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« Aujourd’hui, les arbitres sont des robots »

Depuis plus d'un an, l'Assistance vidéo à l'arbitrage, plus connue sous le nom de VAR, se fait une place dans le monde du foot. De la Coupe du monde à la Ligue 1, tous les acteurs doivent désormais s'habituer à cette nouveauté, y compris les anciens. Deux anciennes figures de l'arbitrage français, Michel Vautrot et Joël Quiniou (5 participations à la Coupe du monde à eux deux), suivent cette évolution de près. Les deux hommes ont accepté de partager leur avis, leurs connaissances du métier et leur nostalgie.

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Après six mois de VAR en Ligue 1, pouvez-vous tirer un premier bilan ?
Joël Quiniou : Déjà, il y a eu la confirmation que la VAR n’allait pas tout régler. C’était une évidence. Il faut bien se mettre en tête que l’image n’apporte pas forcément la vérité du terrain. On a tout simplement déplacé le débat du terrain à l’écran, mais il y a toujours les mêmes interrogations, les mêmes incertitudes. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de positif ! Je pense que les arbitres sont plus sereins et il y a un autre point important : les joueurs savent qu’ils ont une épée de Damoclès
« Je traîne beaucoup sur internet, les réseaux sociaux et j’ai rarement vu autant de polémiques. Où est le bénéfice ? Pour l’instant, la contestation n’est pas générale parce que les entraîneurs n’ont pas trop l’indécence de cracher sur ce qu’ils ont demandé. Mais on ressent déjà beaucoup d’agacement. » Michel Vautrot
au-dessus de la tête. Un mauvais comportement peut être immédiatement sanctionné, la VAR est aussi un élément dissuasif.
Michel Vautrot : Il n’y a rien de nouveau sous le soleil ! C’est vrai qu’on a déplacé le problème ! En fait, on parle beaucoup moins des arbitres, mais maintenant, les gens n’ont qu’un mot à la bouche : la VAR. Bon, il y a quelques exceptions, comme avec Karim Abed le week-end dernier, mais c’est un constat ! Je traîne beaucoup sur internet, les réseaux sociaux et j’ai rarement vu autant de polémiques. Où est le bénéfice ? Pour l’instant, la contestation n’est pas générale parce que les entraîneurs n’ont pas trop l’indécence de cracher sur ce qu’ils ont demandé. Mais on ressent déjà beaucoup d’agacement. Puis, il faudrait déjà savoir si on dit le VAR ou la VAR. (Rires.) Moi, je dis le VAR, ça me fait penser au département et on parle bien d'un système de vidéo.


Quelle place laisse-t-elle à la fameuse interprétation de l’arbitre ?
JQ : Il faut trouver le bon équilibre. Est-ce qu’on est obligés d’aller systématiquement voir la VAR pour savoir si une main est intentionnelle ? C’est sur cette notion d’interprétation qu’il faut avancer pour qu’on puisse utiliser l’outil de façon moins fréquente et plus cohérente. Ne pas s’appuyer trop souvent sur la VAR, ça permet aussi à l’arbitre de garder de la sérénité dans sa décision. Il ne faut surtout pas déresponsabiliser l’arbitre. Il ne faut pas céder à la solution de facilité qui le pousserait à se dire : « Bon ça va, j’ai la VAR ! »
MV : Mais les gens se fichent de l’interprétation ! Ils sont dans la passion. La mauvaise foi existera toujours. Derrière la vidéo, ça reste des arbitres qui prennent une décision. Et quoi qu’on fasse, il y aura toujours des critiques et ça se passera ainsi jusqu’à la nuit des temps ! Il y a un problème de fond : on ne veut pas accepter l’erreur d’un arbitre. Pour moi, quand il faut dix ralentis, ce n’est plus une erreur d’arbitrage. Mais les
« La VAR n’est pas là pour réarbitrer le match. C’est bien l’arbitre qui va exprimer toutes ses qualités techniques, comportementales et psychologiques. Et tout ça reste fondamental, ce sont des chantiers qui font l’objet de beaucoup de travail à la DTA. » Joël Quiniou
joueurs, ils en font aussi, les dirigeants se trompent également. Les lois du jeu sont faites pour des humains, donc il peut y avoir des erreurs !

Justement, est-ce que la place de la VAR n'est pas telle qu’elle fera forcément de l’ombre au côté humain de l’arbitrage ?
MV : C’est marrant parce que je me souviens d’un dessin réalisé à la fin de ma carrière. Je crois que c’était Bernard Chenez dans L’Équipe. Il m’avait dessiné comme un robot sur des roulettes, avec des antennes qui sortaient des mes oreilles et une légende qui disait : « L’après Vautrot 2000 » . Il avait raison ! Aujourd’hui, les arbitres sont des robots. On leur a imposé un modèle, il n’y a plus vraiment de figures charismatiques comme à l’époque. Ils sont formatés, robotisés. Attention, ce n’est pas une critique, ma parole, tout le monde s’en fout ! Mais je le dis, je trouve qu’on tue l’humain avec la vidéo. Maintenant, après un but, il faut parfois attendre la vidéo... Ça enlève tout le charme du foot à mes yeux.
JQ : Ce n’est pas parce qu’il y a la VAR que les arbitres ont arrêté de travailler sur le dialogue avec les joueurs et sur le comportement à avoir pendant un match. La VAR n’est pas là pour réarbitrer le match. C’est bien l’arbitre qui va exprimer toutes ses qualités techniques, comportementales et psychologiques. Et tout ça reste fondamental, ce sont des chantiers qui font l’objet de beaucoup de travail à la DTA (Direction technique de l’arbitrage). Et heureusement ! Si on se disait que l’arbitrage se résumait à la VAR, ce ne serait plus de l’arbitrage.


On dit que la VAR apporte de la sérénité aux arbitres. Mais quand on voit des épisodes comme la panne lors de Monaco-Strasbourg ou la décision de M. Abed lors de PSG-Rennes, on a l’impression qu’elle leur met aussi une petite pression supplémentaire...
JQ : Mais imaginez s’il n’y avait pas eu le recours à la VAR lors de ce fameux PSG-Rennes, la contestation aurait été immédiate ! Sur le moment, les joueurs ont fait confiance à l’image. Bon, il y a aussi eu de la colère à la pause, c’est vrai. Mais honnêtement, je pense que la VAR apporte de la sérénité à tout le monde. Elle permet d’installer une relation de confiance entre les différents acteurs. Attention, ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de polémiques derrière. Concernant ces histoires de pannes, c’est exactement comme la goal-line technology, il y a des failles qui peuvent créer des problèmes. Mais je peux comprendre que les joueurs et les entraîneurs soient surpris quand la technologie ne va plus marcher pendant 15-20 minutes. Sauf que les arbitres n’en sont pas responsables !
MV : De mon côté, je pense qu’il y a de la pression, oui ! J’aurais été très malheureux d’arbitrer en écoutant tout ce qui se dit
« J’aurais été très malheureux d’arbitrer en écoutant tout ce qui se dit dans l’oreillette, du côté du quatrième arbitre, en ayant un spray pour mettre les murs à 9 mètres 15... On dit que la VAR est utilisée dans quatre cas précis, mais tu ne crois pas que dans l’oreillette, on dit à l’arbitre à chaque fois qu’il se trompe ? » Michel Vautrot
dans l’oreillette, du côté du quatrième arbitre, en ayant un spray pour mettre les murs à 9 mètres 15... On dit que la VAR est utilisée dans quatre cas précis, mais tu ne crois pas que dans l’oreillette, on dit à l’arbitre à chaque fois qu’il se trompe ? Il ne faut pas prendre les gens pour des idiots ! Si j’étais dans le car devant les écrans, je dirais immédiatement à l’arbitre principal qu’il a fait une connerie. Les pannes ? Je vais te dire un truc : pour moi, le championnat de France a été faussé l’année dernière ! Tout le monde va penser qu’il est temps de m’enfermer, mais je m'explique : on a eu la goal-line technology – et j’aurais été heureux de l’avoir à l’époque hein – qui a été stoppée en plein milieu de la saison. On a tout arrêté ! C’est faussé ! Où est l’égalité qu’on cherche soi-disant à travers la technologie ? La nouvelle technologie, elle est comme les hommes, elle peut tomber en panne !


Vous souvenez-vous d’une situation, une erreur, dans votre carrière, lors de laquelle vous auriez aimé avoir recours à l’assistance vidéo ?
MV : Je n’ai pas de souvenir en particulier, mais évidemment que j’aurais été heureux avec quelques gadgets supplémentaires. Mais au-delà de cette dimension technologique, l’arbitrage d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier. Je trouve les arbitres impressionnants physiquement, ce sont de vrais athlètes.
JQ : Je me rappelle d’un Auxerre-Marseille. Papin se fait accrocher à l’extérieur de la surface et j’avais sifflé penalty. Voilà une situation où la VAR aurait évité les polémiques... On se souvient forcément de quelques erreurs qu’on aurait pu corriger avec la vidéo.


À l’époque, que pensait-on dans votre milieu de la possible arrivée de la vidéo ? Était-elle déjà au centre des débats ?
JQ : On disait qu’il fallait faire confiance à l’arbitrage plutôt que d’utiliser des moyens annexes. Mais on a déjà eu des évolutions progressives, comme l’apparition du son entre l’arbitre central et l’assistant. Il y a eu des avancées, mais la vidéo n’était pas favorablement ressentie à l’époque. On disait que le foot était une activité internationale et qu’on devait utiliser les mêmes règles, les mêmes techniques, peu importent les rencontres, les continents, etc. C’est ce qui faisait le charme du foot, l’erreur faisait partie du jeu.
MV : Il a raison, Joël ! On disait que le foot était universel. Je pense que c’est une erreur de parler d’uniformisation de l’arbitrage, ça dépend des acteurs, du contexte... J’ai toujours milité pour l’esprit et la lettre. Un robot qui applique à la lettre les 17 lois du jeu, il termine le match avec quatorze rouges et vingt-huit cartons jaunes ! On oublie que la loi a donné plein de possibilités d’interprétation aux juges. Aujourd’hui, on va chercher tous les petits détails sur l’image. Tiens, je vais vous raconter une petite anecdote qui m’a estomaqué. Il m’arrive d’accompagner un ancien assistant qui contrôle des matchs de Ligue 2. Eh bien, j’ai été estomaqué de voir qu’il payait de sa poche le péage, comme s’il partait en vacances. Tout ça parce que la nouvelle technologie coûte très cher !

Finalement, les arbitres ont-ils vraiment besoin de la VAR ?
JQ : Il faudrait poser la question aux intéressés, j’imagine qu’ils diront oui.
« À partir du moment où ça peut corriger une erreur qui pourrait créer de lourdes polémiques, les arbitres sont contents de pouvoir échapper à la critique. » Joël Quiniou
À partir du moment où ça peut corriger une erreur qui pourrait créer de lourdes polémiques, ils sont contents de pouvoir échapper à la critique. Bon, reste à l’utiliser avec intelligence et ça fait aussi partie des qualités arbitrales.
MV : Bonne question ! Est-ce que Dieu existe ? (Rires.) Maintenant, oui, ça devient incontournable. Je vais faire un peu le faux-cul, mais j’aurais aimé avoir la VAR en cas de grave erreur. J’aurais aimé qu’on me dise : « Michel, stop, tu fais une énorme connerie ! » Mais d’un autre côté, je crois beaucoup au libre arbitre. C’est un peu comme un chef d’orchestre, il doit donner la confiance aux musiciens. Un arbitre, il doit obtenir celle des joueurs, des entraîneurs, c’est pareil. Malheureusement, on crie toujours au scandale après une erreur. Un joueur qui rate un tir au but, il est entouré par ses coéquipiers. Un arbitre qui se trompe ? Il sera toujours exécuté au milieu de la place publique. Propos recueillis par Clément Gavard