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  2. // Décès de Pape Diouf

« Pape, c’était un humaniste »

Il était devenu le premier président noir d'un club de foot en France, le dirigeant de l'OM le plus populaire depuis Bernard Tapie et incarnait une certaine idée de l'honneur. Pape Diouf est décédé mardi soir, à Dakar, des suites du coronavirus. Ceux qui l'ont connu lui rendent hommage par ce que l'ancien journaliste vénérait le plus : des mots.

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Philippe Troussier

Philippe Troussier (entraîneur de l'OM entre novembre 2004 et mai 2005)


« Au départ, on se connaît sans se connaître. On se rencontre dans des stades de foot en Afrique, puis, en 2004, Pape me nomme entraîneur de l'Olympique de Marseille. Je suis arrivé après José Anigo, qui avait quitté son poste après une élimination en Coupe de la Ligue face au PSG. Lorsqu'il me contacte, je suis au Maroc, je m'apprête à prendre un avion pour Kobe, et mon téléphone sonne : c'est Pape qui me demande si je suis prêt à relever le challenge de l'OM. C'est là qu'on entre en contact de façon officielle pour la première fois. Il était directeur sportif à l'époque. C'était une drôle de période pour l'OM : le club n'avait plus réellement de gouvernance, Pape Diouf a donc dû faire office de président en lien avec Robert Louis-Dreyfus et, entre les deux, Louis Acariès, qui est arrivé à cette période. La saison 2004-2005 a été assez difficile à tenir, mais l'OM a quand même terminé cinquième de Ligue 1, ce qui était honnête étant donné les circonstances. On a, par exemple, dû gérer ce moment difficile : le déplacement à Casablanca où Fabien Barthez a craché sur un arbitre marocain. Je me souviens que Pape a très mal vécu l'affaire, notamment en tant qu'africain. Ça l'avait blessé, comme d’autres joueurs dans le groupe, des mecs comme Meïté, Olembe, N’Diaye, Beye, Nasri, Luyindula, Hemdani... On a traîné cet évènement comme un boulet. De cette saison, je garde l'image d'un homme fort, droit dans ses baskets, avec une grande stature, un grand verbe, mais aussi une répartie qui pouvait parfois être cinglante, notamment lorsqu'il s'agissait de défendre les intérêts de l'OM. Mais Pape Diouf était juste, c'était un sage.


C'était un grand connaisseur du foot, en tout cas du système. Il connaissait tous les acteurs : entraîneurs, joueurs, agents, présidents... Il était capable de parler à tout le monde et il avait aussi des relations très étroites avec la mairie de Marseille. Il aimait les joueurs, les hommes, et cela s’explique aussi par le fait que Pape a été un agent à succès dans les années 1990. Quand il est arrivé au club, il était déjà bien impliqué dans la vie sociale marseillaise. C’était un vrai Marseillais. Il était facilement abordable.
« Il aurait très bien pu être le maire de Marseille ou le président de la Confédération africaine de football. Il savait jouer avec les mots, il était convaincant. Il suffisait de le voir s’adresser aux joueurs pour comprendre à quel point il pouvait les transformer. » Philippe Troussier
Il aurait très bien pu être le maire de Marseille ou le président de la Confédération africaine de football. Il savait jouer avec les mots, il était convaincant. Il suffisait de le voir s’adresser aux joueurs pour comprendre à quel point il pouvait les transformer. Après mon départ, on se souhaitait chaque année la bonne année. Il finissait toujours ses messages en disant « au plaisir réel de te revoir » . Il ajoutait ce mot, "réel". Personnellement, ça commence à faire lourd... En une semaine, on a perdu Pape, son grand ami Manu Dibango, Michel Hidalgo, qui a été la personne qui m'a mis le pied à l'étrier et m’a fait entrer à la FFF en 1984 pour que je devienne l’entraîneur de l’INF Vichy. Je viens de perdre deux grands frères en l’espace d’une semaine. C’est une situation qui devient de plus en plus inquiétante. Je vous parle d’Hanoi, je suis au Vietnam, en confinement. Depuis aujourd’hui, les conditions se sont durcies. J’ai le sentiment qu’ici, on commence seulement. On pensait être en phase de régression, mais non. Nous sommes tous inquiets. On ne sait pas comment tout cela va se terminer... »

Gervais Martel

Gervais Martel (président emblématique du RC Lens)

« Je savais qu’il était hospitalisé au Sénégal, j’étais déjà inquiet pour lui, mais je me disais qu’il allait s’en sortir... Ah, ça m’a mis un coup, Pape Diouf, c’était vraiment un bon pote. Je l’ai connu en 1992 quand il était agent, au moment où j’ai fait signer Bernard Lama dans les buts du RC Lens. C’était l’un de mes premiers contrats importants. On venait de remonter en D1, on avait besoin d’un grand gardien et il sortait d’une bonne saison à Brest, qui venait d’être placé en liquidation. Il avait signé un pré-contrat au PSG, mais on a pu le prendre un an et je me suis mis d’accord avec Pape. C’était la première fois que je le rencontrais, et à chaque fois qu’on se voyait, on reparlait de cette histoire avec Bernard. Je pense qu’on avait eu ce bon feeling, ce qui avait encouragé Pape à le placer chez nous.

Évidemment, j’ai continué à le côtoyer quand il est arrivé à la tête de l’OM au milieu des années 2000. On était souvent ensemble parce que j’étais président de l’UCPF, et Marseille avait une place importante. On avait d’excellents rapports. C’était un gars super honnête, posé, il ne s’énervait jamais. Il avait toujours ce timbre de voix particulier, il était habillé nickel, il en imposait. C’était la classe, quoi. Et il faut dire qu’il arrivait souvent à ses fins, car c’était un négociateur hors pair. C’est un gars qui ne faisait pas de bruit, mais il réfléchissait à 3000 à l’heure. Il était intelligent et malin, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Il avait aussi ce côté sympa quand il abordait les gens, c’était un mec facile. Quand je savais qu’on avait une réunion avec Diouf, ma journée commençait bien.


Je me souviens qu’il y a 6-7 mois, on se remémorait les bons souvenirs du foot. On se disait qu’à l’époque, on se tapait dans la main et c’était réglé. Aujourd’hui, ce n’est plus pareil avec cette batterie de nouveaux mecs, des présidents délégués. Il y avait une vraie équipe à l’époque entre Aulas, Nicollin, Diouf... Il n’y avait pas besoin d’aller chercher un juriste bac +14 pour se mettre d’accord. Avec Pape, c’était simple et clair. Et je retiens surtout que ça n’a pas été un charognard quand Lens est descendu en L2 en 2008. Des clubs ont essayé de me piquer des joueurs à des prix invraisemblables, lui est venu chercher Hilton. Je m’en souviens comme si c’était hier : on est rapidement tombé d’accord. Il avait compris qu’Hilton était un super joueur, mais c’était aussi un bon moyen de nous aider. Ensuite, on a continué de s’appeler quand j’étais en difficulté, même quand il n’était plus à l’OM. L’ironie du sort, c’est que je suis en train d’aider un copain en m’investissant dans un club de Dakar. Je suis descendu au Sénégal quatre ou cinq fois récemment. On devait déjeuner ensemble avec Pape. J’y étais encore il y a quinze jours avant de rentrer vu le contexte, je n’ai pas pu déjeuner avec lui. Et ça ne sera pour plus jamais... »

Marcel Dib

Marcel Dib (ancien joueur et directeur sportif de l'OM de 1996 à 1999)


« La première fois que je suis allé à Dakar, c’était lui qui avait organisé le voyage. Il avait sélectionné des joueurs du championnat de France pour faire un match de gala contre la sélection du Sénégal qui préparait la qualification pour la CAN 1990. Il avait tellement monté une grosse équipe qu’à la mi-temps on menait 3-0 devant 80 000 personnes. Les joueurs l’aimaient, alors il n’y avait que des cracks d’un peu tous les clubs : Amoros, Di Meco, Lama, Boli, Kastendeuch... Claude Leroy, qui était sélectionneur du Sénégal cette année-là, il ne comprenait pas : « Oh Pape, c’est quoi cette équipe que tu nous as ramenée, là ? Les gars, ils nous mettent le bouillon ! » Le Sénégal avait fini par gagner 5-3. Pape était sur le banc, c’était notre entraîneur.
« J'avais l'impression d'être avec le président du Sénégal. » Marcel Dib
On dormait à l’hôtel Méridien (un cinq étoiles). On avait passé une semaine sur place, une des plus belles de ma vie. Il nous avait emmenés sur une île où il y avait auparavant des esclaves (l’île de Gorée), puis on avait pris des pirogues pour manger des langoustes grillées. J'avais l'impression d'être avec le président du Sénégal. Tout le peuple l’aimait. C’était quelqu’un, Pape. Puis quand j’étais directeur sportif à Marseille, on a fait signer N’Gotty ensemble. Il voulait faire revenir Desailly de Chelsea, Sonny Anderson de Barcelone, Gallas, il avait un portefeuille extraordinaire ! On a brutalement perdu quelqu’un que tout le monde adorait, et qui était respecté. C’était quelqu’un de droit, il n'était pas tordu. Il y en a eu des grands messieurs dans le football : Nicollin, Campora, Borelli, Aulas... Lui faisait partie de cette ossature, alors qu’il est resté seulement quatre ans président de l’OM. C’est vraiment une maladie de merde, il faut faire très attention. J’ai pas pu dormir, j’ai pensé à lui toute la nuit... »

Éric Di Meco

Éric Di Meco (ancien joueur de l'OM de 1980 à 1994)

« J’ai toujours connu Pape. Je suis arrivé au club à 16 ans et des poussières en 1980, il était déjà là en tant que journaliste à La Marseillaise. Un jeune journaliste qui s’est fait les dents au sein d’une génération de journalistes à la plume acérée, tel que René Volery qui était un monstre sacré qui faisait peur à tous les joueurs et jeunes journalistes. Il a toujours été dans mon paysage. À l’époque, on s’entraînait à Saint-Menet sur un petit terrain au bord de l’autoroute ou sur des carrés d’herbe en face du Vélodrome, car, au début des années 1980, on n’avait pas de centre d’entraînement. La ville nous donnait un terrain d’entraînement tous les jours. Les journalistes étaient avec nous pendant l’entraînement, et ils restaient avec nous dans le vestiaire après l’entraînement. C’était des potes. Ils pouvaient nous tailler très fort, mais ils vivaient avec nous. Pape, c’était cette grande silhouette élégante. Il avait déjà un tel vocabulaire qui faisait que tu sortais plus cultivé après chaque discussion que tu avais avec lui. Je l’ai vu changer de vie, ensuite, vu qu’il s’occupait de beaucoup de joueurs africains et de ce qu’il se passait au Sénégal. À la trêve hivernale de 1989 de mémoire, on était venus avec quelques joueurs de Ligue 1 avec nos familles faire un match là-bas contre la sélection du Sénégal de la génération de Jules Bocandé. Dans mon équipe, il y avait Joseph-Antoine Bell bien sûr, Marcel Desailly, Marcel Dib... On avait été reçus comme des rois.

Derrière, il a géré les intérêts de joueurs et a notamment fait le transfert de Marcel à l’AC Milan. Et derrière, président de l’OM. Il n’y a qu’à voir les hommages pour se rendre compte de la trace qu’il a laissée. De par sa connaissance du foot, sa connaissance du microcosme marseillais qui est un milieu particulier. Sans vouloir dénigrer ceux qui l’ont précédé ou succédé, il y en a plein qui se sont cassé les dents, car ils n’ont pas su l’appréhender. Lui, il a baigné dedans depuis sa jeunesse. Ici, les présidents sont tous partis du club la queue entre les jambes. Même Bernard Tapie, avec l’aura qu’il avait, lorsqu'il est revenu aux affaires pendant un certain temps avec Robert-Louis Dreyfus, ça avait été difficile pour lui. Même Bernard. Quand tu passes par le journalisme, le management de joueur, le management de l’OM, la politique et que tu sors de là avec zéro casserole, puisqu'il a été blanchi (dans l’affaire de la gestion des abonnements avec les clubs de supporters notamment, N.D.L.R.). Il était fier d’être sénégalais et d’avoir été président de l’OM, car l’OM est un club qui a une place particulière en Afrique. Et les Marseillais ont été fiers d’avoir ce président ! »

Jean-Paul Delhoume

Jean-Paul Delhoume (journaliste à La Marseillaise, le journal pour lequel Pape Diouf a écrit de 1975 à 1987)


« Pape était un type extraordinaire. Il était rigoureux dans son boulot. Il était honnête, franc. Des fois, on se chopait durement, mais ça finissait toujours à la rigolade. C’était un humaniste. D’ailleurs, il s’est présenté aux élections municipales à Marseille, pas cette fois-ci, mais la fois d’avant. C’est dommage qu’il n'ait pas réussi sa percée, parce que Marseille méritait un type comme lui, près des gens. En arrivant à Marseille, il vivait dans le quartier Belsunce. Je crois que c’était à la rue du Petit Saint-Jean. À l’époque, c’est là où se regroupaient pas mal de communautés africaines. Il aimait beaucoup rester chez lui pour lire. Il dévorait les bouquins, il lisait tout (notamment la science politique, et précisément Maurice Duverger, N.D.L.R.). Marseille, il a eu un peu de mal à s’y faire au début. Quand il est arrivé, il ne comprenait pas trop l’accent parce qu'au Sénégal, les Français parlaient avec l’accent pointu. Après, la ville l’a apprivoisé, et Pape a appris à la connaître. Et c’est devenu une histoire d’amour entre la ville et lui.

« Pape a commencé à suivre le foot amateur, et là, une plume extraordinaire s’est révélée. Il a suivi l'OM et il a eu le prix Martini. À l’époque, c’était un peu le Goncourt des journalistes... » Jean-Paul Delhoume
En 1975, Pape était employé aux PTT quand il a rejoint l’équipe des pigistes qui venaient travailler tous les dimanches à la rédaction des sports, pour écrire des comptes-rendus. Il a commencé au basket. On discutait beaucoup et on s’est aperçus qu’il connaissait bien le football. C’était un adepte de François Thébaud (le rédacteur en chef du Miroir du Football, N.D.L.R.). Le chef de service de l’époque de La Marseillaise lui a dit : "Tu vas passer au foot." Il a commencé à suivre le foot amateur, et là, une plume extraordinaire s’est révélée. Pape est devenu journaliste professionnel. Il a eu le prix Martini. À l’époque, c’était un peu le Goncourt des journalistes (Pape Diouf est même double lauréat de ce prix régional du meilleur article de l’année, N.D.L.R.). Je ne me souviens plus du reportage. Sa plume ? Il parlait comme il écrivait et il écrivait à l’imparfait du subjonctif. Il maîtrisait parfaitement la langue française. Il a commencé à suivre l’OM jusqu’à son départ du journal (en 1987, pour L'Hebdo à Marseille, puis Le Sport, avant de devenir agent de joueurs en 1990, N.D.L.R.).


Un jour, un joueur de l’OM l'a pris de haut. Pape lui a dit dans son langage châtié : "Je crois que nous allons en arriver à des extrémités physiques regrettables..." - pour lui dire : "Je vais te casser la gueule". Cela s’est passé au stade Vélodrome après un entraînement. Dès qu’il en avait l’occasion, Pape revenait volontiers au journal. On l’invitait notamment au Mondial la Marseillaise à pétanque. Il y a des journalistes qui sont passés à La Marseillaise au début de leur carrière qui, après, n’osent pas trop le dire, car la Marseillaise est un journal très marqué politiquement (à gauche, N.D.L.R.). Lui, il revendiquait fortement son appartenance à La Marseillaise. Il en était très fier. Son papa était militaire, gaulliste, mais Pape était assez grand pour affirmer ses convictions. Il n’a fait que ça toute sa vie, envers et contre tous. Aulas s’en souvient. Les dirigeants du football français s’en souviennent quand il était président de l’OM.

Pour moi, son meilleur fait d’armes, c’est le 5 mars 2006 : les minots au Parc des Princes - parce qu’il n’a jamais remporté de titre avec l’OM. Le gars de la sécurité de Paris avait déconné sur le nombre de places des supporters marseillais, et son homologue de Marseille essayait d’expliquer les choses à la presse. Pape Diouf lui avait dit : "Ne parle plus de rien, c’est moi qui prends le dossier en main." Il voulait déclarer forfait, et les instances fédérales lui ont dit que le club risquait une sanction. Donc, il est monté avec l’équipe réserve. Pour lui, c’était une question de principe, de justice. On verra bien ce qu’il se passe... Il y avait quand même Pauleta, Rothen et compagnie qui jouaient au PSG. Et les minots ont fait match nul. Le retour à Marseille... Quand on est descendus du train à la gare Saint-Charles, c’était Rio après la finale de la Coupe du monde. À partir de là, impossible de dire du mal de Pape Diouf à un supporter. (Rires.)

Vidéo

En tant que président, je l’ai vu mettre au garde-à-vous un joueur à Mladá Boleslav. Avant le match, je le vois discuter durement avec un joueur que je ne nommerai pas, car il est toujours là. Je lui ai demandé : "Oh, Pape, qu’est-ce qui t’arrive ?" Il m’a répondu : "Qu’est-ce qui m’arrive ? Oh ! Il vient pas me parler de sous, lui, il a signé son contrat, moi je respecte ma parole s’il ne veut pas respecter la sienne, je vais le mettre à la cave !" Après, cela s’est calmé, le joueur a mis de l’eau dans son vin, et je vois dans les hommages qui sont rendus aujourd’hui qu’il est l’un des premiers à dire que c’était un grand président... Il s’était fait bouger quand même. (Rires.) »


Charles Villeneuve

Charles Villeneuve (président du PSG de mai 2008 à février 2009, quand Pape Diouf était à la présidence de l'OM)


« Vous connaissez l’adversité entre le PSG et l’OM... J’étais assis à côté de lui le jour où le PSG avait gagné 4-2 au Vélodrome (le 26 octobre 2008, N.D.L.R.) avec des buts de Guillaume Hoarau, et puis une formidable partie d’un des joueurs, là... (on lui soumet le nom de Peguy Luyindula, N.D.L.R.). Oui, Luyindula, qui était un lecteur assidu des Échos - il arrivait tous les matins avec les Échos sous le bras, c’était assez inhabituel par rapport aux autres joueurs... Ce soir-là, Pape Diouf avait été extrêmement courtois. Il y a des présidents qui s’extériorisent, ce n’était pas mon cas. Et, d’ailleurs, la réserve de Pape Diouf vous obligeait à être pudique. Ce que j'appréciais chez lui ? Pape Diouf avait un avis tranchant. Les conversations étaient claires avec lui, notamment sur l’organisation du foot. Il avait été journaliste à La Marseillaise, puis agent et il avait gardé un raisonnement clair où son opinion transparaissait tout aussi clairement. Pour lui, Paris, c’était le pouvoir exécutif. Il m’avait rappelé qu’à l’époque où la monarchie existait, le gouverneur représentant le pouvoir central avait tourné les canons vers l’intérieur de la ville (de Marseille, N.D.L.R.) et pas vers l’extérieur. Il voulait me faire comprendre l’historique de cette opposition des Marseillais par rapport à Paris. »

Jean-Claude Plessis

Jean-Claude Plessis (président du FC Sochaux de 1999 à 2008


« J’étais devant la télé avec mon épouse quand on a vu un entrefilet, "Pape Diouf est mort." Ça m’a fait un choc. Non seulement parce que j’aime Pape Diouf, mais parce que j’aime le Sénégal. Il y a Hidalgo qui est mort la semaine dernière, j’ai beaucoup bossé avec lui sur RTL, c’était un garçon que j’aimais beaucoup. On déguste en ce moment, dans le foot. Cette nuit, je n’ai pas fermé l’œil, j’ai pensé à Pape toute la nuit. Je me suis aperçu qu’en fin de compte, je l’aimais peut-être davantage que je croyais, voilà. (Très ému.) C’est dramatique, et puis c’est une fin tellement con, franchement. À nos âges, on y pense tous, je peux vous dire que je vis cloîtré. Ma femme va faire les courses, moi je n’ai pas bougé d’ici depuis trois semaines, un mois. J’ai une trouille terrible de cette saloperie. Je veux mourir en bonne santé.
« Cette nuit, je n’ai pas fermé l’œil, j’ai pensé à Pape toute la nuit. Je me suis aperçu qu’en fin de compte, je l’aimais peut-être davantage que je croyais. »
Pape, c’était sans doute le top des agents à une époque, avant Bernès, il avait la grande écurie, hein. Quand j’ai eu affaire à lui comme agent, ça s’est toujours très bien passé, c’était quelqu’un d’abord d’une grande correction. Je me souviens notamment du transfert de l’ancien capitaine de Nantes, Jean-Michel Ferri, quand je suis arrivé à Sochaux. On avait réglé le coup ensemble. Ensuite, quand il a laissé son écurie pour devenir directeur sportif de l’OM, puis président, on a continué à se voir, on a négocié des transferts ensemble, notamment celui de Ziani après la Coupe de France. Bah, il en voulait le moins cher possible, et moi le plus cher possible, comme d’habitude, ça a pris un peu de temps et ça s’est fait.

Avec Pape, on a eu quelques tensions à l’époque de cette finale de Coupe de France 2007, mais ça fait partie du folklore. Avant, c’était par voie de presse, maintenant c’est sur Twitter. C’est la seule différence.
« C’était une grosse personnalité, au-delà du foot en fait. Un type entier qui aurait pu être président d’une Fédération. Il m’inspirait beaucoup de respect. »
Je me souviens, on avait une bagnole en commun pour aller faire les télés avant la finale, donc devant les caméras, on faisait notre numéro à s’accrocher presque, et on repartait et on déjeunait ensemble. Ça faisait partie du jeu. C’était une rivalité de façade, d’abord parce que ça s’était toujours bien passé entre nous. Et puis ensuite parce que Marseille, c’est Marseille. On n’était pas sur la même dimension de club. C’est un Marseillais, et les Marseillais lui rendent bien ça, ils l’aimaient énormément, et ils doivent être très tristes. Je retiens de lui que c’était un grand seigneur. Il avait tout Pape, il était cultivé, calme, toujours posé, il ne s’énervait jamais. C’est un roi, j’emploie le mot "roi" volontairement, hein. Un seigneur. Vous savez, les Sénégalais aiment tellement le football, alors avoir un des leurs président de l’OM, c’est le graal. C’était un de ces gars qui est hors normes, comme on en voit dans le football. Un mec qui a marqué son temps, c’est clair. On n’était pas intimes, hein. Quand j’ai quitté le monde du foot, je l’ai perdu de vue, j’avais des nouvelles par certains. Au Sénégal, je ne l’ai croisé qu’une fois rapidement, sans m’arrêter. Il était occupé et moi aussi. C’était un homme intelligent et cultivé, c’est ce qui me touche, ce que j’admirais. Entendre partout qu’il a été le seul dirigeant noir européen ça m’énerve, c’est son mérite qu’il faut célébrer, ses qualités, pas sa couleur. Qu’il soit noir, moi, je n’y pense même pas. C’était une grosse personnalité, au-delà du foot en fait. Un type entier qui aurait pu être président d’une Fédération. Il m’inspirait beaucoup de respect. »

Ousmane Dabo

Ousmane Dabo (joueur ayant eu Diouf comme agent entre 2001 et 2004)


« C’est une énorme tristesse d’apprendre sa disparition. Il était mon agent avant de rejoindre l’Olympique de Marseille. Un grand homme et un très bon conseiller pour nous, les jeunes joueurs, un exemple pour tout ce qu’il a accompli. Je m’inspirais de lui, parce que son parcours imposait le respect.
« Il y a 20 ans, peu de Noirs avaient des postes à responsabilités. Il a enfoncé des portes et ouvert la voie pour d’autres après lui. » Ousmane Dabo
Il est parti de rien et s’est imposé comme le meilleur à chacune des étapes de sa carrière. Débuter en tant que journaliste, puis devenir successivement un des meilleurs agents, le premier président noir d’un club européen et certainement un des meilleurs présidents de l’OM, c’est quelque chose de fort. Il y a 20 ans, peu de Noirs avaient des postes à responsabilités, que ça soit en direction ou dans le staff. Il a enfoncé des portes et ouvert la voie pour d’autres après lui. J’ai débuté avec d’autres agents, mais quand je suis arrivé en Italie, je me suis rapproché de Pape. Mon papa, qui est d’origine sénégalaise, le connaissait bien. Pape était posé, il avait toujours le mot qu’il fallait. Il m’a notamment conseillé de me stabiliser parce que j’étais toujours en prêt. Et c’est grâce à lui que je suis resté à l’Atalanta de Bergame, que j’ai pu faire mes plus belles saisons et que j’ai pu connaître l’équipe de France. C’est avec lui que j’ai accompli mon rêve. »



Elliot Grandin

Elliot Grandin (joueur de l’OM en 2008-2009)


« Je me souviens parfaitement de la première fois que j’ai rencontré Pape Diouf. C’était juste avant que je signe mon contrat dans les bureaux de la Commanderie. Il m’a accueilli très chaleureusement, de la meilleure des manières pour moi. Il y avait beaucoup de choses qui s’étaient dites dans la presse à mon sujet à mon arrivée, sur ma prétendue réputation. Il m’avait dit : "Maintenant, tu fais partie de la famille, donc on sera derrière toi."

Il était bienveillant, très souriant, et savait rire avec nous les joueurs. Mais ce qu’il dégageait surtout, c’était cette figure protectrice. Que ce soit auprès d’un jeune de 18 ans ou de joueurs plus expérimentés comme Djib et Mamad, il était très protecteur. C’est pour ça que c’est marquant quand il te dit : "Tu fais partie de la famille." Pour certains, il était un père, pour d’autres, un grand frère. Ça se ressentait. Et puis, on ne va pas se le cacher, la plupart des joueurs africains ou ceux issus de l’immigration se reconnaissaient en lui. C’était aussi pour ça qu’on le respectait beaucoup. C’était un homme de valeurs, un exemple de réussite.

Il était amoureux de Marseille, du club et de la ville. Et ça s’est ressenti. Il était la figure de ce club, car il était profondément respectueux et respecté. C’était un personnage si charismatique, avec sa façon de parler, sa posture. C’est un monument du football qui nous a quittés. Toutes mes condoléances à sa famille, et paix à son âme. »
Par la rédaction de sofoot.com

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