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Panenka : « Quand je serai mort, les gens continueront à parler de la Panenka »

Ils sont très rares à l'avoir fait. Antonin Panenka fait partie du cercle très fermé des footballeurs qui ont donné leur nom à un geste. Entre sa passion irrationnelle pour Didi, le communisme, son enfance à Prague, son histoire d'amour avec les Bohemians et son fameux penalty, le presque septuagénaire ouvre la boîte à souvenirs avec malice et assurance, mais sans arrogance.

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Le château de Berchtold, à Kunice, en périphérie de Prague, en met plein la vue. Pour autant, il ne paraît pas prétentieux. Comme l’homme qui a donné rendez-vous ici. Alors que la neige recouvre les jardins et le terrain de foot-golf, Antonin Panenka est à l’abri sous une espèce de dôme, qui enferme deux terrains de tennis. Avec trois amis à lui, il taquine la petite balle jaune. À bientôt 70 ans, le colosse tchèque ne court plus beaucoup, même s’il tient encore une forme d’enfer. À vrai dire, il n’en a pas vraiment besoin. Dans ce double entre anciens footeux, Antonin mène la danse, est toujours au bon endroit, et multiplie les amortis bien sentis. Les autres râlent, lui rigole et se pavane. Forcément, il gagne. Pour récupérer de ce tennis matinal : une bonne douche et un shot de Slivovice, un alcool de prune tchèque. Panenka est maintenant prêt à se mettre à table.



Quel joueur de tennis ! Quand avez-vous commencé à y jouer ?
Quand j’avais 27 ans, à un stage d’entraînement. On jouait trois fois par jour, autant que l’on jouait au foot. Je n’étais pas très bon, c’était beaucoup plus difficile physiquement pour nous. Mais je n’en avais jamais assez. Alors depuis la fin de ma carrière, je prends souvent ma raquette pour venir jouer dans ce centre.

Comment était votre enfance à Prague ?
Je suis le plus jeune d’une fratrie de quatre. Mon père travaillait à l’usine et c’est avec lui que le football a vraiment commencé pour moi.
« Quand j’ai eu neuf ans, mon père m’a inscrit pour la première fois dans un club de foot. C’était le début de l’histoire. »
Le samedi et le dimanche, il m’emmenait voir un nombre incroyable de matchs, même dans les plus basses divisions. À cette époque, j’assistais à six ou sept matchs chaque week-end. En plus, on jouait partout dans les rues, sur des petits terrains. Et quand j’ai eu neuf ans, mon père m’a inscrit pour la première fois dans un club de foot. C’était le début de l’histoire.

Vous vous souvenez du tout premier match que votre père vous a emmené voir ?
(Rires.) C’était il y a si longtemps. Je ne suis pas tout à fait sûr, mais je crois que c’était un match du Slavia Prague.

Il n’y avait que le foot pour vous ?
À cette époque, c’était football 24 heures sur 24. Vraiment. C’était ma vie, je n’étais pas intéressé par l’école, même pas par les filles. Je préférais un ballon de foot à une fille. (Rires.) Je me tenais au courant de tout à propos du football, les statistiques, les adversaires... Je lisais tout ce qui concernait mon équipe et mon championnat le lundi ou le mardi dans le journal. Et je parlais aussi avec les autres joueurs que je rencontrais, pour savoir qui marquait dans tel match, qui faisait la passe décisive, etc. Peut-être, sûrement même, que j’avais des coéquipiers plus talentueux que moi. Mais ils n’ont pas accompli ce que j’ai accompli parce qu’ils n’étaient pas aussi déterminés que moi, pas aussi fous de football que moi.


Quel était votre joueur préféré à ce moment-là ?
C’était Didi, le Brésilien. Je me rappelle très bien un moment. Je jouais dans la rue sur un petit terrain, et tout le monde disait « je suis un joueur du Sparta » ou « je suis un joueur du Slavia » . Et moi, ce jour-là, j’avais vu une image dans le journal du jour. Il y avait un joueur que je n’avais jamais vu jouer, je ne savais même pas qui c’était, mais j’aimais trop son nom. Didi. À cette époque-là, c’était un nom très exotique pour nous. Alors j’ai dit à tout le monde : « Moi, je suis Didi. Appelez-moi Didi. » Je savais juste que c’était un joueur très créatif, et que c’était le dépositaire du jeu du Brésil. Ces quelques informations et son nom ont suffi à ce que je me prenne de passion pour lui.



À Prague, le Sparta est souvent considéré comme le club ouvrier, et le Slavia comme un club plus bourgeois. Quelle est la place de votre club, les Bohemians, là-dedans ?
Ce n’est pas perçu de cette manière en Tchéquie. Nous ne voyons pas forcément les choses comme ça. La vérité, c’est que le Sparta, à l’époque du communisme, était beaucoup plus supporté par le gouvernement.
« Les Bohemians, c’est un club plus petit, avec un environnement beaucoup plus familial. Les gens se connaissent entre eux. »
C’était le club du pouvoir aux yeux des Tchèques. Et si l’on devait mettre les clubs dans des catégories, c’était plutôt les Bohemians, le club des ouvriers. Aujourd’hui, c’est différent. Le Slavia et le Sparta sont les deux plus gros clubs de la ville, et de très loin. Les Bohemians, c’est un club plus petit, avec un environnement beaucoup plus familial. Les gens se connaissent entre eux. C’est le troisième club le plus populaire de la ville, mais l’intention des Bohemians n’est aucunement de se placer par rapport au Slavia et au Sparta. Notre identité ne dépend pas d’eux, puisque nous ne pouvons pas les concurrencer.

Qu’est-ce que ce club signifie pour vous ?
J’ai passé toute ma carrière là-bas. C’était mon premier club à neuf ans, et je l’ai quitté vingt-trois ans plus tard à 32. Les Bohemians, c’est vraiment un environnement spécifique, une atmosphère différente des autres clubs. C’est chaleureux. J’avais une connexion particulière avec les supporters, grâce au stade entre autres. C’est un peu comme en Angleterre, il y a deux ou trois mètres derrière la ligne. Quand je tirais les corners, les gens pouvaient me parler, me toucher. Quand je me baladais dans les rues de la ville, il y avait toujours quelqu’un qui me saluait et me demandait si ça allait, comme si l’on se connaissait personnellement.

Les autres clubs de Prague voulaient vous recruter, notamment quand vous descendez ?
À ce moment-là, c’était impossible de jouer à l’étranger en Europe de l’Ouest. La première offre, je l’ai reçue du Sparta Prague quand on jouait en seconde division. Bien sûr, je voulais les rejoindre pour jouer en première division. Mais les Bohemians m’ont dit : « Si tu veux changer de club, tu peux y aller, mais partout sauf au Sparta. » Ça ne s’est donc pas passé. Six mois plus tard, c’est le Slavia qui est venu me chercher. Et les dirigeants du Bohemians m’ont redit la même phrase en changeant Sparta par Slavia. (Rires.) À ce moment-là, j’ai compris que je ne pouvais tout simplement pas partir des Bohemians.

C’est un regret ?
Non, j’ai eu une belle et sympathique carrière aux Bohemians. On ne sait jamais ce qui peut se passer. Peut-être que si j’avais signé au Sparta Prague, ma carrière aurait été différente, mais dans quel sens ? La seule différence, c’est que j’aurais certainement gagné plus d’argent. Mais ce n’est pas la chose la plus importante.

À la fin des années 1960, vous deviez faire votre service militaire. Comment vous avez fait pour y échapper ?
À l’époque, le service militaire était obligatoire pour tout le monde. J’ai échappé à ça, grâce à mes problèmes de santé. (Rires.) Tout le monde devait passer un test pour voir qui était apte ou pas. Ils m’ont détecté un problème au niveau du cœur.
« Les deux premiers matchs que je joue en D2, on gagne 5-0 deux fois, et je marque les dix buts. »
Ça m’a inquiété, car je pensais que je n’étais plus capable de jouer au foot. Alors, ils m’ont emmené faire un examen plus poussé et, au contraire, ce médecin m’a dit de continuer à faire du sport puisque ça aidait à vaincre ce problème. C’était vraiment à un moment crucial de ma carrière. Les Bohemians étaient en D2 et j’arrivais pour les faire remonter. Les deux premiers matchs que je joue, on gagne 5-0 deux fois, et je marque les dix buts. Les journaux ont commencé à écrire qu’effectivement, c’était le tournant de ma carrière.



Dans quelle mesure le contexte politique du pays à cette époque a freiné votre carrière ?
Ce n’était pas possible de quitter le pays pour jouer dans un autre club. La pression était très forte pour rejoindre l’Ouest, alors le gouvernement a décidé de mettre en place une mesure pour obtenir un transfert. Il fallait remplir deux conditions : avoir plus de trente-deux ans et avoir plus de 50 sélections en équipe nationale. Sauf qu’à 32 ans, tu es trop vieux pour recommencer une nouvelle carrière. J’avais différentes pistes en Angleterre, en Espagne ou bien en Suède, mais je ne m’imaginais pas partir d’ici et refaire une carrière ailleurs.

Si vous aviez pu jouer pour un gros club, vous pensez que vous auriez pu être parmi les meilleurs joueurs du monde ?
Bien sûr ! En changeant de club, j’aurais eu d’autres rêves, d’autres ambitions, d’autres objectifs. Sauf que, dans un autre sens, je me demande bien quel type de joueur j’aurais pu être. Je n’étais pas agressif et j’aurais sûrement eu du mal à jouer en Angleterre ou en Allemagne. C’est sûr que j’aurais préféré signer en Italie ou en France, par rapport à mon style de jeu. Je connaissais bien le championnat français, je regardais beaucoup de matchs. Le foot français aurait pu me plaire. Il était beaucoup plus technique et élastique. Nous avons joué quelques matchs amicaux contre des équipes françaises et je me souviens d’avoir joué contre Platini quand il avait seulement 19 ans.

En 1974, vous ratez deux penaltys conte Plzeň. Est-ce que l’idée de la « Panenka » est partie de là ?
Non, mais merci de me le rappeler... (Rires.) À l’époque, je restais après l’entraînement pour parfaire mes coups de pied arrêtés, avec notre gardien Zdeněk Hruska.
« À l’époque, le gardien n’avait pas le droit de bouger sur sa ligne et devait donc forcément plonger à un moment ou un autre, sur un côté. Avec ce paramètre, mon tir devait être lent, pas forcément très puissant. »
Pour ne pas que ça devienne trop ennuyant, nous avons décidé de mettre en place des paris. C’était pour des bières, du chocolat ou un peu d’argent. Pour gagner, je devais mettre les cinq penaltys. Je perdais pas mal d’argent. Alors un soir, j’étais allongé dans mon lit et je réfléchissais à une nouvelle technique pour gagner nos paris. C’est à ce moment-là que j’ai trouvé cette technique. À l’époque, le gardien n’avait pas le droit de bouger sur sa ligne et devait donc forcément plonger à un moment ou un autre, sur un côté. Avec ce paramètre, mon tir devait être lent, pas forcément très puissant. Si mon tir l’était, le gardien pouvait sortir un arrêt réflexe. Avec un tir lent, il ne pouvait pas revenir sur ses pas pour arrêter le ballon. À partir de ce moment-là, je gagnais tous mes paris avec Zdeněk.

Et alors, qui a fini par être le grand vainqueur de ce duel ?
(Il lève la main de manière déterminée.) Moi, mais j’ai pris 2,5 kg en plus ! À cause de tout ce chocolat et ces bières. (Il se tapote le ventre en rigolant.)


Bon. C’est bien gentil de tenter ce geste à l’entraînement. Mais c’est autre chose de le tenter en finale de l’Euro 1976, le match le plus important de votre carrière, et probablement le match le plus important de l’histoire de la Tchéquie...
Pour être honnête, je savais déjà deux mois avant la compétition que, si j’avais l’occasion de tirer un penalty, j’allais le tirer de cette manière. Bien sûr, je ne savais pas que ça allait être en finale, mais je savais dès que la séance de tir au but est arrivée que j’allais tirer comme ça. Ce qui est plus important, c’est quand la situation devient plus compliquée et que la pression est à son plus haut niveau. Tu dois être brave et faire quelque chose de différent, de nouveau. Plus il y a de pression, plus tu dois tenter des choses folles. À l’époque, personne n’avait frappé un penalty comme ça. J’étais presque certain de marquer vu que le gardien allemand n’était jamais venu aux entraînements des Bohemians. Il ne pouvait pas savoir ! (Rires.)

La panenka de Zidane à la Coupe du monde 2006, ça vous parle, du coup ?
Un jour, la télé mexicaine est venue me voir et m’a montré 90 Panenka différentes, venues de tous les championnats et divisions du monde. Mon but était de toutes les regarder et de laisser des commentaires à chaque penalty, que ce soit à propos du tireur, ou bien du gardien. J’étais très surpris, car dans tous ces penaltys, il y en avait un qui était parfait. Mieux que le mien ! Ce n’était pas Zidane. C’était un mec qui jouait en Argentine, en D2. Si je n’avais pas inventé le geste, je pense qu’il aurait pu prendre le copyright. (Rires.)

Vidéo

Vos coéquipiers savaient que vous vouliez tirer le penalty comme ça avant la finale. Certains ont-ils essayé de vous dissuader ?
Je m’y entraînais déjà avec les Bohemians et tout le monde savait que j’étais bon dans cet exercice. Personne n’était contre le fait que je tente ce geste. Au contraire, on en rigolait. Le gardien de l’époque en avait pris un quatre jours avant et lui m’avait demandé de ne pas le tenter. C’était le seul. Je ne considérais pas ce geste comme un risque, car j’étais à 100% sûr de marquer. C’était la manière la plus facile de marquer pour moi. Si j’avais tiré ce penalty de manière classique, là, j’aurais pu douter.

Qu’est-ce qu’il se passait dans votre tête au moment de tirer ?
(Il lève les yeux au ciel.) Je savais déjà que j’allais marquer. (Rires.) Après la prolongation, l’entraîneur est venu voir qui était potentiellement chaud pour tirer les penaltys. Je me suis approché de lui et je ne sais pas pourquoi, je lui ai dit que je voulais être le dernier tireur. Surtout que, durant la séance, le destin fait en sorte que les Allemands en ratent un. Si je marque, je peux en finir. C’était une coïncidence, mais je voulais vraiment être le dernier tireur.

Après le match, le quotidien français L’Équipe parlait d’une « pure folie slave » . Les slaves sont fous ?

Je ne crois pas. (Rires.)
« Pelé, après ce match, avait dit : "Ce genre de penalty peut être tiré soit par un génie soit par un homme fou." Et je ne me considère pas comme un fou, tirez-en les conclusions que vous voulez. »
Pelé, après ce match, avait dit : « Ce genre de penalty peut être tiré soit par un génie soit par un homme fou.  » Et je ne me considère pas comme un fou, tirez-en les conclusions que vous voulez. (Rires.) Mon but a toujours été de jouer pour les gens. Je voulais les rendre heureux en regardant le match. Par exemple, quand je jouais en Autriche, j’ai marqué un but assez atypique et il a été choisi comme le plus beau but de la saison, mais aussi des 40 dernières années. C’était toujours mon style de jeu, j’ai toujours voulu faire des choses spéciales pour que le spectateur puisse apprécier. C’était le but de mon football.


Est-ce que vous réalisiez que ce geste allait devenir une référence, non seulement pour le public tchèque, mais aussi pour tous les amateurs de football ?
Je n’ai jamais pensé que ça allait être aussi connu et ce n’était pas mon intention. Je voulais simplement marquer un beau penalty. Mais oui, on peut dire que c’est l’un des moments les plus surprenants de l’histoire du football. Ce que j’ai su après, c’est que finalement, ça aurait pu être dangereux de tenter ce penalty. Le régime politique de l’époque était le communisme et si j’avais raté mon penalty, j’aurais pu avoir des problèmes. Quand j’ai entendu ça, j’étais encore plus heureux d’avoir marqué ! (Rires.)

Après ce penalty, Sepp Maier disait que Panenka avait « triché » avec les règles du foot. Est-ce que vous êtes conscient d’avoir traumatisé quelqu’un ?
(Il mime, avec sa main, une bouche qui parle.) J’en ai entendu parler, mais malheureusement, il n’a pas voulu me rencontrer pendant 35 ans. C’est la faute des journalistes allemands qui, après ce penalty, se sont moqués de lui. J’ai regardé quelques émissions de foot avec lui et dès qu’on mentionnait mon nom, le gars changeait directement de visage. Il y a vingt ans, il était venu à Prague et nous avons discuté un peu en jouant au golf et en buvant quelques bières. Je pense qu’après un certain moment, il a pu digérer et me pardonner. En même temps, il n’y avait aucune mauvaise intention dans ce geste.

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Est-ce que vous comprenez, aujourd’hui, que cette manière de tirer soit considérée comme une humiliation par certains, notamment les gardiens ?
« Il n’y avait aucune intention d’humilier quelqu’un avec la Panenka, il fallait juste tenter la manière la plus simple possible. »
Quand tu tires un penalty, on s’en tape de la manière, le plus important, c’est de marquer. On s’en fout de savoir si son exécution est marrante ou pas, il faut juste marquer. En aucun cas, en tirant la Panenka, je ne voulais me moquer de qui que ce soit. Il n’y avait aucune intention d’humilier quelqu’un, il fallait juste tenter la manière la plus simple possible. Et pour moi, c’était la meilleure des manières.

Si tu devais comparer ce geste avec une forme d’art, ce serait laquelle ?
Un jour, un artiste français, je crois qu’il était philosophe, est venu me parler de ce penalty. Il ne pouvait pas imaginer qu’on puisse transférer une manière d’exprimer son esprit grâce à un tir. Il ne pensait pas non plus qu’un simple tir pouvait avoir une approche si artistique. Mais en tout cas, si c’était de la musique, ce serait du reggae, un truc lent avec un bon mood, quoi.

Qu’est-ce que le penalty parfait pour vous ? À part la Panenka.
Il y a deux manières de tirer un penalty. La première est la suivante : le joueur sait d’avance l’endroit où il va tirer son penalty et il s’y tient. La deuxième manière est plus complexe, il y a plus de risques. Il faut jouer sur la réaction du gardien. Tu dois vraiment te décider à la dernière seconde suivant le départ du goal. Je pense que la plupart des joueurs utilisent la première méthode. La bonne manière pour moi, c’est d’amener le goal à l’endroit où tu veux qu’il soit. Avant de tirer, tu dois utiliser tes yeux et ton corps pour convaincre le goal. Tu peux mimer un faux angle de frappe et, une fois que le gardien s’est positionné, tu frappes. Bien sûr, ce n’est pas simple, mais c’est la meilleure manière de mettre un penalty. Il y a une chose à ne pas oublier, il faut une longue course d’élan. Au moins huit ou neuf mètres. Dans un premier temps, cette longue course va te donner assez de temps pour emmener le goal sur le côté de ton choix. Dans le second temps, tu auras aussi la possibilité de t’adapter à ses mouvements. Le petit plus, c’est que tu pourras placer une frappe plus puissante. Aujourd’hui, ça devient encore plus compliqué, car les gardiens peuvent bouger sur leurs lignes. Les tireurs prennent deux, trois pas d’élan et ne peuvent pas placer des penaltys dangereux. Pour moi, c’est une erreur fatale.

Vous pensez quoi des joueurs qui font des courses d’élan assez bizarres, avec des petits pas ou des temps d’arrêt ?
C’est n’importe quoi ! C’est très important d’être bien concentré sur l’exécution d’un penalty. Ça demande de la préparation et une vraie maîtrise de cet exercice. Les joueurs qui font des petits pas ou, au contraire, des grands pas, sont partiellement concentrés sur le penalty, ils ne le sont pas à 100%. Ça ne peut que t’influencer négativement.


On vous connaît pour cette Panenka, mais on parle peu de votre carrière. Ce geste a dû effacer tout le reste, non ?
Je le vois de deux manières très différentes.
« Tout le monde se souvient de ce geste, mais plus personne ne se souvient de mes autres buts, de mes passes décisives. »
D’un côté, je suis très heureux d’avoir inscrit ce penalty. Ce geste est devenu connu mondialement et c’est fantastique. De l’autre côté, je suis un peu jaloux car ce mouvement a effacé une bonne partie de ma carrière. Tout le monde se souvient de ce geste, mais plus personne ne se souvient de mes autres buts, de mes passes décisives... Ça marque le pic de ma carrière, bien sûr, mais j’ai ce sentiment ambivalent.

Trente ans plus tard, vous n’en avez pas marre de parler de ce penalty ?
Je n’en aurais jamais marre et je suis heureux de voir que les plus jeunes générations connaissent ce mouvement des années après son exécution. Quand je serai mort, plus personne ne va se souvenir de moi. En revanche, les gens vont continuer de parler de la Panenka.

Un jour, vous avez dit que si vous deviez faire payer les gens qui vous parlent de la Panenka, vous seriez multi-millionnaire. Qu’est-ce que vous feriez avec tout cet argent ?
(Rires.) J’avais dit ça pour la vanne, car je ne pense pas de cette manière. Si j’avais tout cet argent, rien ne changerait. Je continuerais à jouer au tennis avec mes potes et à m’asseoir là, devant vous, pour parler de football. Je suis qui je suis et rien ne pourra me changer.

Propos recueillis par Kevin Charnay et Gad Messika, à Kunice
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