sony Computer Entertainment Europe, reprend contact avec l’ancien d’Anco et lui offre un kit de développement Playstation. L’idée ? Faire un nouveau jeu dans l’esprit de Kick Off pour la PS Vita et la Playstation 4. Avec une équipe de cinq personnes, Dino Dini travaille sur Kick Off Revival. Le jeu sort fin juin 2016 sur PS4, dans une certaine indifférence, malgré la mode du vintage et du rétro. Le grand public tient désormais le réalisme et le graphisme des simulations FIFA et PES pour références, et les quadragénaires, potentiellement réceptifs à l’idée de retrouver le charme vieillot de « leur » Kick Off, sont hyper minoritaires... Mais l’essentiel est ailleurs. Fin 2015, en Pologne, alors qu’il bosse sur Revival, Dino Dini croise, dans un événement lié à l’industrie vidéoludique, Jon Hare. Celui qui a, indirectement, causé sa chute. Les deux hommes se respectent pour avoir révolutionné le jeu vidéo de football au tournant des années 1990. Il décide « de lui serrer la main, car c’était un peu comme serrer la main et faire la paix avec mon monstre intérieur » . Requinqué, le geek nul en sport à l’école court après le temps perdu : « J’ai vingt ans à rattraper. Il y a plein de jeux que j’aimerais faire que je n’ai pas eu l’opportunité de réaliser. Un jeu de tennis, par exemple. » Par Nicolas Jucha