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Peut-on vraiment supporter deux nations ?

Un passeport, un parent ou même une ancienne conquête. Tous les amoureux du ballon rond ont une raison plus ou moins valable pour avoir le cœur bicolore pendant une Coupe du monde. Mais peut-on vraiment vibrer pour deux équipes nationales ?

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Mercredi 18 juin 2014 : la Roja dit adios à son trône. La fin d'un règne épatant sur le football mondial. La fin d'une émigration sportive, aussi. Celle de certains sympathisants espagnols qui vont pouvoir ranger soigneusement leur maillot et retrouver un aspect de leur identité. Aspect qu'ils ont planqué pendant les années victorieuses de la Roja toute puissante comme ils planquaient leurs racines rouges à l'époque où l'Espagne était un petit pays, comme les aime Cesaria Evora. Un comportement parfois opportuniste, mais pas toujours illogique : le métissage de la population entraîne forcément un métissage des supporters. Qu'ils soient franco-espagnols, franco-italiens ou franco-camerounais, immigrés ou nés en France, les enfants métis du football et les autres ont tous de bonnes raisons d'aimer deux équipes nationales. Pour papa, pour maman, pour un grand-père, une grand-mère et même pour un simple coup d'amour ou de je t'aime, deux maillots dans la commode ne sont pas de trop. Pas sûr pour autant que les larmes séchées avec ces reliques de tissu aient la même signification.

La logique vs les larmes de Baggio


Ce n'est pas de l'astrologie, mais presque. La Coupe du monde, c'est 32 participants et, donc, une flopée de supporters français, ascendant « quelque chose » . Avoir deux équipes en course, c'est multiplier ses chances de gagner, mais pas seulement. Pour Anne-Sophie Chevalier, généalogiste, « c'est une façon de faire revivre ses ancêtres. Si personne ne les sort du passé, il n'y a plus personne pour se souvenir d'eux.  » Porter haut les couleurs des siens, même quand on a une famille United Colors of Benetton : un comportement plutôt respectable. Un match avec le papa, l'autre avec maman ou papi, des menus d'apéros différents, mais des moments de partage sincères où on renoue un peu avec des racines parfois oubliées. Car c'est aussi ça, le sport et la Coupe du monde : un peu de patriotisme. Pour Jean-Joseph, franco-camerounais, il est possible d'être un coq indomptable : « Selon moi, on peut supporter deux nations. Pour ma part, je suis un Camerounais de cœur, mais un Français de fait. Sincèrement, je vibre autant pour les Lions que pour les Bleus, même si je sais que je vibre pour deux raisons différentes. » Il y a, en effet, plusieurs raisons de supporter une équipe. Les origines, évidemment, mais aussi le coup de foudre. On a pu tomber amoureux du Brésil flamboyant, aimer les Pays-Bas et leur football total ou encore s'être amouraché de l'Italie parce que les larmes de Roberto Baggio sont aussi nos premières larmes footballistiques. Le football est amour et passion. Il ne s'explique pas vraiment. Mais il demeure toutefois important de dissocier sympathie et amour.

But de Torres, but de Benzema


Vibrer devant un match est quelque chose d'inexplicable. On ne sait pas vraiment pourquoi on a une boule au ventre dans l'après-midi alors que l'équipe que l'on supporte joue le soir. En revanche, on sait qu'il n'y a qu'une équipe qui procure ces sensations de mal-être, peu importe la sympathie que l'on peut éprouver pour telle ou telle formation et peu importe ses origines. L'amour d'une équipe est comme l'amour de la vie réelle : on peut avoir de l'attirance pour une personne, la trouver belle et séduisante, dans l'instant ou la durée, mais on n'est véritablement amoureux que d'une personne. Le sentiment d'appartenance ne se crée pas en revendiquant des attaches ou en faisant valoir un passeport. Il se vit. De fait, même pour un Franco-Espagnol, il est impossible de ne pas avoir de préférence avant le début d'un France-Espagne. Impossible également de crier et de se lever du canapé avec la même conviction sur un but de Karim Benzema ou un but de Fernando Torres. Cela rime à exulter sur un but contre son camp. En somme, le football est bien trop cruel et compliqué pour pouvoir supporter deux nations. Inutile donc, de donner plus de travail à Anne-Sophie Chevalier. « Parfois, on va chercher des parents au sixième degré, grâce à des calculs assez savants et ça amène souvent vers l'étranger. Par exemple, beaucoup d'Aveyronnais sont partis en Argentine. » Au moins, Guy Lacombe sait qui supporter pour les demi-finales.

Par Swann Borsellino
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