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Sousa : « Les joueurs voient encore arriver un nouveau coach, mais... »

En poste depuis mars dernier, Paulo Sousa est le cinquième entraîneur à s'asseoir sur le banc bordelais depuis janvier 2018. Mais le premier à avoir été entièrement choisi par les nouveaux propriétaires américains. Si les résultats se font pour l'instant attendre avec une série en cours de six défaites consécutives (un record pour les Girondins), le double vainqueur de la Ligue des champions en tant que joueur prend le temps d'expliquer sa méthode de travail censée révolutionner dès la saison prochaine une équipe plongée dans le coma depuis trop longtemps.

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Comment les dirigeants bordelais vous ont-ils convaincu de venir ici plutôt qu'à la Roma, qui vous convoitait également ?
« Cela faisait un moment que je recherchais un projet à moyen ou long terme, et c'est ce que Bordeaux m'a proposé. Nous voulons bâtir des fondations pour ensuite être compétitifs et développer un projet sportif qui garantira des résultats à moyen terme, mais également sur la durée. »
Hugo Varela (conseiller sportif portugais de GACP, un des fonds d'investissement propriétaire des Girondins) et Joe DaGrosa (Président de GACP et des Girondins) m'ont convaincu pour deux raisons : la première, c'est qu'ils connaissaient mon profil de coach. Autant ma manière d'entraîner que ma personnalité, mon leadership. Ils ont su me montrer qu'ils me voulaient moi, et pas un autre. « Nous avons pris la décision que vous serez notre prochain entraîneur. Vous êtes l'homme que l'on veut pour construire avec nous le projet sportif que nous voulons mettre en place à Bordeaux. » La seconde raison, c'est que cela faisait un moment que je recherchais un projet à moyen ou long terme, et c'est ce que Bordeaux m'a proposé. Nous voulons bâtir des fondations pour ensuite être compétitifs et développer un projet sportif qui garantira des résultats à moyen terme, mais également sur la durée. Dès qu'ils m'ont contacté, ils m'ont paru vraiment convaincus. Quand la direction d'un club vient vous voir, vous explique que vous êtes l'homme de la situation, qu'ils connaissent votre manière de travailler et votre personnalité, et qu'ils sont prêts à vous suivre...

Comment se fait-il qu'en tant qu'entraîneur, vous ne soyez jamais resté plus de deux saisons à la tête d'une équipe ?
Lorsque j'ai embrassé la carrière d'entraîneur, j'ai pris la décision de progresser chaque saison. Si j'ai de bons résultats quelque part, de nouvelles opportunités se présentent. Cela me permet de relever de nouveaux challenges, toujours plus élevés. C'est comme cela que je passe des caps.

Après Gourvennec, Poyet, Ricardo et Bédouet, vous êtes le cinquième entraîneur de Jules Koundé, qui a commencé sa carrière pro il y quinze mois...
(Il coupe.) Tant mieux pour lui !


Mais Bordeaux a besoin de stabilité, non ?
Oui, bien sûr. Quand je dis que c'est tant mieux pour Jules, c'est parce que tous les gens que nous côtoyons dans nos vies, que ce soit moi, vous ou Margaux (l'attachée de presse des Girondins), nous permettent de grandir. Si vous êtes concentré sur les bonnes choses que peuvent vous apporter ces personnes, vous pouvez apprendre de tout le monde. Surtout si vous êtes demandeur. Certaines personnes ne sont pas demandeuses, elles pensent qu'elles savent déjà tout. C'est en cela que Jules a eu de la chance de travailler avec tous ces coachs aux personnalités et aux manières de travailler différentes. Mais effectivement, la chose la plus importante pour un club, c'est la stabilité. Pour cela, il faut avoir une vision claire sur laquelle bâtir un projet en suivant un processus. Tout projet possède un début et une fin. Tandis qu'un processus possède un début, mais jamais de fin. C'est pour cela que vous avez besoin des deux : la mise en place d'un projet, mais avec un processus qui ne prendra jamais fin, car il vous permettra de toujours vous développer un peu plus pour sans cesse avancer. Une fois que votre projet est clairement défini avec les bonnes personnes en place, vous devez travailler dans les directions définies pour donner de la stabilité au processus : sur le jeu, les résultats, mais aussi augmenter la valeur des joueurs(1) et du club.

Vous dites régulièrement que vous avez vous-même appris de chaque entraîneur qui vous a dirigé durant votre carrière, de Queiroz à Hitzfeld, en passant par Eriksson, Robson et Lippi. Pensez-vous que les joueurs que vous dirigez savent qui sont ces gens, et ce qu'ils ont accompli ?
Je ne sais pas du tout. Mais connaître l'histoire de son sport et avoir envie d'anticiper son futur donnent des outils pour devenir plus malin, plus intelligent et prendre de meilleures décisions.



Et vous, ils savent qui vous êtes ? Ils savent que vous êtes un des quatre seuls joueurs de l'histoire à avoir remporté consécutivement deux Ligue des champions avec deux clubs différents ?(2)
Je pense qu'une partie d'entre eux est au courant, ce qui a grandement facilité nos premiers contacts. C'est compréhensible, ils voient encore arriver un nouveau coach, mais cette fois-ci... vous voyez ce que je veux dire. Mais ce n'est pas suffisant ! J'ai besoin de gagner leur respect dans tout ce que je fais. Dans la manière dont je les dirige, et comment je les entraîne.

Que connaissiez-vous des Girondins, avant de venir ?
Tout ! Ma vie, c'est le football. J'aime le football. Et Dieu m'a donné l'opportunité de faire quelque chose que j'aime et d'être payé pour cela, ce qui n'est pas le cas pour beaucoup de monde. Pour cela, je le remercie tous les matins et tous les soirs. Ma passion est d'essayer de tout savoir sur le football, parce que lorsque je partirai d'ici, ce ne sera pas fini. Je vivrai avec ma famille, mais également avec le football. Je regarderai les autres équipes, j'enquêterai sur ce qu'il se passe ailleurs, sur ce que mes collègues font, pour continuer à progresser, à avoir de nouvelles idées. Avant de signer à Bordeaux, je me suis plongé profondément dans l'histoire du club pour en savoir plus, mais je l'avais déjà affronté avec le Maccabi Tel-Aviv en Ligue Europa (en 2013), donc je le connaissais. En plus, les Girondins ont un passé lié au Portugal, parce que de nombreux joueurs portugais sont passés par ici, comme Fernando Chalana, Pedro Pauleta ou Bruno Basto. Et puis c'est un club qui a gagné six championnats, ce qui est important. Son histoire est assez forte pour pousser le nouveau projet sportif de façon ambitieuse.

Jeune, vous rêviez de devenir instituteur. Vous trouvez des similitudes, dans le métier d'entraîneur ?
Oui. Mes parents quittaient la maison à 5h du matin pour aller travailler, et rentraient à 19h pour faire la cuisine. Mon père était garagiste et ma mère couturière, je ne les voyais que le soir et seulement pendant le temps du dîner. Ce qui fait qu'il était compliqué pour eux d'être mes références. Donc entre six et dix ans, je voulais ressembler à mon institutrice. Et là encore, Dieu m'a offert l'opportunité d'enseigner même s'il s'agit finalement de football.

Comment gérez-vous les élèves turbulents ?
Les footballeurs sont tous différents. Je définis une équipe de football comme une micro-société, composée de différentes personnalités qui ont besoin d'un cadre réglementaire au sein duquel ils peuvent interagir. Les leaders, dont je fais partie, ont besoin d'identifier le plus rapidement ces personnalités afin d'obtenir le meilleur équilibre possible pour tout le monde. Mais je dois rester cohérent, que l'on se comprenne tous, et essayer, à ma manière, de composer avec ces personnalités, pour les aider à développer leurs qualités techniques, tactiques, physiques et mentales.


Pourquoi les entraîneurs portugais ont-ils autant la cote ces dernières années, particulièrement en France ?
Il y a différents facteurs. L'un d'entre eux est que nos écoles, qui dépendent de la Fédération de football, sont très exigeantes. Il est difficile d'obtenir le diplôme d'entraîneur au Portugal. Je le sais, car lorsque j'ai arrêté de jouer, j'ai travaillé pour l'UEFA durant six ans, ce qui m'a donné l'occasion d'aller partout dans le monde pour apprendre et observer comment chaque pays développe ce sport, avec ses spécificités propres. Une autre raison, c'est que comme le Portugal est un petit pays coincé dans un coin de l'Europe, nous avons besoin d'être créatifs, exigeants et préparés, pour être compétitifs. Pour cela, nous devons posséder les outils qui nous permettent d'être prêts à relever ce challenge. Le premier entraîneur qui nous a ouvert les portes des plus grands pays de football a été Mourinho. Parce que quand vous avez du succès, vous créez une tendance. Depuis que la France est championne du monde, tout le monde veut un Français dans son effectif. C'était la même chose avec les Allemands, il y a quatre ans. Ce sont des tendances, tout le monde veut ressembler à ceux qui réussissent.

Est-ce que les techniciens portugais ne bénéficient pas également d'un meilleur réseau d'agents ?
Je ne pense pas, non. Depuis notre petit coin de l'Europe, comment pourrions-nous connaître tous ces gens influents dans le football ? Nous avons justement besoin d'être plus proactifs que les autres parce que nous sommes loin de tout, dans un petit pays. Nous devons nous développer plus rapidement que les autres, pour être prêts plus tôt. Et bien sûr, les résultats obtenus par Mourinho ou Villas-Boas nous ont ouvert des portes. De toute façon, ce sont toujours les résultats qui vous offrent des opportunités.

« Mon staff doit posséder les mêmes qualités que celles que j'exige de la part de l'équipe que j'entraîne : respect, sens de la justice, cohérence, désir permanent de s'améliorer, et sens de la famille. Car nous sommes une famille. »
Vous êtes venu à Bordeaux accompagné de quatre adjoints, qui sont tous de jeunes universitaires sans passé de joueur. C'est le futur du football ?
Je ne sais pas si c'est le futur du football en général, mais c'était celui du football portugais. Quand je suis arrivé au Benfica, à quatorze ans, le football portugais a pris cette direction : mélanger des universitaires et des anciens joueurs professionnels. Le leader de ce projet était Carlos Queiroz. Il a été suivi par la Fédération et les clubs, dans le but de développer certains types de profils de joueur et de façons de jouer. Ce qui nous a permis de gagner deux fois la Coupe du monde des U20, en 1989 et 1991. À partir de là, le modèle s'est démocratisé au Portugal. Donc ce n'est pas le futur, car cela vient déjà du passé. La science est de plus en plus importante dans le football, parce qu'elle vous fournit des informations qui influeront sur vos choix et tout ce que vous pourrez planifier. Il y a la data, bien sûr, mais tout un tas d'autres secteurs. Il est très compliqué de bâtir une équipe. Et bâtir mon staff l'a été également. Lorsque j'ai pris la décision de devenir coach, c'était pour développer une méthode d'entraînement, de travail, complètement différente de celles que j'avais connues en tant que joueur, parce que j'ai été beaucoup blessé durant ma carrière. J'ai besoin de comprendre les choses, d'aller dans différentes directions. Donc j'ai commencé par parler à beaucoup de personnes, pour trouver de nouvelles idées. Et quand j'ai eu l'opportunité de pouvoir me constituer un staff, j'ai invité les plus intéressantes à venir me rejoindre. Pour appliquer mes méthodes, il y a deux choses essentielles : les compétences et les connaissances, évidemment, mais aussi les relations humaines. Pour moi, c'est hyper important. Ils doivent posséder les mêmes qualités que celles que j'exige de la part de l'équipe que j'entraîne : respect, sens de la justice, cohérence, désir permanent de s'améliorer, et sens de la famille. Car nous sommes une famille.

Avec Victor Sanchez Llado, son adjoint.


Pour que votre équipe soit une famille, vous organisez des repas, ce genre de choses ?
Entre autres, oui. Mais ce n'est pas simplement manger ensemble qui fait de nous une famille, c'est plutôt parce qu'on passe des moments lors desquels nous pouvons apprendre à nous connaître mieux, partager les bons comme les mauvais moments, et nous soutenir les uns et les autres. C'est aussi lors de ces occasions que vous vous améliorez dans votre travail.

« La réussite, c'est lorsque le joueur reconnaît qu'il progresse en faisant les bonnes choses, et qu'avec ses coéquipiers, il pourra obtenir des résultats. »
Pour coller à cette méthode, la mentalité des joueurs doit tenir un rôle important, au moment du recrutement. Par exemple, depuis votre arrivée aux Girondins, l'équipe évolue dans un 3-4-3 qui se transforme en 4-2-3-1 lorsqu'elle perd le ballon, ce qu'on a peu l'habitude de voir en France. C'est intéressant à observer, mais cela requiert des joueurs assez intelligents pour l'appliquer...
C'est pour cela que quand j'analyse un joueur, c'est pour comprendre comment je peux l'aider à progresser. Mes joueurs ont besoin d'être tactiquement intelligents, parce qu'il y a beaucoup de complexités à prendre en compte dans le jeu. D'abord, il faut connaître son environnement, ses coéquipiers et leurs qualités, et commencer à travailler simplement, avant de compliquer de plus en plus les choses. L'idéal est de parvenir à donner aux joueurs des clés pour qu'ils réussissent le plus vite possible. La réussite, c'est lorsque le joueur reconnaît qu'il progresse en faisant les bonnes choses, et qu'avec ses coéquipiers, il pourra obtenir des résultats. Parce que les résultats doivent être la conséquence des progrès individuels et collectifs, OK ? Parfois, cela prend plus de temps. Pourquoi ? (Il se lève.) Imaginez que les hémisphères de votre cerveau représentent l'un le présent, l'autre le passé : le présent est la conscience, le passé est le subconscient. OK ? Le joueur est habitué à faire quelque chose. Où va-t-il ? Dans son subconscient. C'est comme un ordinateur, vous écrivez, vous sauvegardez. Pour changer cela, vous avez besoin d'installer une nouvelle méthode de travail, pour remplacer les vieilles habitudes, les routines, par de nouvelles choses. Cela peut prendre trois, quatre ou cinq ans. Mais ce n'est pas si simple, car certains joueurs ont des difficultés à formater leur ordinateur. Pourquoi ? Parce qu'ils ne sont pas habitués à penser et analyser. Ceux qui y parviennent sont des personnes proactives. Ils attendent plus que ce qu'il se passe à l'entraînement. Ils ont besoin de comprendre le pourquoi, et dès que c'est clair pour eux, ils se préparent en conséquence pour les matchs. C'est pour cela que certains joueurs apprennent plus rapidement que d'autres. Lorsque je vous ai parlé de la complexité du jeu, tout à l'heure, je pensais aux cerveaux. Vous comprenez ?

« La mécanique, ce n'est pas apprendre, c'est répéter sans comprendre. »
Oui, mais jusqu'ici, les résultats...
(Il coupe.) Je devine votre question, laissez-moi y répondre directement en vous proposant un autre exemple : si vous allez en Angleterre, vous devez rouler à gauche. Pour que cela devienne naturel, vous devez rester en Angleterre au moins une semaine. Tandis que si vous faites des allers et retours, vous manquerez de régularité, et cette nouvelle façon de conduire ne sera jamais naturelle. L'entraînement, c'est pareil. Vous devez créer des exercices qui, grâce à leur régularité, vont donner aux joueurs les capacités d'analyser ce qu'il se passe pour prendre des décisions et exécuter en même temps, parce qu'ils ont déjà acquis grâce à la répétition. Mais pas une répétition mécanique. La mécanique, ce n'est pas apprendre, c'est répéter sans comprendre.

Et cela transforme les joueurs en robots...
Exactement. C'est pour cela que vous avez besoin de les guider, en leur préparant des exercices lors desquels ils peuvent prendre différentes décisions. Notre travail est de maîtriser la complexité des décisions. Tout cela est très compliqué.


En 1995, alors que vous jouiez à la Juventus, vous aviez déjà cet état d'esprit, lorsque vous déclariez que « la compréhension est plus importante que l'action, et il est dangereux d'inverser les deux  » (3) ?
Oui. À l'époque, j'ai dit cela, car j'étais un milieu de terrain réputé pour tout anticiper. Avant que la balle m'arrive, je savais déjà quoi en faire. Vous devez comprendre avant d'agir. Si vous exécutez sans penser, c'est dangereux. Vous ne prendrez pas la bonne décision. Le but est que la compréhension et l'action soient toujours le plus proche possible, et dans le bon ordre.

Étiez-vous un joueur qui réfléchissait déjà comme un entraîneur, un peu à l'image de Didier Deschamps ?
J'ai eu la chance de débuter en tant qu'ailier, puis de jouer avant-centre, puis en soutien de l'avant-centre, et enfin milieu de terrain. Donc tout ce qu'il se passe en attaque, je l'ai expérimenté en tant que joueur. Mais les milieux de terrain doivent se mêler de ce qu'il se passe en défense et en attaque, tout en faisant le lien entre les deux. Pour cela, vous avez besoin de penser plus vite que les autres. C'est un rôle qui vous aide à analyser, penser, décider et exécuter plus que les autres.

« La chose qui compte le plus, pour moi, est la relation entre le temps et l'espace. L'espace, c'est ce que vous devez occuper et vous devez savoir quand. Anticiper les choses avec ou sans la balle. Et si vous arrivez en retard, vous faites une "faute tactique". »
Sur le terrain, vous étiez un spécialiste de la « faute tactique » . Est-ce que chaque équipe a besoin de ce type de joueur pour obtenir de bons résultats ?
Mes équipes ont besoin de dix joueurs comme cela. Je mets le gardien à part. Je vous l'ai déjà dit : mon but est de développer des joueurs tactiquement intelligents, dans toutes les dimensions du jeu. Défensivement, offensivement et lors des phases de transition. La chose qui compte le plus, pour moi, est la relation entre le temps et l'espace. L'espace, c'est ce que vous devez occuper et vous devez savoir quand. Anticiper les choses avec ou sans la balle. Et si vous arrivez en retard, vous faites une « faute tactique » . Avec ma façon de lire le jeu, normalement, je proposais aux coéquipiers qui étaient devant moi des solutions pour qu'ils se déplacent le mieux possible, ce qui rendait mon travail plus facile. Et permettait à mon équipe d'occuper au mieux les espaces.



Lorsqu'on a été un grand joueur, qui a joué aux côtés d'autres grands joueurs, est-ce difficile d'entraîner des joueurs d'un niveau inférieur ?
Je suis très exigeant avec tout le monde, à commencer par moi-même. Mais c'était plus difficile au début de ma carrière, parce que j’entraînais à un niveau très éloigné de celui que j'avais connu en tant que joueur. Mais j'étais déjà concentré sur la manière dont je pouvais faire progresser mes joueurs.

« Je n'ai compris que plus tard pourquoi mes parents ne dînaient pas en même temps que mon frère et moi. C'était parce qu'ils attendaient de manger nos restes. Et ça, c'est quelque chose d'impossible à oublier. C'est toujours dans un coin de ma tête. »
Viseu, où vous êtes né, est considérée comme la « meilleure ville pour vivre » au Portugal selon une association portugaise de défense du consommateur. C'est mérité ?
Je ne sais pas, cela fait plus de vingt ans que je ne vis plus au Portugal. Mais cette année, j'ai eu l'occasion de passer Noël dans ma ville de naissance pour la première fois depuis longtemps, et c'est vrai que c'est très joli, qu'il s'y déroule beaucoup d'événements culturels, qu'il y a de la vie, avec tout ce dont les gens ont besoin, peu de stress et que c'est propre. Le conseil municipal fait un super boulot.

Vous avez commencé à jouer au foot avec votre frère, qui a un an de moins que vous ?
Non. Lui, à l'époque, son rêve était de devenir pilote d'avion.


Comment s'est passée votre enfance à Viseu ?
Elle fut courte, parce que j'en suis parti à quatorze ans, et pas toujours facile, parce qu'à huit ans, j'ai été atteint d'acidurie, une maladie qui provoque entre autres des rhumatismes. J'ai suivi un traitement pendant trois ans. Mes parents étaient très inquiets, parce que cela n'était pas loin de toucher mon cœur. J'ai donc traversé cette épreuve avec ma famille à mes côtés, ce qui m'a endurci. Mais Viseu, à l'époque, pour moi, c'était la nature. J'adore essayer de ressentir l'énergie de la nature. L'une des choses que j'apprécie le plus dans la vie, c'est l'odeur de la pelouse après les premières pluies, en automne. Ça, et l'énergie des arbres. Avec mes copains, je passais mon temps à grimper aux arbres et à m'amuser dans les bois. Et dès que j'en avais l'occasion, je jouais au football dans le garage où travaillait mon père. J'y perfectionnais ma technique en me posant des défis seul, comme peut le faire un enfant. Ma mère me ramenait tout le temps de nouveaux vêtements, vu que c'était elle qui les fabriquait. C'était une chouette époque. Je n'ai compris que plus tard pourquoi mes parents ne dînaient pas en même temps que mon frère et moi. C'était parce qu'ils attendaient de manger nos restes. Et ça, c'est quelque chose d'impossible à oublier. C'est toujours dans un coin de ma tête. La vie était difficile pour eux, mais ils ne perdaient pas le sourire et essayaient de toujours nous offrir ce qu'il y avait de mieux : les meilleures études, la meilleure nourriture... Je n'ai jamais manqué de rien. Propos recueillis par Mathias Edwards, au Haillan (1) Depuis la réalisation de cette entretien, L'Équipe a révélé que le contrat de Paulo Sousa à Bordeaux comprenait une clause d'intéressement liée aux prochaines ventes de joueurs. Il toucherait 1% de la plus-value réalisée sur les transferts à venir.

(2) Paulo Sousa a remporté la Ligue des champions en 1996 avec la Juventus, et en 1997 avec le Borussia Dortmund. Les trois autres joueurs à avoir réussi une telle performance sont Marcel Desailly (Marseille 1993 et Milan 1994), Gerard Piqué (Manchester United 2008 et Barcelone 2009) et Samuel Eto'o (Barcelone 2009 et Inter 2010).

(3) Dans La Repubblica.