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Tau, pas si tard

Il est, à 25 ans, celui dont l'Afrique du Sud toute entière raffole. Simple : dès que Percy Tau joue au foot, son pays s'arrête de vivre et met le feu aux réseaux sociaux. Prêté cette saison à Bruges par Brighton, l'attaquant, élu meilleur joueur de deuxième division belge la saison dernière, brille déjà et a mis le Bernabéu dans sa poche il y a quelques semaines. Sur sa route, désormais, le PSG.

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Percy Tau n’aime pas qu’on le traite de star. Il ne veut pas non plus être pris pour un symbole. Pourtant, à 25 ans, le bonhomme a l’image d’un sparadrap. Un footballeur qui colle. Qui tête tout ce qui l’entoure. Et ça le gène. Vraiment. Voilà ce qu’il en disait il y a quelques semaines, dans un entretien donné à Sport/Foot Magazine : « Je n’aime pas être sous les feux de la rampe. (...) Parfois, c’est un problème. Tout doit être si... ouvert, si public. C’est inhérent au football, mais pas à ma vie en dehors. » Partant, Tau se voit plutôt comme un outil de divertissement, un mec chargé de « motiver les jeunes » et dont le rôle est de filer « un sujet de conversation aux gens quand ils rentrent chez eux. (...) Le football est un spectacle, il crée des souvenirs : un beau but, une belle passe décisive... Les gens veulent quelque chose en échange des sacrifices qu’ils font pour payer leur billet, se déplacer au stade. » Ainsi, lorsqu'il est sur le terrain, Percy dribble, percute, rend fou ses adversaires
« Comment tu fais comprendre à un enfant qui n’a pas le physique d’un Drogba ou d’un Essien qu’il peut y arriver ? C’est compliqué. Percy, lui, prouve qu’un gars normal, le gars du coin, peut s’en sortir. » Alex Hayes, ancien directeur de l'Union Saint-Gilloise
et peut aussi, en cas de but, se mettre à danser. Le reste - ce que les gens pensent de lui - ne le regarde plus. Problème : l’attaquant sud-africain de Bruges, qui s’apprête à se frotter au PSG mardi soir en Ligue des champions après avoir régalé Madrid et son Santiago Bernabéu il y a plus de vingt jours, ne s’appartient plus depuis un bon moment. Chaque week-end, son cas est un sujet de d'adoration chez lui, en Afrique du Sud, où il suffit de glisser son nom sur une feuille de match pour enclencher un délire sur les réseaux sociaux.


Mais quel est ce phénomène ? Alex Hayes, qui l’a connu la saison dernière à l’Union Saint-Gilloise en tant que directeur sportif, tente une explication : « Ce mec est en fait la preuve que tout le monde peut y arriver. Il n’est pas le plus rapide, pas le plus grand, pas le meilleur, mais il a réussi. Grâce à un talent énorme, bien sûr, mais aussi à un énorme travail. Comment tu fais comprendre à un enfant qui n’a pas le physique d’un Drogba ou d’un Essien qu’il peut y arriver ? C’est compliqué. Percy, lui, prouve qu’un gars normal, le gars du coin, peut s’en sortir. Finalement, c’est presque un miroir pour l’Afrique aujourd’hui. » Et un homme en mission, comme si sa quête était celle d’un alchimiste : Percy Tau, c’est le succès dans l’honneur.

L'examen et la poursuite de l'autre face


Et voilà une preuve, amenée sur la table par Hayes : « L’an dernier, au moment où on l’a récupéré en prêt, il m’a expliqué qu’il faisait des études à côté. Des études de marketing. J’ai rapidement été en contact avec son université en Afrique du Sud et, un jour, la directrice de l’établissement m’a appelé. Percy devait passer deux examens. Donc pendant deux jours, il est venu dans mon bureau et je devais le mettre dans des conditions d’examen. J’ai installé une grande horloge, je lui ai dit qu’il avait 1h30 pour tout faire et il l’a fait, comme les autres. Si on lui avait dit de garder son téléphone, il aurait refusé. Son souhait est d’être jugé comme les autres, de faire les choses comme les autres. Il tient la triche en horreur. » Verdict : Tau a obtenu son master en gestion d’entreprise et marketing et a ainsi pu poser cette cerise sur l’énorme gâteau qu’a été sa saison 2018-2019. Une saison qui avait pourtant drôlement commencé. Par un « rêve » , d’abord : la signature d’un contrat de quatre ans avec un club de Premier League, Brighton. Puis, par un aller simple pour Bruxelles, résultant des règles strictes établies par la Fédération anglaise en 2015 afin de ralentir l’afflux de joueurs étrangers vers le Royaume. Acheté pour quelque trois millions d’euros, Percy Tau se retrouve alors dans l’incapacité d’obtenir son permis de travail en Angleterre et doit partir pour jouer. Direction la deuxième division belge et l’Union Saint-Gilloise.



À l’été 2018, Tau est pourtant un type qui pèse et qui s’est donné le droit de découvrir ce qu’il appelle « l’autre face » du foot. À comprendre : l’Europe, où de nombreux clubs se battent pour l’attraper. Vainqueur de la Ligue des champions africaine deux ans plus tôt avec le Mamelodi Sundows, double champion d’Afrique du Sud (2014, 2018), mais aussi meilleur buteur et meilleur joueur du pays, le petit format est tout simplement le talent le plus recherché de son continent. Un joueur qu’El-Hadji Diouf estime « plus doué que Salah ou Mané » , rien que ça. « Son nom circulait déjà depuis pas mal de mois, retrace Alex Hayes, qui a suivi de près les négociations, l’Union Saint-Gilloise ayant été rachetée au printemps 2018 par Tony Bloom, le propriétaire de Brighton. Finalement, Brighton a accéléré au bon moment et
« Percy, c’est quelqu’un de simple. Son rythme, c’est : football maison, football, manger, dormir. Il était très discret, vivait tout seul, mais on a aussi découvert un super coéquipier. Un mec d’une humilité rare. Il touchait six ou sept fois notre salaire, mais il est arrivé dans le vestiaire comme l’un des nôtres. » Thibault Peyre, ancien coéquipier à l'USG
a gagné le sprint. On savait qu’il ne pourrait pas jouer tout de suite en Angleterre à cause du permis de travail, donc on a commencé à travailler sur l’idée d’un prêt à l’Union. Au départ, il était forcément réticent. Quand tu arrives pour jouer en Premier League et que tu te retrouves en deuxième division belge, il y a un petit problème... Mais Percy est quelqu’un d’intelligent, de bien entouré, et il a accepté de nous écouter. Le charme de Luka Elsner et son intelligence tactique ont fait le reste. Finalement, ça a été un bonus fantastique pour lui.
 » Avec le recul, Percy Tau abonde : « Il fallait bien commencer quelque part. » Et ce quelque part aura donc été au cœur d’une Union en pleine révolution, transformée par la triplette Bloom-Hayes-Elsner et qui a explosé les mirettes des observateurs la saison dernière.

« Les gars, il est vraiment très très fort... »


Lorsqu’il arrive en Belgique, le Sud-Africain ne sait pourtant pas où il va, notamment sur la route. Au départ, il refuse de conduire, demande un vélo à ses dirigeants pour se déplacer, puis se lance. Pas forcément une bonne idée : habitué à rouler à gauche et effrayé à l’idée de rouler à droite, Percy Tau plante sa bagnole au bout de quelques jours en faisant une manœuvre. Autre baston à remporter : celle face à une météo capricieuse, si capricieuse qu’en plein septembre, Tau file demander un ensemble bonnet-écharpe-gants au club. Ce qu’il n’obtient pas, le sponsor de l’Union n’ayant pas encore livré les articles d’hiver. « On a aussi essayé de le sortir, mais c’était pas simple, se marre Thibault Peyre, qui a connu l’international sud-africain quelques mois avant de rejoindre Malines lors du mercato hivernal. Percy, c’est quelqu’un de simple. Son rythme, c’est : football, maison, football, manger, dormir. Il était très discret, vivait tout seul, mais on a aussi découvert un super coéquipier. Un mec d’une humilité rare. Il touchait six ou sept fois notre salaire, mais il est arrivé dans le vestiaire comme l’un des nôtres. » Il est surtout rapidement pris en main par Luka Elsner, qui sait que le joueur est à l’Union pour « se préparer au football européen » et qui a conscience qu’il faut alors le transformer physiquement.


Hayes enchaîne : « Il détestait faire de la gym, mais il a compris que le foot de haut niveau, c’était du 24h/24. C’est la différence entre un très bon joueur et un grand joueur. Le grand joueur, il est amoureux de foot et sait tout mettre de son côté pour réussir. Alors Luka l’a pris et lui a fait comprendre que la muscu pourrait lui permettre d’être plus vif dans ses appuis et de résister à la charge d’un défenseur. Au départ, il se faisait bousculer par tout le monde. Et à la fin de saison, il est devenu imbougeable. » Et même un peu plus que ça, car Tau fait aussi péter les stats - treize buts, treize passes décisives toutes compétitions confondues -
« Pendant mes matchs en sélection, ma mère se rend à l’hôtel, elle n’aime pas la foule. Et elle pleure tout le temps. Je pense qu’elle a peur qu’on me fasse du mal. » Percy Tau
et les projecteurs. « Je me rappelle très bien du jour où il est arrivé, explique Peyre. C’était un lendemain de match, j’étais à l’entraînement et sur son premier contrôle, je suis allé au pressing comme si c’était un joueur lambda. Bah, il m’a éliminé en moins d’une seconde. La deuxième fois, pareil. Je suis rentré dans les vestiaires et j’ai dit : "Oh, les gars, je crois qu’il est vraiment très très fort..." Il ne voulait jamais se reposer, jamais manquer un match, rentrait parfois de sélection et voulait jouer dès le lendemain. Sur la saison, il y a au moins cinq ou six matchs qu’on a remportés uniquement grâce à lui. »


La confirmation du Bernabéu


En vrac : un seizième de finale de Coupe de Belgique contre Anderlecht (0-3) au Lotto Park - Peyre : « Ce jour-là, c’est Youssouf Niakaté qui met un triplé, mais Percy leur a tout fait, il a explosé toutes les lignes. C’était monstrueux. » -, un quart de finale de la même compétition face au Genk de Philippe Clement ou encore un match de D1B, à Malines (0-5), joué à la fin du mois de février 2019. Pas mal pour un type né à Witbank, élevé par une mère seule au milieu de huit frères et sœurs et aux côtés d’enfants qui « faisaient parfois le contraire de ce que [sa] mère lui a enseigné » . « J’ai toujours vu tout comme une source de possibilités, explique-t-il. Le football, l’école... Il ne tenait qu’à moi d’en retirer le maximum. » Abandonné rapidement par son père et marqué par le décès de l’un de ses frères aînés dans un accident, Percy Tau a développé un rapport fusionnel à sa mère, qui n’est jamais venue en Belgique et encore moins à un match international disputé sur le sol sud-africain. La raison ? « Elle se rend à l’hôtel, elle n’aime pas la foule. Et elle pleure tout le temps. Je pense qu’elle a peur qu’on me fasse du mal. » C’est finalement l’inverse qui se produit, Tau faisant souffrir les défenses avec son activité incessante, bourrée de pressing, de courses dans le dos et de mouvements permanents. « Ouais, il est chiant » , se marre Thibault Peyre, qui l’a affronté avec Malines fin septembre. Si chiant qu’il a été élu meilleur du championnat de D1B la saison dernière, un titre qu’il n’a au départ pas voulu récupérer, toujours par refus d’être mis en avant, avant de finalement enfiler un costume. Si chiant qu’il a, évidemment, rapidement changé de short.

Vidéo

Et Brighton, dans cette histoire ? Toujours pas, car toujours pas de permis de travail, un joueur hors UE devant, pour l’obtenir, disputer un certain pourcentage de matchs avec son équipe nationale lors des 24 derniers mois - un pourcentage qui varie en fonction du classement FIFA de l’équipe nationale en question - et évoluer dans l’un des sept principaux championnats européens, ce que n’est pas la deuxième division belge. Une victoire à la dernière CAN avec l’Afrique du Sud aurait pu arranger les choses, mais les Bafana Bafana ont été dominés en quarts de finale par le Nigeria. Résultat, Percy Tau a de nouveau été prêté, cette fois à Bruges, où il a été rapidement choyé par Philippe Clement malgré une expulsion cet été, en Ligue des champions, face au Dynamo Kiev. En quelques semaines, Tau s’est fait une place dans le 3-1-4-2 brugeois aux côtés d’Emmanuel Dennis et a donc touché son rêve de gosse : jouer un match au Bernabéu, où il s’est en plus payé le luxe de sortir une prestation XXL et de lâcher une passe décisive. Mardi, ce sera une autre étape pour lui, avec le PSG, avec toujours la même ambition : celle de créer des souvenirs. Attention, surtout, à ne pas le laisser construire des cauchemars.

Par Maxime Brigand Tous propos recueillis par MB, exceptés ceux de Percy Tau, tirés de SportFoot Magazine.