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Villas-Boas, et pourquoi pas ?

Annoncé avec insistance à l'OM, le technicien portugais de 41 ans a perdu en popularité après ses échecs en Angleterre, mais reste un entraîneur dont l'arrivée pourrait rapidement prendre l'allure d'une belle pioche.

C’est l’histoire d’un type qui avait tout pour réussir : la belle gueule, le vocabulaire, la jeunesse et même le mentor. En voyant André Villas-Boas débarquer dans l’arène, au virage des années 2010, le monde du foot avait ainsi été pris de vertige. Ce mec de trente ans à peine, dont Sir Bobby Robson vantait les mérites, que José Mourinho avait pris sous son aile pendant tant d’années et qui s’était amusé à relever l’Académica de Coimbra aussi facilement qu’un meuble Ikea en quelques mois à peine. Souvenez-vous, l’automne 2009 : l’Académica dernière de Liga NOS, qui patine avec Rogério Gonçalves et qui décide d’offrir un dépucelage à l’apprenti André. Derrière, c’est le miracle, une saison qui se termine à la onzième place et dont la cerise fut une demi-finale de Coupe de la Ligue perdue sur le fil face au FC Porto. Instantanément, Villas-Boas était devenu le génie à avoir sur son banc, chassé par le Sporting et les Dragões.


Sans hésiter, le jeune pilote avait pris le volant de Porto, son club de cœur, celui de sa ville, là où Robson lui avait tendu la main alors qu’il n’était qu’un ado et là où il avait commencé à passer ses diplômes aussi facilement qu’Omar McLeod avale les haies. À comprendre : avec un stage à Ipswich, André Villas-Boas avait validé son premier diplôme à dix-sept ans, puis le second à dix-huit et le dernier un an plus tard. Sur le banc du FC Porto, il ne resta qu’une saison : le temps de ramasser un championnat invaincu (27 victoires, 3 nuls), de déplier un jeu offensif et ambitieux, d’attraper une coupe du Portugal, une Supercoupe et surtout une C3. Personne n’avait fait autant, si jeune. Villas-Boas avait trente-trois ans.

Le souffle offensif d'un jusqu'au-boutiste


Aujourd’hui, le Portugais a 41 ans, soit trois seulement de plus que Julien Stéphan, mais, à l’heure où son nom circule du côté de l’OM, une question fuse : que reste-t-il des promesses de 2011 ? Des déceptions, d’abord, puisque après Porto, André Villas-Boas s’est planté. À Chelsea, dans un premier temps, où il était venu prendre la suite de Carlo Ancelotti en juin 2011 avant d’être balancé par-dessus bord en mars 2012 après de multiples incompréhensions et une défaite de trop à West Bromwich Albion (1-0). Celle-ci était alors sa septième en Premier League – dont une monumentale au Bridge contre Arsenal (3-5) après laquelle AVB était venu défendre son football malgré un après-midi de misère défensive – et était survenue quelques semaines après un revers tache à Naples (3-1), en Ligue des champions. Cette nuit-là, au San Paolo, Villas-Boas avait décidé de se passer d’Essien, Lampard et Cole au coup d’envoi, ce qui avait poussé Roman Abramovich à demander des comptes et avait retourné le vestiaire contre lui.


Ce passage par Chelsea aura au moins eu le mérite de mettre en lumière un élément de la carrière de l’ancien élève de Mourinho : ce dernier avait à cœur d’arracher rapidement l’étiquette de Special Two qui lui avait été collée injustement sur le dos. Injustement si on parle de football, car celui proposé par André Villas-Boas était un jeu basé sur le pressing dans le camp adverse, plus proche du Barça de Guardiola que de l’Inter de Mourinho. En 2010, AVB avait averti qu’il n’était pas « un clone » du Mou et son mandat chez les Blues aura fini de le prouver, également en matière de management. Et ça, c’est son aventure à Tottenham qui finira de le démontrer, car s’il repartira de White Hart Lane avec un bilan de 55% de victoires et une cinquième place positive lors de sa première saison, il traînera également les embrouilles internes et les branlées reçues lors de son second exercice (un 6-0 à City, un 0-5 à domicile contre Liverpool...). Pourtant, il faut peut-être retenir autre chose : prendre Villas-Boas, c’est assumer le risque, le souffle offensif, le déséquilibre et l’audace. Et quand les planètes s’alignent, tout ça peut être diablement spectaculaire. Problème : il faut suivre le technicien portugais, ce que ses joueurs ont notamment fait au Zénith lors de sa première saison, auquel cas ce dernier s’entête et peut se montrer jusqu’au-boutiste.

Le retour de Zubi


La vérité est qu’Andrés Villas-Boas a rapidement suscité une attente démesurée à la manière d’un joueur qui, pour quelques roulettes et deux-trois lucarnes, est aussitôt comparé à Zidane, avec tout ce que cela comporte en pression. Reste qu’aujourd’hui, après avoir connu quelques contrats juteux (Zénith, Shanghai), le Portugais souhaite se relancer et est prêt à revoir ses exigences salariales à la baisse. Ce qu’il cherche est un projet ambitieux, ce qu’est celui de l’OM, et une possibilité de débarquer avec son staff de fidèles. Marseille est une terre pour lui, pour les idéaux et le défi. Mieux : prendre Villas-Boas, c’est trancher avec l’ère précédente et accepter de faire repasser au premier plan Zubizarreta, qui pourrait davantage imposer sa vision qu’avec Rudi Garcia, qui souhaitait avoir du pouvoir sur le recrutement marseillais. Si le cocktail prend, le projet peut être brillant, d’autant plus si les cadres (Luiz Gustavo, Thauvin, Payet...) acceptent de jouer les curieux. Les dirigeants marseillais doivent rencontrer mardi ou mercredi le natif de Porto, à Monaco, où AVB est venu assister au Grand Prix de F1 plus d’un an après avoir pris le départ du Dakar 2018, d’où il était reparti en hélicoptère et avec un dos en vrac (oui, le bonhomme est un cascadeur et ne crache pas non plus sur quelques descentes en snowboard). Une décision sera ensuite prise, mais sur le papier, l’idée Villas-Boas, adepte du jeu de position, est tout sauf mauvaise, et ce, même si les patrons du nouvel OM n’ont plus le temps de parier : ce coup-là peut rapidement prendre l’allure d’une belle pioche. Reste qu'au-delà d'être un homme à l'image de ses chefs, Villas-Boas devra être avant tout un coach à l'image de ses supporters car c'est eux la priorité, à jamais. Voilà le principal défi du moment.



Par Maxime Brigand
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