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Mais pourquoi la Creuse est-elle le point Nemo de la Ligue 1 ?

Dans le paysage du football français et la répartition géographique des clubs de Ligue 1, il existe une zone de vide où aucune formation n'est parvenue à s'imposer, au moins au cours de ces vingt dernières années : la Creuse. Pour aboutir à cet état de faits, une intuition géniale et une véritable recherche scientifique, lancée par quelques internautes passionnés de programmation : plongée au coeur de cette anomalie footballistique.

De la cité engloutie de Ctulhu imaginée par Howard Philipps Lovecraft à la Plastic Beach créée par Gorillaz et Damon Albarn, le point Nemo, du nom du fameux capitaine imaginé par Jules Verne dans Vingt mille lieues sous les mers, a souvent suscité les passions. Ce lieu fascinant et mystérieux désigne pourtant une froide réalité scientifique : le point maritime le plus éloigné de toute terre émergée. Régulièrement, les humains les plus proches du point Nemo, perdu dans l’océan Pacifique Sud aux coordonnées 48° 52’ S, 123° 23’ O, sont les occupants de la Station spatiale internationale, à environ 350 kilomètres au-dessus de la surface de l’océan.


Cette année, quelques utilisateurs de Twitter ont eu l’idée folle de le calculer pour la Ligue 1, c’est-à-dire de déterminer le point le plus éloigné de tout stade de l’élite du football français. Au terme d'une série de calculs, d'implémentations et de collaboration, le Point Nemo de la Ligue 1 a été fixé, pour la saison 2019/2020, en Corse, à plus de 300 kilomètres des enceintes de Monaco et de Nice (les DROM-COM ont été volontairement exclus). Et si l’on excepte l’île de Beauté, tout en considérant un panel d’années plus large, c’est la Creuse, en pleine diagonale du vide et lointaine d’environ 250 kilomètres de tout stade, qui fait office de Point Nemo. Mais qui est à l'origine de cette découverte ? Et surtout, que veut-elle dire du football français ?

De l'intuition aux calculs : une histoire de forum


À l'origine de tout cela, Clément Thiebaut, 36 ans, fan de football depuis ses dix ans et les grandes années de l'Olympique de Marseille. Chef de projet informatique, celui qui habite aujourd'hui à Strasbourg et fréquente régulièrement les allées de la Meinau ne parvient pas vraiment à expliquer la fulgurance qui lui a traversé l'esprit au moment de lancer cette recherche. « C’est difficile d'expliquer comment l’idée m’est venue : ça a été assez instinctif, avoue-t-il. J’ai pensé à ça parce que j’ai toujours vécu dans des endroits bien desservis par le foot pro : j’habite en ce moment à Strasbourg, j’ai été à Rennes, Paris et Troyes quand ils étaient en Ligue 1.  »


L'intuition en tête, Clément en parle sur un forum footballistique. « À la base, je ne connaissais pas la notion de point Nemo, c'est un pote du chat qui m'en a parlé, confie-t-il. Pour les calculs, c'est un deuxième internaute qui m'a donné la méthode du cercle le plus grand possible qui ne passe par un stade. Donc j'ai essayé de calculer, mais ça reste un peu bricolo. Ce sont deux autres personnes qui ont mené les calculs les plus précis, dans une ambiance très sympa. » En effet, Jean Thomas et Mathieu Garnier, dit Matamix, systématisent les calculs et précisent les résultats. « C'est Mathieu qui est à l'origine de la méthodologie, déclare Jean. Je lui avais expliqué l'idée que j'avais derrière la tête et il a fait les calculs de son côté, avec une mise en oeuvre différente. Il se trouve qu'on a fini nos calculs à peu près en même temps. »

« La Creuse, ça fait sens »


Les résultats sur vingt ans sont clairs : la Creuse est le point Nemo du football français. Lorsqu’on lui parle de cette localisation, Loïc Ravenel, maître de conférences en géographie à l’université de Franche-Comté et membre du CIES, n’est pas surpris. « La Creuse, ça fait sens, explique-t-il. En effet, il n’y a pas de grandes métropoles dans la région : Guéret ou Poitiers ne sont pas de très grandes villes. Or, il ne faut pas oublier que le football reste un sport de villes. Historiquement, on s’aperçoit que le football français s’est traditionnellement développé dans les métropoles du Nord de la France – Paris, Lille, Reims par exemple – et s’est ensuite étendu à la Bretagne et dans le Sud-Est, à partir de Lyon avec Saint-Étienne, Marseille, Nice.  »


Avec l'apparition du football moderne, les exceptions se font de plus en plus rares. « Ces dix dernières années, ce phénomène de métropolisation du football s’est accéléré, détaille Loïc Ravenel. Il reste bien sûr quelques clubs comme Guingamp. Il y avait aussi Auxerre pendant des années en Ligue 1, mais globalement, l’élite du foot français se polarise sur les métropoles.  » Emportés par cette dynamique, des clubs comme Châteauroux, qui aurait pu sauver la Creuse de l'isolement, ne peuvent plus suivre le rythme. Les régions en retrait ne peuvent refaire le retard et s'isolent davantage.

Le facteur sport


Outre l’explication géographique et démographique, l’histoire et la culture sportive de la région expliquent également ce vide : « Il n’y a jamais vraiment eu de clubs d’importance à Limoges, Poitiers, Orléans... et en termes de sport de haut niveau, la zone du point Nemo est plutôt orientée basket-ball. Limoges est un historique du basket masculin français et Bourges est un club important chez les femmes. Si on va un peu plus à l’Ouest, on tombe également sur Cholet.  »


Loïc Ravenel ne semble pas non plus envisager un changement sur le long terme. Il considère également que le positionnement des villes de la zone est cohérent : « Lancer du foot alors que le ticket d’entrée pour la Ligue 1 ou la Ligue 2 devient exorbitant et que le basket fonctionne bien, fédère un public, ça serait assez stupide. Si on reprend l’exemple de Limoges, ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de foot qu’il n’y a pas de sport. Et au contraire, la ville a une politique bien positionnée, en adéquation avec sa culture, son histoire sportive ainsi qu’avec son niveau économique et démographique. On ne peut pas faire un club de football de haut niveau dans une ville de 20 000 ou 30 000 habitants. Il faut des moyens financiers, plein d’autres choses. Si on veut fonctionner normalement, c’est compliqué.  »

Vivre sa passion du foot dans la Creuse


Mais alors, comment font les fans de football qui vivent en Creuse pour pouvoir continuer à suivre leur passion, et pas uniquement devant une télévision ? La question se pose aussi pour les écoles de football, qui peuvent avoir davantage de mal à fédérer sans être en capacité de promettre, aux jeunes, une évolution vers une structure professionnelle à portée. Le président du club de Guéret, chef-lieu de la Creuse, pose le problème dans un cadre plus global : « Le manque d’entreprises locales et d’universités aux alentours fait que l’on ne peut pas garder nos jeunes, explique Guillaume Viennois. Donc on a du mal à conserver les bons joueurs quand ils vont étudier à Clermont ou à Limoges. Et quand ils font l’effort de jouer chez nous, ils doivent faire 200km aller-retour, trois fois par semaine, pour s’entraîner... »


L’entraîneur de l’équipe sénior de l’Entente Sportive Guérétoise abonde dans le sens de son président, mais avoue avec un certain fatalisme s’être habitué à cette géographie sportive défavorable : « Dans la Creuse, nous sommes de toute façon habitués à se déplacer, quoi que l’on fasse, se désole un peu Luc Davaillon. Il est intégré de devoir faire des kilomètres pour aller voir un match de haut-niveau. Les plus gros fans se déplacent quand même. Bordeaux est à trois heures, par exemple. Mais effectivement, on serait heureux d’avoir à côté de chez nous une équipe qui joue en Ligue 1.  »

« Sébastien Roudet vient de Guéret par exemple »


Au delà d’une passion de la Ligue 1 plus difficile à faire vivre qu’ailleurs, les jeunes de la Creuse sont-ils pénalisés par rapport à d’autres viviers en France ? « Ça ne pose aucun problème, assure l’entraîneur de Guéret. On est à une heure de route du meilleur centre de préformation de France, qui est à Châteauroux. Si les joueurs ont envie d’avoir un parcours professionnel, ce n’est pas le fait d’être habitant du département de la Creuse qui va les pénaliser. Sébastien Roudet vient de Guéret par exemple. La fédération pourrait mieux nous aider dans les aides distribuées aux jeunes pour leurs déplacements, certes. Mais c’est un peu la conséquence d’être en milieu rural.  »


Un point Nemo qui serait donc davantage pénalisant pour préserver la passion du foot quand on y vit que pour assurer un avenir quand on y joue. Quoi qu’il en soit, pour voir de la Ligue 1, il semble bien que le meilleur allié des habitants de la Creuse reste, encore pour un petit bout de temps, un abonnement télé aux chaînes cryptées qui diffusent le foot. Le coût est conséquent, mais moins qu’un plein d’essence toutes les deux semaines. Et puis, trois heures de route pour voir jouer Bordeaux, il faut l’avouer, ça n’est pas toujours un cadeau.

Par Victor Launay, Valentin Lutz et Arthur Stroebele
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