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Ochoa, trajectoire corsée

Chevelure funky et assurance élancée, Guillermo Ochoa avait séduit le Mexique en un clin d'oeil. Mais à force d'être sur le point de conclure en sélection comme dans sa quête d'Europe, la moustache de Jean-Claude Duss commençait à lui pendre au nez.

Pour la marque de pain de mie, Bimbo, le coup fut dur. Le pas chaloupé, dégaine de rocker seventies, Guillermo Ochoa groovait à l'écran. Co-tête d'affiche d'une campagne qui satura les écrans mexicains de mai à juillet, l'emblème de l'America transmettait son assurance décontractée pour demander à son peuple de « faire des sandwichs » . Ochoa pouvait danser: à même pas 25 ans, il s'apprêtait à garder les bois du Mexique en Coupe du Monde. La fin du bal sonna toutefois avant même d'avoir commencé. Un violent coup de vent glissa du sable entre les tranches de pain de mie : en impitoyable manager des ressources humaines, Javier Aguirre décida de profiter des matches préparatoires au tournoi sud-africain pour effectuer une revue d'effectif de ses gardiens. Le verdict aussi définitif que redouté tomba lors du match inaugural face aux Bafana Bafana. A 37 ans, El Conejo Perez représenterait à nouveau aux yeux du monde la confrérie des portiers mexicains. En 2002, Aguirre lui avait déjà confié les clés des buts aztèques. Titulaire tout au long du parcours de qualification, Guillermo Ochoa n'avait plus qu'à se torturer sa
 chevelure frisée pour s'en faire des bigoudis. Relégué sur le banc, en sus du bonheur de jouer un Mondial, il était privé de la plus exposée des vitrines dont il pensait profiter pour faire un saut vers l'Europe. A Manchester United, à l'Olympiakos, au Benfica, ou au PSG, le nouvel employé de l'AC Ajaccio a été annoncé un peu partout depuis deux, trois ans. Chaque fois, le même épilogue : Ochoa reste à l'America, le puissant club de Mexico.

Tout semblait pourtant facile pour Guillermo Ochoa. A peine était-il arrivé dans le circuit professionnel, qu'il était sacré champion national avec l'America, en 2005. A peine avait-il 21 ans, que Ricardo Lavolpe décidait de l'emmener en Allemagne pour jouer le rôle du troisième gardien. Charisme, présence spectaculaire sur sa ligne, apprentissage accéléré de la gestion de la pression dans le club le plus polémique du Mexique, Ochoa devait être le gardien du futur. De son pays, voire plus si affinités : en 2007, France Football allait jusqu'à l'inclure dans sa liste des 50 nominés pour le Ballon d'or. Le portier oubliait bien parfois sa concentration en route, et offrait quelques sorties aériennes de myope, mais ses égarements disparates étaient alors mis sur le compte de sa jeunesse. Leur persistance ont toutefois commencé à escorter la bonne réputation de « Memo » de quelques réserves. Comme un doute sur la qualité du bois dont il est fait. 


Valoriser les droits de la L1 au Mexique

Un an après sa désillusion sud-africaine, une place de titulaire pour la Gold Cup récompensait toutefois sa ténacité et deux bons tournois avec l'America. Déjà annoncé en contact avec le PSG, Ochoa, sélectionné à 43 reprises, devait profiter du tournoi de la CONCACAF pour conforter les dirigeants parisiens dans leur choix, voire pour attirer de nouveaux prétendants. La carrière de Memo décollait à nouveau. Annoncé à l'Olympiakos quelques semaines auparavant, il allait finalement signer avec un PSG qui venait de retrouver les plus hautes ambitions suite à l'arrivée des milliardaires en djellabah. Un transfert pas étranger non plus aux intérêts de Televisa, le propriétaire de l'America. Pour valoriser les droits de la L1 au Mexique, qu'il détient, via son canal sportif, TDN, le TF1 mexicain souhaitait placer l'une des figures aztèque les plus médiatiques en France.

Qu'importe les moyens pour le gardien simple et funky, cette promesse d'Hexagone effaçait ce nouvel affront reçu au mercato d'hiver, quand il se déplaça à Londres pour une signature annoncée comme certaine avec Fulham, avant de retourner bredouille, pour des raisons restées mystérieuses. 

Ochoa allait. Ochoa devait. Comme toujours. Mais Ochoa était contrôlé positif au Clembutérol. La carrière du portier à qui rien ne devait résister commençait sérieusement à prendre la forme d'un chemin de croix, et à sentir la lose à plein nez. Le mérite du sex-symbol mexicain fut sans doute de ne jamais montrer de signes de désespoir, de ne pas ruminer un avenir avorté. Alors, oui, ce ne sera pas le PSG, son Parc des Princes, ses eurodollars qataris, son impact médiatique, mais Ajaccio, son budget de L2, ses infrastructures bancales, et sa lutte pour le maintien. Un lieu toutefois idéal pour prouver que ses aspirations européennes étaient légitimes. En Corse, Ochoa ne devrait pas manquer de travail, et apprendre à glisser du fromage de chèvre dans ses sandwichs.


Ochoa fait des sandwichs




Une toile d'Ochoa




Ochoa régale





Thomas Goubin, au Mexique

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