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Marega, le voilà !

Face à Liverpool, les supporters de l'Estádio do Dragão n’auront d’yeux que pour lui. Lui, c’est Moussa Marega. Et si l’histoire d’amour entre le FC Porto et l’international malien est parti sur des mauvaises bases, l’ancien du Poiré-Sur-Vie a réussi à faire changer l’opinion publique à coups de filets troués. Des buts célébrés souvent de la même façon : en faisant le chiffre 14 avec ses doigts en référence à ses potes d’enfance. Ceux avec qui il jouait encore en DH, à l’âge de 21 ans.

Modififié

C’était une nuit pour se prouver des choses, pour valider un début de saison au plus-que-parfait et pour afficher à l’Europe du foot un outil essentiel à la fabrication d’une équipe : une « identité » . En amenant ses hommes au Louis-II, le 26 septembre 2017 au soir, l’objectif de Sérgio Conceição était de voir ce que son groupe avait dans le bide et dans le short. Treize jours plus tôt, son FC Porto, qu’il venait de rejoindre après une expérience positive à Nantes, avait glissé à l’heure d’effectuer sa rentrée européenne face au Beşiktaş. Cette fois, pas de blague : à Monaco, Conceição, qui aura passé la majeure partie de la rencontre assis sur un
« Dans mon football de transitions, Moussa est le joueur le plus puissant que j’ai eu à diriger. » Sérgio Conceição, coach du FC Porto
e glacière à enchaîner les bouteilles d’eau, voit sa troupe retourner le camp de base du champion de France en titre en compressant le milieu monégasque à l’aide d’une paire Danilo-Oliveira fantastique et d’un secteur offensif clinique et brillant. Un secteur offensif d’où dépasse un type avec une drôle d’allure : un dragster bossu, qui aura passé l’intégralité du match à secouer la défense de l’ASM et qui aura fini la soirée avec deux passes décisives dans les poches. Pour la première fois depuis son arrivée à Porto et alors que le grand public français commence (enfin) à entendre parler de lui, Moussa Marega semble avoir trouvé un coach capable de maximiser ses qualités. Ce que Conceição a souligné récemment, alors que le géant portugais dispute mercredi soir un quart de finale retour de Ligue des champions contre Liverpool à l’Estádio do Dragão : « Dans mon football de transitions, Moussa est le joueur le plus puissant que j’ai eu à diriger. » Et peut-être aussi l’un des plus précieux. Mais comment en est-on arrivé là ? Réponse : Marega était une bombe à retardement, qu’il fallait apprendre à déclencher.

« Ici, personne ne l’avait calculé »


Au moment de reparler de ce Monaco-Porto joué à l’automne 2017, l’actuel entraîneur du Havre, Oswald Tanchot, est pourtant clair : « Ce soir-là, j’ai reconnu le Moussa que j’avais avec moi en National. Il a gardé sa fraîcheur et l’avoir sur le dos pendant quatre-vingt-dix minutes, c’est compliqué. » Autre exemple dégainé par Tanchot : le premier but inscrit par le FC Porto face à la Roma, en huitième de finale retour de C1, le 6 mars dernier. « Sur l’action, tu le vois récupérer le ballon dans les pieds du défenseur romain, puis repartir directement dans l’autre sens pour aller finir l’action et servir un coéquipier. Je ne suis pas sûr qu’un joueur qui a fait un centre de formation, qui est donc plus formaté, aurait l’insouciance de faire tout ça. Mais Moussa, il l’a. » Comment l’expliquer ? En revenant à la source de la bombe, à la France, et à Evry, d’abord, où le colosse a atterri lorsqu'il avait treize ans. Le foot y est alors un passe-temps, mais aussi un endroit pour gagner un peu de sous. « Il avait besoin d’aide financière, donc je l’avais nommé éducateur à l’école de foot pour qu’il perçoive un peu d’argent, rembobine Foued Mabrouk, son ancien coach en U19 et responsable de la formation à l’AS Evry. Le foot lui a permis d’éviter des problèmes. Il voulait réussir et percer au plus haut niveau pour sa maman. Ici, personne ne l’avait calculé. La preuve : il n’a eu aucune sélection chez les jeunes en Essonne. »



Difficile pourtant de passer à côté du bonhomme. Sur un terrain, Moussa Marega est une « boule de puissance » et d’envie, un mec qui enchaîne les buts et les efforts. Au printemps 2012, le natif des Ulis a 21 ans et s’agite alors en DH. Invité à venir observer le mystère, l’agent Joseph Mohan en prend alors plein les mirettes :
« Il avait un potentiel vitesse-force assez rare. Son défaut, c’est qu’il n’avait aucun jeu de tête. Il fallait aussi discipliner un peu son jeu, le canaliser et polir ses qualités. C’était plus qu’un joker parce qu’il répétait les efforts, il enchaînait les rushs, il était surpuissant... Et comme c’était pas un garçon compliqué, ça a fonctionné. » Oswald Tanchot, son coach au Poiré-sur-Vie
« Il courait partout, pendant tout le match, c’était hallucinant à voir. À la fin du match, je l’attends et je lui dis que je ne comprends pas ce qu’il fait à ce niveau. On discute ensemble, je lui explique ce que je peux faire, que j’ai envie de l’aider... Et il me fait confiance parce qu’il avait besoin de ce quelqu’un qui lui dise qu’il avait du talent. Lui, il pensait que le foot de haut niveau n’était pas fait pour lui. Il a vu que je ne blaguais pas. » La vie d’un footballeur, au-delà de la simple notion de performance, est une équation à multiples inconnues dont la solution se trouve essentiellement dans sa capacité à encaisser les coups et à se construire des repères. « Quand je suis venu le chercher, il était à Evry, il jouait comme ça, sans planifier quoi que ce soit, replace Mohan. Alors, j’ai essayé de lui fixer des objectifs. Je lui ai fait faire des essais non concluants à Valenciennes et au Portugal, à Chaves, en troisième division. Je ne sais pas pourquoi ça ne l’a pas fait parce qu’il était évident qu’ils devaient le faire signer. » Face aux échecs, Joseph Mohan contacte un coach qu’il connaît bien : Oswald Tanchot, alors en poste au Poiré-sur-Vie.


Le Poiré, c’est la Vendée et l’inconnu, que Moussa Marega embrasse au volant d’une Twingo noire cabossée qu’il remplacera quelques mois plus tard par une Mégane. Dans le 85, l’attaquant loge dans une résidence du centre-ville de La Roche-sur-Yon, juste à côté de Bilel El Hamzaoui, qui raconte un « mec joyeux, qui aime la vie, toujours prêt à déconner » . Moussa habite alors au premier étage, Bilel au second, mais les deux jeunes Franciliens passent leur temps ensemble et avec deux autres joueurs : Rifi Mandanda et Nestor Kodjia. « Dans le vestiaire, Moussa, c’était le rigolo, poursuit El Hamzaoui. Il sortait du monde amateur et il découvrait le National, un monde un peu plus professionnel. Du coup, il comparait tout. C’est rapidement devenu le chouchou du vestiaire, tout le monde faisait attention à lui, on voulait tous qu’il progresse. » En Vendée, où il n’y a « pas non plus grand-chose à faire » , Marega se centre sur le foot, bosse son enroulé du pied droit qu’il copie sur Thierry Henry et « bouffe les espaces » . Tanchot complète : « Il avait un potentiel vitesse-force assez rare, en fait. Son défaut, c’est qu’il n’avait aucun jeu de tête. Il fallait aussi discipliner un peu son jeu, le canaliser et polir ses qualités. Au départ, il venait pour être un joueur d’appoint, même si je me doutais qu’il s’imposerait vite. Mais là, il s’est imposé très vite et a marqué rapidement en préparation contre des clubs de Ligue 2. C’était plus qu’un joker parce qu’il répétait les efforts, il enchaînait les rushs, il était surpuissant... Et comme c’était pas un garçon compliqué, ça a fonctionné, surtout qu’il était demandeur : c’est un mec qui a le goût de l’effort. »


Les kebabs et l’acharné


Mais qui possède aussi un physique avec lequel il doit apprendre à vivre. « Au Poiré, on se foutait pas mal de lui parce qu’il avait des fessiers impressionnants, des fessiers de sprinter, se marre Tanchot. Un jour, on a fait un cul-rouge et il a perdu, donc il s’est mis sur la ligne de but. On devait tous le canarder. Honnêtement, c’est dur de le rater... » Pourtant, malgré une première saison convaincante en Vendée, la Ligue 2 le laisse en paix. Ce que peine à comprendre à l’époque Joseph Mohan : « J’ai appelé plusieurs clubs et je n’ai jamais compris pourquoi ils ne s’intéressaient pas à lui. Il était puissant, grand et avait encore une grosse marge de progression. Je n’avais jamais vu un joueur courir à haute intensité pendant aussi longtemps. » Neuvième de National avec Amiens à l’issue de la saison 2012-2013,
« Un jour, en fin de séance, le coach Tanchot arrive et nous interroge sur notre alimentation. Moi, je lui dis que je mange peu, souvent des légumes, de la salade, parfois une petite viande. Et là, Moussa prend la parole : "Moi, je mange des grecs, des pizzas, etc." Tanchot lui dit : "Mais t’es sérieux, tu ne manges pas de légumes ?" Et Moussa lui a répondu que dans les grecs, il y avait de la salade, des tomates, des oignons... » Bilel El Hamzaoui, son ancien coéquipier au Poiré-sur-Vie
Francis De Taddeo saute sur l’occasion, récupère Marega et en profite pour choper au passage l’autre promesse du Poiré, Ernest Seka. Changement de monde. « Quand il est arrivé au club, Moussa a compris qu’il venait de mettre les pieds dans le monde pro, glisse celui qui s’occupe aujourd’hui du centre de formation de Montpellier. Moussa, c’est un athlète naturel, mais on a aussi rapidement vu qu’il avait des manques logiques, sur la nutrition par exemple. Il avait du mal à enchaîner les séances longues parce qu’il ne savait pas trop se nourrir. » Preuve en est, cette histoire racontée par son pote du Poiré, Bilel El Hamzaoui : « Un jour, en fin de séance, le coach Tanchot arrive et nous interroge sur notre alimentation. Moi, je lui dis que je mange peu, souvent des légumes, de la salade, parfois une petite viande. C’était la bonne réponse, mais aussi la vraie. Et là, Moussa prend la parole : "Moi, je mange des grecs, des pizzas, etc." Tanchot lui dit : "Mais t’es sérieux, tu ne manges pas de légumes? " Et Moussa lui a répondu que dans les grecs, il y avait de la salade, des tomates, des oignons... On a pleuré de rire. Moussa mangeait ça quand il était à Evry, il ne savait pas se faire à manger. »


Moussa Marega est un cas spécial, différent, « unique » aux yeux de De Taddeo. Reste qu’en Picardie, le Franco-Malien avale une nouvelle étape malgré le licenciement rapide du coach qui l’a fait venir et l’arrivée d’Olivier Echouafni. « Il manquait de travail tactique à son arrivée, complète Francis De Taddeo. Honnêtement, si j’avais voulu jouer le coup de monter absolument, je n’aurais pas pris Moussa Marega. L’idée, avec lui, c’était de faire coup double : de monter et de pérenniser le club en Ligue 2. » Finalement, rien de tout ça ne va arriver, même si Marega boucle l’exercice avec neuf buts et laissera derrière lui une image partagée partout où il est passé : celle d’un travailleur acharné, à l’écoute des anciens et des conseils. Gardien du club à l’époque, Franck L’Hostis se souvient notamment d’un élément : « Il s’en rajoutait après chaque séance. Il prenait une dizaine de ballons, parfois vingt, et il frappait au but, tout seul ou avec le numéro trois. Il ne s’arrêtait jamais. Il avait faim. » Problème, là encore, l’été suivant est un silence. Et Moussa Marega ressort quelques mois du circuit.


Quasimodo del Porto


Nous sommes alors en juin 2014 et le bonhomme décide de se séparer de son agent, Joseph Mohan. Ce qu’on sait : durant l’été, Marega s’engage avec l’Espérance de Tunis où il ne disputera pas la moindre rencontre en six mois en raison d’un problème administratif. Comment rebondir ? En remplaçant Moussa Maazou, au Maritimo Funchal. C’est là, à Madère, que le néo-international se fait un nom au Portugal et dans son pays, Alain Giresse lui offrant ses premières sélections : « Souvent ce sont des agents qui nous interpellent sur un joueur et nous le présente comme la huitième merveille du monde. Là c’était plus naturel. Au niveau de son jeu il manquait un peu de maîtrise, de précision. Mais il était déjà tellement généreux que c’était impossible de lui reprocher. Tout ça est lié à son parcours qui est tout sauf linéaire. » Mais qui va basculer rapidement : un an après son arrivée à Maritimo, le FC Porto craque et lâche quatre millions d’euros sur le bulldozer. Trop simple.


Parce qu’en tapant dans le très haut niveau, Moussa Marega en découvre sa cruauté : son style tout en puissance ne colle pas au jeu de possession souhaité par Julen Lopetegui, qui refuse de le titulariser. Dans la bouche des supporters de Porto, Marega devient Pés de Tijolo (Pieds de brique en V.F.) et l’arrivée sur le banc de Nuno Espirito Santo ne change rien à l’histoire. L’actuel coach de Wolverhampton l’envoie même en prêt à Guimarães. Résultat ? Marega flambe, inscrit treize buts et revient au FC Porto grâce à deux coups de pouce du destin. Le premier : l’arrivée de Sérgio Conceição sur le banc. Le second : le fair-play financier, qui oblige le club à se séparer de plusieurs joueurs, dont André Silva, sans lui laisser la possibilité de claquer quelques billets pour se trouver un nouveau buteur. Vincent Aboubakar et Moussa Marega sont alors rappelés. Bingo : les Dragões décrochent la Liga NOS – une première depuis cinq ans – et brillent avant tout grâce à leur ailier malien, qui disputera la prochaine CAN, où il retrouvera la Tunisie de son ancien sélectionneur, Alain Giresse. Un secret de la transformation est livré par Bilel El Hamzaoui : « L’an dernier, il a bossé sur sa posture, car il était toujours bossu. Aujourd’hui, il est plus droit, il réussit à se relever quand il accélère, ce qui était une galère pour lui avant ça. » Une posture qui lui a permis de claquer six buts en C1 cette saison et de sortir du silence, pour de bon. La bombe a explosé.

Par Steven Oliveira et Maxime Brigand Tous propos recueillis par SO et MB, exceptés ceux de Foued Mabrouk, tirés du Parisien.