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  1. // Journée mondiale de la traduction

Mais qui êtes-vous, les traducteurs/interprètes ?

Invisibles bien qu'indispensables, les traducteurs et interprètes sont aujourd'hui à l'honneur. Que ce soit pour une conférence de presse, dans le vestiaire, ou au quotidien avec les joueurs, ils sont partout et manient les langues comme personne.

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Quand on pense au bon équilibre d'une équipe, on pense en premier lieu au niveau des joueurs, au plan de jeu de l'entraîneur, à la cohérence du dernier mercato, à la série de résultats en cours ou à la communication du président. Pourtant, peu en évidence derrière ces considérations purement footballistiques, des dizaines d'hommes et de femmes œuvrent quotidiennement pour maintenir les institutions que sont les clubs de football à flot. Parmi eux, des jardiniers, des cuisiniers, des médecins, des intendants et, bien évidemment, des traducteurs et interprètes. Ces éléments-là, peu de gens les prennent en considération. Pourtant, ils sont les garants de la bonne intégration d'un joueur dans son nouveau club. Les interprètes jouant le rôle d'une indispensable passerelle linguistique à l'heure de la mondialisation de la sphère football.

La voix royale


Avant de pouvoir traduire les propos des plus grands joueurs et entraîneurs, il faut impérativement passer par la case études. Pour pouvoir permuter aisément du français à l'anglais, à l'espagnol, à l'italien ou même au chinois, rien de mieux qu'une licence. Franckie Tourdre, interprète freelance basé à Rome, a lui suivi la voie royale. « Pour devenir traducteur, la voie royale est de faire une licence en langues étrangères appliquées (LEA). C'est ce que j'ai fait à Nice il y a plus de dix ans » , explique-t-il, à la veille de son prochain rendez-vous lors des conférences de presse d'avant-match de Lazio/Saint-Étienne. Comme un diplôme sans expérience est aussi utile qu'un attaquant pour René Girard, Franck conseille aux interprètes en herbe de « profiter du programme Erasmus pour se perfectionner. » Oui, vos profs de langues avaient raison : on n'apprend jamais mieux qu'immergé dans un pays étranger. Pour les plus courageux et les plus ambitieux, pas question de s'arrêter là. « Ensuite, bien évidemment, il faut essayer de faire un master d'interprète/traducteur. Il faut faire la différence entre traducteur et interprète. La traduction écrite n'a rien à voir avec l'interprétation orale, en direct. »

Une fois le master en poche, Franckie Tourdre s'est lancé en tant qu'interprète freelance. En travaillant à son compte, il n'est donc employé directement par aucun club. C'est d'ailleurs le lot de la plupart de ses compères. « La plupart du temps, je passe par des agences qui ont les réseaux et les clients » , précise-t-il. Un peu à la manière des agences d'intérims, ces entreprises spécialisées s'occupent de mettre en relation les clubs et les interprètes en négociant elles-mêmes les tarifs. « Après, c'est l'agence qui fixe le tarif à l'interprète, qui accepte ou pas la mission. Mais l'interprète n'a pas de pouvoir sur les tarifs » , explique, en français, notre interprète. « Si tu envoies des CV à droite à gauche à des clubs, il y a très peu de chance qu'ils te répondent. » Bien évidemment, comme dans tous les métiers, et comme sur un terrain de football, tous les traducteurs ne se valent pas, et chacun à sa manière de travailler et d'appréhender les situations délicates.

Le bon traducteur ne se voit pas


Comme pour le bon et le mauvais chasseur, les spécialistes discernent facilement les bons des mauvais interprètes. Avec un premier mot d'ordre : la passion. « C'est rare que les interprètes dans le milieu du football ne soient pas des passionnés. Ce sont des gens qui suivent le football de près. Parce que le jargon du football est très particulier » , explique ainsi Franckie Tourdre qui poursuit sur les difficultés auxquelles se confrontent les non-initiés : « Ceux qui n'ont jamais travaillé dans le monde du foot peuvent être surpris, surtout lorsqu'il s'agit de traduire des conférences de presse technique, comme celles d'après-match, quand on revient sur des faits de jeu par exemple. Comme ce serait très compliqué pour des personnes qui n'ont aucune notion de médecine d'aller traduire des conférences à ce sujet. » Mais la passion ne fait pas tout. Effectivement, même si certains d'entre eux ont pu récemment mettre un pied dans la lumière médiatique comme Fabrice Olszewski à Marseille, Franckie Tourdre appuie sur la nécessité d'être invisible au travail : « Un interprète au final, c'est un petit peu comme un arbitre. L'interprète a fait une bonne prestation quand on ne le voit pas. Si on le remarque trop, c'est raté. »

Il s'agit donc d'être un pur relais communicationnel comme pourrait l'être un programme futuriste et ultra-perfectionné de traduction en ligne. Ce qui ne sera jamais le cas, pour une bonne raison : la dimension humaine joue ici un rôle majeur. « Il faut comprendre l'atmosphère qui règne à chaque conférence de presse. Ce n'est pas pareil quand un entraîneur vient de subir une défaite, par exemple. Il faut vraiment être précis, le moindre mot peut faire polémique. Surtout avant les matchs de coupes d'Europe, par exemple. Les journalistes veulent le plus d'informations possibles. Et là, il faut être irréprochable » , étaye ainsi notre interprète qui se souvient justement d'une atmosphère particulière rencontrée il y a peu : « Je pense par exemple à la conférence de présentation de Michel, à Marseille. Il y avait une grosse attente, la salle était pleine. J'ai ressenti une grosse pression. Pas forcément vis-à-vis de Michel, mais vis-à-vis des gens qui étaient là. Il faut être bien accroché et attentif. »

Entraîneurs et joueurs, la même passion, mais pas la même traduction


Franckie Tourdre, qui a également donné des cours particuliers d'italien à Gervinho ou participé aux conférences de presse de présentation de Pjanić et Yanga-Mbiwa, abonde également sur les différentes approches entre les joueurs et les entraîneurs : « Les joueurs sont souvent de jeunes adultes. La terminologie est un petit peu moins recherchée. Ils font toujours attention à ne pas trop s'épancher dans la presse, à ne pas faire d'erreurs. En ce qui concerne les entraîneurs, ils sont plus expérimentés dans le domaine de la communication. C'est beaucoup plus maîtrisé, j'appelle ça la diplomatie du football. » D'autant plus que certains coachs ne facilitent pas la tâche. Entre jeu du chat et de la souris avec les médias et provoc' bien sentie, l'interprète doit trouver sa place. « C'est là où il faut être le plus attentif possible pour que les propos soient le plus fidèlement retranscrits dans la langue étrangère. C'est aussi là que l'expérience des interprètes fait la différence » , ajoute Franckie Tourdre qui cite José Mourinho comme un de ces personnages à part, même s'il n'a « pas encore eu la chance de le traduire » .

Notre interprète se confie toutefois sur un autre cas de figure qui peut accroître la pression : quand l'interviewé parle la langue dans laquelle l'interprète officie. « Je repense à Didier Deschamps, lors d'Italie-France en 2012, en match amical à Parme. Je sentais qu'il écoutait avec une extrême attention ce que je disais. J'ai bien senti qu'il faisait attention à chacun de mes mots. » Franckie Tourdre a toutefois relevé la fonction avec brio : « J'ai eu la chance d'avoir par la suite l'attaché de presse de l'équipe de France qui m'avait dit que Deschamps avait grandement apprécié ma traduction. » Dédé en a d'ailleurs certainement lâché son plus beau sourire.

Par Eric Marinelli et Gabriel Cnudde
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