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On est allé respirer l’étrange atmosphère de Sassuolo

Néophyte de la Serie A il y a deux ans, le club neroverde a passé un cap et squatte le haut du classement depuis le début de saison. Pas de quoi cependant bouleverser le quotidien des Sassuolesi.

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Le guide offert par l’office du tourisme fait à peine dix pages, pubs comprises, et parle surtout des châteaux environnants ou du musée Ferrari de Maranello. Enclavé au milieu des bien plus élégantes Parme, Modène ou encore Bologne, Sassuolo ferait presque tache sur la fameuse via Emilia. C’est que la zone industrielle est plus étendue que la ville par ailleurs totalement dépourvue de toute référence à son club de football. En fait, tout est allé trop vite pour les habitants habitués à leur rythme de Punto, boulot, dodo.

Aux origines de Sasol


Place Garibaldi et ses arcades, un frais matin d’automne. Sur les conseils d’un boucher qui s’enfourne un copieux casse-dalle à la mortadella à l’heure où tout le monde déguste son croissant, on se retrouve quelques dizaines de mètres plus loin devant une devanture fraîchement rénovée. « Sede Club Sasol » , soit le siège d’un des clubs de supporters. La porte est noire et la poignée verte. Le souci du détail. À l’intérieur, une scène presque anachronique, quelques anciens tapant le carton en patois local, à l’écart, un autre sexagénaire feuillette le journal, c’est Domenico Mammi, patron des lieux : « À la base, nous sommes un club de Juventini, puis on a ouvert une session Sassuolo un peu plus tard » , explique-t-il, mais pas de traces de la Juve, les murs étant tapissés de photos, maillots et écharpes neroverdi : « J’ai dû louper deux matchs ces trente dernières années. Asseyez-vous que je vous raconte. » On écoute, sagement. « L’histoire de cette ville est étroitement liée à la production de carreaux de carrelage. Tout part de l’après-guerre et l’accélération de l’industrialisation. Il y avait la matière première en abondance, c’était simple de la trouver, la cuire, la travailler et ensuite l’envoyer aux clients. De 6000, nous sommes passés à 50 000 habitants. Un véritable essor, et c’est la même chose pour la céramique. »


Puis vint la Mapei : « Un ingénieur et le père de l’actuel président Squinzi trouvèrent un moyen de fixer les carreaux avec autre chose que du ciment. Les premiers tests sur ces adhésifs ont été faits ici, c’est de cette façon que Mapei s’est implantée. » D’abord une longue et glorieuse aventure en tant que sponsor d’une équipe cycliste, puis l’entreprise s’attaque au football : « L’ancien propriétaire Rudy Baldelli ne pouvait plus assumer tout seul, il a alors demandé un coup de main à d’autres entrepreneurs. Squinzi a répondu favorablement et est devenu seul actionnaire. Au début, c’était surtout une marque de reconnaissance envers une ville à qui il doit énormément. Puis, comme c’est une personne très ambitieuse, il s’est entouré de grands professionnels et a commencé à penser à l’escalade. » Laquelle démarre donc du quatrième niveau en 2004.

Loin des yeux, loin du cœur


Neuf ans plus tard, c’est la Serie A et même des ambitions européennes. L’US Sassuolo a grimpé la hiérarchie du football italien à pas de géants, mais cela n’a pas bousculé le quotidien des habitants. « Il y a encore peu, si vous vouliez voir un match important, il fallait aller à Modène. C’est très difficile de se créer une identité. Nous avons trois groupes de supporters, nous, les ultras et les "Antenati", ça doit faire 500 personnes. Au stade, 2500 Sassuolesi composent l’affluence, le reste vient d’autres villes. En déplacement, hormis deux, trois destinations, on ne dépasse jamais les 100. » Et pour ne rien arranger, l’équipe dispute ses matchs à domicile à Reggio Emilia, à une demi-heure de route d’ici. Mais ce détachement est aussi une question de caractère : « Nous sommes ainsi faits. Le dimanche, nous allons voir les matchs, que l’on gagne ou que l’on perde, personne n’a le temps ou l'envie d’aller protester au siège ou à l’entraînement. Le lendemain, tous au boulot dans les usines » , confie-t-il sous les regards d’approbation de ses confrères qui ont interrompu leur partie de briscola. « Je me souviens d’un seul épisode de violence, en 1981-82 : un supporter qui est descendu sur le terrain pour dire ce qu’il pensait à l’arbitre. Il ne s’est plus rien passé depuis » , conclut Domenico. Dehors, les rues déjà peu remplies se sont vidées, rendant le décor un peu plus austère. Le carrelage, la céramique, et le foot, loin derrière.

Ambiance familiale, joueurs en sandales


Direction le stade Enzo Ricci, niché dans la ville, et au sein duquel l'équipe a séjourné jusqu’en Serie C1. Il sert désormais de centre d’entraînement à l’actuel 6e de Serie A dont les employés tiennent à ce que l'authenticité et la proximité soient conservées. Hors de question de prendre la grosse tête. Idem pour les joueurs arrivant un à un pour la séance du jour, beaucoup d’internationaux parmi eux, Acerbi, Sansone, Biondini, Peluso qui se baladent en nu-pieds et ont délaissé l'excentricité de leurs précédentes expériences à l'entrée de la ville. Le Français Grégoire Defrel témoigne : « Tu vois l’immeuble, là ? C’est chez moi, j’habite à 100 mètres du stade, peinard. Je vais souvent faire un tour en ville, c’est paradoxal vu notre classement, personne ne te calcule, tu mènes ta vie tranquille. Aucune pression au quotidien, c’est exactement ce que je recherchais. » Norwich, la Sampdoria et Saint-Étienne qui lui faisaient les yeux doux en savent quelque chose. En face de cette enceinte de 4000 places, le typique bar de tifosi où les membres du staff viennent grailler un morceau. Massimo, le gérant, n’est pas peu fier de sa déco – « C’est mon petit musée » –, mais il confirme les difficultés à enflammer un peu la ville : « Il n’y a pas de tradition footballistique, il faut du temps. Ce qui nous rassure, ce sont les investissements faits sur le long terme comme pour le centre de formation ou l’effectif assez jeune. » Et c'est vrai, la Mapei ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. L'enthousiasme viendra, Rome ne s'est pas faite en un jour, le tifoso de Sassuolo non plus.


Par Valentin Pauluzzi
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