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On n'attendait plus Patrick Bamford

Le début de saison tonitruant de Patrick Bamford, auteur de six buts en six matchs sous les couleurs de Leeds United, est inattendu. Mais en réalité, l'éclosion du blondinet issu d'une famille intello de Nottingham était annoncée depuis bien longtemps. Trop longtemps, peut-être. Qu'importe : après avoir pas mal bourlingué, l'ex-wonderkid qui a refusé Harvard et joue du Bach au piano a enfin trouvé sa place comme son rythme de croisière. Et la belle histoire ne fait, sans doute, que commencer.

« C'est la foudre, c'est un symbole pour représenter la planète, un moyen d'utiliser le sport pour inspirer un changement positif pour notre planète. Dans ce pays, le football a un pouvoir déterminant pour faire le bien. Célébrer avec cet éclair est une manière pour moi de me lever pour la terre, que j'aimerais laisser dans un meilleur état que nous l'avons trouvée. » Devant la presse britannique, quelques instants après la fin d'un match face à Aston Villa dans lequel il a inscrit un triplé et donc célébré en mimant la foudre, Patrick Bamford parle un peu comme ces entrepreneurs modernes convertis à la cause du bien commun.



Pas de hasard, finalement, pour celui qui, encore brillant étudiant du côté de Nottingham, aurait pu tout plaquer pour étudier le commerce à la prestigieuse business school de Harvard. Car oui, le blondinet de Leeds United n'est pas vraiment un footballeur comme les autres : issu d'une famille aisée, polyglotte et musicien à ses heures perdues, le grand gaillard de 27 ans est aussi performant en dehors des terrains. Pour l'élève modèle, tout n'a pourtant pas été facile : jadis considéré comme un wonderkid et recruté par Chelsea alors qu'il n'avait pas disputé trois matchs avec les pros, Patrick Bamford a pas mal bourlingué avant de trouver à Leeds un environnement préférentiel.

Études de français et sourire de Ronaldinho


Patrick Bamford naît à Grantham, un bled un peu paumé dans le Lincolnshire. Dans cette ville industrielle tranquille, rien de bien important à signaler. Si ce n’est qu’elle a vu Isaac Newton y faire ses études entre 1655 et 1661, et que Maggie Thatcher y est née en 1925. Mais ça, c’était avant la venue au monde d’un beau bébé nommé Patoche le 5 septembre 1993. Le petit Patrick part avec une chance dans la vie : celle de naître dans un milieu privilégié dans l’Angleterre post-industrielle, puisque ses parents d’origine irlandaises sont enseignants et que sa famille compte dans ses rangs Anthony Bamford, patron de JCB (boîte qui fabrique des équipements de construction, type tractopelles et tracteurs). Mais ni les cours, ni les pelleteuses ne peuvent éloigner trop longtemps un gamin anglais du football : élevé à Norwell, dans le Nottinghamshire, Patrick est supporter de Nottingham Forest et commence à marquer ses premiers buts au Muskham Cougars. Avant d’intégrer l’académie de son club favori, à l’âge de huit ans.


Sauf qu'à ce moment-là, Patrick Bamford a encore autre chose en tête : les études. Il fréquente alors la Nottingham High School, où le Golden Boy joue un temps au rugby. Cependant, c’est moins en plaquages qu’en classe que le prodige s’illustre : il joue du piano, du violon, de la guitare et obtient son diplôme avec des notes maximales en français, en histoire et en biologie. Dans le même temps, Patrick progresse à Nottingham Forest. « On a commencé à entendre parler de lui rapidement, parce qu’il marquait beaucoup chez les jeunes, se souvient Guy Moussi, son colocataire lors de ses débuts à Forest en 2012. Il est vite monté en équipe A. » Et pour cause, Bamford impressionne. « À l’entraînement, il jouait comme s’il était encore avec les jeunes, poursuit Guy Moussi. Lors de son premier entraînement, les défenseurs ont voulu le croquer. Mais à un moment, Patrick met un petit pont à Joel Lynch. Il marque, et il sourit. Lynch est venu lui dire : "Tu me refais ça, je te casse la jambe en deux." Lui, je le vois revenir en souriant. Pas un sourire moqueur, un sourire d’insouciance : il n’est pas Ronaldinho, mais c’était son sourire. »

Nottingham ou Harvard


Évidemment, avec les premiers exploits viennent les premières convoitises : en l’espèce, c’est Chelsea qui se montre le plus insistant. « Ça s’est fait rapidement, explique Guy Moussi. On l’a lancé très vite dans le grand bain, et on a vu tout son talent. Chelsea s’est positionné après seulement deux matchs, et l’a acheté dans la foulée. » Le 31 janvier 2012 plus exactement, les Blues déboursent en effet 1,5 million de livres pour s’attacher ses services. Mais bien entendu, l’emploi de n°9 à Stamford Bridge est difficile à obtenir. De quoi lancer un petit moment d’errance. « En Angleterre, beaucoup de jeunes signent de longs contrats tout en sachant bien qu'ils seront prêtés les deux ou trois premières années, analyse Benoît Delaval, son préparateur physique à Leeds United. Il a bourlingué, parce qu’il avait besoin de jouer. » En l’occurrence, pour sa première vraie expérience en pro, Patrick est prêté en League One (troisième division) à Milton Keynes à seulement dix-neuf balais. Et il ne va pas tarder à y produire le même effet qu’à Nottingham.



« Je l’ai trouvé incroyable, lance Mathias Kouo-Doumbé, un coéquipier à Milton Keynes. Il pouvait finir avec les deux pieds, il était techniquement juste. Surtout, il était toujours en mouvement. Affolant ! Il était clinique, ça allait au fond : dès le premier match, il avait gagné sa place. » Dans l’état d’esprit aussi, Bamford fait l’unanimité. « Il n’était pas là pour montrer qu’il venait de Chelsea, il s’est donné à fond, raconte MKD. Je me rappelle l’un des premiers matchs, il s’était énervé contre l’arbitre et je me disais : "Ce jeune-là, il a vraiment envie !"  » Quant au côté humain, là encore, l’élève modèle récolte les suffrages. « Ce n’est pas le joueur typique, il a une gamme d’intérêt plus large que les autres, précise MKD. Il n’avait rien d’arrogant, il était sympa. On allait prendre des verres, mais c’est vrai qu’il était intelligent. Il aurait pu être diplômé d’Oxford, c’était la même chose. » Oxford, peut-être pas. Mais Harvard, probablement. Car Patrick Bamford a refusé une bourse offerte par la plus prestigieuse des universités, afin de poursuivre sa carrière en Angleterre. Avec les risques que cela comporte.

Grandeur et décadence d’un wonderkid anglais


Après deux bonnes saisons à Milton Keynes (44 matchs, 21 buts entre 2012 et 2014), Bamford est prêté en Championship : à Derby County en 2013-2014 (23 matchs, 8 buts), puis à Middlesbrough en 2014-2015 (44 matchs, 19 buts). Il est désigné meilleur joueur du championnat en 2015 – une année où le prix du meilleur espoir revient à un certain Dele Alli –, et s’illustre en délivrant un récital de piano à ses coéquipiers. Du Bach, selon les rumeurs. Mais bientôt, les fausses notes se glissent dans la symphonie : de 2015 à 2017, Bamford bourlingue en Premier League (de Crystal Palace à Burnley, en passant par Norwich), ne joue que 22 matchs, ne s’impose nulle part et ne marque jamais. « Ces difficultés sont, peut-être, liées à son style, tente d’expliquer Mathias Kouo-Doumbé. Il a un jeu léché, donc c’est plus difficile si on le met dans une équipe qui mise sur le physique et dont les joueurs ont moins de qualité technique pour le servir. » Les Blues, eux, ne cherchent pas à comprendre et s’en débarrassent auprès de Middlesbrough en janvier 2017 pour 5,5 millions de livres. À près de 24 ans, le train est-il déjà passé pour l’ex-futur crack ?



En réalité, les conditions sont favorables. « Quand il revient à Middlesbrough en 2017, il retrouve Karanka. Un entraîneur qui l’avait déjà eu, en 2015, détaille Rudy Gestede, coéquipier de Middlesbrough. Ça a été un soulagement pour lui, c’est comme s’il revenait à la maison. » Pourtant, lors des six premiers mois, Bamford ne joue quasiment pas (neuf matchs, un but). À l’entraînement aussi, Bamford est déroutant. « C’est quelqu’un qui a beaucoup de qualités, commence Gestede. Mais il était un peu bizarre, il était capable du meilleur comme du pire : te mettre une frappe en lucarne dans un angle impossible, et perdre le ballon sur un contrôle du tibia ou un dribble. On savait qu’il avait des coups un peu magiques, mais la confiance n’était pas forcément là. » Et puis, enfin, les planètes s’alignent. Middlesbrough, relégué, retrouve le Championship. Un nouvel entraîneur, Steven Agnew, arrive. Puis les rivaux de l’attaque, Gestede en tête, se blessent. « C’est quelqu’un qui a besoin de ressentir l’amour du coach, conclut Rudy. Là, il a senti qu’il était l’homme fort. Lors de son premier match, il met un doublé. Le second, un triplé. Il enchaîne par la suite, et ça lui vaut son transfert à Leeds. »

Patrick Bamatador


En juillet 2018, les Peacocks – sous l’égide du Loco depuis un petit mois, seulement – n’hésitent pas à claquer près de huit millions pour s’offrir les services du garçon. Il faut dire que le directeur sportif du club et ancien dirigeant de Middlesbrough, Victor Orta, le connaît bien. Dès ses premiers pas, le bonhomme trouve un environnement qui lui convient et un staff qui lui fait confiance. « Son intégration a été facile parce que c’est quelqu’un qui s’adapte facilement, qui est très à l’aise dans la vie collective et dans la vie de tous les jours, se souvient Benoît Delaval. Le seul problème, c’est qu’il s’est blessé rapidement au mois de septembre. » De nouveau, l'éclosion annoncée prend du retard. Touché au genou, il est indisponible pour quatorze matchs et ne joue pas lors de la première partie de saison. Puis, de retour en forme, il gagne la confiance de Bielsa et trouve sa place à la pointe d’un onze qui ne change plus de figure de proue. Résultat ? Vingt-deux matchs, pour neuf buts. Un beau prélude qui ne suffit cependant pas à ramener en Premier League les Whites, défaits contre Derby County en demi-finales de barrages (0-1, 4-2). Une petite année de sursis, avant le graal.


En 2019-2020, Leeds United est inarrêtable. Bamford aussi : en 45 matchs, il inscrit la bagatelle de 16 buts, et les hommes du Loco sont sacrés champions avec 93 points. Le tout saupoudré d’un jeu plaisant, pas loin de celui qui doit habiter les doux songes de coach Marcelo. Le comté du Yorkshire chavire dans la démence, tient son nouveau héros (Bielsa) et sa nouvelle tête d’affiche (Bamford). À qui on compose même un chant : « Patrick Bamford de de le ouh » . Reste qu'en sous-main, les critiques concernant son manque d’efficacité fusent : face au but, le bougre se muerait trop souvent en vendangeur, rançon d’une générosité inconsidérée. Pas forcément à raison, pour Gestede : « Il y aura toujours des personnes pour critiquer, un joueur comme Cavani qui met 25 buts par saison est critiqué pour sa maladresse et on oublie les 25 buts qu’il a mis. Un attaquant qui se procure des occasions marquera toujours beaucoup de buts, donc il peut en louper. Mais tant qu’il en est met un, c’est bon ! » Une comparaison avec le Matador que l’intéressé n’aurait pas reniée, lui qui, alors à Burnley, avait demandé à l’analyste vidéo de compiler les buts du meilleur buteur de l'histoire du PSG.

La huppe d’un nouveau Peacock


Avec la montée de Leeds en Premier League, beaucoup de langues perplexes (les mêmes qui doutaient de sa capacité à s’imposer à Leeds) supposent qu’il ne pourra pas franchir le cap. Pour sa supposée maladresse devant le but, encore une fois. Un constat que ne partage pas Benoît Delaval, au regard de ses entraînements : « Dans la surface de réparation, il est spontané. Il n’a pas forcément besoin d’être sur son pied gauche pour frapper, il est à l’aise avec les deux pieds. Quand il est en réussite, ça fait but régulièrement. » Visionnaire ? En tout cas, c’est bien avec son pied droit que le gaucher trompe Alisson pour planter son premier pion en Premier League pour sa première titularisation. Malgré Rodrigo. Débarqué de Valence pour 30 millions d’euros, l’international espagnol était la priorité du Real Madrid un an auparavant et semblait être promis à la pointe du système de Bielsa. C’était compter sans Patoche, le blondinet tournant actuellement à plein régime et ayant trompé Areola lors du carton à Fulham (4-3) avant d'offrir trois nouveaux points à la bande du Loco à la 88e contre Sheffield (0-1) la journée suivante. C'est aussi lui, qui, le 23 octobre, signe un formidable triplé tout en classe pour terrasser un Aston Villa alors leader de Premier League (0-3).



Le début de partition est réalisé de main, ou de pied, de maître. Rien d'étonnant, pour un pianiste et footballeur. Dans le jeu, Patrick Bamford a également progressé. « C’est quelqu’un qui est très combatif, très agressif et toujours en activité, constate Benoît Delaval. Il ne s’arrête jamais, fatigue les défenseurs pendant les matchs. » Bref, le joueur parfait dans le dispositif du Loco Bielsa qui le loue de plus en plus souvent devant les micros du Royaume. Reste à savoir si « Hat-trick » Bamford pourra maintenir ce rythme. « Comme pour tout attaquant, il y a toujours des moments où ça tourne moins bien, tempère Benoît Delaval. Il peut aussi s'améliorer en matière d'efficacité, de statistiques et dans son jeu dos au but. » Si le travail n'est qu'une formalité pour celui qui a « appris la guitare tout seul » et qui « s'entraînait le matin et étudiait le reste du temps » pendant le confinement, Patoche ne marquera probablement pas 38 buts cette saison. Mais dans une équipe comme Leeds, qui produit du jeu et cherche toujours à attaquer, nul doute que Patrick Bamford sera servi en position préférentielle un jour ou l'autre. Alors, il faudra les mettre au fond : à 27 ans, l'ex-intello de Nottingham n'a plus de temps à perdre. Si ça ne marche pas, Harvard l'attend peut-être encore. Par Tom Dépériers et Valentin Lutz Tous propos recueillis par TD et VLU, sauf mentions