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La Poche percée

Moins de six mois après avoir touché le pic de son aventure avec Tottenham à Madrid, Mauricio Pochettino a été poussé vers la sortie mardi soir au bout de 18 derniers mois compliqués, marqués par un conflit avec Daniel Levy et de nombreuses frustrations. Un chapitre se referme chez les Spurs.

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La photographie du printemps 2019, d'abord : Mauricio Pochettino est sur un nuage, l'Ajax est sous ses pieds et son destin sous son nez. Il faut revoir l'Argentin bras tendus et torse bombé, au milieu de la Johan Cruyff Arena d'Amsterdam. Il faut surtout se l'imaginer de nouveau, 45 minutes plus tôt, prêt à arracher toutes les têtes de son vestiaire, avant de laisser Harry Kane, blessé depuis des mois, secouer ses potes et notamment souffler ces mots : « C'est ça que vous voulez ? C'est ce souvenir-là que vous voulez laisser aux gens ? » Non, bien évidemment, alors les Spurs, battus à l'aller à Londres (0-1) et menés 2-0 depuis la 35e minute à Amsterdam, étaient ressortis sur le gazon toutes dents dehors et avaient retournés l'histoire en terrassant l'Ajax aux tripes (2-3) grâce à un triplé - trois buts du gauche - de Lucas Moura, droitier. Pochettino tenait alors là une occasion en or de mettre (enfin) un trophée dans son salon et de poser une médaille au milieu d'une aventure entamée au printemps 2014 avec un club qu'il s'est amusé à retaper avec patience et brio. On connaît la suite : début juin, à Madrid, son Tottenham a été battu en finale de la Ligue des champions par Liverpool (0-2) et a ainsi entretenu sa réputation de joli loser. Certains se disaient alors que ces mecs-là reviendraient un jour, que ce n'était que partie remise, qu'au fond, à force de se cogner dans les haies, ils finiraient bien par apprendre à les sauter. Mais Pochettino, lui, savait que quelque chose allait bientôt se casser et que sans l'intervention de son patron, Daniel Levy, Tottenham courait un sérieux danger. Et il avait raison : mardi soir, après un début de saison catastrophique - 14 points pris en 12 journées de championnat, aucune victoire à l'extérieur - et plus globalement une année 2019 compliquée en interne, Mauricio Pochettino a été démis de ses fonctions. Brutal et paradoxal, mais finalement peu surprenant.

Levy a entravé le cycle naturel de son club


Peu surprenant car le technicien argentin avait pris soin d'avertir tout le monde. Et à plusieurs reprises. Une première fois, lors de l'hiver 2018 via cette déclaration directement envoyée dans les côtes de son président : « Arrive un moment où il faut se donner les moyens de ses ambitions. » Ainsi, Pochettino demandait à Levy de se bouger davantage sur un marché des transferts turbulent et de préparer progressivement une fuite des talents presque prévisible. Ce qu'en a fait le propriétaire des Spurs ? Juste une réponse, dans le magazine officiel du club : « Toutes les composantes du club doivent avancer ensemble. » C'est-à-dire : dans son sens, soit celui d'un Tottenham à cheval sur ses sous, qui attendait d'inaugurer son nouveau stade avant de se remettre à bouger sur le mercato et dont le coach principal devait se débrouiller avec ce qu'il avait, point. Le problème est qu'en adoptant cette stratégie, Daniel Levy a complètement entravé le cycle naturel des Spurs à un moment où le premier chapitre de l'ère Pochettino se refermait de façon magnifique, soit avec une finale de Ligue des champions, la première de l'histoire du club londonien. Derrière, de nombreux joueurs (Kane, Rose, Alderweireld, Eriksen) ont reçu des propositions, certains auraient souhaité partir, mais Levy a préféré retenir certains cadres contre leur gré. Ainsi, après un été psychologiquement difficile (Pochettino a notamment passé dix jours enfermés chez lui à Barcelone à ressasser la finale perdue face à Liverpool), Tottenham a redémarré la saison dans un chantier total et avec aucune recrue réellement capable d'intégrer directement le onze de départ.

Frustration et leçon de football


Alors que Pochettino avait glissé à Levy la nécessité de régénérer son groupe, il n'en a rien été, et seulement trois jeunes promesses (Sessegnon, Lo Celso, Ndombele) ont déboulé alors que Kieran Trippier faisait ses valises pour l'Atlético. Résultat, l'Argentin a été obligé de repartir avec plus ou moins les mêmes hommes, mais avec des hommes majoritairement frustrés et ayant refusé de prolonger, comme Vertonghen et Rose. Et patatras : Tottenham enchaîne depuis des mois les copies insipides en championnat (25 points pris en 24 journées depuis février !), a reçu une leçon de football chez lui face au Bayern (2-7) en septembre et n'a livré qu'une vraie bonne prestation cette saison (contre Crystal Palace, mi-septembre) alors que les cadres (Eriksen, Alli, Kane) se sont progressivement usés par manque d'alternatives. Levy a décidé d'agir en licenciant Mauricio Pochettino mardi soir, en pleine trêve internationale et alors que les Spurs ne sont finalement qu'à trois points de la cinquième place. Il se murmure qu'il pourrait surtout effectuer un virage ultra serré dans sa stratégie en sortant José Mourinho de son silence. Il se dit, surtout, qu'une page de l'histoire de Tottenham se referme alors que Pochettino, à qui il restait trois ans de contrat et à qui Levy devra régler plus de 15 millions d'euros, prévenait depuis des mois et des mois que l'affaire tournerait ainsi si rien n'était fait. Rien n'a été fait : mais quelle sera la suite, désormais ?

Par Maxime Brigand
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