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Les larmes des Crocos

Retombé en Ligue 2 après trois saisons dans l’élite, le Nîmes Olympique vogue en eaux troubles depuis un moment maintenant. Ses résultats ne sont pas infamants, loin de là. Mais autour du terrain, l’ambiance est pesante, voire électrique. Au centre des critiques se trouve Rani Assaf, le président gardois, qui a secoué le microcosme local en ne renouvelant pas l’agrément du centre de formation et s’est attiré les foudres des groupes de supporters, remontés contre ses décisions et sa communication. Les tentatives de réconciliation sont jusque-là restées vaines, et les Costières, elles, sont presque désertes. Plongée, avec masque et tuba, dans la mare aux Crocos.

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Petit voyage vers le futur. En 2026, si tout va bien d’ici là, le nouveau stade des Costières (ou stade Nemausus) sera sorti de terre. Il contiendra 15 100 places, ses tribunes seront couvertes, aura une terrasse panoramique et même des chambres d'hôtel donnant vue sur la pelouse. Cerise sur le gâteau : cet écrin - autour duquel sera construit un écoquartier - appartiendra au Nîmes Olympique. Évoqué depuis 2017, cet ambitieux complexe immobilier a fait l’objet de nombreuses discussions ces derniers mois, entre sa présentation à la presse en septembre et un vote du conseil municipal, qui l’a déclaré « d’utilité générale » le 18 décembre. « Dans un monde qui évolue, et avec des droits TV qui ne vont certainement pas aller à la hausse dans les prochaines années, il faut arriver à diversifier les sources de revenus. Pour cela, le club doit être propriétaire de son enceinte, son outil de travail, et que celui-ci engendre des rentrées d’argent 365 jours par an » , expose Rani Assaf, à la tête du NO depuis 2016 et à l’origine de ce projet.



« Je suis peut-être un peu chauvin en disant cela, mais c’est l’un des meilleurs publics de France. Donc ça me fait mal de voir aussi peu de personnes au stade. » Bernard Blaquart

Retour en 2022. Quelques heures après l’entretien qu’il nous a accordé en visioconférence, le président nîmois a assisté au succès des siens face à Valenciennes (2-1) aux Costières. L’enceinte actuelle est vétuste, ouverte aux quatre vents, et sa peinture est défraîchie par endroits. Surtout, l'enceinte sonne creux, et cela depuis le début de la saison. Ils étaient environ 1400 en tribunes contre le VAFC, et l’affluence a parfois été bien inférieure au millier de spectateurs. Étonnant, quand on sait que même au cours de ses années de galère au fin fond du National, le club a toujours pu compter sur un noyau dur de 2000 à 3000 irréductibles. « Je suis peut-être un peu chauvin en disant cela, mais c’est l’un des meilleurs publics de France. C’est souvent un douzième homme très chaud. Donc ça me fait mal de voir aussi peu de personnes au stade » , regrette Bernard Blaquart. L’ancien entraîneur des Crocos (2015-2020) sait de quoi il parle, lui qui a connu des ambiances bouillantes lors de derbys face à Montpellier et des réceptions de l'OM, notamment. Bien sûr, la situation sanitaire, la déception engendrée par une descente en Ligue 2 et la concurrence « d’autres moyens de divertissement » , dixit Rani Assaf, peuvent expliquer cette fréquentation en berne. Sauf que les raisons du désamour sont plus profondes. Et multiples.

La charte de la discorde


La plus évidente d'entre elles – la plus matérielle, en tout cas – concerne la nouvelle politique tarifaire. Malgré la relégation de leur équipe, les supporters gardois ont constaté avec déplaisir une hausse des prix à l'orée de la nouvelle saison, les places les moins chères étant vendues à 15 euros. Sans oublier une série de changements marquants, allant de l’impossibilité de s’abonner à la suppression de la billetterie physique, en passant par la disparition des demi-tarifs. « Il n’y a aucun effort de fait pour amener les gens au stade, peste Dimitri Pialat, président des Gladiators, les ultras locaux. Supprimer les abonnements, qui représentent pourtant un signe d’appartenance fort pour les supporters, c’est catastrophique. » Joël Mercier, son homologue du Club central, une autre association de fans, déplore quant à lui l’absence de guichets. « Comment sont censées faire les personnes qui n’ont pas Internet ? » questionne l’homme de 68 ans (dont « 60 à soutenir Nîmes » ). Le problème se situe cependant ailleurs, selon Rani Assaf. « Quand j’ai repris le club, 30 à 40% des places vendues l’étaient à demi-tarif, et un gros 30% correspondait à des invitations, resitue-t-il. Ça ne pouvait pas continuer. Je commence par supprimer ce qui ne va pas, et ensuite on reconstruit. La reconstruction est longue, parce que j’arrive après 30 ans d’inertie dans ce club et que je ne peux pas tout régler d’un coup de baguette magique. »

Le dernier match avant la fermeture du Pesage est, face à l'AC Ajaccio (0-2).


Depuis, les tarifs ont toutefois été revus à la baisse et un « pack famille » a été lancé. L’homme d’affaires de 47 ans a également proposé aux groupes de supporters, avec lesquels les relations sont glaciales, d’adhérer à une charte de valeurs communes. « C’est le minimum, notre socle commun, explique l’ancien directeur technique de Free. Ceux qui ne veulent pas nous rejoindre là-dessus n’ont rien à faire dans le stade. » Ce document, les intéressés ont néanmoins refusé de le signer. « Il voulait régir notre comportement en tribunes : pas d’insultes, pas de fumigènes... Peut-être qu'il voulait aussi écrire les chants à notre place. Mais l’indépendance de notre groupe est fondamentale » , affirme Dimitri, des Gladiators. Par conséquent, le Pesage est, tribune située derrière l’un des deux buts et dans laquelle les ultras prennent habituellement place, reste fermé sur décision présidentielle depuis l’usage d’engins pyrotechniques à l’occasion de la réception d’Ajaccio, mi-octobre. « Le président souhaite juste que les supporters respectent la loi. Ils n’arrivent pas à comprendre qu’en agissant ainsi, ils pénalisent le club » , soupire Fabien Ordoñez, nommé référent-supporters en début de saison. Dans l’état actuel des choses, l’hypothèse d’une réconciliation paraît totalement illusoire. Les Gladiators ne viendront plus aux Costières tant que leur tribune sera fermée, le Club central boycotte l’enceinte et Nemausus 2013 n’y déploie plus sa bâche. « L’abandon de la charte et la réouverture du Pesage est pourraient aider » , concède Cyril Roure, le président de ce troisième groupe frondeur. Avant d’ajouter, comme pour avertir qu’un tel effort ne serait, de toute façon, pas suffisant : « La fracture est plus grosse que cela. »


« Sans centre agréé, on sait que tout va s’effriter et que nos gamins issus du cru, sur lesquels on investit, vont finir par partir. » Yannick Liron, président de l'association Nîmes Olympique

La rupture


À écouter les uns et les autres, on remarque que la cassure s’est sans doute produite en mai dernier. « Ce qu’il s’est passé avec le centre, c’est le plus grave pour nous » , reconnaît Joël Mercier. Alors que les Crocos glissaient inexorablement vers la Ligue 2, la menace d’une fermeture de leur centre de formation a en effet pris de l’épaisseur. Des discussions houleuses s’en sont suivies entre les dirigeants du club et l’Association Nîmes Olympique, qui gère les équipes de jeunes. En fin de compte, le centre n’a pas été fermé. Mais il n’est plus agréé, ce qui a occasionné une fuite de nombreux talents locaux vers d’autres académies ravies de les accueillir. « On a la chance d’avoir pu conserver nos jeunes de première année, mais je me fais du souci pour la suite, avoue Yannick Liron, le président de l’association. Sans centre agréé, on sait que tout va s’effriter et que nos gamins issus du cru, sur lesquels on investit, vont finir par partir. » En première ligne durant le conflit avec la direction – « Avec M. Assaf, la rupture est consommée » , souffle-t-il –, l’ancien défenseur rappelle qu’ « historiquement, Nîmes a toujours su sortir des jeunes, même dans les périodes les plus difficiles. » Formateur dans l’âme, Bernard Blaquart peine également à comprendre cette décision. « J’ai été plus longtemps directeur de centre de formation qu’entraîneur d’équipe professionnelle, raconte celui qui s’occupe désormais des U7 du Gallia Club Lunel, dans l’Hérault. Le NO a toujours été un club formateur. Ses meilleures années, il les doit en grande partie aux jeunes sortis du centre. Ils représentent une culture de la région, et si le public nous suivait, c’est aussi parce qu’il s’identifiait à eux. C’est vraiment dommage. » Cette volonté de ne plus faire de la formation un axe majeur du projet sportif est d’ailleurs l’un des éléments qui a incité le technicien de 64 ans à plier bagages, à l'été 2020.

Gaëtan Paquiez est un pur produit du centre de formation nîmois.


Mais pourquoi les dirigeants nîmois ont-ils décidé de se passer de leur centre de formation, pourtant pierre angulaire dans la stratégie de la quasi-totalité des clubs français ? « De toute façon, on allait perdre l’agrément, parce que nos installations sont de plus en plus obsolètes. Et le cahier des charges pour l’avoir est beaucoup trop contraignant. Je ne voulais pas et je ne pouvais plus le respecter » , révèle Rani Assaf. « Notre centre de formation actuel est vétuste et se trouve sur une zone inondable, appuie Fabien Ordoñez. Le club ne peut pas se permettre d’investir là-dedans, parce que ce serait dépenser des millions d’euros à perte. » En octobre, les pensionnaires du centre ont par exemple subi cinq jours sans électricité à cause d’énièmes inondations. La contrainte est identique pour le centre d’entraînement, situé au même endroit. Le président est donc à la recherche d’un terrain où bâtir de nouvelles infrastructures, et le centre de formation est censé récupérer son agrément d’ici quelques années. « Il faudra attendre quatre-cinq ans avant d’en récolter les premiers fruits. Ce n’est pas demain la veille qu’on reverra des jeunes formés au club jouer avec les pros » , prévient malgré tout Bernard Blaquart.

« Dans une entreprise, on n'a pas à rendre compte au jour le jour de la gestion interne. » Rani Assaf

Cercueil, réunions à rallonge et « beaux parleurs »


S’ils se sont pointés dans la salle du conseil municipal lors du fameux vote du 18 décembre dernier, flanqués d’un cercueil censé symboliser la mort de leur club fétiche, les groupes de supporters ne cherchaient donc pas à protester contre le projet de nouveau stade en lui-même. Mais plutôt à marquer leur rejet profond de la voie empruntée depuis plusieurs mois par le NO, dans le sillage d’un président qui leur paraît omnipotent et guère désireux de détailler son plan de route. « Il y a zéro dialogue. Il veut avancer, c’est tout » , dénonce Cyril Roure. « Je n’avais jamais vu un président comme lui. Le Nîmes Olympique, ça a toujours été un club familial. Là, il y a zéro communication » , embraye Joël Mercier. « Il leur a tendu la main, les a reçus pour des réunions qui duraient jusqu’à quatre ou cinq heures. Il me semble que ce n’est pas le cas de beaucoup de présidents en France » , contre-attaque Fabien Ordoñez, le référent-supporters. Quant au principal intéressé, ces reproches lui paraissent infondés. « Dans une entreprise, on n’a pas à rendre compte au jour le jour de la gestion interne. Et on ne vient pas diriger à ma place » , s’agace Rani Assaf.

Rani Assaf (au centre), entouré des Caennais Pierre-Antoine Capton et Olivier Pickeu (à gauche) et de Vincent Labrune (à droite)


Selon Philippe Gas, le conseiller en com’ de l’homme fort des Crocos, « il vaut mieux des gens qui travaillent sur le fond, mais pèchent par défaut de communication, plutôt que des gens qui parlent beaucoup, mais agissent peu. Auparavant, il y a eu beaucoup de beaux parleurs à Nîmes. On est restés une quinzaine d’années en National, avec des personnes qui n’avaient de cesse de faire de belles promesses. Depuis que Rani a repris les rênes du club, on a quand même passé trois saisons en Ligue 1. » Dont deux sous la houlette de Bernard Blaquart, qui a vu ses relations avec son président s’étioler au fil du temps. « Ça a été du bon au moins bon, et même jusqu’au très difficile sur la fin, confie-t-il. Les relations avec lui se sont dégradées à ce moment-là, parce que j’avais l’impression que je n’arrivais pas à me faire entendre. Depuis, j’ai rediscuté avec lui, il n’y a pas de soucis. Mais je n’étais plus du tout d’accord sur le projet sportif. Et quand un entraîneur n’est plus en osmose avec le projet du club, il doit partir. » Un départ encore amèrement regretté par de nombreux supporters gardois, nostalgiques de la vista de Téji Savanier, des déboulés de Denis Bouanga, de la combativité de Renaud Ripart et, avant tout, du style de jeu résolument offensif prôné par l’entraîneur de l’époque.

Bien finir la saison, en attendant la suite


Depuis, Jérôme Arpinon, Pascal Plancque et Nicolas Usaï, nommé début janvier, se sont succédé sur le banc nîmois. Le dernier cité a séduit Rani Assaf « par son envie, son engagement » et connaît une entame rêvée, avec trois victoires en autant de rencontres. De quoi laisser présager une phase retour intéressante, malgré un début de saison mitigé et la mise au placard de Zinedine Ferhat. « À mon avis, on n’aura aucun mal à se maintenir » , juge le président des Gladiators, qui continuent d’encourager leurs joueurs à l’extérieur. « Je pense qu’ils finiront dans les dix premiers, pourquoi pas sixièmes ou septièmes, prédit même Bernard Blaquart. L’effectif est de qualité, mais ils ont pris trop de retard pour attraper les barrages. » En dépit de tout ce qu'il se dit et se passe autour du terrain, le Nîmes Olympique tient ainsi encore la route au niveau sportif.

Nicolas Usaï


« La ligne rouge, c’est : pas de descente en National. » Rani Assaf

Et après ? Délestés depuis peu de Reda Hammache, le désormais ex-directeur sportif (qui ne sera pas remplacé), le président Assaf et sa cellule de recrutement auront du pain sur la planche lors des prochains mercatos. Ceux-ci seront d’autant plus cruciaux qu’il n’est plus possible de piocher dans le vivier du centre de formation. « On a un gros chantier qui s’ouvre, avec probablement une importante restructuration de l’équipe pro, prévoit l’entrepreneur. Surtout que les deux saisons à venir s’annoncent très difficiles (en référence au passage de la L1 puis de la L2 de vingt à dix-huit clubs, NDLR). Il va falloir arriver à les passer sans encombre. La ligne rouge, c’est : pas de descente en National. » On l’a compris, la remontée dans l’élite n’est pas une priorité absolue. « Ça ne fait peut-être pas rêver sur le court terme, mais on doit d’abord rattraper notre retard concernant nos infrastructures » , insiste Fabien Ordoñez. Bernard Blaquart, qui garde un œil attentif sur la situation de son ancienne maison, s’interroge : « Le meilleur atout pour l’avenir, c’est le nouveau stade. Mais quid du club en attendant ? » Même si des réponses ont été apportées, ils sont encore beaucoup à se poser la question. Par Raphaël Brosse Tous propos recueillis par RB.