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Mauro de Rosario

L’attaquant du PSG a grandi dans un quartier difficile de la troisième ville d’Argentine. Avant que sa famille ne soit contrainte de quitter le pays pendant la crise de 2001. Un exil forcé, très jeune, qui a distendu les liens avec sa terre natale.

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«  Je ne vous conseille pas d’aller là-bas. C’est une zone très dangereuse.  » Alejandro, la soixantaine, préfère prévenir. Depuis plus de quarante ans, il conduit son taxi dans les rues de Rosario. Le quartier de La Ceramica, dans le nord de la ville, il le connaît trop bien.
« Il y a une villa à deux blocs d’ici. Le soir, on sait que ça trafique de la cocaïne devant chez nous. »
« Il vaut mieux l’éviter. » Un rapide coup d’œil dans les pages faits divers du quotidien local, La Capital, suffit à confirmer l’avertissement. Le week-end dernier, un homme tué par balles à un croisement. Quelques jours plus tôt, une femme de 30 ans poignardée. Elle tenait dans ses bras son nouveau-né. Il y a un mois, une fusillade éclate en fin d’après-midi. Bilan : un blessé, un mort. Souvent, l’ombre des cartels de la drogue. Mauro Icardi a grandi ici. À quelques centaines de mètres de la Perdriel. La rue où son compatriote du PSG Ángel Di María a passé son enfance. Dans ce quartier très modeste, des maisons, de deux étages maximum, aux façades défraîchies, fissurées, des volets de travers, de solides barreaux aux fenêtres, et le bitume des routes souvent défoncé. « Il y a une villa (N.D.L.R. : un bidonville) à deux blocs d’ici, dit un habitant. Le soir, on sait que ça trafique de la cocaïne devant chez nous. »


Murs en briques, humidité et Batistuta


La zone « protégée » du quartier, c’est le club de football de Sarratea situé à l’angle des rues Araoz et Archoris. Ce mardi, comme tous les soirs de la semaine, des dizaines de gamins âgés de cinq à treize ans viennent taper le ballon sur ce terrain mi-herbe, mi-terre, encadré de murs en briques. « En venant ici, au moins, les enfants ne traînent pas dans la rue » , confie un père de famille. Il y a vingt ans tout juste, Mauro Icardi commençait là son histoire avec le football.
« Il savait mettre le ballon au fond. Comme maintenant. »
C’était en 1999. Alors âgé de 6 ans, l’ancien attaquant de l’Inter se fait très vite remarquer. Lors de sa première année, il inscrit 51 buts et finit meilleur buteur de son équipe, sacrée cette saison-là et lors des deux suivantes. « C’était déjà un goleador. Le numéro neuf ! » , se souvient Maria*, la mère de l’un de ses amis d’enfance. « On voyait qu’il avait un petit truc en plus » , appuie Javier Aragueñas, président du club : « Il savait mettre le ballon au fond. Comme maintenant. » La nouvelle coqueluche des supporters parisiens est la fierté de Sarratea. Une équipe qui a également vu commencer l’ancien attaquant de la sélection argentine Julio Zamora, vainqueur de la Copa América en 1993.



Derrière le bar, à l’intérieur du club, sous un plafond rongé par l’humidité, les trophées remplissent plusieurs étagères. Une photo est accrochée à une coupe remportée en 2011. Accroupi, au milieu de l’équipe menée par « El Profe José » , il y a le petit Mauro, maillot blanc, col bleu et rouge relevé façon Cantona. Il tient le ballon avec sa main gauche. Un grand sourire illumine son visage poupin. Son surnom à l’époque : « Cañito  » . Pour ses jambes longues et fines. « Il ne pensait qu’au foot » , se rappelle Maria. Les études au Collège San José Obrero dans le quartier de La Florida près de là ? Pas sa priorité. Le joueur qu’il admire à l’époque : Gabriel Batistuta, l’idole de sa province, Santa Fe. Un buteur racé. Comme lui. Dans sa famille, son père soutient Rosario Central, son oncle River Plate. Mais lui, convaincu par son meilleur ami et « grand frère » , Juan Manuel « Juanchi » Gil, choisit de supporter Newell’s Old Boys, le club qui a vu grandir Lionel Messi.


Un exil forcé pour survivre à la crise de 2001


« Les Icardi ont eu beaucoup de soucis. Leur maison a brûlé. Un court-circuit, je crois. La vie n’a pas toujours été facile pour eux. »
Mauro, lui, n’aura jamais sa chance chez les « Lépreux  » **. Sa famille, mise à mal comme beaucoup d’Argentins par la crise économique qui secoue le pays en 2001, est contrainte de quitter le territoire pour survivre. À l’époque, les Icardi n’arrivent plus à joindre les deux bouts. « Le père, Juan Carlos, est un boucher, un boulanger et un chef cuisinier formidable  » , se souvient une proche qui préfère garder l’anonymat : « Mais ils ont eu beaucoup de soucis. Leur maison a brûlé. Un court-circuit, je crois. La vie n’a pas toujours été facile pour eux. » La famille étant en grande difficulté, le club Sarratea leur tend la main. Pendant quelque temps, ils dormiront là. Dans une petite salle reconvertie maintenant en secrétariat.



« Encore aujourd’hui, des familles, qui n’ont plus de maisons, vivent ici  » , explique Katy, une bénévole : « C’est un club social. Souvent, les parents se rejoignent autour d’une table. "Qui a un travail ?", "Qui n’en a pas ?" On va essayer de trouver une solution. On s’entraide. Toujours. Et grâce à Dieu. » Dans le quartier, tout le monde se souvient d’Analia, la mère de Mauro, qui préparait et vendait ses pâtisseries, « des alfajorcitos et de la pastafrola » , pour tenter de gagner quelques pesos. Pour sortir sa famille de ce mauvais pas, le père demande et obtient la nationalité italienne. Il s’envole, d’abord seul, pour les Canaries où son fils Franco, issu d’une autre union, l’aide à trouver un travail dans un restaurant. Un mois plus tard, en juin 2002, sa femme et ses enfants, Mauro âgé de 9 ans et ses petits frère et sœur, Guido et Ivana, quittent l’Argentine pour le rejoindre. L’exil, bien que forcé, les sauvera. En Espagne, la carrière de l’actuel joueur du PSG décolle : du petit club de Vecindario à la Masia de Barcelone avant l’Italie à la Sampdoria et l’Inter.

Avant tout, le mari de Wanda


« J’ai découvert qu’ils avaient été contraints de dormir au club en lisant les articles. Mais tout est vrai. Maintenant, tout doit passer par Wanda ! » Un prochee de la famille
Mauro Icardi revient de temps à temps à Rosario. Il y était en janvier dernier avec ses enfants et sa femme et représentante Wanda pour visiter son père, remarié et retourné vivre dans la province de Santa Fe. Juan Carlos est redevenu boucher dans la « zona norte » de la ville. Comme son frère, Carlos Ismael, qui travaille toujours dans le quartier. Les Icardi ne parlent pas. Un membre de la famille s’en excuse. « C’est Mauro qui ne veut pas » , prévient-il, insistant pour que son nom n’apparaisse pas dans cet article. Même demande chez une autre proche du clan. Selon eux, l’attaquant du PSG n’aurait pas apprécié du tout que les difficultés connues par sa famille se retrouvent publiées dans les journaux en Argentine et en Italie. Pourquoi ? Un mystère. « J’ai découvert qu’ils avaient été contraints de dormir au club en lisant les articles. Mais tout est vrai » , assure un familier : « Maintenant, tout doit passer par Wanda !  »


« Enfant, il était très capricieux et a gardé un fort caractère. Mais c’est un très bon garçon ! Je le vois souvent jouer à la télé. J’ai vu ses deux buts contre Marseille. Pour moi, ce n’est pas le "crack" que tout le monde voit. C’est mon petit Mauro. » La mère de l’un de ses meilleurs amis
La dernière fois que Mauro Icardi est allé à la Ceramica, c’était avec elle. « Fin 2013 » , assure plusieurs habitants du quartier. Quelques mois avant son mariage hypermédiatisé avec la starlette argentine. « Il est venu nous la présenter. Avec Wanda, ils sont tombés amoureux. Je ne veux pas qu’on le juge pour ça  » , demande Maria, la mère de l’un de ses meilleurs amis qui vit toujours là. C’est que, au pays de Maradona, l’attaquant du PSG est souvent présenté de manière peu glorieuse. Comme l’homme qui aurait « piqué  » la femme de son ancien coéquipier et ami à la Sampdoria, Maxi López. Le verbe « Icardear  » s’est depuis popularisé pour décrire ce type de situation. L’histoire alimente encore régulièrement les shows people dont les Argentins sont si friands. Tout comme les relations très tendues entre Wanda Nara et sa belle-sœur, Ivana Icardi, candidate de Gran Hermano en 2016, l’équivalent du Loft. Finalement, c’est l’image du joueur qui en pâtit. « C’est un formidable époux et un bon père, insiste Maria pour le défendre. Enfant, il était très capricieux et a gardé un fort caractère. Mais c’est un très bon garçon ! Je le vois souvent jouer à la télé. J’ai vu ses deux buts contre Marseille. Pour moi, ce n’est pas le "crack" que tout le monde voit. C’est mon petit Mauro. »


« En Argentine, il n’a pas de supporters  »


Si le quartier qui l’a vu grandir semble garder de l’affection pour lui, difficile d’en dire autant du reste de la ville et du pays. Ce mardi soir, Newell’s Old Boys joue à domicile face au Gimnasia de Diego Maradona. Autour du stade Marcelo Bielsa, c’est l’effervescence des retrouvailles avec le Pibe de Oro. Évoquer le nom de Mauro Icardi avec des supporters leprosos ne déclenche pas les passions et provoque, souvent, l’indifférence. « Icardi ?? Ahhh c’est le mec de Wanda ! » , réagit Nestor, maillot rouge et noir sur les épaules : « Il supporte Newell’s je crois non ? » À ses côtés, Alejandro, un trentenaire : « Pour moi, c’est un bon joueur. S’il vient jouer ici à la fin de sa carrière, c’est cool. » Sans plus.


« Je dirais qu’il est assez ignoré en Argentine » , analyse Diego Borinsky. En novembre 2015, il est l’un des premiers journalistes du pays à publier un portrait de l’attaquant méconnu qui commence à flamber avec l’Inter. À la une du magazine El Grafico, une photo du buteur, les bras croisés, regard azur, accompagnée du titre : « Bambino de Oro » .
« Le problème, c’est que, quand il est venu en sélection, il n’a jamais marqué les esprits. Et comme il n’a jamais joué en Argentine, il n’a pas de supporters ici. »
Le reporter, qui travaille aujourd’hui au quotidien La Nacion, le décrit alors comme «  celui que l’on continue de voir comme le mari de Wanda et dont on ne connaît quasiment pas la voix » . Cette voix, il ne l’entendra pas. L’interview se réalisant, après de multiples reports, finalement par mail. Quatre ans plus tard, la description, faite à l’époque, semble toujours d’actualité. « Le problème c’est que, quand il est venu en sélection, il n’a jamais marqué les esprits (N.D.L.R. : 8 sélections, 1 but entre 2013 et 2019), explique Borinsky. Et comme il n’a jamais joué en Argentine, il n’a pas de supporters ici. » D’autres attaquants sont en plus davantage valorisés par le public et les médias en ce moment. À commencer par le jeune Lautaro Martinez, l’enfant de Racing, nouveau chouchou de l’Albiceleste et de l’Inter. Sergio Agüero est toujours là. Même Lucas Alario du Bayer Leverkusen, auteur de deux buts contre l’Allemagne et l’Équateur en match amical en octobre dernier, apparaît comme une alternative plus désirée. Aussi parce qu’il est adoré par les supporters de son ancien club : River Plate. « Cela a beaucoup d’influence » , pense le journaliste. Du coup, il n’y a pas beaucoup de demandes pour Icardi. » Le néo-Parisien doit montrer plus que les autres. Et si possible dans les matchs importants de Ligue des champions. Ses buts dans une Ligue 1 peu médiatisée en Argentine passant un peu inaperçus.



« On sait que ce n’est pas facile pour lui, mais on aimerait qu’il vienne nous voir plus souvent. Même cinq minutes. Pour se prendre en photo avec les petits et donner un peu d’espoir. » Un dirigeant du club de Sarratea
Les seuls qui l’attendent vraiment se trouvent dans son premier club. « Il a joué ici et maintenant il est en France ! Je regarde tous ses matchs ! » dit Javi, 15 ans, au milieu du terrain de Sarratea ce mercredi soir à la nuit tombée. L’équipe est tellement fière d’avoir vu commencer le jeune Mauro que son nouveau maillot est désormais une réplique exacte de la tunique du Paris Saint-Germain de la saison passée. Un hommage évident. « Et parce qu’on a les mêmes couleurs que le PSG. Rouge et bleu. Depuis toujours ! » s’amuse le président Javier Aragueñas. Le buteur n’est plus passé au club depuis quelques années. « On sait que ce n’est pas facile pour lui, mais on aimerait qu’il vienne nous voir plus souvent, demande un dirigeant en off. Même cinq minutes. Pour se prendre en photo avec les petits et donner un peu d’espoir. »

Par Georges Quirino-Chaves à Rosario *Le prénom a été modifié à la demande de l’interviewée
**Surnom du club de Newell’s Old Boys