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Nemere, l'espion du Ferencváros

Son nom de code était « Nemere » . Des années 1960 au début des eighties, Dezső Novák, membre de la grande équipe de Ferencváros, a été chargé d’espionner ses coéquipiers pour le compte des services secrets hongrois.

Flórián Albert a fêté ses 70 ans le 15 septembre 2011. Si l’on ne connaît rien de la tradition et très peu de la Hongrie, on pourrait dire : dans la plus pure tradition hongroise. Soit dans une salle de réception des célèbres thermes de l’hôtel Gellért, au son d’un orchestre de musique tzigane. Tous les invités sont venus embrasser le seul et unique Ballon d’or du football magyar, « France-footballisé » en 1967. Tous, sauf Dezső Novák. Les deux hommes étaient pourtant les meilleurs amis du monde lorsqu'ils évoluaient ensemble sous le maillot de Ferencváros dans les années 1960. Mais Dezső Novák n’était pas présent ce jour-là. Et pour cause : Albert n’a jamais pardonné à son ex-coéquipier d’avoir espionné, entre 1963 et 1983, le vestiaire de Ferencváros pour le compte de la police hongroise.

« Assieds-toi, il faut que je te raconte des choses »


Novák, aka « Nemere » – son nom de code d’agent à l’AVH (l’Allamvédelmi Hatosag, sorte de KGB hongrois, N.D.L.R.) –, a été démasqué en 2004. Il avait 64 ans et plus grand-chose à craindre ni à espérer de l’existence. Sa dernière pige d’entraîneur à Fradi, le surnom de Ferencváros, s’était achevée en 1996. Alors qu’il prépare un livre sur l’histoire du football de son pays, le journaliste hongrois Mátyás Imre découvre l’existence de « Nemere » dans les archives nationales, ouvertes au public après la chute du communisme. Il soupçonne Novák d’être celui qui se cache derrière le pseudonyme qui aurait aussi espionné un autre international de l’époque, Zoltán Varga. Parmi les faits troublants, celui-ci : Novák n’a été que neuf fois international. Mais toujours au bon moment. Il est ainsi le seul joueur de la sélection magyare à avoir été double champion olympique, en 1964 et en 1968. Mátyás Imre joint une première fois Novák au téléphone, qui nie tout lien avec « Nemere » . Le lendemain, pourtant, ce dernier rappelle le journaliste. La voix est cassée. Il lâche : « C’était moi. » La veille, Novák s’est couché à 4 heures du matin. Il a passé la nuit à tout révéler à ses proches. D’abord à son épouse, dont il partage la vie depuis 1961, à qui il dit : « Assieds-toi, il faut que je te raconte des choses. » Puis à ses deux filles, qu’il a appelées en pleine nuit. Avant de se confier à Mátyás Imre, Novák prévient : « J’aurais peut-être dû parler en 1989, à la chute du régime, mais je voulais ménager ma famille et effacer ces événements de ma mémoire. Désormais, cela ne me sert plus à rien de me cacher, alors je vais tout te raconter aujourd’hui. Ce sera la première et la dernière fois. »

La guerre froide et une voiture noire


Au sommet des tensions entre les deux blocs, au début des années 1960, Ferencváros passait chaque année à Pâques le rideau de fer pour aller disputer un tournoi à Vienne. Les joueurs en profitaient alors pour acheter des biens de consommation estampillés « Ouest » pour les revendre en Hongrie. « À l’époque, tout le monde faisait de la contrebande. On savait que si on avait gagné, les douaniers n’étaient pas trop regardants à notre retour » , confie « Nemere » . Cette année-là, Novák et l’un de ses coéquipiers rapportent des montres d’Autriche. Une fois la frontière passée, il confie son stock à son camarade, qui prétend pouvoir l’aider à les écouler. « Au bout de quelques semaines, je ne vois pas la couleur de l’argent, j’appelle mon coéquipier qui me dit : "En fait, il y a un problème, il faut que je te rende les montres." » Le rendez-vous est fixé dans un restaurant de Budapest, le Thököly, pas très loin du stade de la sélection nationale hongroise. « Je m’en souviens comme si c’était hier. Quand j’arrive dans le restaurant, je remarque deux personnes. Un type assez mal sapé et une femme qui faisait semblant de lire un journal. Deux flics. Mon ami est arrivé, il m’a rendu les montres, je les ai glissées dans la poche de ma veste et je suis parti. Devant le restaurant m’attendait un troisième policier, qui m’a demandé de le suivre. Nous sommes allés au commissariat, où ils m’ont interrogé pendant cinq heures. Ils m’ont fait du chantage : "Soit tu travailles pour nous, soit c’est la prison et ta carrière est terminée." J’ai demandé un temps de réflexion... »

« Ce n’était pas un agent malgré lui. S’il nous espionnait, c’est parce qu’il le voulait bien. » Jenő Dalnoki, à propos des activités d’espion de son ex-coéquipier, Dezső Novák
Les membres de l’AVH viennent chercher la réponse de Novák à la sortie de l’entraînement de Ferencváros. Trois fois, ils le prennent en charge dans « une voiture noire avec des rideaux à l’intérieur » avant de le balader dans les rues de Budapest. Au bout de la troisième « promenade » , Novák accepte de devenir « Nemere » . Quelques semaines plus tard, il signe un papier qui lui confère le statut d’espion. « Je sais que ce n’est pas une excuse, mais je n’ai même pas regardé le document. Moi, je voulais juste jouer au foot, c’était la seule chose que je savais faire. Je me foutais de la politique. Je m’étais d’ailleurs fait virer du PC parce que je n’avais pas réglé ma cotisation. » Dans sa nouvelle vie, « Nemere » est convoqué trois fois par mois rue Tolnai Lajos, au siège de l’AVH. « Ils voulaient savoir si nous rencontrions des exilés hongrois quand on partait jouer à l’étranger. Mais je n’ai jamais chargé aucun de mes coéquipiers. Vous pensez que si j’avais balancé des informations sur Varga, les autorités l’auraient laissé quitter le pays pour participer aux JO de Mexico ? Non. Il m’arrivait même de me faire recadrer parce que ma version des faits ne correspondait pas à ce qu’ils savaient ou avaient envie d’entendre » , plaide l’ancien défenseur.

« De quoi avez-vous parlé avec cet exilé ? »


À la fin de sa carrière, en 1973, Novák devient entraîneur de Ferencváros. Une nomination étrange, offerte à un footballeur vierge de toute expérience de coaching et qui cadre mal avec les habitudes du football hongrois de l’époque. Novák remplace alors sur le banc de touche du Fradi son ex-coéquipier Jenő Dalnoki. Jusqu’à sa mort en 2006, ce dernier n’a jamais cru à la ligne de défense de celui qu’il considérait purement et simplement comme un traître. « Ce n’était pas un agent malgré lui. S’il nous espionnait, c’est parce qu’il le voulait bien. En 1965, on a participé à un tournoi aux États-Unis. Un soir, j’ai longuement discuté avec un émigré hongrois au bar de notre hôtel. Quand on est rentrés, j’ai été convoqué au siège de l’AVH. Ils m’ont demandé : "De quoi avez-vous parlé pendant trente-sept minutes avec cet exilé ?" J’étais surpris qu’ils soient en possession de renseignements aussi précis. Maintenant, je sais que c’était Novák. C’est aussi lui qui est à l’origine de mon éviction du banc de Ferencváros. » En 1983, Novák est à nouveau appelé pour entraîner Fradi, à une époque où il situe la fin des activités de « Nemere » pour l’AVH.



Paradoxalement, « c’est la seule fois » où il a « demandé de l’aide » . « Des gens me déstabilisaient dans mon dos, ils voulaient m’éjecter de mon poste. Alors j’ai appelé mes contacts pour qu’ils agissent sur ceux qui travaillaient contre moi. Ils n’ont rien fait et ils ne m’ont plus jamais convoqué. » Le dimanche qui suit la divulgation de son passé, Novák se rend, comme tous les week-ends, à Budapest pour jouer un match avec les Old Boys, une équipe constituée d’anciens joueurs de Fradi. « J’y suis allé pour demander pardon. S’ils n’avaient plus voulu de moi, j’aurais pris mes affaires et je serais parti. » Tous les Old Boys se réunissent alors dans le vestiaire pour écouter ses confessions. Au bout de quarante-cinq minutes, István Géczi, l’ex-gardien de but du club, déclare : « Novák a toujours été un membre de la famille Ferencváros et il le restera. » Flórián Albert, dégoûté, a, lui, boycotté la réunion. « Ce n’était pas un homme pris dans un système, c’était son choix personnel. Tant que "Nemere" sera là, je ne viendrai plus. » L’ancien Ballon d’or a tenu sa parole jusqu’à sa mort.

Article paru initialement dans le magazine SO FOOT.


Par Joachim Barbier
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