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Marcelo, le dix de derrière

Une tête d'enfant et des jambes de feu. Autrefois raillé pour ses errements défensifs, Marcelo, 25 piges, s'affirme match après match comme le meilleur latéral gauche de la planète. Combattant de la première heure avec une technique de numéro 10, le Brésilien vit bien sous la direction de Carlo Ancelotti.

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Dimanche 2 mars 2014, le Vicente-Calderón de Madrid est à la fête. Dans une partie à la Pras, très Ghetto Superstar, l’Atlético Madrid tient la dragée haute à son rival ma-ma-ma, ma-ma-drilène. Au cours de ce vrai Martin Circus de match, Carlo Ancelotti ne sourcille plus : son Real est mené 2 à 1 depuis la fin de la première période et un missile sol-air de Gabi. On dispute l’heure de jeu de ce derby et le Mister sait très bien ce qu’il va faire pour remettre son équipe dans le match. Quand la plupart des coachs de Navarre et d’ailleurs opteraient pour un vrai changement offensif, le technicien italien, lui, choisit la finesse. Son trident Benzema, Cristiano Ronaldo, Bale peut faire la différence à tout moment, inutile d’y toucher. Ce n’est pas à l’exécution, mais au bureau des méthodes qu’il faut apporter du sang frais. Ce commandant capable de diriger les opérations de loin, c’est Marcelo. Entré à la place de Coentrão, le latéral brésilien, bientôt rejoint par Carvajal, sur l’autre flanc, va faire un bien fou aux Merengues qui décrocheront finalement un match nul crucial dans la course au titre. Il faut dire que dans un monde du football qui n’a que le mot « latéral moderne » à la bouche, avoir un arrière gauche avec une technique et une vista de numéro 10, ça aide.

Un homme libre

Si son rôle est sans aucun doute l’un des rôles clés de ce football en mutation, l’arrière latéral n’en demeure pas moins un prisonnier. Captif d’un couloir, d’une ligne de touche qu’on lui demande souvent de « bouffer » , la vie de ces joueurs est faite de courses verticales et de discipline défensive. En somme, depuis toujours, ce poste est souvent le repère de joueurs unidimensionnels. C’est d’ailleurs à Madrid que l’on trouve le plus bel exemple en la personne d’Álvaro Arbeloa. Courir, se replacer, servir. Un rôle simple pour un joueur multi-oscarisé. Marcelo, lui, brille au contraire par son jeu multidimensionnel. Aujourd’hui, il est peut-être le latéral le plus « ouvert » au jeu. En effet, quand certains cracks des couloirs, de Lichtsteiner à Ivanović, se limitent à participer au jeu par leur « puissance verticale » , la rareté se trouve chez les latéraux créateurs de jeu. Et là, les spécialistes sont brésiliens. Maicon, Dani Alves ou encore Maxwell sont de bons exemples, mais Marcelo, l’ancien du futsal, est certainement le plus naturel de tous : une technique et un petit jeu de numéro 10, une finition soignée et l’amour du risque. Rarement l’ennemi d’un joli crochet, pas embêté par son mauvais pied, le latéral madrilène a toutefois longtemps inquiété le Santiago Bernabéu qui a connu le grand Roberto Carlos : est-ce qu’un tel prototype de joueur est capable de défendre son couloir ? Quand il joue avec un génie du placement comme Xabi Alonso, quand son pendant à droite est discipliné comme Arbeloa et que son défenseur central a le sens du sacrifice de Sergio Ramos : oui. À Madrid, le numéro 23 a carte blanche.

L’avenir est à lui


La confiance de Schuster, qui l’a lancé dans le grand bain, l’exigence offensive de Manuel Pellegrini qui l’a stabilisé au poste de latéral gauche et la rigueur de José Mourinho, qui lui a appris à défendre. Marcelo est une éponge et dans les grands clubs, ça sert toujours. Arrivé au Real Madrid en 2007, à peine âgé de 19 ans, le latéral brésilien fait partie de ces joueurs que l’on croit vieux tant ils font partie des meubles du football européen depuis longtemps. À 25 printemps, l’ancien de Fluminense est enfin arrivé à maturité. Plus sûr défensivement, l’homme à la tête d’enfant – ou de Robinho, c’est selon – jouit également de l’amour de Cristiano Ronaldo pour l’axe. Plus le Portugais délaisse son aile pour repiquer, plus Marcelo a de l’espace. Plus amoureux des boulevards qu’un addict au Monopoly, le Pac-Man brésilien mange tous les espaces qu’on lui laisse. Même au sein du vestiaire madrilène où il met volontiers l’ambiance, un an après une embrouille avec le même CR7 suite à des déclarations sur le Ballon d'or. Petite vengeance portugaise, toutefois, il arrive que Carlo Ancelotti lui préfère Fábio Coentrão et son rat mort sur la tête. Comme quoi, de l’unidimensionnel au multidimensionnel, il n’y a qu’un pas. Un pas de danse que Carlo Ancelotti a fait le 2 mars dernier pour sauver les siens.

Par Swann Borsellino, avec Markus Kaufmann
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