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Mais qui es-tu, l’électrochoc ?

Il ne nécessite aucun contact direct avec du courant électrique, mais il fait un bien fou à n’importe quelle équipe en quête de confiance. Lui, c’est l’électrochoc, un terme souvent utilisé dans le milieu du football pour exprimer un changement aussi radical qu’efficace. Mais qui est-il vraiment ?

Ce samedi, le Deportivo La Corogne se déplace sur la pelouse du FC Barcelone. Si les Culés partent évidemment avec l’étiquette de favoris, cette rencontre constitue en soi l’une des affiches de cette 15e journée de Liga. De quoi en surprendre plus d’un, puisque l’an passé, les Coruñés avaient beaucoup souffert pour obtenir leur maintien dans l’élite. Mais aujourd’hui, le Depor se retrouve sixième du championnat et bataille pour les places européennes. Une véritable transformation, qui trouve son origine lors du… Barça-Depor de mai dernier. Longtemps menés 2-0 et virtuellement relégués, les Blanquiazules arrachent un match nul essentiel à leur survie dans l’élite contre le tout récent champion d’Espagne (2-2).

Capitaine du Super Depor au début des années 2000, Francisco Javier González, dit Fran, avait observé attentivement ce moment crucial. « L’an passé, le match nul du Depor au Nou Camp était fondamental dans son évolution actuelle, analyse-t-il. Après avoir traversé de multiples problématiques liées aux transferts, ils ont planifié leur logique de recrutement cette saison, avec un effectif plus soudé, plus fort. Depuis la pré-saison, ces joueurs travaillent ensemble et cela change véritablement le visage d’une saison. » Au-delà de l’aspect sportif, le fait d’être passé très proche d’une descente en deuxième division a remobilisé les troupes et donné une nouvelle dynamique positive. La Corogne est aujourd’hui en pleine bourre, et cela est dû à un bel électrochoc.

L’entraîneur ou la joie intense


Pour beaucoup, l’électrochoc footballistique peut se rattacher à des changements sur la forme, afin de refaire marcher à plein régime un moteur qui tourne au ralenti. Dernier exemple en date, le Lille OSC. Après une saison 2014-2015 pour le moins monotone, les Dogues ont remercié René Girard pour apporter du sang neuf avec Hervé Renard. Pas de pot, la décharge n’a pas eu lieu assez rapidement selon les dirigeants, et Renard a dû faire ses valises avec seulement treize matchs de championnat au compteur... Toujours portés sur le sanguin, les Dogues viennent donc de nommer Frédéric Antonetti pour redonner du tonus aux Nordistes. Espérons pour eux que cela leur convienne. Non loin de Lille pourtant, l’US Boulogne peut témoigner d’un autre type d’électrochoc au cours de son histoire. La scène se passe le 16 mai 2008, dans le stade de La Libération. Dans cette dernière journée de Ligue 2 2007/2008, l’USBCO se retrouve dans l’obligation de battre Niort pour éviter une descente en National. De son côté, Niort doit éviter de perdre pour assurer son maintien. On joue la 93e minute de jeu, le score est de 0-0. Sur une dernière occasion, Damien Perrinelle s’arrache et marque plus qu’un but pour son équipe : il vient de changer le destin de Boulogne-sur-Mer.

Coéquipier du buteur ce soir-là, Johann Ramaré est catégorique. « C’est indescriptible… C’est le meilleur souvenir de ma carrière, sans hésitation. D’ailleurs, quand on se revoit entre anciens coéquipiers, on ne parle pas de la montée en Ligue 1. On parle de ce match contre Niort. » Boulogne se sauve, et va par la même occasion retrouver un second souffle. La saison suivante, le club réalise l’impensable : une montée à l’échelon supérieur. Une vraie belle histoire d’hommes, pour un club parti d’en bas. « Un groupe de 5 ou 6 joueurs était passé par la CFA, le National puis la Ligue 2. Déjà, le noyau dur de l’équipe venait de loin… Du coup, ils nous parlaient de leurs anecdotes et nous transmettaient cette simplicité du monde amateur, se souvient l’actuel milieu de terrain sochalien. Contre Niort, le club nous avait fait une surprise. Quand on reconnaît le terrain d’habitude, les supporters ne sont pas encore dans le stade… Là, deux heures avant, le stade était plein à craquer, tout le monde chantait… Clairement, ça nous a galvanisés. » De l’électricité dans l’air, une fois de plus.

Vidéo

« Il faut un déclic »


Une fois le précipice évité de peu, le plaisir de jouer revient, les liens se solidifient, tout cela naturellement. « Ce match nous a fait prendre conscience que les groupes les plus solidaires s’en sortent, surtout en Ligue 2, avoue Ramaré. Sincèrement, on se mettait le cul par terre les uns pour les autres, on était une vraie bande de potes. Quel que soit le résultat du match, après la rencontre, on allait manger un bout ensemble, boire un verre… C’est une garantie de réussite sur le long terme, celle qui prouve que personne ne triche et qu’on tire tous dans le même sens. » De quoi pousser l’analyse de l’électrochoc un peu plus loin. « Il faut un déclic, synthétise Ramaré. Le plus répandu, c’est le changement d’entraîneur, mais ce n’est pas toujours la bonne solution. Un électrochoc peut parfois venir d’un moment de réunion pour un groupe, comme une semaine de stage. Là, les joueurs se retrouvent entre eux, font une soirée ou une activité qui permet de vivre des choses différentes, de créer une vie commune en dehors du football. Ce sont des rapports humains. Quand on se coupe du monde, des téléphones et qu’on est ensemble, on crée du lien. »

Toujours agréable à vivre pour un groupe, l’électrochoc n’en reste pas moins temporaire. Parce que d'une manière ou d'une autre, la routine finit souvent par prendre le dessus. « Si on se limite à changer de coach, l’effet est sur du court terme, pense Ramaré. En revanche, si l’aspect du groupe change, l’effet est plus long. Quand il y a un changement de coach, les cartes sont redistribuées. Tout le monde doit fournir les mêmes efforts à l’entraînement, les titulaires habituels se remettent en question. Pendant un mois, tout le groupe fait des efforts égaux, le temps d’établir un certain ordre, les attitudes changent. Ensuite, le groupe reprend un rythme normal. Pour nous à Boulogne, cette vague positive aura duré bien entre trois et quatre mois, le temps d’enchaîner les victoires la saison suivante. » Le groupe, Fran y attache aussi beaucoup d’importance. D’autant que, fruit du hasard, l'ancien international espagnol avait connu pareille mésaventure avec son Depor lors d’un barrage aller-retour remporté face au Betis Séville en 1991, pour éviter la relégation en Segunda. Et la saison suivante ? Le Depor concurrençait le Real Madrid et le FC Barcelone pour l'obtention du titre. « C’était un véritable soulagement ce soir-là, conclut le Galicien. Nous avions l’assurance de pouvoir se frotter aux meilleurs du pays pour la saison prochaine, et cela fait un bien fou au moment où la chose est rendue officielle. Ce n’était pas la même situation qu’aujourd’hui, mais cela se ressemble un peu. La Corogne, c’est une équipe en confiance, mais elle ne peut pas être un adversaire sérieux pour le Real ou le Barça. » Toujours se méfier du court-circuit…

Par Antoine Donnarieix
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