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Mathieu Valbuena : « J'ai été lynché pour rien, mais c'est la vie »

Mathieu Valbuena a signé cet été à l’Olympiakos Le Pirée. À 35 ans, l’ancien international français s’épanouit en Grèce et a encore soif de titres. Interview renaissance.

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L’Olympiakos est leader de la Superleague grecque en étant invaincu (cinq victoires et un nul en six matchs). On peut parler d’un début de saison parfait ?
Oui, c’est un super début de saison. On a eu beaucoup de matchs avec les tours préliminaires de Ligue des champions, avec un objectif à court terme qui était de se qualifier pour la phase de poules, ce qui a été fait. On a eu ce petit accroc contre le Panathinaïkos (1-1), où on prend ce but à la 90e, et à Belgrade (défaite 3-1 face à l’Étoile rouge en Ligue des champions, N.D.L.R.), mais c’est vraiment faire la fine bouche. Globalement, c’est un super début de saison.

Contre l’Étoile rouge, vous avez passé le match sur le banc. C’était un choix tactique ou vous avez demandé à souffler ?
J’étais sorti au match précédent, contre Lamia, pour une douleur à l’adducteur, et le coach n’a pas voulu prendre de risque, il a voulu me protéger. C’était un choix pour me protéger plus que tactique.

Quel regard vous portez sur le niveau du football grec ?
Franchement, c’est pas facile. Comme en Turquie, c’est pas évident de jouer dans ces pays-là. L’Olympiakos est attendu partout en Grèce, c’est très compliqué d’aller jouer dans des stades petits, fermés. Il y a un gros derby, il y a des matchs assez tendus et on n’a pas encore joué le PAOK, on n’a pas encore joué l’AEK... C’est un championnat difficile où il faut être le plus régulier possible. On le voit à domicile, quand tu ne marques pas rapidement ce premier but, ce deuxième but, tu n’es pas à l’abri d’un contre ou d’un coup de pied arrêté. Il faut être vigilant, sérieux, mais c’est pas si simple.

À titre personnel, ça se passe plutôt très bien...
C’est magnifique. Mon adaptation se passe très très bien.
« Tout était réuni pour que je vienne signer ici. Cette ferveur aussi... Ici, c’est européen, méditerranéen, ça me fait penser à Marseille. »
Je sais où j’ai mis les pieds, j’étais en contact avec José Anigo depuis octobre (2018). Tout ce qu’il m’a dit me correspondait par rapport à ma personnalité, dans ce que je voulais, surtout à mon âge : continuer à prendre du plaisir tout en étant ambitieux et en ayant des objectifs à court terme. À mon âge, c’était une très belle opportunité. La qualité des infrastructures, les conditions de vie... Tout était réuni pour que je vienne signer ici. Cette ferveur aussi... Ici, c’est européen, méditerranéen, ça me fait penser à Marseille.

Marseille, Fenerbahçe, Olympiakos... On a l’impression que vous cherchez cette ferveur pour vous transcender. C’est un moteur pour vous ?
Ça a été un moteur tout au long de ma carrière. Parce que je suis un passionné de football, un passionné de grosses ambiances, un passionné de grands matchs. Dans tous les clubs que j’ai pu faire, il y avait une grande ferveur, c’est quelque chose qui m’anime. C’est pour ça que je relève ce défi-là, que j’ai accepté ce projet de l’Olympiakos. Et aujourd’hui, ça se passe super bien. J’ai été aidé par François (Modesto), par Christian (Karembeu), qui sont au club, qui sont des Français, ça a accéléré le processus. Et en matière de statistiques, ça se passe hyper bien : huit passes décisives et quatre buts en douze matchs.



C’est une deuxième jeunesse ?
Oui, je pense qu’en faisant l’historique de mes débuts de saison, c’est le meilleur. C’est très intéressant, il y a beaucoup d’ambition au club. Je suis venu ici pour avoir ça, je me sens bien en jambes, je me sens très bien dans ma peau et j’ai l’impression de vivre une seconde jeunesse.

Depuis le début de saison, vous évoluez au poste de numéro 10, un poste que vous n’occupiez plus depuis un moment...
Depuis Lyon, puis à Fenerbahçe, j’ai pris l’habitude d’évoluer en milieu gauche. J’avais pris mes repères et en arrivant ici, je pensais aussi jouer milieu gauche, mais j’ai été repositionné en 10 après la blessure de Kostas (Fortounis, blessé à l’intersaison pour plusieurs mois, N.D.L.R.). Un poste auquel je n’avais plus évolué depuis un moment, qui me plaît, mais il fallait que je retrouve les automatismes qui ne sont pas les mêmes quand tu joues sur un côté. Je les ai retrouvés et ça me fait énormément de bien. Je me trouve beaucoup plus proche du but, je suis mieux dans la gestion de mes efforts. Après, il faut découvrir les partenaires, que la mayonnaise prenne, etc. Mais j’en suis très content.

Quel est votre rapport avec les supporters ici ?
J’ai été accueilli par de nombreux supporters quand je suis arrivé, ils étaient contents de ma venue. Mais c’est toujours pareil, il faut montrer sur le terrain, prouver qu’ils peuvent avoir confiance en moi, ne pas décevoir. Ma relation avec les supporters est très très bonne, je montre sur le terrain que j’essaye d’apporter mon expérience, ma maturité et mes qualités. En plus de ça, l’équipe fonctionne bien, donc il n’y a rien de mieux. Quand je suis remplacé, je suis beaucoup applaudi, c’est quelque chose qui me transcende, qui me donne encore plus envie de m’investir, encore plus envie de me sentir aimé et important. Ça a toujours été un leitmotiv dans ma carrière, j’en suis heureux.



À votre arrivée, il y avait pourtant du scepticisme, tant chez les supporters que chez les journalistes. On a l’impression que toute votre carrière a été marquée par ce besoin de prouver...
Bien sûr. Tout au long de ma carrière, ça a été des interrogations, des gens sceptiques sur ma capacité à pouvoir surmonter tous ces niveaux-là. D’arriver dans le monde professionnel, de réussir à l’Olympique de Marseille, d’être international... Toutes ces étapes, je les ai franchies. Ça pour moi, c’est une grande fierté, c’est une victoire pour moi. Je sais qu’ici, il y avait pas mal de gens sceptiques, certains pensaient que je venais en retraite, à 35 ans... Mais moi, je suis quelqu’un qui aime contrecarrer, contredire toutes ces choses-là. Plus j’entends des choses comme ça, plus ça me donne la rage. Je n’ai rien à prouver à personne aujourd’hui, mais j’aime bien le faire, parce que quand j’entends ces choses-là, j’ai envie de montrer que les gens se trompent, et quand je viens dans un projet, j’ai envie de rendre cette confiance. J’ai envie de réussir comme j’ai pu le faire au Fener, à Lyon, au Dynamo Moscou et à Marseille.

Est-ce que vous avez souffert du traitement médiatique ?

Souffrir, non. Ça ne m’a pas fait plaisir, c’est sûr, mais je ne suis pas tombé des nues. Je sais que ce monde-là est cruel, je sais que je n'ai pas eu le soutien que j’aurais dû avoir et que j’aurais mérité. Parfois, j’ai été lynché pour rien, mais c’est la vie.
« J’ai porté fièrement les couleurs de l’équipe de France, mais on ne retient pas ça. On retient des choses qui sont extra-football et je trouve ça dommage. »
C’est pour ça que j’ai voulu partir, je trouve qu’on me donne beaucoup plus de considération à l’étranger. Les gens ne me parlent que par rapport à ce qu’ils voient en tant que footballeur, par rapport à ce que je montre, à l’abnégation, à ce que je dégage en tant que joueur, en tant que personne dans un club. Quand je suis parti de Fenerbahçe, j’ai eu beaucoup de considération des gens, beaucoup d’amour. Ici aussi, j’en ai. Après, bien sûr, c’est conditionné par votre niveau de performance. En France, quand tu as une image, c’est difficile de t’en défaire, et au lieu de voir les choses positives dans ta carrière, le parcours que j’ai, qui est quand même exceptionnel, on ne retient que les choses négatives, que des choses néfastes... Mais je suis fier d’être français, je ne renierai jamais ça. J’ai porté fièrement les couleurs de l’équipe de France, mais on ne retient pas ça. On retient des choses qui sont extra-football et je trouve ça dommage.

Ça vous a poursuivi toute votre carrière depuis votre arrivée à Marseille, ce traitement médiatique, mais aussi ce rapport contrasté aux supporters. Vous avez souvent fait l’objet de moqueries. Comment l’expliquez-vous ?
Plus on parle de toi, plus t’es important. Du fait de ma petite taille, dès mon arrivée en professionnel, on ne m’a jamais pris au sérieux.
« Du fait de ma petite taille, dès mon arrivée en professionnel, on ne m’a jamais pris au sérieux. On a toujours voulu me mettre au défi, mais on ne m'a jamais mis à l’amende. »
On a toujours voulu me mettre au défi, mais on ne m'a jamais mis à l’amende. Ces choses m’ont forgé un caractère. J’ai baigné dans le monde professionnel directement par Marseille. Forcément, tu fait un gros bond. Au début, c’était dur, mais quelque part, ça m’a forgé un caractère très vite et très jeune, et derrière, ça s’est poursuivi. Quand je suis arrivé à Lyon, ça n’a pas été évident non plus, mais quelque part, j’ai toujours renversé ces situations-là. J’ai toujours repoussé mes limites. Je me disais : « Peut-être que ça, tu ne vas pas le surmonter, peut-être que ça tu ne vas pas pouvoir le faire. » Et à chaque fois, je l’ai fait. Pour moi, ce sont des grandes victoires. Je pense avoir réussi partout où je suis passé. C’est une fierté.



Quand vous retournez au Vélodrome avec l’OL, il y a une poupée à votre effigie pendue dans les tribunes. Comment on vit ce genre d’événements ?
Moi, j’aime bien les ambiances électriques, ce qui m’a le plus peiné, c’est d’avoir tant apporté à l’Olympique de Marseille et d'être reçu comme ça. Mais croyez-moi, c’était un contexte qui voulait ça. Moi, je « vis » sur Marseille, je ne vois jamais une personne m’insulter dans la rue. Tous les gens me disent : « Merci pour tout ce que tu as fait à l’OM, tu devrais revenir. » J’ai que des mots d’une sympathie qui me touche. Les gens viennent me voir, ils sont touchants : « T’as vraiment marqué l’histoire du club. » Avant de signer à l’OM, je n'aurais jamais pu imaginer tout ça. Mais si on m’a fait ça (la poupée pendue), c’est que les gens m’aimaient. Ça va être très difficile de revoir un joueur reçu comme ça. Ça veut dire qu’il y a eu de l’amour des supporters. Plus que de l’amour ! Sinon on ne fait pas ça. Je l’ai pris, après, positivement. Mais c’était un contexte. Quand je rentre, j’entends beaucoup de choses positives sur moi et c’est le plus important.

À Lyon, il y a aussi eu cette rumeur sur votre décès...
Il y a eu un déferlement médiatique avec toutes ces affaires extra-sportives qui ont fait que ma première année à l’OL a été compliquée, à partir de décembre. Ensuite, j’ai eu la naissance de ma fille, j’ai eu six-sept mois compliqués, mais je ne voulais vraiment pas partir de l’OL, pour montrer que je pouvais réussir ici.
« Même si ça a été compliqué, je garde de très bons souvenirs de Lyon. Plusieurs choses ont fait mal à ma famille, mais on est passés au-dessus. »
Je n’avais pas envie qu’on dise «  Valbuena il est venu ici, il a pris son argent et il a rien branlé  » . Et ma deuxième année s’est passée magnifiquement bien. Ce que je retiens c’est qu’à mon arrivée, les Bad Gones ont été clairs avec moi et m’ont dit qu’ils n’étaient pas favorables à ma venue. Et à la fin, quand je fais mon dernier match contre Nice, j’ai reçu la standing ovation du Parc OL et plusieurs groupes de supporters des Bad Gones m’ont dit qu’ils ne voulaient pas que je parte. Pour moi, c’était une grande victoire de pouvoir retourner cette situation. Même si ça a été compliqué, je garde de très bons souvenirs de Lyon. Plusieurs choses ont fait mal à ma famille, mais on est passés au-dessus. Pour moi, le plus important, c’est quand je suis sur un terrain, que je peux m’exprimer et être heureux.

Un de ces événements extrasportifs, l’affaire de la sextape, a mis fin à votre carrière en équipe de France. Vous comprenez Didier Deschamps ?
J’aurais aimé avoir une autre sortie, choisir ma sortie en équipe de France. C’était mon désir.
« J’aurais aimé avoir une autre sortie, choisir ma sortie en équipe de France. C’était mon désir. Faut être clair, s’il n’y a pas cette affaire, je fais au moins l’Euro 2016. C’est une évidence. »
Faut être clair, s’il n’y a pas cette affaire, je fais au moins l’Euro 2016. C’est une évidence. Quelque part, ça n’a pas été sportif. Si je reste dans la continuité de ce que je faisais, tu me reprends à la prochaine sélection, donc on n’a pas voulu pour soi-disant me protéger, mais en fin de compte, ça ne m’a pas protégé, puisque j’ai été perdant à tous les niveaux. J’ai été victime et perdant. Après, qu’il y ait une nouvelle génération etc., aucun problème. Mais je pense ne pas mériter ça. Mais aujourd’hui, je ne suis plus fâché, loin de là. Didier Deschamps a été très important pour moi, que ce soit à Marseille ou en sélection. Je serai toujours reconnaissant par rapport à ça. Je n’ai pas la mémoire courte. J’ai été déçu, mais je l’ai eu avant l’Euro au téléphone, il m’a dit qu’il ne me prenait pas, et à la fin, je lui avais souhaité « bonne chance » .



Vous avez signé un an à l'Olympiakos. Vous pensez jouer encore combien d’années ?
Tant que je le pourrai, tant que je prendrai du plaisir. Peut-être deux ou trois ans encore. Parce que quand on me voit jouer, on ne voit pas forcément que j'ai 35 ans. Je me sens très bien physiquement, je me sens « fit » . Le plus important, c’est de prendre du plaisir sur le terrain, et d’en donner. Quand on arrive à ces âges-là, on se dit : « Les mises au vert c’est fatiguant, se lever le matin etc. » , mais non, au contraire, c’est que du plaisir. Il faut se dire que le plus dur, c’est quand tu t’arrêtes.

Et alors, cette fin de carrière, comment vous l’imaginez ?
Aujourd’hui, je ne peux écarter aucune hypothèse. C’est aussi le charme du foot, c’est ce qui fait la beauté de ce sport, on ne sait pas où le vent nous emmène. Je suis venu ici pour un projet, j’ai envie de m’inscrire un peu sur la durée. On verra avec le club. Le plus important, c’est de m’investir pour le club et gagner des titres. Les fans et tout le club ont envie de gagner des titres.

À quoi ressemble la vie de Mathieu Valbuena en dehors des terrains de football ?
Je profite de ma fille, dès qu’elle peut venir, tous les quinze jours. Je vais à la plage parce qu'ici, même en octobre, on peut se baigner.

Vous avez réfléchi à l’après-carrière ?
Bien sûr, j’y réfléchis. Parler football, rester dans le monde du football évidemment. C’est ma vie. Après ma carrière, ce sera un nouveau chapitre, mais rester dans le monde du football, pourquoi pas aider un club, être recruteur ou être directeur sportif pour aider un club à partager mes connaissances, ma vision du football.

Quelle image aimeriez-vous laisser dans le monde du foot ?
Je veux simplement qu’on soit objectif. À un moment donné, on ne fait pas toujours les choses bien, personne n’est parfait, mais être objectif, c’est le plus important. Je déteste l’injustice, ce monde-là est cruel. Je n’ai jamais triché dans les clubs dans lesquels je suis passé. Tous les clubs ont été ravis de travailler avec moi comme j’ai été ravi de travailler avec eux. C’est ça que j’ai envie de garder. Que les gens puissent reconnaître que le parcours que j’ai eu est magnifique. Que ce que j’ai fait en club ou en sélection, c’est magnifique. Bien sûr que j’aurais voulu gagner quelque chose avec mon pays, gagner quelque chose avec Lyon, gagner quelque chose avec Fenerbahçe... Ce n’est pas le cas, mais j’ai tout donné. J’ai envie de gagner des choses ici et j’ai encore plein d’objectifs. Ce n’est pas fini. Je trouve que pour quelqu’un qui part de National et qui a commencé tard dans le football, ce que j'ai fait est quand même beau : 100 matchs européens, 52 sélections en équipe de France... Ce n’est pas rien.

La célébration, main au front, c’est un message à quelqu’un ?
Ça veut dire : « Les gars, je vous vois, je suis toujours là. » C’est une célébration que j’aime beaucoup et que j’espère reproduire le plus longtemps possible.

Propos recueillis par Alexandros Kottis, à Athènes