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On était au Portugal

40153 spectateurs. Pour la venue de Benfica hier soir, le Parc des Princes a montré un visage que l'on n'avait pas vu depuis bien longtemps. Coloré, archi comble, bruyant, remuant, il a prouvé qu'il pouvait encore, le temps d'une soirée européenne, faire chavirer son public.

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18h30, à la sortie du métro "Porte de Saint-Cloud". Comme d'hab un soir de match, les rues adjacentes au stade grouillent et raisonnent de chants, insultes, et autres excès d'alcool. Le périph' aussi est complètement saturé, et le manifeste klaxon à l'appui. Beau joueur, le flot de supporters consent à laisser passer une voiture tous les deux ou trois cents piétons, mais pas sans lui avoir nettoyé les carreaux à grand coups de drapeaux vert et rouge. L'anarchie d'un Parc des Princes qui déborde, le quartier n'avait plus connu ça depuis bien longtemps.

18h50, à l'entrée de la Tribune Boulogne. La masse est toujours dans la rue, mais déjà chauffée à blanc. Pour cause, à peine extirpée d'un premier barrage digne des plus belles heures de Berlin-Est, elle se retrouve maintenant face à une queue rappelant plus l'ouverture des soldes aux Galeries Lafayette. Sueur, odeur, mouvement de foule, fouille qui s'éternise, et stadiers qui s'énervent. Face à une telle épreuve, et avec si peu de temps au compteur, nous, ça carotte de partout.

19h00 pile-poil, en Boulogne bleu. À peine l'enceinte pénétrée, la surprise est de taille. Reconfiguré pour l'occasion, ce soir le Parc accueille les fans adverses dans ses deux virages. Pourtant, sur le billet, la mention "tribune visiteur" n'apparaît nulle part. Seule la diminution soudaine du port de la moustache ou de la crête gélifiée (parfois les deux en même temps) constitue un indice solide. La couleur des travées aussi, plus bleue que rouge. Un rapide tour d'horizon plus tard, non, cette fois c'est sûr, il n'y a bien qu'ici que c'est Paris.

19h01, coup d'envoi du match. Sur les écrans du stade, la chasse vient de s'achever. Après avoir passé en revue une dizaine d'ersatz lusitaniens, le réal' vient enfin de mettre la main sur le vrai Pauleta. Tout en cuir et en rasage approximatif, Pedro a les yeux revolvers et le cœur qui balance. Le Parc, lui, a choisi son camp et le pousse dès les premières secondes. Bien décidés à laisser une trace de leur présence, les visiteurs contre-attaquent en lançant leurs chants d'un seul homme. Touchant. Même en très grande infériorité numérique, l'effort fut toutefois constant d'un bout à l'autre du match et mérite d'être salué.

19h28, ouverture du score pour Benfica. Il n'aura pas fallu longtemps pour que Nicolas Gaitan libère tout le monde, bien aidé par le portier adverse. Un certain Apoula Edel, ou l'inverse. Un arménien qui fait des pas-chassés sur sa ligne. Bref, un but en bois qui fait lever les deux tribunes latérales, la Présidentielle incluse. Une furie de courte durée, puisque huit minutes plus tard, Bodmer parvient à climatiser l'enceinte d'une volé du tibia droit. « Et ils sont où ? Et ils sont où les Portugais ? » , ose-t-on hurler en virage.

19h48, mi-temps. Sur les murs d'Auteuil et Boulogne, il y a désormais des panneaux interdisant tout un tas de choses. Un poing fermé, barré tel un sens interdit, avec écrit juste en dessous : « Ne jamais frapper, sauf dans ses mains » . Un fumigène qui nous explique qu' « il y a de meilleures façons de mettre "le feu" » . Ou encore une étrange feuille à sept branches portant le message suivant : « La pelouse est sacrée, l'herbe est interdite » . Du street-art.


20h40, à environ dix minutes du terme. Sur le terrain, le PSG grille ses dernières cartouches. Pour avoir saccagé un caviar de Nenê, Erding est suppléé par Hoarau. Le mètre soixante-quatre de Ludo Giuly remplace les quatre vingt-dix kilos de Bodmer, pendant que Sakho fait le coup du mur au Portugais. Le Parc est crispé. Il le sait, Paris a encore une ou deux banderilles en réserve. À bout portant, Guillaume Hoarau plante la première en plein sur le portier espagnol de Benfica. Panique dans le public. La seconde sera tant bien que mal confiée à Jean-Eudes Maurice au fin fond du temps additionnel. En vain. Le franco-haïtien, aux cheveux beaucoup trop lisses, oublie sa jambe d'appui en frappant.

20h52, coup de sifflet final. Monsieur Collum, Écossais de son état, finit par mettre un terme à la rencontre après cinq longues minutes d'arrêts de jeu. Libéré de ses angoisses, le Parc des Princes explose enfin. Ses protégés savourent. Passés l'émotion et l'échange de maillots, ils se lancent dans un tour d'honneur pour remercier ce douzième homme enfin retrouvé. Benfica est en quarts de finale, Paris est magique.

Par Paul Bemer

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