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Pour danser le Bamba

Trois buts inscrits en trois journées de Ligue 1, 270 minutes de championnat dans les pattes : Jonathan Bamba a parfaitement démarré son aventure avec le LOSC à l'heure de retrouver, samedi, le stade Raymond-Kopa d'Angers. Voyage sur la route d'un buteur contrarié et qui a dû s'exiler de son club formateur, l'AS Saint-Étienne, pour pouvoir exécuter la seule tâche qui lui importe : jouer au foot.

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Il paraît que le foot est un milieu où l’on « accepte tout le monde » , qu’il serait presque facile de pousser la porte d’un vestiaire et que n’importe quel joueur peut se fondre dans n’importe quel groupe. C’est en tout cas la thèse défendue par Issa Cissokho, trente-trois ans, plus de 220 matchs pros dans les pattes et notamment passé un jour par le SCO d’Angers. Cissokho est pourtant un mec qui connaît les galères du milieu et les virages que la route du joueur de foot peut parfois emprunter : pour lui, cela a donné huit ans à se déchirer dans les divisions amateurs jusqu’à dormir un soir dehors, réfugié au onzième étage d’une tour, veille de match, à Orléans. Retour au vestiaire angevin et à un matin de janvier 2017 où un type de vingt piges s’est pointé avec mesure : Jonathan Bamba tire la langue et n’a plus mis les pieds sur un terrain depuis deux mois. Mais que fait-il ici ? « C’est vrai que mentalement, ce n’était pas top pour lui, donc il n’arrivait pas en pleine confiance, explique Stéphane Moulin, entraîneur du SCO depuis l’été 2011. On a plutôt insisté sur le fait de le relancer et de nous aider. Donc il y avait un challenge commun. Ce qui nous a décidé, c’est qu’il avait fait des bons débuts en pro et que même si la suite n’avait pas été à la hauteur de ses débuts, il avait quand même montré des choses. »

Vidéo

Sur le moment, ces choses sont déjà des archives : Bamba sort alors de deux prêts humainement riches, mais sportivement compliqués au Paris FC et en Belgique, du côté de Saint-Trond. Vingt-cinq matchs disputés, trois buts plantés au total. Maigre pour un jeune attaquant prometteur. La suite ? Le 8 janvier 2017, Angers est à Granville pour disputer le trente-deuxième de finale d’une Coupe de France dont le SCO verra la finale au printemps (défaite face au PSG, 0-1), et Jonathan Bamba s’éclate, jusqu’à provoquer un but contre son camp des Normands en première période.
« On a eu la bonne idée de croire en lui. Chez nous, il a retrouvé ce qu’il avait perdu, c’est-à-dire une joie de jouer et une joie de vivre, et je crois que pour un footballeur, c’est essentiel. » Stéphane Moulin, son entraîneur à Angers
Déclic, demi-saison parfaite avec le club du Maine-et-Loire, intégration XXL dans « une équipe physique, avec des grands gabarits, des mecs costauds » comme le dessine Cissokho, et revoilà le gosse sur les rails. Moulin n’a jamais oublié : « On a eu la bonne idée de croire en lui. Chez nous, il a retrouvé ce qu’il avait perdu, c’est-à-dire une joie de jouer et une joie de vivre, et je crois que pour un footballeur, c’est essentiel. »

« Comme il va passer sur toutes les télés, je vais le protéger »


L’essentiel, justement : il fallait voir Bamba glisser sur les genoux vers l’un des poteaux de corner du stade Pierre-Mauroy de Lille, dimanche dernier, lors de l’éclatante victoire du LOSC face à Guingamp (3-0). Simple, après trois journées de Ligue 1, celui qui a rebondi dans le Nord durant l’été pointe à trois buts, soit déjà autant que lors de ses six mois passés à Angers. La clé ? Voilà le natif d’Alfortville dans le cadre parfait : le coéquipier qui lui file les passes décisives s’appelle Nicolas Pépé, un bonhomme avec qui il enfilait déjà les perles au SCO et dont il est très proche ; l’homme qui le dirige du bord du terrain s’appelle Christophe Galtier, coach qui l’a lancé un jour dans le monde pro. C’était à Saint-Étienne, en 2015, il y a déjà un petit moment à l’échelle foot. Reste que le jour de son arrivée à Lille, Jonathan Bamba ne s’est pas caché : « J’ai opté pour le LOSC car je connais déjà le coach, Christophe Galtier, qui m’a parlé en bien du club. Il me connaît très bien, c’est lui qui m’a sorti du centre de formation à Saint-Étienne. Je l’ai eu au téléphone pour savoir à quel poste il voulait me faire jouer. »



Du foot, du terrain, du jeu : l’ancien Stéphanois n’est pas venu dans les Hauts-de-France pour autre chose. Hors du cadre, Bamba est un silence, ne donne que peu d’interviews, et préfère affirmer timidement vouloir « apporter ce qu’il sait faire et aider le club à grandir » , puis frapper. Mais quel est le secret de ce retour au premier plan ? « C’est le travail, une confiance retrouvée » , glisse Issa Cissokho, qui ouvre une autre fenêtre : « À son arrivée à Angers, avec Ismaël Traoré, il a fallu le tirer pour l’emmener avec nous en salle de musculation. Et quand je le vois maintenant réussir à protéger son ballon comme il le fait, j’ai envie de lui dire : "tu vois que la muscu ça paye !" »

Physiquement, c’est un fait, Jonathan Bamba n’a plus grand-chose du gamin fluet débarqué en Ligue 1 un soir de janvier 2015, face au PSG. Il n’a plus rien non plus de l’espoir d’un club, l’ASSE, et n’a plus l’âge de porter cette étiquette. Il faut y revenir
«   À son arrivée à Angers, avec Ismaël Traoré, il a fallu le tirer pour l’emmener avec nous en salle de musculation. Et quand je le vois maintenant réussir à protéger son ballon comme il le fait, j’ai envie de lui dire : "Tu vois que la muscu ça paye !" » Issa Cissokho, son ancien coéquipier au SCO.
pour comprendre : après une bonne préparation avec le groupe professionnel durant l’été 2015, Christophe Galtier décide de sortir le joueur de sa poche le 20 septembre 2015. Les Verts sont à Geoffroy-Guichard, Bamba est posé par Galette sur l’aile gauche de son 4-2-3-1. Et l’explosion : un premier but en Ligue 1, au bout d’une accélération côté droit, suivie d’un grand pont sur Ermir Lenjani, d’un crochet sur Lorik Cana et d’une praline du gauche calée dans la lucarne de Rémy Riou. Jonathan Bamba vient de basculer, Galtier l’intercepte en vol : « Le petit Jonathan a mis aujourd’hui un but splendide, avec beaucoup de détermination et de culot. Il en avait déjà mis un superbe contre l’Ajax, en amical. Comme il va passer sur toutes les télés et être mis en valeur, je vais le protéger. » Et s’il venait de le faucher en plein élan ?

Choyé par les patrons, exposé en Ligue 2


Pour la première fois depuis son arrivée au club en 2011, à l’âge de quinze ans, Bamba est invité à partir pour grandir. Saint-Étienne est pourtant sa rampe de lancement, l’institution qui est venue le chercher du haut de ses douze ans lorsqu'il n’était encore qu’une promesse de l’UJA Alfortville. « C’est eux qui s’étaient positionnés en premier, replace l’ancienne responsable des jeunes du club, Audrey Baudu. Moi, j’avais fait venir plusieurs recruteurs pour venir l’observer dès l’âge de dix ans, car il était techniquement au-dessus du lot. Résultat, Saint-Étienne lui a fait signer un ANS (Accord de non-sollicitation permettant à un club de « réserver » un jeune talent repéré dans un club amateur, N.D.L.R.). Puis, pendant trois ans, il a fait quelques allers-retours pour connaître le centre de formation. » Comme souvent, le clan Bamba – son frère Aboubakar gère sa carrière, en compagnie d’un cousin de la famille, Michael N’Cho, et d’un ami, l’agent Samir Khiat – n’est déjà pas très loin, mais l’éclosion progressive se passe sans accroc, ce que l’ancien adjoint de Galtier chez les Verts, Romain Revelli, confirme : « Il a fait des allers-retours au début entre les pros et la réserve, mais il n’a jamais eu d’états d’âme comme certains jeunes parfois. De par son talent et son humilité, il a de suite été intégré et considéré par les patrons du vestiaire comme Loïc Perrin ou Stéphane Ruffier. Ça dit quelque chose... »



De l’avis de tous, Bamba, c’est ça : un gamin bien élevé, dingue de foot, techniquement gâté. En somme, un cadeau pour chaque formateur. Lorsqu’il débarque en prêt au Paris FC au début de l’année 2016, c’est ce que découvre Vincent Demarconnay, le gardien historique du club, qui raconte « un joueur qui n’avait presque rien à faire dans une équipe "pourrie" de Ligue 2 qui se battait pour ne pas descendre en National (le Paris FC sera relégué au bout de la saison 2015-2016, N.D.L.R.). Mais il a découvert la galère d’un maintien, tout en nous aidant avec ses qualités, ses éclairs... Je dois dire que parfois, on s’est même reposés là-dessus. On le connaissait tous depuis son but extraordinaire contre Nantes et ça nous a surpris de le voir arriver, avec sa discrétion, sa timidité... Reste que sur le terrain, rapidement, il n’y a eu aucun débat : c’était lui notre lumière. » Et ce, même si Jonathan Bamba traverse la demi-saison sans marquer le moindre but. Le réalisme est sa béquille, le joueur le sait et c’est sur quoi il va bosser. Sauf qu’à l’été 2016, Saint-Étienne décide une nouvelle fois de le prêter, en Belgique, à Saint-Trond. «  C’était dans son intérêt, justifie Galtier. Ce n’était pas un prêt d’un "j’en veux plus"... » Sur le moment, l’ASSE commet pourtant l’erreur de ne pas prolonger son bonbon, dont le contrat doit prendre fin deux ans plus tard.

Le joueur libre


La vrille de l’histoire : si Bamba s’impose rapidement à Saint-Trond comme le « meilleur joueur de l’équipe » aux yeux de son coéquipier de l’époque, Yohan Boli, il va également payer un changement tactique imposé par l’entraîneur croate Ivan Leko. « D’un seul coup, l’équipe marchait moins bien et Leko a décidé de passer à cinq défenseurs, poursuit Boli. Le coach a préféré privilégier des défenseurs plutôt que des ailiers et il a commencé à ne plus trop jouer. Il ne disait rien, mais on savait qu’il allait partir rapidement... » Dès janvier, en réalité, Jonathan Bamba s’en allant au SCO pour un énième prêt, alors que l’ASSE décide de lâcher un million d’euros sur Jorginho. À son retour dans le Forez, Bamba devient ainsi un dossier brûlant : le
«  Tout le monde ne peut pas être Messi ou Mbappé. Lui, il a continué son travail, et quand vous êtes entraîneur ou formateur, il faut être patient, car le joueur se déclenche parfois à 21 ou 23 ans. » Romain Revelli, ancien adjoint de Christophe Galtier à l'ASSE.
joueur a brillé à Angers, en Ligue 1, et son entourage décide de pousser les dirigeants stéphanois dans les cordes, négociant un contrat progressif pour leur protégé (il touchait 18 000€ brut mensuels avec les primes à l’époque, son entourage a demandé une augmentation de 130 000€ à 150 000€). La suite ? Un épisode de l’ère Óscar García, qui appréciait sincèrement le footballeur, un bras de fer, un Bamba qui se retrouve écarté du groupe et une histoire qui s’enlise, jusqu’à retrouver l’espoir seul, un dimanche d’octobre, venir supporter la réserve des Verts face à Ain Sud Foot.


Cet été, Jonathan Bamba a quitté son club formateur et s’est donc engagé gratuitement à Lille pour sortir d’un casse-tête qui le dépasse. Il est surtout redevenu un joueur de premier plan, que Galtier ne veut plus cacher et on commence à entrevoir la confirmation. « C’est un garçon qui a du caractère, très solide dans la tête. Le problème du foot, c’est que tout le monde pense qu’il n’y a que des garçons comme Varane, comme Zouma, qui entrent dans des équipes à seize ans et qui deviennent capitaines. Mais ça, ce sont des exceptions, pointe Revelli. Il y a des tas de garçons qui sont jugés à dix-sept ou dix-huit ans. On dit : "Il ne marque pas de buts..." mais tout le monde ne peut pas être Messi ou Mbappé. Lui, il a continué son travail, et quand vous êtes entraîneur ou formateur, il faut être patient, car le joueur s'affirme parfois à 21 ou 23 ans. » Bamba, footballeur de son époque, a aujourd’hui 22 ans et a enfin pu redécoller : parfait, samedi, il retrouve Angers.

Par Maxime Brigand et Steven Oliveira Tous propos recueillis par MB et SO, à l'exception de ceux de Bamba et Galtier, extraits de conférences de presse, et ceux de Stéphane Moulin, extraits de France Football.