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Oranje mécanique toute rouillée

Fiasco de ce premier tour de l’Euro, la sélection hollandaise a déçu, et c’est un euphémisme. Faible offensivement et tout simplement horribles défensivement, les joueurs de Bert van Marvijk n’ont rien montré lors de leurs trois rencontres. L’heure est désormais au bilan.

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Les années se suivent et ne se ressemblent pas. Sur les vingt-trois joueurs bataves du voyage en Ukraine, 16 étaient présents lors de la campagne quasi-victorieuse en Afrique du Sud lors de l’été 2010. Mieux, huit des onze joueurs qui ont débuté la rencontre face au Danemark étaient titulaires en finale de la Coupe du monde face à l’Espagne. Ils étaient sept face au Portugal et neuf face à l’Allemagne. Robben, De Jong, Van Bommel, Sneijder, tous ceux qui ont fait des Pays-Bas un finaliste logique du Mondial sud-africain étaient là, au rendez-vous, pour enfiler l’orange de chauffe à Kharkiv. Trois matchs et trois défaites plus tard, l’heure est au questionnement. Comment, deux ans après être passé à une parade de Casillas d’un titre de champion du monde, les joueurs de Bert van Marvijk ont-ils pu faire une campagne aussi mauvaise ? Car, s’il est parfois possible de quitter une compétition la tête basse, les Bataves, outsider annoncés, avec trois prestations médiocres, partent en vacances sans regrets : ils n’avaient pas le niveau.

Trois matchs, trois charnières, zéro résultat

À tout seigneur, tout honneur. Comment espérer sortir du « groupe de la mort » avec la pire charnière de la compétition ? Sans solution face au manque de talent flagrant de ses défenseurs centraux, le pauvre Bert van Marvijk s’est contenté de tâtonner, rencontre après rencontre. Du coup, on a eu le droit à Heitinga – Vlaar contre le Danemark, à Heitinga – Mathijsen face à l’Allemagne et enfin à Mathijsen – Vlaar lors de la défaite contre le Portugal. Un jeu de chaises musicales complètement infructueux qui n’aura servi qu’à une seule chose : indiquer aux adversaires la faiblesse défensive des Oranjes. Mauvaise au duel et encore pire dans son dos, la charnière batave, toujours exposée, n’a jamais rassuré. Et si la défense centrale française parvient à afficher un joli bilan d’un seul petit but encaissé en dépit d’un manque flagrant de confiance, ce n’est pas le cas de celle des Néerlandais. En effet, avec cinq buts encaissés lors de la phase de poule, les coéquipiers de Mark van Bommel ont la pire défense de la compétition après l’Irlande (à égalité avec les Tchèques, les Danois et les Suédois). Quand on marque beaucoup, ça va. Mais quand l’attaque est muette…



Devant, c’est n’importe quoi

À défaut d’être champions d’Europe, les Bataves sont officiellement champions du tir non cadré. 35 depuis le début de la compétition, soit 11,67 par matchs, dont pas mal d’Arjen Robben. Lors de leurs trois rencontres, les coéquipiers de Robin van Persie n’ont cadré qu’à 19 reprises, soit à peine deux fois plus que Karim Benzema. Ça, c’était le rayon statistique, pas forcément le pire. Car c’est lorsque l’on s’attarde sur le jeu pratiqué par la sélection hollandaise que le bât blesse. Personne n’a oublié le « n’importe quoi show » d’Arjen Robben face au Danemark, exemple parfait du syndrome individualiste qui vérole le groupe hollandais depuis un bon bout de temps. Véritable amas d’individualités, le groupe batave avait l’occasion de se serrer les coudes cet été pour prouver à ses détracteurs qu’il était capable de jouer en équipe. Que nenni.

À en voir la gueule de Van der Vaart et de Huntelaar (d’ailleurs privé de conférence de presse par son coach…) sur le banc quand leurs coéquipiers manquaient des actions, pas difficile d’imaginer que le terme cohésion ne se traduit pas en néerlandais. Emmerdé par cette profondeur de banc et d’égo, Bert van Marvijk a cédé à la pression populaire lors du dernier match face au Portugal. « Bah, vas-y, je mets tout le monde » , a-t-il dû se dire, au moment de coucher les noms de Van Persie, Huntelaar, Robben, Sneijder et Van der Vaart sur la feuille de match. Et hormis Sneijder qui, même limité physiquement, a donné de multiples caviars et Van der Vaart, le seul à s’être battu sur le terrain face aux Lusitaniens, tous ont déçu. Sans exception. Au final, deux buts seulement pour le meilleur potentiel offensif de la compétition. Maigre.



Et maintenant ?

«  Je suis responsable de notre faillite dans ce tournoi, mais j’ai un contrat jusqu’en 2016. Pour le moment, je ne pense pas à mon avenir. » Gentleman, Bert van Marvijk dégaine le coup « tout est de ma faute » , pas mal. En sécurité avec ses quatre années de contrat supplémentaires, l’ami Bert pourrait toutefois rapidement pointer au Pole Emploi. Précédés d’une réputation de loser, mais également d’un statut d’outsider légitime avant d’entrer dans cet Euro, les Bataves, eux, doivent déjà penser à la Coupe du monde 2014, la dernière grande compétition d’un groupe de futurs trentenaires (Robben, Huntelaar, Van Persie, De Jong, Heitinga, Vlaar, Sneijder et Van der Vaart auront tous 30 ans au moment d’aller se trémousser sur Michel Télo). D’ici là, ils pourront se consoler en se disant que depuis 1994, chaque finaliste perdant de la Coupe du monde s’est fait sortir au premier tour de l’Euro suivant. Comme quoi, la logique d’une compétition n’est pas celle de la prochaine. Les supporteurs bataves peuvent souffler.



Par Swann Borsellino
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