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« On nous a dit : "Pitié, pas de clichés sur Lens !" »

En posant ses caméras dans le bassin minier en juillet 2019, François Pesenti ne pouvait prédire la suite. Avec sa boîte Elide Productions, il a fait le pari de suivre le Racing Club de Lens durant toute une saison. Au menu de Lens, de sang et d'or : Joseph Oughourlian au cœur des supporters, disparition du Druide Daniel Leclercq, éviction de Philippe Montanier, pandémie mondiale, montée en Ligue 1... Le script est appétissant. Avant la diffusion de quatre épisodes de 52 minutes mercredi 24 et jeudi 25 juin sur La Chaîne L’Équipe, lui et Jérôme Saporito, co-producteur et diffuseur, livrent l’envers du décor.

Avant même de parler du documentaire que vous avez co-produit, quelle est la première image qui vous vient en tête si je vous parle de Lens ?
Bollaert. C’était un choc. Pour moi, ce sont les premiers commentaires de match que je faisais pour RTL il y a 25 ans. J’ai pu découvrir le « vieux » Bollaert, avant qu’il ne soit refait pour la Coupe du monde 1998. Pour un sudiste, j’avais toujours l’impression d’aller dans le grand Nord, en me disant: « Tu verras les matchs à Lens en hiver, tu as intérêt d’être bien couvert, ça va être compliqué etc. » Le jeune reporter que j’étais avait été bluffé par l’ambiance. Il y avait une telle froideur autour du stade, mais une chaleur incroyable à l’intérieur. Je connaissais Marseille par ma culture, là c’était une passion similaire, mais exprimée différemment. Je ne m’attendais pas à cette ferveur, à ce soutien indéfectible avec tout le monde au diapason. C’était une première étape vers le foot anglais, quelque chose de nouveau. Il y a peu de stades qui m’ont fait ça.

Et une vingtaine d’années plus tard vous réalisez une série sur Lens. Il nous manquait ce Sunderland Till’ I die à la française ?
C’est parti d’une rencontre avec Luc Dayan, Nicolas Duval et moi. J’avais déjà accompagné Luc sur divers projets comme Race (consacré à l’athlète Jesse Owens, N.D.L.R.). On regarde Netflix comme tout le monde, et on avait vu Sunderland Till’ I die, mais on s’est aussi inspiré de Drive to Survive (série sur la Formule 1, N.D.L.R.). Sur Amazon, j’avais été marqué par All or Nothing où il y a eu l’inside de Manchester City, mais aussi des All Blacks en rugby. Nous voulions suivre un club pro du football français durant toute une saison, c’est du jamais-vu. Certains clubs avaient déjà fait des choses, mais jamais une boîte de production indépendante. Et on a commencé à faire le tour de quelques présidents de Ligue 1 pour tâter le terrain.



Le plus dur commençait à ce moment-là...
Évidemment, on ne tablait pas sur Paris, Marseille ou Lyon. Nous sommes débutants dans ce registre. On trouvait plus naturel de commencer par des clubs avec un fort ancrage culturel, représentatif de notre foot pro et à dimension humaine. Le but était de raconter l’histoire quotidienne d’un club. En s’attaquant au Paris Saint-Germain, ça aurait été impossible, car juridiquement et économiquement très compliqué. En juillet 2019, on a donc fait un petit tour de quelques présidents que je ne peux citer. Ça se passe très vite en deux, trois semaines. Certains étaient intéressés, mais ont fini par reculer au dernier moment. Globalement, on a compris que pour eux, c’était un peu « touchy » et qu’ils souhaitaient d’abord voir ce que ça donnait ailleurs.

« Pour tout le monde, Lens, c’est Gervais Martel, mais il y a une nouvelle génération de dirigeants que les gens ne connaissent pas. »
Vous basculez donc sur Lens.
C’est Luc qui a l’idée. Il avait participé à la reprise du club il y a quelques années (2012-2013) et connaissait bien Joseph Oughourlian, l’actuel propriétaire du Racing. Joseph vit à Londres, connaît la culture britannique et le football là-bas. Il avait vu la série sur Sunderland. Immédiatement, il nous répond positivement. Pour lui, c’était intéressant, dans le sens où il écrit une nouvelle histoire à Lens. Clairement, il nous dit : « Une série comme ça peut nous aider à expliquer le nouveau projet lensois, dans quel esprit on le mène et avec qui. Banco, on vous ouvre les portes. » Tout s’est négocié rapidement, tout le monde était motivé et c’était un deal gagnant-gagnant. Ça fait reparler de la marque lensoise de la bonne manière. C’est aussi une possibilité pour le club d’aller chercher des publics au-delà des fans actuels du foot.


À quoi peut-on s’attendre lors de la diffusion ?
C’est la Ligue 2, pas la Ligue des champions, mais on a affaire au vrai foot. J’espère que cette série sur Lens va faire du bien à l’image du foot français. Quand on voit tout ce qui s’est passé d’un peu glauque ces derniers mois, on va voir des mecs avec des valeurs, qui se battent, avec une vraie communauté. On voit bien comment les joueurs chevronnés de Lens sont marqués par le soutien des supporters, quitte à se faire engueuler parfois quand ça va moins bien. C’est du « je t’aime, moi non plus » là-bas. Il y a des séquences fortes.

Fin juillet, vous débarquez donc avec vos caméras dans l’Artois ?
Ça se fait un peu à l’emporte-pièce, sur un match amical contre l’Espanyol Barcelone. En plein juillet, il y avait 20 000 – 25 000 supporters à Bollaert (12 000 environ en réalité, N.D.L.R.). On s’est dit : « Ok, ils sont là. » Généralement, à ce moment-là de l’année, il y a peu de gens. Là, l’ambiance était déjà au rendez-vous. Nous avions fait le bon choix.

Joseph Oughourlian est vite emballé par le projet, mais pour avoir accès au vestiaire de Philippe Montanier, c’est une autre paire de manches...
L’ensemble du club s’est mis au diapason, notamment avec Arnaud Pouille, le président général, une cheville ouvrière qui nous a ouvert toutes les portes. On a une telle image du foot qui vit dans un monde fermé ou sur une autre planète, là on est tombés sur des gens normaux qui se battent pour faire avancer leur club et qui étaient contents de nous accueillir. On assiste dans la série à des discussions confidentielles notamment lors du mercato avec des tensions pendant des transferts, notamment le départ d'El-Hadji Ba vers Guingamp. Pour ce qui est de Philippe Montanier, en charge du sportif, il a été le plus difficile à convaincre. C’est logique, le poste d’entraîneur est souvent le plus ingrat. Il avait beaucoup de retenue pour accueillir notre équipe. Nous avions convenu que lorsque les portes étaient ouvertes, on y allait, si c’était fermé, on respectait. La confiance avec lui s’est construite sur la durée.

« Tout le monde nous parle encore des mines, alors qu’il n’y a plus de mineurs. Ils ont ça dans le sang. »
En combien de temps ?
Environ deux à trois mois pour que notre équipe soit familière de ceux qui font vivre ce club. Les liens de complicité sont nés avec les joueurs et Philippe. Avec ses adjoints, ils ont compris qu’on n’était pas là pour faire de l’info, chercher la petite bête, mais que nous souhaitions raconter une histoire et la réalité de la manière dont fonctionnait Lens. Pour ça, il nous fallait avoir accès à certaines choses. Au fil des matchs, nous pouvions filmer une causerie, le vestiaire, puis on a pu mettre la paluche (petite caméra, N.D.L.R.) sans le son, puis avec.

Justement, quel était votre dispositif au quotidien pour suivre le club ?
Un an de tournage, c’est très long et peu habituel. Il est impossible de tout planifier. Un documentaire, généralement, on va le faire en quatre ou cinq semaines, puis on s’occupe du montage. Ce n’était pas possible avec Lens. On a débuté sans réalisateur, avec seulement deux personnes qui tournaient au club et nous remontaient les premières impressions. Un journaliste était en permanence là-bas et un cadreur le rejoignait durant les jours de tournage. À partir de l’hiver, le réalisateur, Vincent Deby, a rejoint Sylvain Créïs et Thibaut Poupaert. Les choses se sont décantées durant trois mois, jusqu’à novembre-décembre, afin de gagner la confiance de chacun et de fixer nos personnages.

Des personnages, vraiment ?
Une série comme ça, c’est d’abord l’histoire de personnages. C’est central. On a vu beaucoup de monde, puis on a fait le tri. Des personnages se sont imposés par eux-mêmes. La trame était là pour la deuxième partie de saison. Par exemple, parmi les supporters, on a suivi les Red Tigers (le principal groupe ultra de Lens, N.D.L.R.), qui anime la Marek et que nous sommes allés filmer durant le Covid-19 où ils menaient des actions. Mais on voulait aussi montrer la transmission de la culture du club entre parents et enfants. Dans notre parti pris, on souhaitait aussi montrer qui sont les nouveaux dirigeants. Pour tout le monde, Lens, c’est Gervais Martel. Il est toujours là, mais il y a une nouvelle génération de dirigeants que les gens ne connaissent pas forcément. Enfin, au milieu des 20 joueurs, on s’est naturellement rapproché des tauliers avec Gillet, Fortes, Leca, Cahuzac. Ce sont eux qui étaient là pour tenir le navire quand ça tanguait. Il y a des moments forts. On voulait aussi faire découvrir un joueur nouveau, inattendu, et c’est le cas avec Jonathan Gradit, l’ex-Caennais. Au total, il y a une douzaine de personnages et certaines séquences ont aussi été tournées chez les joueurs.



L’une des craintes des supporters lensois est de tomber dans le cliché, avec des fans habillés de A à Z avec la tenue du club, qui sont au chômage et vivent à côté des terrils. Ces stéréotypes ont encore la vie dure...
Lorsque l’info que nous tournions une série sur le Racing est sortie, on a été très sollicités sur les réseaux sociaux par des supporters. On nous a dit : « Pitié, pas de clichés sur Lens. » On sentait que c’était une vraie blessure. Mais nous n’avions pas de risque avec ça parce qu’on souhaitait faire découvrir le club d’aujourd’hui. On raconte la saison 2019-2020, pas le passé, ni le futur. On a jugé sur pièces et on est allés chercher des gens qui sont révélateurs de cette époque actuelle du Racing. Ce sont des gens normaux qui ont des jobs, une famille, une vie simple, mais sont passionnés de ce club qu’ils ont hérité de leurs parents ou grands-parents. Tout le monde nous parle encore des mines alors qu’il n’y a plus de mineurs. Ils ont ça dans le sang.

Concernant l’intrigue de la série, entre la disparition du Druide Daniel Leclercq, la mise à l’écart de Philippe Montanier et l’arrêt de la saison, vous étiez plutôt servis, non ?
Tous ces éléments sont des marqueurs de la série. La mise à l’écart de Philippe Montanier était totalement inattendue quand l’équipe est championne d’automne en décembre, avec 40 points. Et puis en quelques matchs, tout se délite. Le troisième épisode est en grande partie consacré à ça. Contre Caen (1-4, le 22 février, N.D.L.R.), c’est catastrophique. En 48h, la direction décide d’écarter Philippe et de placer Franck Haise. Nous sommes derrière la porte lors du conseil d’administration qui décide ça. Les dirigeants expliquent, la mort dans l’âme, qu’ils ne peuvent faire autrement. Il y avait tellement d’enjeux avec la montée, ils ne pouvaient pas passer à côté. À deux matchs près, Philippe Montanier était le coach qui ramenait l’équipe en Ligue 1 quand même.

Était-ce le meilleur scénario pour vous, qui plus est avec la période de confinement où vous seuls avez eu les images de la vie du club à ce moment ?
Je ne dirais pas ça. Le meilleur scénario aurait été que Lens aille au bout avec Montanier, qu’il y ait le maximum de suspense avec une montée à la dernière journée. La délivrance dans le stade aurait été dingue. Il y a de la frustration parce que nous aurions aimé voir Bollaert exploser. Là, les émotions ne sont pas partagées, mais nous avons tout de même de l’émotion dans le huis clos. C’était très bizarre d’aller tourner dans un bar avec les supporters à côté du stade totalement vide lors du dernier match disputé, contre Orléans (1-0, le 9 mars, N.D.L.R.). Heureusement, on a pu s’appuyer sur nos personnages pour revoir tout le monde, début mai, quand la montée a été validée. On a dû réécrire totalement les épisodes trois et quatre. Le montage a été repris de zéro, et tout a été livré en six semaines sur un rythme de 6 jours sur 7. Avec presque un an de tournage, on aurait dû être tranquilles, et là tout a été bousculé. Au moins, on est dans la réalité.

Votre regard sur Lens va-t-il changer avec cette série ?
J’en suis tombé amoureux. Je ne sais pas si c’est le syndrome de Stockholm, mais je suis très attaché à ceux qui font tourner le club et aux supporters. On a envie que ça marche pour eux après toutes ces galères. Les gens nous remercient, alors qu’ils n’ont pas encore vu le documentaire. J’espère que nous aurons une belle audience parce que le documentaire n’est pas encore tout à fait financé. Ce club mérite que les téléspectateurs soient au rendez-vous.

« C’est la Ligue 2, pas la Ligue des champions, mais on a affaire au vrai foot. »
Les dirigeants l’ont-ils vu ?
Oui. Je crois que ça leur a plu. Le but n’était pas de les piéger et comme on l’avait établi avant le tournage, ils ont pu nous demander de retirer deux, trois trucs. C’était du style un gros mot par-ci ou un geste par-là, mais ce n’était pas grand-chose. Le club n’a pas influé sur la trame narrative, il n’y a pas eu de censure sur des séquences.

Peut-on espérer une deuxième saison désormais que Lens est en Ligue 1 ?
C’est en discussion, rien n’est fait pour le moment. Il faut déjà en parler avec les dirigeants et les diffuseurs, parce que le projet en Ligue 1 sera plus ambitieux. Le club n’est pas contre en tout cas. Mais il faut son accord et assurer le financement.- Propos recueillis par Florent Caffery



« Le RC Lens a un rôle sociétal et ça, c'est forcément intéressant »
Jérôme Saporito, directeur de La Chaîne L'Équipe, co-producteur de Lens, de sang et d'or

Le RC Lens était-il le choix numéro 1 pour faire cette série documentaire ?
Lens était, et de loin, le choix numéro 1. L’enjeu de la saison était très fort : la Ligue 1 ou la crise. C’est un club populaire, qui a beaucoup investi, qui est structuré pour la Ligue 1, avec des supporters connaisseurs et exigeants et des personnages forts comme Leca ou Cahuzac... tous les ingrédients pour une bonne série !

Qu'est-ce qu'il y a de mieux dans votre documentaire sur Lens que dans celui sur Sunderland de Netflix, par exemple ?
Je laisse le soin aux téléspectateurs de répondre sur ce qui est plus abouti ! Mais évidemment, Sunderland ‘til i die a été une source d’inspiration : il y a un cadre similaire avec de la passion et un gros enjeu. Les deux clubs ont une place centrale dans leur région et rayonnent bien au-delà du foot. Ils ont un rôle sociétal, et ça, c’est forcément intéressant. La série n’est pas juste une série de sport, elle raconte l’histoire d’un club dont les résultats ont un impact fort sur la vie de la région. Comme à Sunderland, on s’est laissé porter par les résultats sportifs et la saison de Lens a été tout sauf un long fleuve tranquille ! C’est ce qui fait le sel de la série.

Quel a été le moment le plus sympa ?
Être au cœur des discussions lors d’un transfert, c’est très excitant. On sent la tension, les coups de bluff et les relations entre agent dirigeants et joueurs. C’est le foot moderne mis à nu.

Le moment le plus compliqué ?
Le plus compliqué, c’est évidemment de réorganiser tous les tournages dès lors que le confinement est annoncé. C’est une situation hors norme ... Qui aurait pu imaginer de vivre de l’intérieur un tel moment ? La série restera donc unique ! - Propos recueillis par Pierre Maturana