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Médine : « Mahrez est l'opposé du cliché de l'Algérien sanguin »

Du haut de ses 18 millions de vues, KYLL, fruit d'une collaboration entre Médine et Booba, a égayé YouTube et le rap français depuis sa sortie en novembre dernier. Huit mois plus tard, à l'heure où le Sénégal et l'Algérie s'apprêtent à s'affronter en finale de la Coupe d'Afrique des Nations 2019, le morceau prend encore plus de sens. Car au-delà des références au parcours de Kylian Mbappé, il fait l'apologie de l'amitié franco-sénégalo-algérienne.

En novembre dernier, tu sortais KYLL. C’est ta première collaboration avec Booba, alors que tu rappes depuis 20 ans et lui depuis 25. Comment vous est venue l’idée de vous servir du foot comme fil rouge du morceau et du clip, alors que ce n’est ni ton sujet de prédilection ni le sien ?
Quand on parle de foot entre nous, c’est pour dire qu’on est des grosses quiches. Booba et moi, on suit les grosses manifestations, on n’est pas des vrais connaisseurs, mais c’est assumé. Pour ce qui est du clip : le foot, c’est l’art des pauvres ; il suffit d’un ballon et c’est parti. C’est pareil pour le rap : une feuille de papier, un stylo et on y va. Bourdieu t’aurait expliqué que sociologiquement, ce n’est pas surprenant de voir les rappeurs faire des références au foot dans leurs clips et les footballeurs écouter du rap dans les vestiaires. Après, le foot n’est pas central dans le clip de KYLL. On s’en tape même un peu, du foot. L’idée, c’était de se servir de la figure de Kylian Mbappé, ce qu’elle incarne aujourd’hui.

Vidéo



Qu’incarne Kylian Mbappé à tes yeux ?
Il vient d’un quartier populaire, d’immigrations différentes : une mère d’origine algérienne et un père d’origine camerounaise. Le fait qu’il soit allé très haut au point de devenir si vite l’un des Français les plus appréciés du pays, sa détermination... Il a ce côté « La banlieue influence Paname, Paname influence le monde » .



Cette phrase, que tu prononces dans le morceau Grand Paris, Kylian Mbappé l’a justement réutilisée récemment dans une interview réalisée aux États-Unis dans un magasin de sneakers...







Oui, j’ai vu ça. On m’a envoyé l’extrait de cette interview. Des gens m’ont dit « Regarde, il a utilisé ta phrase sans te citer ! » Moi, ça ne m’a pas du tout dérangé ! L’idée derrière cette phrase ne m’appartient pas. C’est en regardant un reportage sur la mode il y a quelques années qu’elle m’est venue – un reportage sur les sneakers, justement. Un gars disait : « Brooklyn influence New York, New York influence le monde. » Enfin, il n’a pas utilisé ces mots-là, mais c’était l’idée de son propos. Moi, je l’ai dit avec ces mots-là, mais j’aime bien l’idée que cette phrase vive, qu’elle soit utilisée à droite à gauche. Pas la peine de me citer ! Le simple fait qu’il cite cette phrase signifie qu’il a écouté le morceau, ça me va. Et puis, à l’inverse, avant de faire KYLL avec Booba, on n’a pas consulté Mbappé pour lui dire qu’on allait citer son nom. On ne se consulte pas, on s’influence mutuellement ! En vrai, même s’il a aimé le morceau, il ne le dira jamais publiquement. Booba et moi avons des personnalités pas « assumables » pour un mec politiquement correct comme Kylian Mbappé. Il faut aussi voir le contexte de la sortie du morceau : je sortais de six mois de bataille pour pouvoir faire mon concert au Bataclan et Booba sortait de prison.
 


Pourquoi avoir choisi de tourner le clip à Alger ?
Tout le monde le sait : Alger, c’est la Mecque des révolutionnaires.
« Quand on est arrivés à Alger avec Booba, on a été accueillis par un chant de supporters, c'était fort. »
Il y a un super reportage qui s’appelle d’ailleurs comme ça. Bref, en Algérie, les liens sociaux se font essentiellement à travers le foot. Quand on est arrivés à la casbah avec Booba, on a été accueillis par un chant de supporters, c'était fort. Il ne faut pas oublier que là-bas, les tribunes sont l’endroit où la parole libre s’exprime. Le chant en question disait, en gros : « Le président n’est plus qu’un cadre accroché dans un bureau ! » Cet accueil avait beaucoup enjoué Booba.



Comment a été casté le petit figurant que l’on voit jouer au foot tout au long du clip ?

J’avais indiqué à la boîte de prod’ que je voulais un jeune talent. On a trouvé le petit Djamel, qui joue dans les équipes jeunes de l’USM Alger. Il a une bonne tête, il a la grinta. Dès qu’il touchait le ballon, c'était électrique. Je suis heureux qu’il apparaisse dans le clip, mais je le serai encore plus quand il aura fait carrière. Je ne sais pas pourquoi, je sens qu’il a un truc, qu’il va faire une grande carrière internationale.



Sa dernière action est un coup franc en lucarne « côté ouvert » , une espèce de miroir de celui du gaucher Riyad Mahrez contre le Nigeria...
(Il rit) Ça je ne l’avais pas remarqué, mais j’aime bien cette idée de prophétie miroir. J’aime bien ce truc précurseur. Il y a quelques années, dans le clip du morceau Lecture aléatoire (en 2008, N.D.L.R.), on avait besoin d’un petit boxeur. En 2016, un copain m’a dit : « T’as vu, le mec qui était dans ton clip, Souleymane Cissokho là, il est champion olympique ! » Il a été champion en 2016 et était capitaine de l’équipe de France, il fait partie de la « team solide » des Tony Yoka et compagnie.



Le morceau KYLL est une prophétie en soi, puisqu’il fait en quelque sorte l’apologie des relations sénégalo-algériennes ( « Alger, Dakar c’est la Oumma » ). Le fait que l’Algérie retrouve le Sénégal en finale de la CAN, ça te touche encore plus que si c’était un autre adversaire ?
« Sénégal-Algérie, c’est la finale que les quartiers attendaient, c’est notre main event, ça va bien au-delà de toutes les considérations sportives ! »
Au Havre, les immigrations algérienne et sénégalaise sont très liées. C’est une ville ouvrière qui a en partie été reconstruite par les immigrés. L’usine de Renault Sandouville a aussi eu besoin de main d’œuvre. J’ai un lien très fort avec le Sénégal. J’ai mis autant de fois les pieds au Sénégal qu’en Algérie ! Dans la musique, j’ai toujours été entouré de Franco-Sénégalais... Sénégal-Algérie, c’est la finale que les quartiers attendaient, c’est notre main event, ça va bien au-delà de toutes les considérations sportives !



Tu vas regarder le match avec Booba ?
Dès qu’il y a eu le tirage au sort, j’ai envoyé un message à trois personnes : Alivor et Tiers Monde (deux rappeurs havro-sénégalais de Dîn Records, le même label que Médine, N.D.L.R.), à qui j’ai dit : « Préparez vos grigris, parce que vous allez en avoir besoin ! » La troisième personne, c’est Booba. Il m’a immédiatement répondu : « Faut faire un four ! » En gros, qu’il ramène ses Galsen les plus sombres et moi mes DZ les plus noirs. Finalement, ça ne se fera pas car il y a un show dans le Sud qui s’est rajouté dans son agenda.



Pour revenir à Mahrez, en bon capitaine, sitôt la victoire contre le Nigeria validée, il est allé remettre à sa place sur Twitter un représentant du Rassemblement national. Qu’en as-tu pensé ?


J'ai aimé fort ! Ce qui me plaît chez Mahrez, c’est qu’il est l’opposé du cliché de l’Algérien sanguin qui s’emporte pour un rien. Il y a cette fausse croyance culturelle – que des Algériens ont contribué à alimenter – selon laquelle l’Algérien ne serait qu'une personne combative, hargneuse, nerveuse. Mahrez casse tout ça en apportant sa sérénité. Il ne hurle pas, il n’est que dans la construction, il n’incarne pas la frange la plus exacerbée des Algériens ou Franco-Algériens, celle dans laquelle ce genre de parti politique veut tous nous enfermer. J’aime cette force tranquille que dégage l’équipe d’Algérie et j’aime l’idée que Mahrez symbolise l’inverse d’un cliché.






Pas mal de personnes du Rassemblement national ont stigmatisé les débordements en marge des matchs de l’Algérie...
Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage. Déjà, les débordements qui ont été pointés du doigt ne sont pas tous liés au match ! Après, oui, il y a un côté festif sur les grands boulevards, comme on peut en voir partout à chaque Coupe du Monde, à chaque Copa América, avec son lot de débordements. Ce que les gens du Rassemblement national n’ont pas envie d’entendre, c’est que l’Algérien ne naît pas en étant condamné à foutre le bordel. Quand il y a des manifestations à Alger et que les gens nettoient les rues après la dispersion des cortèges, bizarrement, on n’entend pas les représentants du Rassemblement national saluer cette exemplarité. Ce qui est chiant dans les grosses compétitions, c’est que ça finit toujours par aller sur un terrain racial. Ça me pose un sérieux problème, j’ai envie qu’on en finisse avec ça. Même entre Sénégalais et Algériens, je vois défiler des trucs dégueulasses, du racisme intracommunautaire. Frère, on a tapé dans les mêmes ballons, on a traîné sur les mêmes terrains, on est dans le même bateau !
 


Tu parles de la CAN, de la Copa América... Tu passes ton été à regarder du foot, en fait.

Ah non, pas du tout ! Vraiment, je n’ai pas baigné dedans, je n’ai pas de culture foot, c’est juste que c’est un sujet incontournable.
« Les footballeurs ont peur des médias (...) mais ce qu’ils font est contre-productif. Ne rien donner aux médias, c’est les laisser spéculer sur ta vie, ta pensée, tes points de vue. »
Une conversation sur trois tourne autour du foot, donc même si tu ne t'y intéresses pas, tu ne peux pas y échapper. Si tu es dans le gaming, on va te parler de FIFA ; si tu es dans la mode, on va te parler de tel joueur qui est égérie de telle marque ; si tu es dans le parfum, on va te dire que Neymar a sorti un parfum avec Diesel. Sans être fan de foot, je n’ai jamais méprisé ça, je me disais juste que ce n’était pas mon truc. En vrai, il y a une chose qui m’agace, c’est la com’ des footballeurs. Tu as l’impression qu’ils lisent un prompteur. Si j’étais agent, je conseillerais à mes joueurs de se lâcher un peu plus. Je pense qu’ils ont peur des médias, on a dû leur mettre dans la tête que leurs propos allaient forcément être mal interprétés ou sortis de leur contexte. Mais ce qu’ils font est contre-productif. Ne rien donner aux médias, c’est les laisser spéculer sur ta vie, ta pensée, tes points de vue. Donc vas-y, parle, tu ne vas pas en mourir !



Tu penses que cette tendance est irréversible ?
« Tous les mecs devraient s’inspirer de Megan Rapinoe ! Il y a beaucoup d’engagement dans ses propos, j’ai trouvé très courageux le fait qu’elle prenne autant position contre la politique de Trump, pour les droits LGBT et pour tout un tas de combats sociaux. »
Ce que je pense, c’est que tous les mecs devraient s’inspirer de Megan Rapinoe ! Il y a beaucoup d’engagement dans ses propos, j’ai trouvé très courageux le fait qu’elle prenne autant position contre la politique de Trump, pour les droits LGBT et pour tout un tas de combats sociaux. J’imagine qu’il y a des chapes de plomb dans le foot masculin, des histoires d’argent qui empêchent les mecs de s’exprimer, mais je trouve ça dommage.



Au fait, entre 2010 et 2013, Riyad Mahrez est passé au Havre, où il a fini sa formation et entamé sa carrière pro. Tu arrives à déceler son côté havrais quelque part ?

Dans son accent peut-être ! Ses « r » le trahissent : ils sentent le dialecte algérien et le parler havrais.

Propos recueillis par Matthieu Pécot
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