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Modou Sougou : « Ici, dans la rue, ils jouent au cricket, pas au foot »

L’ancien attaquant de l’OM joue aujourd’hui à Mumbai, en Inde. À bientôt 34 ans, il raconte sa grande expérience de voyageur, entre mosquée, yoga, chômage et la forte influence du Portugal.

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Salut Modou. Comment es-tu arrivé en Inde ?
Ce n’était pas quelque chose de prévu. J’ai reçu la proposition alors que j’étais sans club. Je l’ai étudiée. En France, on connaît ce championnat. Anelka, Piquionne, Benachour sont venus, il y a eu de la visibilité. J’ai fouillé, et discuté avec un de mes potes portugais, Zequinha, qui avait joué ici l’an dernier. Au départ, il était réticent, mais il avait aimé. Selon lui, le futur, c’est ici. Ce n’est pas un championnat de quasi-retraités comme on dit, il y a des bons joueurs espagnols ou sud-américains. Je me suis dit : « Pourquoi pas ? » J’étais aussi en contact avancé avec Troyes en Ligue 2.

Et quelles sont tes premières impressions ici ?
Positives. Forcément, quand on parle de l’Inde, on pense d’abord à la différence avec l’Europe. Parfois, on se balade dans le quartier autour de l’hôtel, on prend des rickshaw... Bombay, c’est une ville sympa, mais soyons réaliste : il y a deux aspects. Un top, et un plus compliqué. Ici, on voit des gens prendre leur douche dehors, se raser aussi. On apprend, et ça sert à voir que la vie n’est pas facile partout. J’ai des origines africaines. La pauvreté, je connais. En tant que musulman, je me sens privilégié, je me dis : « Dieu m’a donné des choses qu’il n’a pas données à d’autres. » Et donc, je garde les pieds sur terre, je reste humble.



Justement, tu arrives dans une ville avec pas mal de musulmans. Tu as vite trouvé une mosquée ?
Je vis ma religion : je fais le ramadan, mes prières. Ici, il y a une mosquée juste à côté de l’hôtel. On entend l’appel à la prière. J’y vais avec un autre joueur musulman, Mohammed Rafique. On reste là-bas, on écoute, ça me fait du bien. Si mon emploi du temps me le permet, je sais que je peux aller à la mosquée pour prier. Mon père, qui est hyper religieux, m’a demandé : « Vu qu’il y a beaucoup de musulmans en Inde, tu as trouvé une mosquée ? » Quand je lui ai dit où elle était située, il a répondu : « Hamdoullah » , il était content. Des gamins viennent me voir, mais je n’ai pas vraiment eu l’occasion d’échanger avec les anciens. Il n’y a pas de différence dans la pratique de la religion, mais quelques changements dans les tenues vestimentaires.

Quelles autres différences culturelles as-tu pu observer ?
On se balade autour de l’hôtel et on découvre aussi des choses. Ici, dans la rue, ils jouent au cricket, pas au foot.
« J’ai vécu mon enfance au Sénégal. Manger avec la main, je connais. Je ne suis pas dépaysé, je suis à l’aise avec cette bouffe piquante : la sauce, le riz... Je me régale quand certains se plaignent ! »
C’est marrant à regarder, avec leur batte. Parfois, je file au parc à côté de l’hôtel avec Paulo Machado, mon coéquipier portugais (et joueur de Toulouse entre 2009 et 2012, N.D.L.R.). C’est divertissant, je n’ai ni essayé ni compris 100% des règles, mais j’espère avoir la chance d’aller au stade. Sinon, j’ai vécu mon enfance au Sénégal. Manger avec la main, je connais. Je ne suis pas dépaysé, je suis à l’aise avec cette bouffe piquante : la sauce, le riz... Je me régale quand certains se plaignent ! On s’assoit par terre, il y a donc des similitudes. Mais il y a cette différence vestimentaire. Je me suis acheté un kurta, j’aime bien, c’est confortable.

Ton équipe est logée dans un hôtel. Comment tu le vis ?
C’est difficile sur le plan familial. Je suis loin de ma femme et mes enfants, basés à Évian. Pour discuter sur Facetime avec mes enfants, il faut attendre qu’ils rentrent de l’école. Et avec le décalage horaire, je ne peux pas forcément me coucher tôt. Pour le moment, ma famille n’est pas encore venue. Je ne sais pas s’ils pourront venir. J’ai des enfants en bas âge, un fils de 9 ans, et les deux autres ont 3 ans et 4 mois. La trêve de trois semaines entre fin décembre et mi-janvier m'a permis de me ressourcer en France. Sinon, sur le reste, ça va.



Ton équipe est basée en grande banlieue, à Navi Mumbai, à une vingtaine de bornes. Vous arrivez quand même à sortir dans le centre ?
C’est vrai que c’est un peu dommage : les déplacements à l’intérieur de la ville, il faut faire 1h30 de taxi aller, 1h30 au retour. Quand on sort en ville, on va au Boteco, un resto brésilien, parce qu’on a un pote de ce pays. Et j’ai joué longtemps au Portugal, j’aime ça.

Est-ce que tu as une pression supplémentaire avec ton pedigree (participation à la Ligue des champions, international sénégalais) ?
Je suis conscient qu’il y a une différence, et plus d’attente. J’ai beaucoup de respect pour les joueurs locaux, mais je sais qu’en tant que joueur étranger, tu dois apporter un plus, faire une différence sur le terrain. Ici, ou dans n’importe quel pays, quand on perd, on va dire que les joueurs étrangers ne sont pas bons. On peut vite dire : « Ils sont pourris les étrangers, retournez en Europe, vous êtes venus pour les sous ! » Et quand on gagne, on va dire que c’est grâce à l’équipe. C’est la loi. Si on ne gagne pas, je rentre à l’hôtel et je ne dors pas. Je suis pressé de rejouer. Après la défaite 0-2 à domicile pour le premier match, je l’ai vu sur le visage des gens. Tu te sens mal à l’aise. Je sentais que ça commençait à aller dans ce sens : genre, « bougez-vous ! »

Et tu juges comment le niveau ici ?
L’histoire du championnat est récente. Tu vois qu’il y a du travail à faire tactiquement. Dans les dix dernières minutes, c’est assez débridé, il n’y a pas de calcul, et donc ça défend un peu moins bien. Mais les 80 premières minutes, ça joue bien et il y a des bonnes équipes comme Goa, Jamshedpur ou Bengaluru.

Toi qui as beaucoup bougé (Portugal, Roumanie, France, Angleterre, Inde), comment tu te renseignes avant d’aller dans un nouveau pays ?
Je me renseigne vraiment sur le volet sportif : installations, stade, centre d'entraînement, salle de musculation. Puis, pour le logement, combien de temps il faut pour aller à l'entraînement, des choses importantes. Sinon, je me laisse aller pour découvrir la ville. J’essaye de ne pas trop me laisser influencer, car chacun a des goûts différents. Le plus important, c’est le volet sportif. Il faut le minimum. J’ai eu des offres venant du Vietnam et après m’être renseigné, j’ai vite laissé tomber.

Tu es resté seulement une seule fois plus de deux ans dans un club, à Coimbra. Comment gères-tu tous ces changements ?
« C’est plus dur pour ma famille que pour moi. Les enfants bougent beaucoup, c’est plus difficile de se faire des amis... Le seul avantage, c’est qu’ils parlent beaucoup de langues. »
C’est plus dur pour ma famille que pour moi. Les enfants bougent beaucoup, c’est plus difficile de se faire des amis... Le seul avantage, c’est qu’ils parlent beaucoup de langues. Mais ma famille est contente, ils savent que le football, c’est ma passion. C’est notre vie, je fais ce que j’aime, je ne vais pas me plaindre. Mais si tu n’aimes pas le foot, psychologiquement, c’est très dur.

Le grand public n’a pas forcément conscience de cette difficulté...
C’est difficile de comprendre, mais c’est dur. On va peut-être nous dire qu’on est trop payés, mais c’est un métier qu’on ne fait que 10 à 15 ans. Psychologiquement, il faut faire des sacrifices, on ne peut pas tout faire. Si je veux faire du ski le lendemain, je ne peux pas. Il faut respecter une forte hygiène de vie, sur l’alimentation, la récupération. Ici, on nous pèse quotidiennement. Tous les deux ou trois jours, on va contrôler notre urine.

Tu as eu une période de chômage. Psychologiquement, comment l’as-tu vécue ?
J’ai fait des choix. Je l’assume. J’ai eu des propositions pour aller en Grèce et en Turquie, mais il n’y avait aucune garantie salariale. Le mercato est passé, et j’ai attendu. Je ne fais rien contre mon gré. Si je m’arrête à 32 ou 33 ans, tant pis, je suis content de ma carrière. Il me fallait un projet dans lequel je me sentais bien. J’ai refusé des offres, et je pouvais gagner plus qu’en Inde. Dieu seul sait ce qu’il peut se passer dans le futur.


Concrètement, qu’est-ce que tu as fait ?
Pendant la période de chômage, je m'entraînais avec un préparateur physique que je payais. J’avais parfois des invitations de clubs que je connais, histoire de m’entretenir avec le ballon et travailler le volet musculaire. Quand j’ai signé ici, je n’ai pas perdu de temps, j’ai joué tout de suite. Sans cette préparation, j’aurais eu des difficultés physiques, je n’aurais pas tenu. J’étais basé à Évian. Je ne me plains pas, j’étais en bonne santé. Mais il faut avoir la motivation. Parfois, tu te lèves, et tu te dis : « Putain... » T’as des coups de moins bien. Il faut alors quelqu’un qui te pousse. Mon préparateur physique, Sébastien Devillaz, m’a bien aidé. Il était aussi sans club à l’époque. On s’appelait : « Allez, viens on va taffer ! » Il a retrouvé du boulot à Lausanne.

Pourquoi avoir choisi Évian pour t’installer avec ta famille ?
« Ma femme et mes enfants avaient beaucoup aimé Évian. Ils vivent donc là-bas. C’est la tranquillité. C’est un autre monde par rapport à Marseille. J’ai la conscience tranquille quand je suis en déplacement. En tant que père de famille, je laisse mon fils aller à l’école en vélo. À Marseille, je ne l’aurais jamais fait. »
J’aurais bien aimé rester à l’ETG après mon passage. J’étais revenu pour m’installer définitivement, sportivement. Mais il y a eu la liquidation de l’ETG. Ma femme et mes enfants avaient beaucoup aimé. Ils vivent donc là-bas. C’est la tranquillité. Évian, c’est un autre monde par rapport à Marseille. J’ai la conscience tranquille quand je suis en déplacement. En tant que père de famille, je laisse mon fils aller à l’école en vélo. À Marseille, je ne l’aurais jamais fait. Il y a de l’insécurité. Et ça peut être compliqué quand tu joues à l’OM, mon club de cœur, et que l’équipe ne gagne pas.



Tu as joué plus de sept saisons au Portugal. Qu’as-tu appris là-bas ?
C’est l’un des pays les plus tranquilles d’Europe. J’ai terminé ma formation et obtenu mon premier contrat pro là-bas. Je me sens bien dans le foot portugais, je le connais par cœur. Si tu veux apprendre, le Portugal, c’est parfait. On progresse énormément, techniquement, tactiquement. Les meilleurs entraîneurs du monde, ce sont les Portugais.

Même en Inde, tu es aujourd’hui coaché par Jorge Costa. Ils ont quoi de spécial, les entraîneurs portugais ?
« Les meilleurs entraîneurs du monde, ce sont les Portugais. Je suis un fan de Villas-Boas, qui m’a entraîné. Je sortais de chez moi, j’étais très excité : qu’est-ce qu’on va apprendre aujourd’hui ? Tous les jours, tu progresses. Il est tout le temps dans l’innovation. Un peu comme Bielsa. »
Il y a deux sortes de coach. Celui qui s’occupe du résultat, qui se fout de l’évolution des joueurs. Tu seras mis de côté si l’équipe est à la traîne. Et il y a ceux qui s’occupent de l’évolution du footballeur en tant que tel, quoi qu’il arrive. Ce sont les coachs portugais. Tu travailles avec eux, tu vas être changé en repartant. Je suis un fan de Villas-Boas, qui m’a entraîné. Je sortais de chez moi, j’étais très excité : qu’est-ce qu’on va apprendre aujourd’hui ? Tous les jours, tu progresses. Il est tout le temps dans l’innovation. Un peu comme Bielsa. Il y a ce côté éducateur. Ce que tu apprends, ça te sert même pour ta vie de tous les jours. Tu réfléchis. J’ai appris l’humilité, comment gérer la vie de groupe, ça m’a permis d’essayer de bien gérer ma vie de famille. Je ne parle pas seulement de ma femme et mes enfants. J’ai six frères et sœurs, beaucoup de cousins. Il faut une certaine organisation. Je me suis développé en tant qu’homme.

Tu as galéré à ton arrivée au Portugal ?
Je ne me suis pas préparé. À 18 ans, on ne pense pas comme à 25 ans. Et on m’a prévenu la veille pour le lendemain que j’allais faire une semaine de stage. J’avais un bagage à main. J’avais oublié ma montre et mon téléphone. J’avais cinquante euros sur moi, je ne parlais pas la langue. J’étais heureux de cette possibilité de passer pro, je ne voyais pas le côté négatif. Mais avec mes oublis, je n’avais pas l’heure. J’étais seul dans l’appartement. Le chauffeur venait à 9h. J’étais au 8e étage, et pour voir l’heure, j’ouvrais la fenêtre après le lever du soleil. J’observais, je descendais voir un panneau publicitaire qui indiquait l’heure. S’il était six heures, je me disais : "Putain, il faut que je remonte." Mais je n’ai jamais été en retard. Après une semaine d’essai, on m’a offert un contrat pro. J’avais déjà 19 ans et j’étais à un bon niveau déjà, en sélection de jeunes. Ma carrière était déjà planifiée et je n’ai pas eu de problème. Je sais, il y a beaucoup de centres, à un niveau inférieur, ils se font des sous, disent aux joueurs qu’ils vont les amener en Europe et leur demandent de payer un billet d’avion et ils ne partent jamais.

Tu as 34 ans. Comment sens-tu ton corps vieillir ?
Je fais plus attention à la diététique, à la récupération. C’est ce que j’ai appris en France. Je fais gaffe à l’hydratation, au sommeil, aux étirements. J’ai pris seulement un kilo pendant ma période de chômage. Je me pesais tous les jours. Avec ma morphologie, je touche du bois. Et j’ai gardé une habitude de mon passage en Angleterre : les séances de yoga. À Sheffield, on en avait chaque jeudi. Ça me fait du bien, je suis en forme le matin après des exercices.

Propos recueillis par Guillaume Vénétitay, à Bombay
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