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Omar Benzerga : « Le foot, ça restera désormais un plaisir du dimanche »

Considéré comme l’un des grands espoirs du football français au milieu des années 2000, Omar Benzerga jouera la saison prochaine en départementale 1, au FC Ozon (Vienne) qui participe à la première édition du Vrai Foot Day. L’épilogue d’une carrière professionnelle tumultueuse, où le milieu de terrain de 29 ans assume de grosses erreurs qui lui ont coûté cher. Avec, désormais, l’envie de reprendre du plaisir grâce au football amateur.

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Tu jouais la saison passée au Stade olympique de Châtellerault (promu en N3), mais tu as décidé de revenir dans le club de ton quartier d’enfance, à Ozon (départementale 1). Pourquoi ?
En fait, j’ai décidé d’arrêter ma carrière pro il y a deux ans. Du coup, je suis rentré à Châtellerault, je signe avec le SOC où on monte même en N3 l’année dernière. Mais j’avais des problèmes avec le président qui n’a pas voulu respecter mon contrat. Bref, toute ma carrière a été pleine de problèmes, je ne voulais pas continuer dans cette ambiance, donc c’est comme ça qu’Ozon me contacte, par l’intermédiaire du président Aïssa Kandila. Revenir dans le club de mon quartier d’enfance, c’était un joli clin d’œil. Ils ont une philosophie qui me correspond, ils font sortir les jeunes du quartier, ils leur font comprendre que ce sont des bons footballeurs, mais surtout des bons gars : et ça, ça me donne un plaisir fou. C’est aussi pour ça que je suis revenu au niveau amateur.

Mais comment est-ce qu’on passe de footballeur professionnel à Lille et à Nantes, à la départementale 1 et au football amateur ?
C’est une longue histoire. Comme j’ai dit, j’ai eu une carrière compliquée. À 12 ans, je vais au centre de pré-formation de Châteauroux, ça dure deux ans. Après ça, j’ai été contacté par une dizaine de clubs de Ligue 1. C’était les plus grands, c’était déroutant : on parle de Monaco, Lyon, Lille, Rennes... On est en 2005 et je choisis Lille en accord avec mon grand frère pour une raison simple : quand on regardait leur équipe première, on pouvait s’apercevoir que huit joueurs formés au club en faisaient régulièrement partie. Je signe ensuite mon premier contrat pro à dix-sept ans grâce à Claude Puel et j’intègre directement les équipes de France chez les jeunes.

Et c’est à cette période que ta carrière commence à vaciller ?
« Pour reprendre les mots de Jean-Michel Vandamme, directeur du centre, il disait que j’étais avec Eden Hazard le meilleur joueur qu’il avait vu chez les jeunes au LOSC. Sauf qu’aujourd’hui, il y en a un qui est au Real Madrid, et l’autre à Ozon. »
C’est le début, oui. À Lille, tout se passe bien jusqu’à l’arrivée de Rudi Garcia. Il avait une autre politique, et ne comptait pas vraiment sur les jeunes du centre. Lui, il préférait ramener les joueurs qu’il connaissait. On était quelques jeunes avec Eden Hazard et Yannis Salibur à être dans le groupe pro, mais Garcia n’a gardé qu’Eden. Bref, on ne me donnait jamais ma chance dans la rotation. À la fin de mon contrat, je suis parti.

Pourtant, tu étais considéré comme l’un des plus gros espoirs là-bas ?
Pour reprendre les mots de Jean-Michel Vandamme, directeur du centre, il disait que j’étais avec Eden Hazard le meilleur joueur qu’il avait vu chez les jeunes au LOSC. Sauf qu’aujourd’hui, il y en a un qui est au Real Madrid, et l’autre à Ozon. Mais juste avant que Garcia ne signe à Lille, je fais une connerie chez les Bleus, il l’apprend, il est échaudé, forcément. Même s’il aime évoluer avec « ses » joueurs, ça a joué.

Qu’est-ce qu’il se passe en équipe de France ?
« Mon père vient de mourir, je suis dans une sale période. Je me dispute avec un surveillant, et je l’insulte. Le club m’a immédiatement sanctionné, via Frédéric Paquet qui était manager général du LOSC. Il me convoque dans son bureau et on appelle Erick Mombaerts ensemble, en haut-parleur. Il lui dit ce que j’avais fait et le sélectionneur me dit que pour la prochaine sélection, c’était impossible de me prendre. »
Mon père vient de mourir, je suis dans une sale période. Je me dispute avec un surveillant, et je l’insulte. Le club m’a immédiatement sanctionné, via Frédéric Paquet qui était manager général du LOSC. Il me convoque dans son bureau et on appelle Erick Mombaerts ensemble, en haut-parleur. Il lui dit ce que j’avais fait et le sélectionneur me dit que pour la prochaine sélection, c’était impossible de me prendre. J’avais fait une connerie et il avait raison. Mais il me dit ensuite qu’il compte sur moi pour la suite de la saison, qu’il sait que je suis un bon garçon et que ce qu’il s’est passé ne reflète pas la réalité : je le crois, évidemment. J’ai quand même une petite expérience, j’y joue depuis les U16, U17 et U18, de 2006 et 2009 (40 sélections au total). Pourtant, je n’ai plus jamais eu de nouvelles. Derrière, c’est Yann M’Vila et Alfred Ndiaye qui prennent ma place. Ils ne sont plus jamais sortis de l’équipe.

Donc tu quittes Lille quelques mois après cet épisode. Pour Nantes ?
Pas tout de suite. Claude Puel, qui est alors à Lyon, me rappelle quand je pars. Le discours est clair : il me veut à l’OL. On me propose de commencer avec la réserve, et en fonction de mes performances, j’aurai ma chance en équipe première. Ok, allons-y ! Je donne mon accord un lundi soir, le mercredi je dois passer la visite médicale, mais elle est décalée à la semaine d’après, pour je ne sais quelle raison. Et entre-temps, Nantes m’appelle.


Une meilleure proposition qui te fait changer d’avis ?
Qu’on soit clair, si je devais refaire ce choix, je signerais à Lyon. Mais oui, ils me font une très belle proposition, quatre ans de contrat, salaire équivalent à l’offre de l’OL, et surtout une place assurée en Ligue 2 au milieu de terrain, aux côtés de Bruno Cheyrou et William Vainqueur. J’étais perdu. Mais après discussion avec Claude Puel, il me conseille d’aller là-bas, à Nantes, que j’aurai davantage ma chance.

Pourtant à Nantes, tu ne joues quasiment jamais en deux saisons...
À Nantes, je fais des débuts monstrueux en préparation. Je suis le seul joueur qui fait toute la prépa avec 90 minutes à chaque match. Sauf que mon corps n’était pas prêt à encaisser ça, je me blesse sur le premier match en Ligue 2. Au bout de deux semaines, malgré une déchirure à l’ischio, le président Kita m’oblige à reprendre parce que l’équipe avait besoin de moi. Je lui ai dit que ça n’allait pas tenir, mais j’ai écouté mon supérieur. Rebelote, je me blesse après deux entraînements. Qu’est-ce qu’il fait ? Il me ré-oblige à revenir plus tôt. Ben, je me blesse encore une fois au même endroit et là, c’est trois mois. Ça m’a tué la première partie de saison. Je reviens avant la trêve dans le groupe, et à l’entraînement William Vainqueur me tacle : entorse de la cheville. C’est une catastrophe.

Tu es quand même sélectionné avec les Espoirs de l’Algérie à cette époque.
Ouais, je joue peut-être dix matchs avec l’Algérie, mais ça n’avait rien de cadré, rien de professionnel : il fallait qu’on prenne nous-mêmes nos billets d’avion pour rejoindre la sélection. (Rires.)


Et c’est au cours de la deuxième saison, en 2012, que tu es lourdement suspendu après avoir frappé un arbitre dans un tournoi de sixte ?
Avant ça, il y a eu un changement de coach avec l’arrivée de Landry Chauvin pour ma deuxième année. Mais au bout d’une semaine d’entraînement, il dit qu’il ne compte pas sur moi. Je ne comprends pas, mais bon, je reste avec la CFA2. Le président, lui, voulait que je parte. Je refuse. Et c’est à la fin de cette saison qu’il y a cette connerie monumentale qui me coûte très cher.


Qu’est-ce qu’il s’est passé pour que tu sois suspendu mondialement de jouer au football ?
« À la fin d’un match, ça dégénère avec l’équipe adverse, j’y vais pour séparer et un mec en face de moi me met une gifle, m’insulte. Donc je rends le coup, le gars tombe... Derrière, il porte plainte et c’est là que j’apprends que c’est un arbitre. Je ne le savais pas, il était en tenue civile. »
C’est un tournoi de sixte auquel je participe avec des amis. Déjà, je n’avais quasiment pas joué, une moitié de match peut-être, j’étais surtout là pour parrainer cette équipe. Du coup, j’étais quand même inscrit sur la feuille de match. Grave erreur. À la fin d’un match, ça dégénère avec l’équipe adverse, j’y vais pour séparer, et un mec en face de moi me met une gifle, m’insulte. Donc je rends le coup, le gars tombe... Derrière, il porte plainte et c’est là que j’apprends que c’est un arbitre. Je ne le savais pas, il était en tenue civile. Ça s’est passé très vite, mais ce sont des altercations comme il en arrive tous les jours en France. Mais évidemment, je n’aurais pas dû, et je regrette énormément ce qu’il s’est passé. Nantes apprend la plainte, et aussi que j’étais sur la feuille de match pendant le tournoi, alors que c’est interdit dans mon contrat : je suis licencié.

C’est quoi la sanction exacte de la FFF ?
À la base, j’ai été suspendu pendant trois ans, qui se sont transformés en un an et deux avec sursis. J’étais interdit de jouer en France normalement, mais pas ailleurs, donc je me suis dit : « Pars à l’étranger et reviens en Europe l’année d’après. » Sauf que mon club en Algérie m’apprend que la suspension a été étendue : elle est devenue mondiale. C’était assez dingue. Et pour couronner tout ça, au bout de l’année de suspension, je me fais une fracture du péroné... Dans la lignée de ma carrière, quoi.

Du jour au lendemain, tu passes de footballeur convoité à persona non grata. Comment on surmonte ça ?
« Depuis que je suis jeune, on m’a toujours dit que j’étais le plus beau, le meilleur, le ci, le ça. J’y ai cru. Et du jour au lendemain, on te dit que tu es un voyou. Comment tu veux surmonter ça ? Ça fait très mal. »
C’était très difficile. Surtout que je suis à une époque de ma carrière où je me dis que, déjà, j’ai raté des choses. Chelsea, Arsenal et l’Inter me voulaient quand j’étais au LOSC, j’avais refusé. J’ai toujours été mal conseillé. Avant, on disait à tous les jeunes : fais ta formation en France, tu partiras plus tard, alors que j’aurais pu découvrir ces clubs exceptionnels. Mais pour en revenir à cette dégringolade, ben ça m’a fait tout drôle. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à accepter ce qu’il m’est arrivé. J’ai raté de très belles choses. J’ai beaucoup de regrets, et ce serait mentir de dire l’inverse. Depuis que je suis jeune, on m’a toujours dit que j’étais le plus beau, le meilleur, le ci, le ça. J’y ai cru. Et du jour au lendemain, on te dit que tu es un voyou. Comment tu veux surmonter ça ? Ça fait très mal.

Être entouré, c’est ce qu’il t’a manqué pour réussir ?
Bien sûr. J’étais perdu dans ma carrière, je voulais un agent qui me suive, pas un mec qui ne fasse que négocier les contrats. J’avais des bons négociateurs, c’est clair, mais ils m’ont lâché quand j’en avais le plus besoin. Après ça, fini les agents pour moi. Heureusement, ma famille était là. Mon pote Nordine, aussi, m’a toujours épaulé. Sans eux, ça aurait été compliqué.

Te voilà donc aujourd’hui dans le foot amateur. Est-ce que tu trouves quand même du plaisir à évoluer à cet échelon, très bas, alors que tu étais programmé pour jouer au haut niveau ?
Je n’ai pas encore commencé à jouer avec Ozon, mais je suis persuadé que ça va bien se passer. J’ai un nouveau projet professionnel, je vais ouvrir un fast-food sur Châtellerault, un tout nouveau concept qui n’existe pas encore dans la région. L’autre carrière est derrière moi. Le foot, ça restera désormais un plaisir du dimanche, pour garder la ligne et taper dans une balle, rien de plus. De ne plus avoir de contrat, de salaire... C’est vraiment ce dont j’avais besoin. Je ne veux plus ressentir la pression d’être redevable envers quelqu’un. Et si je peux aider en plus le club de mon quartier d’enfance, ça sera une grande fierté. Retrouver du plaisir avant tout, voilà l’objectif.


Propos recueillis par Arthur Stroebele
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