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Mario Gaspar, du bois au Bosque

Petit dernier de la sélection de Vicente del Bosque, le jeune latéral droit de Villarreal s’est distingué en mondovision par un golazo face à l’Angleterre. Aujourd’hui sur le devant de la scène, il était pourtant considéré il y a de ça trois ans comme trop faible pour la deuxième division.

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La mine grave, les traits tirés, Vicente del Bosque s’avance en salle de presse du stade José Rico Pérez, la mine déconfite. « Je ne connais pas les détails, mais profiter du football pour semer la violence est affreux. Je me sens triste face à la situation que connaît la France » , soupire un sélectionneur espagnol pour qui la victoire face aux Three Lions, nette et sans bavure, semble déjà lointaine. Quelques instants plus tard, une question lui redonne enfin le sourire. Mario Gaspar, buteur fantasque une heure auparavant, se retrouve encensé par le coach de la Roja : « En plus d’être bon en défense, il a montré avec cette réalisation, ainsi que celle face à l’Ukraine, qu’il était très bon en attaque. » Avec deux pions en autant de capes, le jeune latéral droit de Villarreal s’impose comme un sérieux concurrent au duo de Madrilènes Juanfran-Carvajal. Surtout, le natif de Novelda, pueblo de la région d’Alicante, prend de court tous les observateurs de la Liga. Considéré comme faiblard pour la Liga Adelante, il se retrouve aujourd’hui aux portes du voyage français de l’été prochain. Un renversement de situation qui s’applique également à son club formateur, Villarreal.

Son retourné acrobatique face à l’Angleterre

Marcelino : « L’équipe, ce sera Mario et dix autres »


Lorsqu’il prend les commandes du Submarino Amarillo en janvier 2013, Marcelino Garcia Toral se retrouve face à un défi imposant. Villarreal, monument en péril, coince sévère dans sa course à la remontée immédiate et peine à s’extraire du ventre mou. Ses premiers choix, forts, poussent ainsi un jeune latéral, pourtant déjà professionnel, au bord du précipice. Mario Gaspar, tricard car considéré comme trop frêle pour la Segunda, ne répond pas aux attentes de l’exigeant Asturien qui pense à le vendre. Deux semaines et une dizaine de séances d’entraînement plus tard, le discours diffère du tout au tout. « L’équipe, ce sera Mario et dix autres » , glisse-t-il à ses adjoints. Entre-temps, Marcelino prend conscience du potentiel du jeune canterano, dont le travail incessant porte ses fruits. « Cristiano ou Messi doivent également s’entraîner. Mais contrairement à eux, nous sommes beaucoup de joueurs à ne vivre que du travail parce que nous sommes tous d’un niveau semblable » , glisse l’intéressé, en guise d’explication, au Pais. Issu d’une famille de transporteurs d’épices, Mario ne sait que trop bien l’importance du travail. Idem, il se jure à lui-même de ne jamais baisser les bras.

Son arrivée à Villarreal raconte en partie cette facette de sa personnalité. Après avoir fait toutes ses gammes dans le modeste Albacete, il profite d’un accord avec le club phare de la région pour y atterrir. À l’instar de seize de ses coéquipiers, Mario Gaspar intègre donc la cantera du sous-marin jaune – qui verse pour cette quinzaine de jeunes 1,8 million d’euros – dès son dixième anniversaire. Aujourd’hui, les rescapés se comptent sur les doigts d’une main : « Seuls Gálvez, qui est aujourd’hui au Werder de Brême, Matilla, qui évolue au Betis, et moi avons réussi à trouver un club de première division. » L’adversité, il s’en nourrit. Rien d’étonnant pour celui qui se veut un fervent admirateur de Carles Puyol, « parce que c’est un joueur fort et racé qui domine les matchs avec son esprit de guerrier » . Contrairement à ce modèle, il se démarque également par son apport offensif. Marathonien du flan droit, Mario flambe dès le retour en Primera de Villarreal. Tant en attaque qu’en défense, il s’attire les louanges de son mentor : « C’est l’un des joueurs qui m’a le plus surpris. C’est même l’un des meilleurs latéraux de Liga. »

L’étendard de la réussite du Submarino Amarillo


La réussite soudaine de Mario Gaspar illustre également la réussite d’un club intelligent, patient et structuré. Depuis cette rétrogradation surprise de mai 2012, le club propriété de Fernando Roig se renouvelle grâce à son centre de formation, actuel plus grand fournisseur des sélections de jeunes de la Roja, ainsi qu’un modèle de jeu bien défini. Résolument tourné vers l’offensive, le Submarino Amarillo fait flamber ses pépites, à l’instar du natif de Novelda, révélation de la dernière Liga. Marcelino milite alors pour sa convocation avec la Selección : « Il y a un joueur qui joue tous les dimanches. Il a joué deux fois contre Neymar et ne s’est pas fait manger. Contre Cristiano Ronaldo, idem. Et contre Bale, pareil… » Cet appel du pied, Vicente del Bosque l’entend en octobre dernier et intègre le latéral de 25 ans à sa sélection. Un choix déjà deux fois payant, qui donne des sueurs froides à ses concurrents madrilènes Carvajal et Juanfran. Pour sa part, Mario plane toujours : « J’ai vu plusieurs fois mon but face à l’Angleterre. Il me semble encore plus beau que ce que je pensais. » Du bois au Bosque, il n’y a qu’un retourné.

Par Robin Delorme, à Madrid
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