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Mais qui es-tu, le sprint final ?

Il y a ceux qui, comme Paris ou le Bayern Munich, ont écouté La Fontaine et sont partis à point. Et puis il y a ceux qui, comme en Espagne ou en Angleterre, courent toujours en espérant attraper un titre à la toute fin de ce qu'ils appellent le sprint final. Mais au fait, qui es-tu, le sprint final ?

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Pour reprendre une nouvelle fois l'illustre La Fontaine, certains clubs ont sagement suivi les préceptes de la fourmi. Journée après journée, mois après mois, ils ont religieusement accumulé les points, 2,85 par match de moyenne pour le Bayern Munich, 2,7 pour la Juventus Turin, 2,43 pour le Paris Saint-Germain. Un stock qui leur permet de passer le printemps au chaud et même d'aller butiner les fleurs de la Ligue des champions (ou de l'Europa League) l'esprit libéré. Et puis il y a les autres, ceux qui ont lâché des points en route, qui ont joué les coupes à fond, qui ont connu un petite crise automnale et qui vont devoir cravacher jusqu'à la fin et se lancer dans le sprint final.

Comme sur le Marseille-Cassis, il faut veiller à ne pas tout donner avant d'attaquer la fameuse montée de la Gineste. Le Bordeaux de Lolo Blanc en a fait l'amère expérience en 2009-2010. Partis comme des fous sur les premiers kilomètres, les Girondins ont commencé à cracher leurs poumons à mi-saison, débuté le sprint final avec un point de côté et finalement passé la ligne d'arrivée en marchant, avec les joggeurs du dimanche. Quand on a ni deux cœurs, ni trois poumons, ni l'effectif de Pep Guardiola, il faut veiller à ne pas se brûler les ailes trop tôt. L'objectif des 25, 30 ou 35 premières journées, ce n'est pas de gagner tous ses matchs, mais simplement de se retrouver en position favorable au moment où le coup de feu du dernier kilomètre retentira. À partir de ce moment, plus de calculs, on serre les fesses en espérant enchaîner les victoires pour finalement n'ouvrir les yeux qu'au soir de la dernière journée. Chez certains, l'argument du sprint final est même devenu un bel alibi qui permet de masquer une saison en demi-teinte. Un sprint final réussi qui permet d'accrocher un billet pour l'Europa League et c'est toute une saison de galère qui s'évanouit presque par enchantement, espère sûrement en secret José Anigo. Quoi qu'il en soit, comme pour le 100 mètres, tout le monde n'évolue pas dans la même catégorie. Les Usain Bolt, Asafa Powell ou Tyson Gay du foot s'écharpent pour le titre ou la qualification en C1, tandis que les Christophe Lemaître du ballon luttent pour ne pas descendre. Vous savez, cette rencontre de la 38e journée entre Sochaux et Valenciennes, ce match couperet, de la dernière chance, qui fleure bon la peur, la sueur et les terrains boueux de Ligue 2.

Twist final et photo-finish

Comme au cinéma, les plus beaux sprints finals — ou finaux, comme vous préférez —, sont ceux qui terminent en apothéose, en bouquet final, sur un ultime retournement de situation. Au cinoche, vous apprenez que celui qui est présenté depuis le début comme le gentil de l'histoire est en fait un tueur sanguinaire. Dans Usuel Suspects, Verbal est en réalité Kayser Söze. En Bundesliga, le titre échappe au Bayern Munich pour tomber dans l'escarcelle du Wolfsburg de Grafite. Les plus forts sont ceux qui se révèlent des instincts de guépards et viennent décrocher un succès sur la ligne d'arrivée, photo-finish à l'appui, comme City en 2012 qui coiffe United dans les arrêts de jeu de la dernière rencontre de la saison. Rappelez-vous de cet improbable moment, ces deux buts de Džeko et d'Agüero dans le temps additionnel, cette joie éphémère des supporters de United, ce regard hagard de Wayne Rooney et de Sir Ferguson errants sur la pelouse de Sunderland. Le sprint final est toujours dramatique, il soumet les nerfs à rude épreuve. Le sprint final, c'est un shoot d'adrénaline, un raz-de-marée émotionnel souvent injuste, surtout pour l'équipe qui a tenu la baraque en taulier toute la saison avant de coincer sur la fin, voire sur la toute fin.


Plus terrible encore que ce final de Premier League 2012, remémorez-vous le Deportivo la Corogne, édition 1993-1994. Leader toute la saison avec un confortable matelas de sûreté, l'équipe de Bebeto, Mauro Silva et Fran cale dans les dernières journées et enchaîne les matchs nuls contre des formations pourtant a priori inoffensives. La veille du grand clap de fin, les Galiciens ne comptent plus qu'un petit point d'avance sur le Barça (une époque où la victoire n'en rapportait que deux). Les Galiciens jouent Valence à domicile, tandis que le Barça reçoit Séville. Pendant que la Dream Team de Cruyff étrille les Andalous, le Depor galère, tremble et pousse jusqu'à ce penalty obtenu à la 85e minute. Un but et la Corogne ramène sur la plage de Riazor son premier titre de champion d'Espagne. Djukic s'élance, mais ses jambes tremblent, flageolent même et finissent par le trahir. Sa frappe est mollassonne et termine dans les bras du portier. Le Barça est champion, la Corogne deuxième et Djukic l'homme le plus triste du monde. Un sprint final perdu, c'est la mort d'un espoir entretenu pendant des semaines. Un sprint final perdu, c'est pire que la mort. Barça, Liverpool, Chelsea, Atlético, Manchester City, Real Madrid, vous êtes prévenus. À vos marques, prêts, partez !

Par Pablo Garcia-Fons
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