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Pierre Kalulu : « On ne m’a jamais formé à être défenseur »

En l'espace d'un an, Pierre Kalulu (21 ans) est passé de la réserve de l'Olympique lyonnais à des combinaisons avec Zlatan Ibrahimović à base d'aile de pigeon au Milan, l'actuel leader de Serie A. Le défenseur ultra-polyvalent des Rossoneri et de l'équipe de France espoirs se confie sur son jeu, son caractère et le vestiaire milanais où le géant suédois se révèle être « un bon collègue » .

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Lors de ton dernier match contre le Genoa, tu démarres latéral droit. Puis Simon Kjær se blesse et tu glisses dans l’axe. Mais quelques semaines avant, contre l’Inter, tu jouais latéral gauche. Alors, quel est ton poste ?
Ça, c’est vraiment la bonne question. Honnêtement, ça dépend de l’équipe dans laquelle je joue. À Milan, tant que je suis sur le terrain, ça me va parce que c’est un gros club. En fait, je ne me définis pas par mon poste. C’est plutôt les entraîneurs qui définissent mon poste. Certains me préfèrent à droite, d’autres dans l’axe. Tant que c’est sur le terrain, ça me va. (Rires.)

Est-ce que tes deux entraîneurs, Stefano Pioli (à Milan) et Sylvain Ripoll (en sélection espoirs) partagent la même vision ?
Non, comme chaque coach, ils ont une vision spécifique. Pour Pioli, le latéral doit être bon défensivement, mais mon rôle offensif dépend de ma hauteur sur le terrain. Quand je suis très haut, je peux agir comme un attaquant. Ce qui change de notre vision un peu française du latéral qui doit être en place défensivement. J’ai plus ça avec Ripoll. Même si on a souvent le ballon, il accentue beaucoup plus sur l’aspect défensif.



Concrètement, contre le Genoa, quand tu changes de poste en plein match, tu reçois des consignes ou tu sais à l’avance comment adapter ton jeu et ton comportement ?
Je reçois plus de consignes comme latéral parce que je vais influer sur l’aspect offensif du jeu. Je dois bien regarder le mouvement de mes coéquipiers, aller dans cette zone plutôt que l'autre, faire tel appel, compenser à tel endroit... En central, c’est plus au ressenti en fonction de l’attaquant que tu as en face de toi. Il y a des détails qu’on échange entre centraux ou par l'entraîneur.

« Ce que je recherche aujourd’hui, c’est devenir le défenseur le plus complet. Le but, c’est que quand tu penses à une position, tu penses à moi. »

Cette polyvalence, tu vois ça comme un avantage ou un inconvénient ?
Un avantage, parce que dans le football moderne, on est très mobile. Je peux être latéral et avoir à faire une intervention dans l’axe et vice versa. Je peux pallier plusieurs problèmes sur le terrain. Ça veut dire que j’ai des qualités qui changent des autres et ça me différencie un peu. Ça vient aussi de la formation lyonnaise, où on ne nous a jamais fixés à un poste. Il fallait être bon partout avec un haut niveau d’exigence. On ne m’a jamais formé à être défenseur, même si aimer défendre, ça aide. On nous a appris à être des très bons joueurs de foot, tout simplement. Et c’est ça qui fait la différence.

Il y a des différences entre latéral gauche et latéral droit ?
Dans notre manière de jouer au Milan, ça change. Notre jeu bascule à gauche, donc tu as plus de solution petit périmètre. À droite, ce sont plus des longues courses, où tu es esseulé et tu dois faire la différence un peu seul ou à deux. Au niveau du jeu, il faut prendre la décision rapidement, mais on est là pour s’adapter.



Le deuxième but contre le Genoa part de ce côté droit justement avec une prise de décision rapide. Décris-nous comment ça s’est passé.
Ça part d’une touche. Et pour la petite anecdote, le coach me reproche souvent de ne pas assez m’impliquer sur les touches. Bref, je la fais à Zlatan et je redemande dans l’axe. On sait comme il est habile techniquement, donc il me la remet en aile de pigeon. Et à ce moment-là, c’est assez difficile à expliquer. Quand je revois l’action, ça se passe assez vite. Mais quand je suis en train de la faire, je la vois se dérouler avec pas mal de temps. J’enchaîne en deux-trois touches un contrôle en l’air et je la décale. Dans le feu de l’action, je croise Brahim (Diaz), il la joue sur Rade (Krunić) et après Messias finit bien derrière. L’action se passe assez rapidement (dix secondes, chrono en main, NDLR), mais pendant le match, j’ai l’impression qu’elle dure une minute. C’est à force de répéter ces mouvements que ça devient naturel et un peu plus simple, même si ça reste difficile.



Quelles qualités as-tu dû développer pour t'adapter à ces changements de poste ?
À la base, je n’avais pas ces qualités de vitesse, de détente et de physique. J’étais de petite taille et je devais compenser avec la lecture du jeu, la technique de pied et une vision plus rapide que les autres. Après, j’ai eu une croissance un peu tardive, mais rapide, et ces capacités physiques m’ont permis d’étoffer mon jeu et d’être le plus complet possible. Au Milan, je me rends compte que c'est ma capacité à répéter des longues courses à haute intensité qui aide l’équipe. J’ai un peu changé la façon de voir mon football. Ce que je recherche aujourd’hui, c’est devenir le défenseur le plus complet. Le but, c’est que quand tu penses à une position, tu penses à moi.

Une des philosophies de Pioli, c’est un pressing exigeant physiquement. Est-ce que tu as des astuces pour mieux le gérer ?
Déjà, il en demande beaucoup à l’entraînement. Quand je venais d’arriver, je finissais avec des points de côté, alors qu'à l'origine, je suis endurant et prêt physiquement. Je faisais l’entraînement, je rentrais, sieste, repas, entraînement et je rentrais chez moi. (Rires.) C’était... wouah, vraiment intense. J’étais limite encore plus content de démarrer le match parce que je savais qu’il n’y aurait pas d’entraînement le lendemain. En match, le plus simple, c’est de rester en activité. Garder tout le temps un petit rythme, ça t’empêche de faire de trop grosses courses d’un coup. Par exemple, une petite course de replacement en trottinant de cinq mètres, ça va peut-être éviter de faire la course de 30 mètres parce que tu n’étais pas en place quand l’adversaire a envoyé le ballon dans ton dos. Peut-être que tu vas rattraper le ballon et défendre correctement, mais ce sont des courses qui vont te faire mal, et derrière, tu n’auras pas le jus pour repartir en attaque. Il faut être dans la dissuasion.

« Zlatan a été très accueillant, me donnait beaucoup de conseils et me posait des questions sur ma vie personnelle, mes attentes, ce que je voulais, alors qu’il n'avait pas forcément à le faire. Il est bienveillant. »

En attaque, justement, tu combines souvent avec Zlatan Ibrahimović. Comment il se comporte avec des jeunes comme toi ?
Dans le vestiaire, c’est un bon vivant, un charrieur. Comme c’est le plus âgé, il a ce rôle de mentor, même si je n’aime pas trop ce mot. Il a l’expérience pour diriger. Quand je suis arrivé, même si je n’avais jamais joué en pro, il a été très accueillant, me donnait beaucoup de conseils et me posait des questions sur ma vie personnelle, mes attentes, ce que je voulais, alors qu’il n'avait pas forcément à le faire. Il est bienveillant. Sur le terrain, on est là pour gagner. Une passe ratée, c’est une passe ratée de trop, donc ça peut crier. Mais comme dans chaque vestiaire, ça vit. C’est un bon collègue.



Tu parles de conseils qu’il a pu te donner. Tu en as en tête qui t’ont marqué ?
Au quotidien, ce qu’il me conseille généralement, c’est de jouer vite, voir plus vite. Ça ne sert à rien de se faire plaisir en portant la balle pour porter la balle, montrer qu’on est à l’aise. Il faut toujours avoir une prise de décision rapide et précise. Si moi, je joue vite, je te laisse du temps. Avoir un temps d’avance et garder cette vitesse, ça fait toute la différence dans le jeu.

Est-ce qu’avec lui et Olivier Giroud, vous discutez de consignes particulières sur les centres ?
Oui. Par exemple, Olivier n’a pas les mêmes attentes que Zlatan, car il se place différemment. Olivier, c’est quelqu’un qui bouge un peu plus dans la surface, pour aller au premier, second poteau et qui fait une véritable demande. Il me dit où il la veut, on échange, je lui donne aussi mon point de vue. Zlatan se déplace peut-être un peu moins. C’est plus ballon au second poteau, ou quand il décroche en appui et je fais la course derrière.

En jeunes, tu as souvent été capitaine, ce qui traduit du caractère et un sens du leadership. Comment l’utilises-tu dans un vestiaire avec des noms comme celui de Zlatan où tu as tout à prouver ?
C’est vrai que j’ai eu ce côté leader à Lyon dans les catégories de jeunes. Mais ce n’est pas un leadership de parole. Je montre ce que j’ai à montrer sur le terrain et derrière j’ai une attitude qui rassure les autres, en parlant seulement quand il faut parler. Les gens m’écoutaient naturellement, c’est pour ça que j’avais le brassard. Forcément, quand tu arrives dans un vestiaire comme ça, tu as un rôle différent. Comme partout, il faut montrer sur le terrain ce que tu vaux. C’est comme ça que tu auras cette reconnaissance des autres. Aujourd’hui, on ne me demande pas d’être un leader, mais de rassurer par mes prestations. Si on se revoit dans un ou deux ans, peut-être que celui qui prendra la parole dans le vestiaire, ce sera moi. Mais ça passe par de bonnes prestations avant.

Parmi ta génération chez les jeunes de l’OL, Melvin Bard, Amine Gouiri et toi êtes partis. Qu’est-ce qui a motivé ton départ ?
Ce qui a pesé dans ma décision, ça a été le fait que je n’allais pas jouer. Parfois, je me demande où j’en serais aujourd’hui si j’étais resté à l'OL. Mais après ça passe. Je pensais, ou j’étais sûr d’avoir les qualités pour m’exprimer. Après, il y avait un contexte sanitaire difficile, mais c'est comme ça... Milan, c’est le genre de gros club que tout joueur étant petit recherche. Quand tu fais des gros matchs en France, c’est pour rejoindre ce type d’institution. Il y a aussi eu cette question de faire le grand saut définitivement. Je me suis demandé si j’étais prêt ou pas, et j’ai senti que c'était le cas. Alors pourquoi attendre et être dans le flou ?

Tu as deux grands frères en pro (Aldo et Gédéon, à Sochaux et Ajaccio), est-ce que ton caractère vient de cet héritage familial ?
Dans la région lyonnaise, avoir deux grands frères qui ont joué à l’OL, ça a poussé inconsciemment à se dire : « Ah ouais c’est un Kalulu, donc il est censé être fort. » Quand j'entrais sur le terrain, je jouais pour moi, mais je représentais aussi un nom. C’est sûr qu’aujourd’hui, ça se ressent et ça me facilite la tâche.

« Dans la région lyonnaise, quand j'entrais sur le terrain, je jouais pour moi, mais je représentais aussi un nom. »

Malgré cette pression, ils ont une expérience précieuse. Quel genre de conseils te donnent-ils ?
Être à l’heure ! (Rires.) Le plus marquant, c’était après le Torino cette saison. J’avais joué 45 minutes, et le coach m’avait sorti pour un jaune. Mes frères m’ont demandé comment ça allait, j’ai dit que j’étais bien, mais ils me trouvaient fatigués. En fait, j’en gardais sous le pied pour la deuxième période. Leur conseil, c’est qu'à ce niveau-là, je ne peux pas me permettre d’en garder sous le pied. Dans un sens plus large, prendre tout ce que tu as à prendre, ne jamais en laisser, et donner ce que tu as à donner parce qu’après tu n’as que des regrets. Ce match-là, j’étais dégoûté, sur ma faim, frustré. Tu te dis « putain, si... » , et quand les « si » commencent à arriver, tu entres dans une mauvaise spirale.



Finalement, la spirale est plutôt bonne. Plus d’un an après, tu enchaînes les titularisations. Est-ce que tu pensais arriver à ce niveau-là aussi vite ?
(Il rigole.) Pour être honnête, je pensais y arriver plus tôt. L’adaptation a été bonne, mais les matchs sont arrivés tard. D’un point de vue mental, ça m’a fait travailler parce que je sortais de l’OL où j’enchaînais pas mal de matchs par saison. Les quatre, cinq premiers mois sans rien avoir à manger, ça m’a remis en question. Un an plus tard, après une première saison en pro, on peut dire que je suis sur la bonne voie. Je pensais y arriver un peu avant, mais c’est arrivé quand même. Tout vient à point à qui sait attendre.

À Milan, on sait attendre, puisque le dernier titre remonte à 2016. Pour l’instant, le club est premier de Serie A et peut se qualifier pour les huitièmes de Ligue des champions sur ce dernier match contre Liverpool. Quels sont les objectifs ?
Quand j’ai signé en 2020, ils étaient en difficulté. Et puis il y a eu la série de dix victoires consécutives. Forcément, ça bouchait les possibilités pour moi, mais c’est positif de jouer dans une équipe forte. Aujourd’hui, Milan est regardé et estimé à sa juste valeur. L’objectif, c’est de gagner des trophées parce que, comme disent les plus âgés du vestiaire, c’est ce qui reste à la fin d’une carrière. Lequel, en revanche, je ne sais pas. À titre personnel, c’est de jouer un maximum de matchs, d’enchaîner avec la sélection et pour le Milan. Et puis la santé, c’est important ! Propos recueillis par Emile Gillet