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Mourinho, l’entraîneur à coups de marteau

Aujourd’hui Mourinho a 50 ans. C’est l’heure de le remercier pour tout. Enfermé dans son silence, le Special One a réussi à unir les Madridistes contre lui. Février sera terrible.

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José Mourinho a 50 ans. À cet âge-là, on en a fini avec la jeunesse. Les tempêtes ne font plus peur, parce qu’on sait bien qu’il n’y a qu’à affaler la grand-voile, assouplir les écoutes et se mettre à couvert. Parce qu’une tempête ne dure jamais, parce que le calme finit toujours par reprendre le dessus. Rien ne sert de lutter contre les déferlantes. Mieux vaut flotter au gré des courants. Quand on a 50 ans, on n’a plus peur de l’avenir parce que l’avenir, on y est enfin. Après des années à vouloir se rapprocher du capitaine, à lui glisser des mots doux pour qu’il nous considère, on est enfin à la barre. Quand on a passé la moitié d’un siècle à observer les hommes, à les parfaire, à les corriger, à les entraîner, on ne doute plus. À Madrid, Mourinho ne parle plus depuis des semaines. Alors, autour de lui, on s’agite et on cause. Florentino Pérez a convoqué la presse, Casillas et Ramos ont publié un communiqué et Marca a répondu en placardant les messages reçus par sa source au club. Qui a demandé la tête du capitaine ? Qui a osé envoyer le chef aux requins ? Laissons les héritiers s’entre-déchirer. Quand on a 50 ans, on préfère vaincre sans combattre.

La dernière tempête

Mais Mourinho va devoir quitter le Real. Ce navire est un piège dont il va falloir se défaire. Le mois de février sera terrible. Deux fois Manchester, trois fois le Barça : les eaux seront révolutionnées et il va bien falloir regarder la réalité en face et dire les choses, expliquer aux hommes pourquoi ils n’y arriveront pas. Or, depuis qu’il est au Real, le Special One a perdu de son aura. D’abord parce qu’il n’a pas autant gagné que cela (1 coupe, 1 championnat). Il aurait pu empocher la Champions l’an dernier s’il avait su gérer son avantage au retour contre le Bayern. Ensuite parce qu’il a, à son palmarès, beaucoup trop de casseroles : l’affaire Valdano, l’affaire Tito, l’affaire Ramos, l’affaire Casillas. À force d’embarquer le Real dans des tempêtes, c’est au capitaine qu’on en veut le plus, pas au climat. Il pourrait gagner la Decima dans trois mois, en coller 5 au Barça, faire revenir Valdano et se soumettre à Casillas, les Madridistes n’en voudraient même plus, de leur amiral. Au Real, la fin ne justifie jamais les moyens. Les trophées ne pardonnent pas tout. Lorenzo Sanz perd les élections en 2000 contre Pérez alors qu’il vient de remporter sa seconde Champions League. Capello est viré deux fois alors qu’il est champion. Mourinho n’était pas fait pour ce club. Ou alors c’était le contraire.

José et Josep

En vrai, la seule raison d’être du Mou à Madrid, c’est Guardiola. Dès 2004, Pérez pensait à Mourinho pour succéder à Queiroz, mais y avait renoncé. La personnalité de cet entraîneur n’était pas faite pour un club de 110 ans d’histoire. Mais quand en 2010, Guardiola épate la galerie par son jeu, sa gestion et son discours, il faut bien trouver une alternative. Diego Torres, l’homme qui a des oreilles partout au Real, raconte : « Florentino ne sait pas quoi faire de Pellegrini et se rend compte que le Barça est une force imparable. Guardiola est un personnage d’un charisme insupportable pour lui. À cause de Guardiola, Madrid n’est plus le centre du monde, c’est un traumatisme. » La vraie raison de la fin de l’amour, c’est son incapacité à replacer le Real tout en haut du foot. Mourinho avait promis de mettre fin au Barça de Pep. Il disait avoir la recette pour gagner à tous les coups contre lui. Il suffisait de croire en lui, comme l’Inter l’avait fait. La victoire en Coupe du Roi en 2011 était le début d’une nouvelle ère.


La fin

Deux ans plus tard, c’est un demi-échec. Ou une demi-victoire. Guardiola est parti, mais Mourinho n’a pas mis fin à son Barça. Le Real gagne bien deux titres, dont une Liga à 100 points, mais c’est tout. Quand Guardiola part, c’est fini et le Special One a perdu sa raison d’être. Sans Pep, Mourinho est devenu Néron, l’empereur qui met le feu à sa cité pour pouvoir s’y construire un palais. Barcelone fait encore mieux sans Guardiola. Le Real fait encore pire et sombre à 15 points de son rival catalan. L’homme providentiel est devenu le seul responsable du naufrage. Les élections au Real en juin prochain vont précipiter toutes les décisions. Le mois de février est le dernier combat du général en retraite. Les deux seuls titres encore possibles se jouent ce mois-ci. Si le Real échoue, Pérez va devoir trancher avant qu’il ne soit trop tard, avant que la tempête ne l’emporte lui aussi. Mais quand on a 50 ans, on n’a plus peur de ces choses-là. On sait que gagner à tous les coups est impossible. On sait qu’une bonne défaite vaut mieux qu’une mauvaise victoire.

Par Thibaud Leplat
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