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Pogba a assumé

Il n'aurait sans doute jamais imaginé tel scénario pour emballer un huitième de finale très mal engagé. Paul Pogba a réussi à dompter ses émotions pour remettre les Bleus, et son match, dans le bon sens.

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Quand on est Paul Pogba et qu’on pense à ce match qui vient, à ce huitième de finale à la maison, est-ce qu’on imagine un truc pareil pour commencer ? Que quelques secondes après le coup d’envoi, Griezmann allait se faire manger par l’agressivité de Ward sur le côté gauche, que son centre pourri allait prendre à revers la défense française pas aidée par un Rami aux fraises et en claquette, que ce ballon allait finir presque par miracle dans les pieds de Shane Long dos au but et qu’il suffisait peut-être de se rappeler que l’attaquant n’avait claqué que 15 buts en deux saisons à Southampton, et donc, par déduction, qu’il avait dû en croquer quelques-uns. Peut-être qu’il y avait mieux à faire que d’aller au contact un peu naïvement, comme vaguement aveuglé d’un trop-plein d’émotion après deux semaines chaotiques, entre procès en sorcellerie pour sarabande mal maîtrisée et déficit d’autorité sur le terrain.

Sombrero et leçons de Pirlo


Oui mais voilà, « c’est la vie » comme disent les Irlandais et les autres quand ils caricaturent avec gentillesse le fatalisme français. Il faut se relever d’une telle saloperie de début de match et du contexte, quand on est l’un des seuls à pouvoir répondre au défi physique imposé par les Irlandais qui, une fois l’ouverture du score acquise, ont emmené le match exactement là où ils le rêvaient. Un match âpre, de combattants, dans lequel l’autre accusé du premier tour, Griezmann a longtemps semblé inadapté. Quand on se fait chicoter par un bon coup d’épaule dans le thorax par le même Shane Long tout d’un coup nostalgique de son seul et unique match joué sous les couleurs de Cork City. Une première mi-temps passée à essayer de gratter les ballons dans les pieds des Irlandais, en un contre un, là où ils sont les plus forts, puisqu’ils savent mieux que personne comment protéger un ballon, en écartant les bras, en se servant de leur dos, de leur cul, peu importe pourvu qu’on se le garde au chaud. Et puis quand même quelques sarabandes pour petit à petit retrouver son statut, un sombrero au milieu du terrain, de la conduite de balle en veux-tu en semelle, rien de décisif mais de quoi faire se lever les supporters de l’équipe de France qui ont, comme prévu, pris une leçon de classe par les 3500 Irlandais présents.


Au sujet du jeu de l’équipe de France, Ancelotti a raconté récemment que l’équipe de France n’avait pas de Pirlo. Malheureusement, mais comme beaucoup d’autres sélections de cet Euro. Après la sortie de N’Golo Kanté et le repositionnement de Matuidi dans l’axe gauche, Pogba a tenté de montrer qu’il avait peut-être appris de ses années passées à l’ombre du grand Andrea. Moins dans la percussion, il a orienté sans forcer le jeu de l’équipe de France dans un positionnement plus bas et donc dans une zone moins hostile et donc dans un fauteuil pour trouver les attaquants. Normalement, quand on a fait une connerie, on a tendance à vouloir en faire des tonnes pour se faire pardonner. C’est ce qu’il avait fait pour le bras d’honneur qui n’en était pas un. Là, il a l’air de l’avoir assumé.

Par Joachim Barbier, au Stade des Lumières (Lyon)
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