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Nantes : mais pourquoi ça merde ?

Avant décembre, Nantes, c’était 26 points, six journées passées à la 4e place, des victoires à Bordeaux (0-3) et à Marseille (0-1), une défense plutôt intraitable doublée d’une attaque efficace, le tout derrière un collectif d’enfer. Et puis ? Et puis la chute.

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Tout juste promu après cinq saisons dans le purgatoire, le FC Nantes a plutôt mal préparé son retour parmi l’élite : les matchs de préparation étaient mauvais (une seule victoire malgré des adversaires comme Carquefou ou Le Poiré-sur-Vie) et beaucoup d’observateurs qui condamnent déjà les Canaris au fond de la classe en Ligue 1. Le mois d’août, avec 4 points sur 12, est pourtant plutôt réussi pour un promu, même si la victoire initiale contre Bastia sera finalement annulée. Et puis, l’illumination, le miracle, diront certains. Nantes va réaliser un parcours inattendu qui le mènera jusqu’à la 4e place… Jusqu’à un arrêt soudain (et définitif ?) qui s’explique par différents facteurs, entre fin de réussite et épuisement.

Des retrouvailles euphoriques

« Le bon début de saison nantais est dû à la dynamique de la montée, avec un effectif qui a très peu bougé. Finalement, il y a eu une vraie stabilité de cette équipe, donc ils sont restés dans la continuité de la L2 : une équipe solide, relativement efficace, surtout quand on pense à Djordjevic. C’est vraiment cette stabilité qui a permis à Nantes de réaliser ce début de championnat. » David Phelippeau est correspondant à Nantes pour 20 minutes. Spécialiste du FC Nantes et des crises qui vont avec ces dernières années, il livre une analyse pragmatique concernant ce début de saison inespéré. « Der Zakarian a optimisé les qualités de son équipe, il en a tiré un maximum. » Même son de cloche du côté d’Olivier Quint, passé par Nantes entre 2001 et 2006. « Il y avait également le fait qu’ils n’avaient pas envie d’être ridicules car tout le monde les voyait dans les trois derniers, ils avaient envie de déjouer tous les pronostics en montrant qu’ils avaient les qualités pour se maintenir. »

Se maintenir, oui, mais jouer la quatrième place et donc l’Europe, était-ce réellement envisageable ? « Non, ils n’auraient pas pu lutter pour les places européennes, tranche Quint. Il y a des effectifs qui sont mieux armés pour ça. Mais même les joueurs savaient qu’il ne fallait pas rêver, ils ont donc profité de la dynamique pour prendre des points et rester en haut du classement.  » En fait, les seuls qui y ont (un peu) cru, ce sont peut-être les supporters. « Ils auraient évidemment bien aimé que les Nantais restent en haut de l’affiche, estime Olivier Quint. Ils ne pensaient pas que la suite serait aussi vertigineuse. Mais ils viennent encore au stade : 23 000 contre Ajaccio, le public est formidable depuis le début de la saison. » Avec un peu de réussite par-ci par-là avant la trêve (on pense à la victoire un peu flattée malgré le score (0-3) à Bordeaux), les Nantais se hissent donc très loin de la zone dangereuse, mais tout va s’arrêter brusquement à partir de janvier.

Un déclic ?

Y a-t-il eu un élément déclencheur ? En tout cas, la défaite à domicile contre Toulouse et surtout la claque reçue au Parc des Princes (5-0) vont laisser de sérieuses traces dans les jambes et surtout les têtes nantaises. Mais il semblerait que les raisons viennent d’ailleurs. « Je pense que c’est plutôt un déclin collectif, analyse Phelippeau. Nantes ne repose pas sur des individualités, hormis Djordjevic. Si collectivement, ils n’y sont plus, il n’y a plus d’équipe. De plus, Nantes n’a jamais pu se reposer sur un socle de jeu. En début de saison, c’était une équipe qui misait beaucoup sur la récupération du ballon. »

Physiquement, les Canaris ne décollent plus. Et puis, il faut aussi pouvoir supporter la pression qui grandit au fur et à mesure que les bons résultats s’accumulent. Après quelques défaites, le doute s’installe et l’avance sur les équipes menacées commence à fondre progressivement. Mais Phelippeau avance une autre hypothèse. « Le discours de Der Zakarian, qui est un meneur d’hommes hors pair, est aussi usant physiquement et psychologiquement, car c’est un mec qui tire vraiment sur les organismes. Il a fait un travail exceptionnel depuis la première remontée il y a cinq ans. Mais peut-être qu’il y a eu une usure physique et mentale de ses joueurs. »


La retombée logique du promu

Il arrive régulièrement que le promu réussisse un bon début de championnat avant de connaître une période creuse. Nantes n’a pas dérogé à la règle, surtout que, comme tout buteur, Djordjevic a lui aussi connu une période un peu plus délicate. Mais là où beaucoup de clubs, dans ces cas-là, peuvent compter sur les remplaçants et les recrues, Nantes n’a pas eu cette chance. « Les recrues n’ont rien apporté, souligne Phelippeau. Ce constat s’appuie sur des chiffres : Audel n’a pas marqué un but, n’a pas donné une passe décisive, Bedoya a dû mettre un ou deux buts décisifs, mais c’est à peu près tout, et il y a Nicolita qui n’a pas fait une saison fabuleuse. »

Nantes est-il ainsi à sa place ? Oui, d’après le jourrnaliste. « Rémi Riou nous l’a un peu suggéré : Nantes est revenu à une place plus conforme à son statut de promu, d’équipe composée de joueurs pas vraiment rompus à l’élite. » Désormais 7 points devant le premier relégable (Valenciennes), Nantes est cependant loin d’être rassuré, surtout depuis le nul concédé dans les dernières minutes samedi dernier face à la lanterne rouge Ajaccio. Pour beaucoup, il reste deux victoires aux Canaris pour assurer un maintien que personne n’aurait imaginé si difficile à obtenir au mois de décembre. Selon Quint, il faudra nécessairement puiser dans les recettes du bon début d’année. « S’ils retrouvent les valeurs qu’ils ont eues pendant la première partie de saison, et de la réussite, les deux matchs, ils les gagneront et ils se sauveront. » Il faudra pour ça se farcir Lille, Montpellier, Bordeaux, Monaco, Marseille, Saint-Étienne…

Par Émilien Hofman
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